O l’homme de foi molle que je fus si longtemps,
Moi qui me suis tenu à l’écart, qui ai si longtemps
refusé d’accepter tels détails,
Qui sais seulement aujourd’hui que la vérité est un
tout compact et qu’elle est répandue dans tout,
Qui découvre aujourd’hui qu’il n’est pas de mensonge
ni de forme de mensonge, et qu’il ne peut y en
avoir, qui ne se développe de lui-même aussi
fatalement que la vérité d’elle-même,
Ou qu’aucune loi de la terre ou qu’aucun produit naturel
de la terre ne se développe.
(Chose singulière, que peut-être on ne peut comprendre
immédiatement, mais qu’il faut comprendre,
Je sens moi-même que je représente les mensonges
tout autant que le reste,
Et que l’univers les représente.)
Où donc un résultat parfait a-t-il manqué, sans souci
des mensonges comme des vérités?
Est-ce sur la terre ou dans l’eau ou dans le feu? Est-ce
dans l’esprit de l’homme? Ou dans la chair et le
sang?
En méditant parmi les menteurs et en me réfugiant
austèrement en moi-même, je vois qu’en réalité
il n’y a pas de menteurs ni de mensonges après
tout,
Et que rien ne manque de produire son résultat parfait,
et que ce qu’on appelle des mensonges sont
des résultats parfaits,
Et que chaque chose représente exactement elle-même
et ce qui l’a précédée,
Et que la vérité comprend tout et qu’elle est tout, aussi
compacte que l’espace est compact,
Et qu’il n’y a ni une paille ni un vide dans la somme
de la vérité, mais que tout est vérité sans exception;
Et je m’en irai désormais célébrer toute chose que je
verrai ou serai,
Et chanter et rire, sans rien renier.