Je demandais quelque chose de caractéristique et de
parfait pour ma ville,
Lorsque, voyez! le nom que lui donnèrent les aborigènes
à mes yeux surgit.
Je vois à présent ce que peut contenir un nom, un
mot liquide, sain, réfractaire, musical, hautain,
Je vois que le nom qui convient à ma cité est ce mot
venu de jadis,
Parce que je vois ce mot appuyé dans les creux des
baies, superbe,
Opulent, tout autour ceinturé de voiliers et de vapeurs
pressés l’un contre l’autre, je vois une île de vingt-cinq
kilomètres de long, avec le plein roc comme
base,
Les rues sans nombre avec leurs foules, les hauts végétaux
de fer, sveltes, forts et légers, qui jaillissent
splendidement de son sol vers les cieux clairs,
Les marées qui affluent rapides et amples, les marées
tant aimées de moi, à l’heure où le soleil se couche,
Les courants marins qui s’épanchent, les petites îles,
les grandes îles avoisinantes, les hauteurs, les
villas,
Les mâts innombrables, les blancs côtiers, les allèges,
les bacs, les noirs paquebots aux formes parfaites,
Les rues du bas de la ville, les boutiques des soldeurs,
les bureaux des armateurs et des changeurs, les
rues qui bordent la Rivière,
Les immigrants qui arrivent, quinze ou vingt mille
en une semaine,
Les camions voiturant les marchandises, la mâle race
des conducteurs de chevaux, les marins au visage
halé,
L’air estival, le soleil qui brille éclatant, et les nuages
qui flottent là-haut,
Les neiges de l’hiver, les clochettes des traîneaux, les
glaçons dans la Rivière qu’apporte le flux ou
qu’emporte le reflux,
Les ouvriers de la ville, les maîtres, aux nobles proportions,
au visage magnifique, qui vous regardent
bien en face,
Les trottoirs encombrés, les voitures, Broadway, les
femmes, les magasins et les curiosités,
Un million d’habitants, aux manières libres et fières, à
la voix franche, accueillants--les jeunes gens les
plus braves et les plus cordiaux,
Ville des flots précipités et écumants! Ville des faîtes
et des mâts!
Ville posée parmi les baies! Ma ville!