CHRONIQUEURS DES ÂGES FUTURS

Chroniqueurs des âges futurs,

Tenez, je veux vous faire pénétrer sous cette enveloppe

impassible, je veux vous apprendre ce que vous

devrez dire de moi:

Publiez mon nom et accrochez mon portrait comme

celui de l’ami le plus tendre,

Portrait de l’ami, du cher camarade dont son ami, son

cher camarade était le plus épris,

Qui n’était pas orgueilleux de ses chants, mais de

l’immesurable océan d’amour qui refluait en

dedans de lui, et l’épanchait sans compter,

Qui souvent se promenait en des chemins solitaires

en songeant à ses amis chers, à ses tendres compagnons,

Qui, tristement songeur loin de celui qu’il aimait,

passa souvent des nuits sans sommeil et chagrines,

Qui connut trop bien la mortelle, mortelle crainte que

celui qu’il aimait pût être secrètement indifférent

envers lui,

Dont les jours les plus heureux se passèrent très loin

à travers champs, dans les bois, sur les coteaux,

à errer avec un autre la main dans la main, tous

deux isolés des hommes,

Qui souvent flâna dans les rues, entourant de son bras

l’épaule d’un ami, et le bras de son ami également

appuyé sur la sienne.

Poèmes de Walt Whitman · 第 23 / 73 题