_In abito di saggia messaggera_....
Revêtue comme une messagère intelligente,
Va, Ballade, sans t'attarder,
Vers cette belle dame à qui je t'envoie.
Et dis-lui combien je sens ma vie réduite à peu de chose.
Ta commenceras par dire que mes yeux,
En regardant sa figure angélique,
Avaient coutume de porter la couronne du désir.
Maintenant qu'ils ne peuvent plus là voir
La mort les fait fondre dans une frayeur telle
Qu'ils en ont fait la couronne du martyre.[3]
Hélas! je ne sais pas vers quel côté les tourner
Pour leur plaisir, si bien que tu me trouveras
A demi-mort si tu ne me rapportes quelque confort
De sa part. Adresse-lui donc une douce prière.
Si l'on trouve les termes de cette ballade un peu vifs, à propos d'une
simple simulation, on pourra penser que cette personne lui avait
peut-être inspiré un intérêt plus particulier qu'il ne l'avoue. Mais il
faudra penser également au langage habituel, et très conventionnel, des
poètes, et surtout des rimeurs de ce temps-là. Si aujourd'hui, dans le
langage de la polémique usuelle, traiter quelqu'un de scélérat signifie
souvent simplement qu'il ne partage pas votre manière de voir, dire à
une femme qu'on mourra de son absence pouvait signifier simplement qu'on
avait du plaisir à la voir.