CHAPITRE XXX

Je dis que son âme très noble nous quitta à la première heure du

neuvième jour du mois, suivant le style[1] d'Italie, et que suivant le

style de Syrie[2] elle partit le neuvième jour de l'année dont le

premier mois s'appelle Tilmin (ou Tisri), et correspond à notre mois

d'octobre. Elle est donc partie, suivant notre style, dans cette année

de notre indiction[3], c'est-à-dire des années du Seigneur où le nombre

9 s'est complété neuf fois dans le siècle où elle est venue au monde.

Elle appartient donc au treizième siècle des Chrétiens.

Pourquoi ce nombre lui était si familier peut venir de ce que, suivant

Ptolémée et suivant les vérités chrétiennes, il y a neuf cieux mobiles

(au-dessous de l'Empyrée, seul immobile), et, suivant la commune opinion

des astrologues, ces neuf cieux exercent ici-bas leurs influences

suivant leurs propres conjonctions. Or, on dit que ce nombre lui était

familier parce que, lors de son engendrement tous ces neuf cieux mobiles

s'étaient parfaitement combinés. En voilà une raison. Mais en y

regardant de plus près, et suivant une vérité incontestable, ce nombre

9 fut elle-même, je veux dire par similitude; et voici comment je

l'entends.

Le nombre 3 est la racine de celui de 9, puisque sans l'aide d'aucun

autre nombre, en se multipliant par lui-même, il fait 9, car il est

clair que trois fois trois font 9.

Donc 3 est par lui-même le facteur de 9, et si le facteur des miracles

est par lui-même 3, c'est-à-dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit,

lesquels sont trois et un, cette femme fut accompagnée du nombre 9, ce

qui fait entendre qu'elle fut elle-même un 9, c'est-à-dire un miracle

dont on ne trouve la racine que dans l'admirable Trinité.

On pourra encore en trouver une raison plus subtile; mais voilà ce que

j'y vois et ce qu'il me plaît le plus d'y voir.[4]

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 73 / 170 题