Le courrier Fortier m'a remis la dépêche de Votre Excellence du 30
juillet[669], pendant que j'expédiais celles ci-jointes qui répondent en
grande partie aux différents points sur lesquels elle développe la
pensée de l'Empereur. Quant à ce qui m'est personnel, je dois m'affliger
de voir que Sa Majesté pense que je ne fais _que des compliments_. Si
quelqu'un avait pu écouter aux portes depuis trois ans que j'ai
l'honneur de la servir dans ce poste difficile, peut-être me
rendrait-elle plus de justice. Les résultats lui prouveront si j'ai été
un serviteur fidèle, et _si je me suis trompé_. Je rends un compte exact
de tout: ma fidélité à cet égard est sans doute un devoir, mais elle a
dû prouver plus d'une fois à Votre Excellence que je marchais toujours
armé de toutes pièces contre l'Angleterre. Je dois à la vérité de dire
que sur ce point je trouve le cabinet de Pétersbourg tout aussi prononcé
que je le suis. Ma correspondance et les événements font foi, Monsieur
le Duc, que ce sont les ordres de l'Empereur et mon dévouement à sa
puissance qui règlent toujours ma conduite. L'Empereur me trouve faible;
ici, on me fait le reproche contraire. Je me conformerai au surplus dans
l'occasion à tout ce que vous me prescrirez.
[Note 669: Il s'agit de la dépêche faisant le récit de la
conversation de l'Empereur avec le prince Alexis Kourakine et reprochant
à l'ambassadeur un manque de fermeté.]
Pétersbourg, le 19 septembre 1810.