Vieilles-Tuileries, et de l'autre à celle de Vaugirard. Cette rue est
désignée ainsi sur les plans de Jouvin et de Bullet publiés en 1676.
On en prit une partie, en 1749, pour en faire un des cimetières de
Saint-Sulpice.
_Rue Barouillère._ Elle traverse de la rue de Sèvre à celle du
Petit-Vaugirard. Tous les plans du dix-septième siècle l'indiquent
sous le nom de rue des Vieilles-Tuileries, mais quelques uns marquent
plus bas une rue Barouillère et de la _Barouillerie_. Sur un plan
manuscrit de 1651, elle est indiquée simplement comme rue projetée
sous le nom de _Saint-Michel_, et on la retrouve, en 1675, sous cette
même dénomination. On ignore à quelle époque elle prit son dernier
nom; mais il est certain qu'elle le doit à Nicolas Richard, sieur de
la Barouillère, auquel l'abbé de Saint-Germain céda, en 1644, huit
arpents de terre en cet endroit, sous diverses conditions, et
principalement à la charge d'y bâtir.
_Rue Beurière._ Elle aboutit à la rue du Four et à celle du
Vieux-Colombier. On l'appeloit, dans le dix-septième siècle, _de la
Petite-Corne_, parce qu'elle étoit parallèle à la rue Neuve-Guillemin,
nommée alors rue de _la Corne_. Jaillot croit la reconnoître dans le
procès-verbal de 1636, sous le nom de _petite rue Cassette_.
_Rue de Bissi._ On appelle ainsi la principale entrée du marché
Saint-Germain du côté de la rue du Four; elle doit ce nom au cardinal
de Bissi, alors abbé de Saint-Germain, par les ordres duquel le marché
avoit été construit[259].
[Note 259: _Voyez_ p. 352. Elle se nomme maintenant rue
_Montfaucon_.]
_Rue des Boucheries._ Elle commence au carrefour des rue des
Fossés-Saint-Germain, des Cordeliers et de Condé, et finit à celui que
forment les rues de Buci, du Four et de Sainte-Marguerite. On l'a
souvent nommée la _grant rue Saint-Germain_; et sa dernière
dénomination lui vient de la boucherie que l'abbaye Saint-Germain y
avoit établie. Cette boucherie y existoit de temps immémorial, quoique
le commissaire Delamare n'en place l'origine qu'en 1370[260]; en
effet, plusieurs actes du deuxième siècle en font mention, ainsi que
de la maison des _Trois-Étaux_, située près le Pilori. La population
du faubourg Saint-Germain s'étant augmentée depuis la construction de
l'enceinte de Philippe-Auguste, l'abbé Gérard fit construire, en 1274,
seize autres étaux[261].
[Note 260: _Traité de Police_, t. 2, p. 1208 et 1215.]
[Note 261: _Traité de la Police_, t. 1er, p. 118.]
Entre plusieurs erreurs que Sauval a commises au sujet de cette rue,
il suffira de relever celle par laquelle il donne le nom des
_Boucheries_ à l'une de ses parties où l'on n'en avoit point établi.
Cette partie, qui s'étendoit depuis la rue des Mauvais-Garçons jusqu'à
celle des Fossés Saint-Germain, dite de la Comédie, étoit alors une
place, qui fut vendue, au treizième siècle, à Raoul d'Aubusson, pour y
faire un collége.
_Rue de la Bourbe._ Elle traverse de la rue d'Enfer à celle du
faubourg Saint-Jacques; on la trouve désignée sous ce nom sur les
plans de Gomboust, Jouvin et Bullet. Dans quelques titres elle est
appelée de la _Boue_, aliàs de la _Bourde_[262].
[Note 262: Manuscrit de Blondeau à la Bibliothèque du Roi,
tome 66, premier cahier.]
_Rue du Petit-Bourbon._ Cette rue, qui commence à la rue de Tournon,
et finit à celle des Aveugles, au coin de la rue Garancière, doit
vraisemblablement son nom à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, qui
y avoit son hôtel[263].
[Note 263: _Voyez_ p. 363.]
_Rue du Brave._ Cette petite rue commence au bout de la rue des
Quatre-Vents, et finit au coin de celle du Petit-Lion. Elle étoit
connue sous ce nom dès 1626[264]. Cependant un titre de l'année
suivante, cité par Jaillot[265], lui donne celui du _Petit-Brave_. On
ignore l'origine de cette dénomination.
[Note 264: _Arch. de Saint-Germain_, A. 2, 33, 1.]
[Note 265: _Quartier du Luxembourg_, p. 11.]
_Rue de Buci._ Cette rue, qui aboutit d'un côté au carrefour des rues
Dauphine, Saint-André, des Fossés-Saint-Germain; de l'autre, au
Petit-Marché, doit son nom à Simon de Buci, premier président du
parlement, qui fit réparer et couvrir, en 1352, la porte
Saint-Germain. Il prit à rente, de l'abbaye, cette porte, le logis
qu'on avoit construit au dessus, les deux tours qui étoient à côté, et
une grande place vague située vis-à-vis. C'est sur cet emplacement
qu'il fit bâtir l'hôtel dont nous avons déjà parlé, lequel fut
remplacé par le bureau des coches et des messageries.
Sauval a prétendu que, dès 1209, cette rue portoit, de même que la
porte, le nom de _Saint-Germain_[266]. Il est certain qu'alors la
porte n'étoit pas encore bâtie, et que la rue n'existoit pas. Les
titres qui en font mention l'indiquent en 1388 «_rue qui tend du
Pilori à la porte de Buci_, _rue devant la porte de Buci_, et _rue du
Pilori_[267].» Elle portoit encore ce nom en 1555, époque à laquelle
on ordonna de la paver. Ce n'est que vers ce temps qu'on a continué
d'y bâtir; toutefois on y voyoit quelques maisons dès 1388, et le
terrier de l'abbaye, de 1523, le nomme rue de Buci.
[Note 266: Tome 1, page 121.]
[Note 267: Le pilori, dont cette rue avoit pris le nom,
étoit situé au carrefour où elle aboutit, et près de
l'endroit où fut depuis la barrière des sergents. Il paroît
que ce fut un droit accordé à l'abbaye Saint-Germain, ou
confirmé par la charte de Philippe-le-Hardi, du mois d'août
1275. (_Histoire de l'Abbaye_, Preuves, nº 98.)]
_Rue des Canettes._ Cette rue, qui aboutit à la rue du Four et à celle
du Vieux-Colombier, étoit anciennement appelée rue _Saint-Sulpice_,
parce qu'elle conduisoit à l'église qui porte ce nom. On trouve aussi
sur un plan manuscrit de 1651 _rue Neuve-Saint-Sulpice_; mais le nom
qu'elle porte aujourd'hui est indiqué dès 1636, et provient d'une
maison où étoit une enseigne des trois Canettes[268].
[Note 268: À la fin du XIVe siècle, auprès d'une maison de
cette rue, dont l'enseigne étoit le _chef Saint-Jean_, il y
avoit une rue ou ruelle qui portoit aussi ce nom: elle
n'existe plus.]
_Rue du Canivet._ Elle traverse de la rue Férou dans celle des
Fossoyeurs. Elle étoit ainsi nommée dès 1636, et l'on n'a de
renseignements certains ni sur l'étymologie de ce nom, ni sur le temps
où la rue a été percée. On a écrit _Ganivet_ sur quelques plans.
_Rue Carpentier._ Elle traverse de la rue Cassette dans celle du
Gindre. En 1636, elle est appelée _Charpentier_. On trouve sur
quelques plans _Apentier_, _Arpentier_ et _Charpentière_.
_Rue Cassette._ Cette rue commence à celle du Vieux-Colombier, et
aboutit à la rue de Vaugirard. Son véritable nom est _Cassel_; elle le
devoit à l'hôtel qui y étoit situé[269], et ce nom fut même donné aux
rues Neuve-Guillemin et du Four. Celle dont nous parlons est ainsi
appelée dès 1456. La dénomination de _Cassette_ n'est qu'une
corruption du nom primitif; on la trouve déjà dans le procès-verbal de
1636, et sur tous les plans publiés depuis.
[Note 269: _Voyez_ p. 365.]
_Rue Sainte-Catherine._ Elle traverse de la rue Saint-Thomas dans
celle de Saint-Dominique. Tous les anciens plans la nomment _rue de la
Magdeleine_.
_Rue du Chasse-Midi._ Cette rue commence au carrefour de la
Croix-Rouge, et aboutit à la rue des Vieilles-Tuileries, au coin de
celle du Regard. Elle portoit, dans le principe, le nom de rue des
_Vieilles-Tuileries_, qu'elle conserve encore dans une partie, et le
devoit aux tuileries qu'on avoit établies en cet endroit. On l'a
depuis appelée du _Chasse-Midi_, et, par corruption, du
_Cherche-Midi_: ce dernier nom se trouve sur plusieurs plans. Sauval
en reporte l'origine à une enseigne «où l'on avoit peint un cadran et
des gens qui y cherchoient midi à quatorze heures.» Il ajoute «que
cette enseigne a été trouvée si belle, qu'elle a été gravée et mise à
des almanachs, et même qu'on en a fait un proverbe: _Il cherche midi à
quatorze heures; c'est un chercheur de midi à quatorze heures._[270]»
Jaillot, sans rejeter l'histoire de l'enseigne, croit trouver plutôt
l'origine du proverbe dans cet usage où l'on est en Italie de compter
les vingt-quatre heures de suite. «Midi peut, dit-il, se rencontrer,
dans les grands jours, environ à quinze heures, mais jamais à
quatorze. Ainsi, _chercher midi à quatorze heures_, c'est
s'alambiquer l'esprit, et chercher ce qu'on ne peut trouver[271].»
[Note 270: Tome 1, page 126.]
[Note 271: _Quartier du Luxembourg_, p. 23.]
_Rue du Coeur-Volant._ Elle aboutit à la rue des Boucheries et à celle
des Quatre-Vents. Jusqu'au quinzième siècle cette rue ne se trouve
indiquée dans les titres de Saint-Germain que sous le nom de ruelle
_de la Voirie de la Boucherie_, et de rue _de la Tuerie_. Sauval la
nomme, en 1476, rue _des Marguilliers_ et _de la Blanche-Oie_[272].
Jaillot rejette ces deux noms. Celui qu'elle porte actuellement vient
d'une enseigne où l'on avoit peint un coeur ailé.
[Note 272: Tome 1, page 127.]
_Rue du Vieux-Colombier._ Cette rue, qui commence à la place
Saint-Sulpice, aboutit au carrefour de la Croix-Rouge. Plusieurs
titres prouvent qu'elle reçut le nom qu'elle porte d'un colombier que
les religieux de Saint-Germain y avoient fait bâtir. Au quinzième
siècle, on la nommoit quelquefois rue _de Cassel_, parce qu'elle
conduisent à l'hôtel de ce nom. En 1453 on lit rue _de Cassel, dite du
Colombier_. Il paroît aussi, par plusieurs titres du même temps, que
la partie de cette rue qui s'étendoit depuis la rue Férou jusqu'à
celle Pot-de-Fer s'appeloit rue _du Puits-de-Mauconseil_, à cause d'un
puits public situé en cet endroit. Elle prit le nom de rue _du
Vieux-Colombier_ lorsqu'on creusa des fossés autour de l'abbaye, et ce
fut pour la distinguer de l'autre. Elle est indiquée généralement
ainsi sur tous les plans; un seul (celui de Mérier), publié en 1654,
la nomme rue _de la Pelleterie_, dans la partie située du côté de la
Croix-Rouge.
_Rue de Condé._ Elle commence au coin de la rue des Boucheries, et
aboutit à celle de Vaugirard. L'espace que les maisons de cette rue
occupent étoit encore, au quinzième siècle, en jardins et vergers; et
tout ce terrain, jusqu'aux fossés, s'appeloit alors _le clos Bruneau_;
la rue en porta d'abord le nom. En 1510 on la nommoit rue _Neuve_, rue
_Neuve-de-la-Foire_, et elle étoit déjà garnie d'édifices des deux
côtés; depuis elle reçut la dénomination de rue _Neuve-Saint-Lambert_.
Enfin le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, lui venoit de l'hôtel
bâti par Arnaud de Corbie, et acheté par Henri de Bourbon, prince de
Condé.
_Rue de Corneille._ Cette rue, qui donne, d'un côté, rue de Vaugirard,
de l'autre sur la place du Théâtre François, fut ouverte sur une
partie de l'hôtel de Condé, et en même temps que l'on construisoit ce
théâtre.
_Rue de Crébillon._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Condé, de
l'autre à la place du Théâtre François, et fut ouverte à la même
époque et sur le même terrain que la précédente.
_Carrefour de la Croix-Rouge._ Ce carrefour se nommoit autrefois
_Carrefour de la Maladrerie_, dénomination qui lui venoit, non de la
maladrerie de Saint-Germain, située au delà du bourg, mais de quelques
granges bâties à l'extrémité de la rue du Four, qui furent destinées
à loger les malades attaqués du mal de Naples[273]. On lui donna le
nom de carrefour _de la Croix-Rouge_ à cause d'une croix peinte en
cette couleur qu'on y avoit élevée. C'étoit anciennement l'usage de
planter des croix dans les carrefours et dans les places publiques; on
les supprima depuis, parce que l'on reconnut que ces monuments
gênoient la voix publique, et occasionoient même quelquefois des
accidents.
[Note 273: Près de là, on prit des jardins situes entre les
rues du Sépulcre et des Saints-Pères, pour leur servir de
cimetière. Vis-à-vis étoient la justice de l'abbaye et une
voirie, sur l'emplacement de laquelle on fit construire des
maisons, dont une partie a servi depuis de couvent aux
Petites-Cordelières.]
_Rue Saint-Dominique._ Elle donne d'un bout dans la rue d'Enfer, de
l'autre dans celle du Faubourg-Saint-Jacques. Les religieux Jacobins
ayant obtenu, en 1546, de François Ier, la permission de donner un
clos de vignes qu'ils possédoient en cet endroit à cens et à rentes, à
la charge d'y bâtir, le vendirent en 1550, exigèrent qu'on y perçât
des rues, et voulurent en outre qu'on leur donnât les noms de quelques
saints de leur ordre. La principale, bâtie vers 1585, reçut celui de
Saint-Dominique[274].
[Note 274: Dans cette rue est un cul-de-sac qui porte le
même nom. On l'appela d'abord rue de la _Magdeleine_,
ensuite de _Sainte-Catherine_, parce qu'il fait la
continuation de cette dernière rue.]
_Rue d'Enfer._ Elle commence à la place Saint-Michel, et aboutit au
grand chemin d'Orléans. Cette rue est très ancienne. Au treizième
siècle, ce n'étoit encore qu'un chemin qui conduisoit à des villages,
dont il avoit pris le nom; c'est pourquoi cette rue est tour à tour
appelée, dans les titres de Saint-Germain, chemin d'_Issy_ et chemin
de _Venves_. Elle avoit aussi reçu le nom de rue de _Vauvert_, parce
qu'elle conduisoit au château de Vauvert. En 1258 on la trouve sous
celui de _la porte Gibard_. Sur le bruit populaire qui se répandit
vers ce temps-là, que les démons habitoient ce château, cette rue
prit, suivant plusieurs historiens, le nom d'_Enfer_[275], et ensuite
celui des _Chartreux_, lorsque ces religieux se furent établis en cet
endroit. Enfin, comme elle commençoit le faubourg Saint-Michel, on la
trouve indiquée dans quelques actes rue _Saint-Michel_ et rue du
_Faubourg-Saint-Michel_. Elle a depuis repris le nom de rue d'_Enfer_,
qu'elle conserve encore aujourd'hui.
[Note 275: Jaillot seroit porté à adopter l'opinion de ceux
qui pensent que ce nom d'_Enfer_ vient plutôt de sa
situation; qu'étant plus basse que la rue Saint-Jacques, qui
lui étoit parallèle, et qu'on appeloit _via Superior_, on
l'avoit nommée _via Inferior_, _via Infera_, et que ce mot a
été altéré et changé en celui d'Enfer. (_Quartier du
Luxembourg_, p. 38.)]
Jaillot fait observer que la direction de cette rue n'étoit pas
autrefois telle que nous la voyons aujourd'hui; elle se prolongeoit
sur la droite, à quelque distance de l'endroit où est la porte du
Luxembourg, passoit entre la première et la seconde cour des
Chartreux, et séparoit leur petit clos du grand.
_Rue Férou._ Elle aboutit aujourd'hui, d'un côté à la nouvelle place
Saint-Sulpice, de l'autre à la rue de Vaugirard. Les auteurs ont varié
sur la manière d'écrire son nom: on lit _Farou_, _Ferrou_, _Ferron_,
_Feron_, _Faron_, _Farouls_. Sauval s'est trompé lorsqu'il lui fait
prendre le nom de rue des _Prêtres_[276]: ce nom fut effectivement
donné, dans le dix-septième siècle, au cul-de-sac Férou, mais jamais à
la rue. Piganiol, son copiste, est embarrassé d'en trouver
l'étymologie; cependant, s'il eût visité exactement les titres de
l'abbaye Saint-Germain, il auroit pu y voir, dans le terrier de 1523,
que les quatre chemins qui aboutissoient en cet endroit au chemin de
Vaugirard, s'appeloient _ruelles Saint-Sulpice_, parce qu'elles
étoient ouvertes entre l'église et le clos Saint-Sulpice, enclavé
aujourd'hui dans le jardin du Luxembourg. Celle dont nous parlons
étoit du nombre, et reçut le nom de _Férou_, parce qu'Étienne Férou,
procureur au parlement, y possédoit quelques maisons et jardins
contigus au cimetière, situé alors au côté méridional de l'église. La
construction du portail et de la nef de Saint-Sulpice mit dans la
nécessité de retrancher une partie de cette rue, qui aboutissoit
auparavant au presbytère.
[Note 276: Tome 1, page 133.]
_Rue de la Foire._ On appelle ainsi le passage qui conduisoit à
l'ancienne Foire Saint-Germain. Il a son entrée dans la rue du Four.
_Rue des Fossoyeurs_[277]. Elle donne d'un côté dans la rue de
Vaugirard, de l'autre dans la rue Palatine, vis-à-vis la porte
méridionale de l'église Saint-Sulpice. Suivant Sauval[278], elle
s'appeloit du _Fossoyeur_, parce que celui de cette paroisse y
demeuroit; et plusieurs actes la présentent effectivement sous ce nom.
Il paroît qu'elle a porté ceux du _Fer-à-Cheval_ et du _Pied-de-Biche_,
qui provenoient vraisemblablement de deux enseignes.
[Note 277: Elle porte aujourd'hui le nom de rue
_Servandoni_.]
[Note 278: Tome 1, page 135.]
_Rue du Four._ Elle commence au carrefour des rues de Buci, des
Boucheries, de Sainte-Marguerite, et aboutit à celui de la
Croix-Rouge. Le nom de cette rue n'a pas varié: on le lui avoit donné
parce que le four banal de l'abbaye Saint-Germain y étoit situé, au
coin de la rue dite aujourd'hui rue _Neuve-Guillemin_. Toutefois il
paroît, par tous les titres de l'abbaye, que, depuis l'endroit où elle
commence maintenant jusqu'à la rue des Canettes, on l'appeloit rue de
la _Blanche-Oie_, nom que Sauval a donné mal à propos à la rue des
Boucheries et à celle du Coeur-Volant.
_Rue des Francs-Bourgeois._ Elle commence à la rue des
Fossés-de-M.-le-Prince, au coin de celle de Vaugirard, et finit à la
place Saint-Michel. Il y a apparence, suivant Jaillot[279], que ce nom
vient de la confrérie aux Bourgeois, qui acquit le terrain sur lequel
cette rue est située du côté du Luxembourg, et en faveur de laquelle
Philippe-le-Hardi amortit cette acquisition, opinion qui semble plus
probable que d'en chercher l'origine dans le parloir et le clos aux
Bourgeois, qui en étoient plus éloignés. Sur plusieurs plans du
dix-septième siècle cette rue n'est point distingué de celle des
Fossés-de-M.-le-Prince.
[Note 279: _Quartier du Luxembourg_, p. 61.]
_Rue des Mauvais-Garçons._ Elle traverse de la rue de Buci dans celle
des Boucheries. En remontant à sa première origine, on trouve qu'en
1254 l'abbé de Saint-Germain et ses religieux vendirent à Raoul
d'Aubusson un espace de terre de cent soixante pieds carrés, situé en
face des murs de la ville, se réservant le droit de faire ouvrir
derrière cet espace un chemin de trois toises de large, qui depuis a
formé la rue dont nous parlons. On l'appela d'abord rue de _la
Folie-Reinier_, à cause d'une maison qui portoit cette enseigne;
ensuite (en 1399) de l'_Écorcherie_, parce qu'elle étoit destinée à
cet usage. Sauval dit qu'elle doit le nom des _Mauvais-Garçons_ à une
autre enseigne; Jaillot pense qu'elle pourroit le tenir des bouchers
qui l'habitoient, espèces d'hommes qu'à plusieurs époques, et
principalement au commencement du quinzième siècle, on trouve mêlés à
toutes les séditions, à tous les troubles qui agitèrent Paris.
_Rue Garancière._ Elle aboutit d'un côté au coin des rues du
Petit-Bourbon et des Aveugles, de l'autre à la rue de Vaugirard. Ce nom
a été altéré, car, suivant Sauval, on l'appeloit rue _Garancée_, et sur
tous les plans du siècle passé, on lit rue _Garance_. Ce n'étoit, dans
le principe, qu'une des ruelles dites de _Saint-Sulpice_, et elle
n'avoit pas d'autre nom, même après qu'on y eut bâti l'hôtel de
Garancière, auquel elle doit celui qu'elle porte aujourd'hui. Elle
l'avoit pris dès 1540, quoiqu'elle ne fût encore qu'une ruelle ou
chemin non pavé. Les titres du dix-septième siècle le lui donnoient
également, et c'est par abréviation qu'on l'appeloit rue _Garance_[280].
[Note 280: JAILLOT, _Quartier du Luxembourg_, p. 63.]
_Rue des Fossés-Saint-Germain._ Elle commence au coin des rues
Saint-André-des-Arcs et de Buci, et finit à celui de la rue des
Boucheries et de celle des Cordeliers. Le procès-verbal de son
alignement entre les portes de Buci et de Saint-Germain étoit daté de
1560, et la désignoit sous le nom de rue _des Fossés_. Sur quelques
plans elle conserve ce nom, qu'elle partage avec la rue Mazarine; sur
d'autres elle est nommée rue _Neuve-des-Fossés_, pour la distinguer
des autres rues ouvertes sur les fossés de l'enceinte de
Philippe-Auguste. Depuis l'année 1688, où les comédiens françois y
établirent leur théâtre, on l'appeloit vulgairement rue _de la
Comédie_; mais dans les actes ainsi que dans les inscriptions gravées
à ses extrémités, on avoit conservé l'ancien nom[281].
[Note 281: Au commencement du XVIIe siècle il y avoit dans
cette rue un marché, situé à son extrémité, près de celle
des Cordeliers; il contenoit quatre toises de large sur sept
de long. M. le Prince en ayant demandé la suppression en
1634, il fut transféré rue Sainte-Marguerite en 1636.]
_Rue du Gindre._ Elle aboutit à la rue Mézière et à celle du
Vieux-Colombier. L'abbé Lebeuf a trouvé que _gindre_ signifioit le
maître-garçon d'un boulanger[282], et Ménage, qui l'a dit avant lui,
veut qu'il dérive du mot latin _Gener_ (gendre), «parce qu'il arrive
assez ordinairement, dit-il, que les maîtres-garçons deviennent les
gendres des boulangers chez lesquels ils travaillent.» Cette
étymologie paroîtra sans doute bien forcée, et l'on doit préférer
l'opinion de Jaillot, qui fait venir ce nom de _junior_, employé
effectivement dans plusieurs titres anciens pour désigner un
compagnon, un aide, un commis[283]. Il paroît que cette rue se
prolongeoit autrefois jusqu'à la rue Honoré-Chevalier, et que, depuis
la rue Mézière, elle se nommoit rue ou ruelle _des Champs_. Les
jésuites obtinrent sans doute la permission d'enfermer cette dernière
partie dans leur enclos.
[Note 282: Tome 2, page 454.]
[Note 283: _Quartier du Luxembourg_, p. 65.]
_Rue Neuve-Guillemin._ Elle traverse de la rue du Four dans celle du
Vieux-Colombier. Sauval a commis plusieurs erreurs au sujet de cette
rue[284], qu'il appelle _nouvelle_, quoique, dès 1456, elle fût connue
sous le nom de rue de _Cassel_, parce qu'elle conduisoit à l'hôtel de
ce nom. Il ajoute qu'elle se nommoit rue de _la Corne_, ce qui est
vrai, mais il ne l'est pas que ce fut plutôt parce qu'elle étoit
habitée par des prostituées qu'à cause de l'enseigne d'une maison
située dans cette rue, et dont il a même mal indiqué la situation. La
rue avoit effectivement pris ce nom de cette enseigne, et le
conservoit encore après l'expulsion des personnes de mauvaise vie qui
y demeuroient. C'est ainsi qu'elle est désignée au milieu du
dix-septième siècle sur divers plans, bien qu'on eût déjà changé son
nom en celui de _Guillemin_. Ce dernier nom lui venoit d'une famille
qui possédoit un grand jardin dans cette rue.
[Note 284: Tome 1, page 140.]
_Rue Guizarde._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Canettes, de
l'autre à l'une des portes de la foire. Il n'en est fait mention, ni
dans le rôle des taxes de 1636, ni dans celui de 1641, mais les plans
la désignent, dès 1643. Elle avoit été ouverte sur une partie de
l'hôtel de Roussillon, ainsi que la rue _Princesse_, dont nous allons
bientôt parler.
_Rue Saint-Hyacinthe._ Elle commence à la place Saint-Michel, et aboutit
à la rue du Faubourg-Saint-Jacques. Les maisons qu'on y voit du côté des
Jacobins ont été bâties sur l'emplacement de l'ancien _Parloir aux
bourgeois_ ou _hôtel-de-ville_. Après la bataille de Poitiers, les
Parisiens ayant jugé nécessaire de fortifier leur ville, qui n'étoit
défendue de ce côté que par l'enceinte de Philippe-Auguste, creusèrent
un fossé au pied de cette enceinte, ce que rapporte le continuateur de
Nangis, témoin oculaire[285]. En 1646, le roi ayant fait don à la ville
de ces fortifications devenues inutiles, elle fit combler les fossés, et
l'emplacement fut couvert de jardins et de maisonnettes pour loger ceux
qui les cultivoient. Ces bâtiments se sont depuis multipliés, agrandis,
élevés, et ont formé la rue dont nous parlons. Dans le principe, elle
n'eut point de nom particulier; et les maisons qui la composoient, ainsi
que les autres qu'on avoit bâties sur les fossés, n'étoient désignées
que sous le nom général de maisons situées _sur le rempart_. On leur
donna depuis le nom de _rue des Fossés_; la nouvelle rue reçut ensuite
la dénomination particulière de rue des _Fossés-Saint-Michel_, à cause
de sa situation près de la porte, et à l'entrée du faubourg du même nom.
Mais les jacobins ayant fait bâtir des maisons dans leur clos, dont
cette rue faisoit partie, on lui donna le nom de Saint-Hyacinthe,
religieux de leur ordre.
[Note 285: _Spicil._, in-fol., t. 3, p. 116.]