livres et des armes. Les marchands du dehors, les ouvriers qui
n'étoient pas maîtres, pouvoient y apporter les objets de leur
commerce et les produits de leur industrie, sans crainte d'être
inquiétés par les jurés de la ville. La richesse et la variété de ces
divers étalages y attiroient une affluence prodigieuse de curieux et
toutes les classes de la société. Des danseurs de corde, des
chanteurs, des comédiens, venoient y établir leurs spectacles; et l'on
a vu que l'un des théâtres les plus renommés de Paris, l'Opéra
comique, y avoit pris naissance. On y élevoit des salles de danse; on
y établissoit des jeux de toute espèce; en un mot, c'étoit une fête
continuelle dans laquelle se déployoit sans contrainte la gaieté
bruyante et folâtre du peuple parisien[242].
[Note 242: Indépendamment des foires Saint-Laurent et
Saint-Germain, la ville de Paris avoit encore plusieurs
autres foires, qui se tenoient en divers lieux et à des
époques différentes.
_La foire des Jambons_ ou _du parvis Notre-Dame_. Cette
foire, qui appartenoit à l'archevêque et au chapitre de la
cathédrale, ne durait qu'un jour, et se tenoit le
mardi-saint.
_La foire du Temple._ Elle appartenoit au grand-prieur de
France, et s'ouvroit dans l'enclos du Temple le jour de
saint Simon et saint Jude. On y vendoit principalement de la
mercerie, des manchons, des fourrures, beaucoup de nèfles,
etc., etc.
_La foire Saint-Ovide._ Établie d'abord sur la place
Vendôme, elle fut transférée, en 1771, sur la place Louis
XV. Toutes les boutiques, disposées sur un plan circulaire,
y étoient accompagnées d'une galerie qui tournoit autour, et
sous laquelle on se promenoit à l'abri. Elle duroit un mois
entier, et attiroit un grand concours de monde, tant par le
nombre et la variété de ses boutiques que par les spectacles
forains qui venoient de toutes parts s'y établir.
_La foire Saint-Clair._ Elle se tenoit, le jour de la fête
de ce saint, devant l'abbaye Saint-Victor, et duroit huit
jours. Les marchands y occupoient la rue Saint-Victor
jusqu'au jardin des Plantes, celle des Fossés et toute la
place de la Pitié.
Du reste, il se tenoit une foire devant chaque église, le
jour de la fête de son patron, laquelle duroit plus ou moins
long-temps, comme la foire des Prémontrés de la
Croix-Rouge, etc.]
PRÉAU DE LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
Cet endroit, dans lequel se tient encore aujourd'hui le marché du
faubourg Saint-Germain, étoit autrefois plus vaste qu'il n'est
aujourd'hui: on y vendoit alors des bestiaux, ainsi que dans l'espace
compris entre les rues de Tournon et Garancière. Ce dernier
emplacement s'appeloit _le Pré-Crotté_ ou _le Champ de la Foire_.
Quant au Préau, son nom lui venoit du terrain même sur lequel il avoit
été formé. En 1500, ce terrain étoit couvert d'herbes, et fut affermé
à un particulier[243]. En 1608, on en retrancha un espace de cent
cinquante-trois toises, lequel fut cédé au sieur La Fosse, secrétaire
du prince de Conti, «à la charge d'y faire bâtir des boutiques, de
laisser un passage libre pour la foire, et de conserver la petite
maison au bout, pour servir d'audience.» C'est de cette maison que le
passage de la Treille avoit reçu le nom de _Porte-Greffière_.
Toutefois cette cession ne fut faite que pour vingt-neuf ans, après
lequel temps tout cet espace devoit rentrer dans la propriété de
l'abbé de Saint-Germain. C'est le passage qui avoit son entrée par la
rue des Boucheries et qui conduisoit au Préau.
[Note 243: _Arch. de Saint-Germain_, A. 4, 2, 2.]
Quant au marché, il fut construit, en 1726, par ordre et aux dépens du
cardinal de Bissi, alors abbé de Saint-Germain. Sur l'emplacement
qu'il occupoit et où s'élève le marché neuf, avoient autrefois été les
Halles de l'abbaye et successivement les jardins de l'hôtel de Navarre
et le Préau dont nous venons de parler. Le cardinal en prit une partie
qu'il fit environner de murs. Il fit en même temps construire les
maisons qui formoient les rues de Bissi et les deux Halles, sous
lesquelles, avant la révolution, il se tenoit, deux fois la semaine,
un marché au pain très considérable.
COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.
GRAND SÉMINAIRE SAINT-SULPICE.
(Rue du Vieux-Colombier.)
Il doit son origine à Jean-Jacques Ollier, abbé de Pébrac. Ce pieux
personnage en avoit jeté les premiers fondements à Vaugirard dans
l'année 1641. Il y vivoit en communauté avec quelques ecclésiastiques
également recommandables par leurs lumières et par leurs vertus,
lorsqu'au mois d'août suivant M. de Fiesque lui résigna la cure de
Saint-Sulpice. Persuadé qu'il seroit plus avantageux de fixer à Paris
et de faire croître sous ses propres yeux l'établissement qu'il venoit
de former dans ses environs, il emmena avec lui ses associés, les
logea au presbytère, et plaça dans une maison de la rue Guisarde
quelques autres ecclésiastiques qui désiroient entrer dans cette
réunion. Leurs exercices furent d'abord communs; mais le nombre des
nouveaux sujets que l'on admettoit chaque jour devint si considérable,
que le fondateur se décida à séparer ces deux communautés. Pour
exécuter ce projet, il acheta, au mois de mai 1645, une grande maison
avec un jardin et un terrain assez vaste qui en dépendoit, le tout
situé dans la rue du Vieux-Colombier. Ce fut sur cet emplacement que,
du consentement de l'abbé de Saint-Germain, donné en 1645, on
construisit les édifices nécessaires à une communauté. Depuis, ces
bâtiments furent considérablement augmentés. Dans cette même année, M.
Ollier obtint pour l'établissement de son séminaire des
lettres-patentes enregistrées au grand conseil en 1646, et à la
chambre des comptes en 1650.
La chapelle fut bénite le 18 novembre de cette dernière année. C'étoit
un petit édifice qui n'avoit rien de remarquable, mais que l'on
visitoit à cause des belles peintures dont _Le Brun_ l'avoit décoré.
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, la Descente du Saint-Esprit; par _Le Brun_.
(Ce peintre célèbre s'étoit représenté lui-même dans un coin de
ce tableau.)
Dans le plafond, l'Assomption de la Vierge; par le même.
Au dessus de la porte, une Descente de Croix; par _Hallé_.
Dans la nef, la Présentation au Temple; par _Marot_.
La Naissance de la Vierge; par _Restout_.
La Purification et les prophètes Isaïe et Ézéchiel; par le même.
La Visitation; par _Verdier_.
La Naissance du Sauveur; par _Le Clerc_.
L'Adoration des Mages; la Fuite en Égypte; Jésus-Christ prêchant
dans le Temple; le Couronnement de la Vierge; sans nom d'auteurs.
SÉPULTURES.
Dans cette chapelle avoit été inhumé M. Ollier, fondateur du
séminaire, mort en 1657.
Ce séminaire possédoit une belle bibliothèque, composée d'environ
trois mille volumes dispersés dans diverses pièces. Il avoit aussi une
collection choisie d'estampes et un cabinet d'histoire naturelle[244].
[Note 244: La maison de cette communauté a été démolie pour
former la place Saint-Sulpice; le nouveau séminaire qui se
prolonge dans la rue Pot-de-Fer, a sa façade sur un des
côtés de cette place. (_Voyez_ l'article _Monuments
nouveaux_.)]
LE PETIT SÉMINAIRE (rue Férou).
La partie des bâtiments du grand séminaire qui donnoit sur la rue
Férou étoit destinée à ceux qui composoient le petit séminaire. Il
porta d'abord le nom de _Saint-Joseph_, et fut fondé, en 1686, dans
une maison de cette rue, que la construction du portail de
Saint-Sulpice força presque aussitôt de démolir; on le transféra, dès
l'année suivante, dans une autre maison achetée par le séminaire, et
toujours dans la même rue. La communauté des étudiants en
philosophie, instituée en 1687, eut ses exercices communs avec ceux du
petit séminaire jusqu'en 1713 qu'elle en fut séparée. En 1694 on avoit
aussi réuni au petit séminaire une autre communauté nommée
_Sainte-Anne_, établie en 1684 dans la rue Princesse.
COMMUNAUTÉ DES ROBERTINS (cul-de-sac Férou).
Cette petite communauté, composée d'ecclésiastiques qui se destinoient
à entrer au séminaire, fut établie dans ce cul-de-sac en 1677 par M.
Boucher, docteur de Sorbonne. Il engagea par son testament MM. de
Saint-Sulpice à s'en charger, ce qu'ils acceptèrent le jour même de
son décès, arrivé le 20 janvier 1708. Les libéralités dont les combla
M. Robert, l'un de leurs supérieurs, leur fit donner le nom de
_Robertins_.
Leur chapelle étoit décorée d'un très beau tableau de _Le Sueur_,
représentant la Présentation au Temple.
LES ÉCOLES DE CHARITÉ _OU_ LES SOEURS DE L'ENFANT JÉSUS (rue
Saint-Maur).
Ces écoles, dont le but étoit de donner à de pauvres filles ces
premiers principes d'une éducation religieuse, principes presque
toujours ineffaçables, et que des parents peu éclairés et dans
l'indigence sont hors d'état de communiquer à leurs enfants, avoient
été instituées par un minime nommé le père Barré. Jaillot pense que
les premiers fondements de cette institution charitable furent jetés à
Rouen en 1666 et à Paris en 1667, sur la paroisse Saint-Jean en Grève.
L'utilité de ces écoles fut bientôt tellement reconnue, que toutes les
paroisses s'empressèrent de les adopter. Elles étoient établies par
les curés sous l'administration d'une supérieure, et les personnes qui
se destinoient à cette oeuvre de charité n'y étoient engagées par
aucun voeu solennel. La maison de Saint-Maur étoit le chef-lieu de
leur institut[245].
[Note 245: Cette maison et la précédente sont aujourd'hui
des habitations particulières.]
LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES.
(Rue Notre-Dame-des-Champs.)
Cet établissement, formé dans les mêmes vues de charité et pour élever
dans le travail et dans la piété de jeunes garçons nés de parents
pauvres, succéda, dans cette rue, à une communauté de filles, connue
sous le nom de _Communauté de mademoiselle Cossart_, ou des _Filles du
Saint-Esprit_. Cette association, fondée en 1666 par cette pieuse
demoiselle pour l'éducation des pauvres filles, ayant été supprimée,
d'abord en 1670, ensuite et définitivement en 1707, il se trouva que
la fondatrice, qui sembloit avoir prévu son peu de durée, avoit
ordonné que, dans le cas de sa suppression, la propriété en
reviendroit à l'hôpital général. Ses intentions furent remplies, et la
maison, vendue par les administrateurs, après avoir eu plusieurs
propriétaires, passa enfin en 1722 aux frères des écoles chrétiennes.
Ces frères, indistinctement nommés les frères _des Écoles_, les frères
_de l'Enfant-Jésus_ qui est leur véritable nom, et les frères _de
Saint-Yon_, parce que leur noviciat y étoit établi, furent institués à
Reims en 1679 par M. de La Salle, docteur en théologie et chanoine de
cette cathédrale. Le succès de cet établissement fit naître la pensée
d'en former de semblables à Paris. M. de La Salle y fut appelé en
1688, et les frères qu'il avoit amenés avec lui ouvrirent leurs écoles
dans la rue Princesse. Elles procurèrent tout le bien qu'on en avoit
attendu, et l'on en trouve sept, avant la fin de ce siècle, établies
dans divers quartiers de cette partie méridionale de Paris. Enfin
elles furent transférées, comme nous venons de le dire, rue
Notre-Dame-des-Champs.
La chapelle du Saint-Esprit subsistoit encore dans les derniers
temps, et l'on y disoit la messe tous les dimanches et fêtes[246].
[Note 246: La chapelle a été détruite; la maison est habitée
par des particuliers.]
COLLÉGE DU MANS (rue d'Enfer).
Ce collége fut fondé par Philippe de Luxembourg, évêque du Mans,
cardinal et légat du Saint-Siége, lequel destina à cette bonne oeuvre
une somme de 10,000 fr., par son testament du 26 mai 1519. Ses
exécuteurs testamentaires, afin de remplir ses intentions, achetèrent,
1º de François Ier, moyennant la somme de 8,000 fr., les émoluments du
scel de la prévôté de Paris, qui produisoit alors 550 livres; 2º
l'hôtel des évêques du Mans, situé rue de Reims, et alors en très
mauvais état, pour le prix de 25 liv. de rente; 3º une place que leur
céda l'abbé de Marmoutier, pour 5 liv. de rente et 17 sous de cens,
sur laquelle ils firent construire une chapelle. Cette fondation fut
faite pour un principal, un procureur qui seroit en même temps
chapelain, et dix boursiers du diocèse, et à la nomination des évêques
du Mans. On en dressa les statuts en 1526; mais, dès 1613, les revenus
de la maison étoient tellement diminués, que les exercices furent
interrompus et les bourses supprimées ou du moins suspendues. Les
jésuites profitèrent de cette circonstance pour réunir ce collége au
leur[247]; et sur la somme de 53,156 liv. 13 sous 4 deniers, que le
roi donna pour cette acquisition, on prit celle de 28,000 liv., avec
laquelle on acheta l'hôtel de Marillac, rue d'Enfer, dans lequel ce
collége fut transféré en 1683. Il a subsisté jusqu'en 1764, époque de
sa réunion au collége de l'Université[248].
[Note 247: _Voyez_ t. 3, 2e partie, p. 529.]
[Note 248: Ce collége est habité maintenant par des
particuliers.]
LE SÉMINAIRE DE SAINT-PIERRE ET SAINT-LOUIS (même rue.)
La plupart de nos historiens, ayant négligé de faire des recherches
sur l'origine de cet établissement, se sont contentés d'en fixer
l'époque à l'année 1696. Il devoit son origine à M. François de
Chansiergues, diacre. Ayant réuni quelques pauvres ecclésiastiques
qu'il aidoit à subsister, il en forma de petites communautés et leur
donna le nom de _Séminaire de la Providence_[249]. M. de Lauzi, curé
de Saint-Jacques de la Boucherie, convaincu de l'utilité de semblables
institutions, s'unit à M. de Chansiergues pour les perfectionner.
Celle dont nous parlons fut placée d'abord dans une maison rue
Pot-de-Fer, laquelle fut cédée, en pur don et en vue de cette oeuvre
de piété, par M. François Pingré, sieur de Farinvilliers, et dame
Catherine Pépin son épouse. M. de Marillac, successeur de M. de Lauzi,
voulut imiter son zèle et prendre la suite de ses projets.
Propriétaire d'une maison assez vaste, rue d'Enfer, il la destina en
1687 pour recevoir le séminaire de la rue Pot-de-Fer. M. et madame de
Farinvilliers y firent bâtir le corps de logis principal ainsi que la
chapelle, et donnèrent 80,000 liv. pour la fondation de douze places
gratuites, depuis réduites à dix. Elles étoient à la nomination du
supérieur; mais pour donner plus d'émulation aux jeunes clercs, on les
mettoit au concours.
[Note 249: Il avoit déjà établi une communauté du même genre
en 1685, près de l'église Saint-Marcel, dans le quartier de
la place Maubert.]
M. de Marillac, de son côté, ne borna pas ses bienfaits à ces
premières libéralités; il y joignit en 1696 une maison joignant celle
de la rue Pot-de-Fer, deux autres maisons à Gentilli et 1150 livres de
rente. Enfin M. le cardinal de Noailles et M. de Marillac, conseiller
d'état, frère de l'instituteur, mirent la dernière main à cet
établissement, en le faisant confirmer par des lettres-patentes qu'ils
obtinrent en 1696. Le roi gratifia alors ce séminaire d'une pension
annuelle de 3,000 livres, et le clergé lui en accorda une de 1,000
liv.
Outre les places gratuites fondées par M. de Farinvilliers, il y en
avoit trois autres pour de jeunes clercs d'Aigueperse et de Riom, dont
on étoit redevable à M. Fouet, docteur en théologie. Ce séminaire
étoit en tout composé de cent quarante étudiants, sous l'inspection de
quatre personnes nommées par l'archevêque, qui prenoit le titre de
premier supérieur de cette maison, et payoit la pension de trente à
quarante ecclésiastiques.
La chapelle étoit grande et bien ornée. La première pierre en fut
posée en 1703 par le cardinal de Noailles, et le séminaire ne fut
transféré dans cette nouvelle demeure que le 1er octobre de l'année
suivante[250].
[Note 250: Les bâtiments en furent d'abord changés en
caserne pendant la révolution, et l'église devint le magasin
des décorations du Théâtre-François, dit l'_Odéon_;
maintenant on en a fait une usine où se confectionne le gaz
hydrogène qui sert à l'éclairage de Paris.]
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant le boiteux; par
_Jeaurat_.
Saint Louis, saint Charles, une Assomption, l'Ange consolant
saint Pierre; par le même.
La bibliothèque de cette maison étoit un legs de M. Louis-Bernard
Oursel, prêtre, docteur en théologie, chanoine et grand pénitencier de
l'église de Paris.
HÔTELS.
ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.
HÔTEL DE CONDÉ (rue de Condé).
L'endroit où il étoit situé faisoit anciennement partie du clos
Bruneau. Antoine de Corbie y fit bâtir un _séjour_ ou _maison de
plaisance_, que Jérôme de Gondi, duc de Retz et maréchal de France,
acheta au mois de juillet 1610. Cet hôtel qu'il avoit agrandi,
embelli, et rendu l'un des plus magnifiques d'alors, fut vendu et
adjugé par décret, en 1612, à Henri de Bourbon, prince de Condé. Dans
le siècle dernier, la famille de Condé l'ayant abandonné pour occuper
le palais Bourbon, il fut démoli, et l'on choisit cet emplacement pour
y construire le Théâtre-François.
Cet hôtel étoit composé de plusieurs corps de logis, bâtis à
différentes époques et n'offrant aucune symétrie dans leur ensemble.
HÔTEL DE BOURBON (rue du Petit-Bourbon).
Cet hôtel, sur l'emplacement duquel on a vu depuis s'élever l'hôtel
de Châtillon, occupoit l'espace renfermé entre les rues de Tournon et
Garancière. Il appartenoit à Louis de Bourbon, duc de Montpensier.
Sauval dit que sa veuve y demeuroit en 1588, lorsqu'à la nouvelle de
la mort des Guise, tués à Blois les 23 et 24 décembre de cette année,
elle parcourut la ville de Paris, excitant la populace à la révolte et
allumant ainsi le feu de la guerre civile.
HÔTEL DE GARANCIÈRE (rue Garancière).
Il y avoit autrefois dans cette rue un hôtel Garancière qui lui avoit
donné son nom. Il en est fait mention dans des actes de 1421 et
1427[251]. Mais en 1457 il étoit en ruine et ne fut point rebâti.
[Note 251: _Arch. de Saint-Germain._]
HÔTEL DE ROUSSILLON (rue du Four).
Cet hôtel, qui existoit encore au commencement du dix-septième siècle,
appartenoit à Louis, bâtard de Bourbon, comte de Roussillon en
Dauphiné; c'étoit un démembrement de l'ancien hôtel et des jardins de
Navarre dont nous avons déjà parlé. Vers 1620, cet hôtel fut vendu à
divers particuliers; on construisit des maisons sur l'emplacement
qu'il occupoit, et l'on y ouvrit les rues Guisarde et Princesse.
HÔTEL CASSEL (rue Cassette).
Cet ancien hôtel occupoit la plus grande partie de la rue Cassette,
dont le nom n'est qu'une altération de celui de Cassel. Il existoit
dans le seizième siècle; nous ignorons l'époque de sa destruction.
HÔTEL MÉZIÈRE (même rue).
Cet hôtel appartenoit à une ancienne famille que l'on disoit issue de
la maison d'Anjou; et ses jardins s'étendoient le long de la rue qui
conserve encore aujourd'hui le nom de Mézière. Il fut vendu le 3 avril
1610, au prix de 24,000 liv., et changé, comme nous l'avons déjà dit,
en une maison de noviciat pour les Jésuites.
HÔTEL SAINT-THOMAS (rue Saint-Thomas).
Cet hôtel assez remarquable avoit été bâti par les Jacobins. Il en est
fait mention dans un titre nouveau du 17 avril 1636[252].
[Note 252: JAILLOT, _Quartier du Luxembourg_.]
HÔTEL DU GRAND MOYSE (rue Princesse).
On ne sait rien autre chose de cet hôtel, sinon qu'il existoit au
dix-septième siècle dans cette rue, au coin de laquelle on avoit placé
une statue de Moyse, tenant les tables de la loi. L'opinion commune
étoit que cette maison avoit appartenu à un Juif; mais on n'en a
aucune preuve.
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
HÔTEL DE SOURDÉAC (rue Garancière).
Cet hôtel bâti par René de Rieux, évêque de Léon, étoit dans le
principe appelé _Hôtel de Léon_; il passa en 1651 à Gui de Rieux,
seigneur de Sourdéac, dont il a conservé le nom, quoique ce ne soit
plus qu'une maison particulière.
HÔTEL DE NIVERNOIS (rue de Tournon).
Cet hôtel est célèbre pour avoir été habité par le fameux maréchal
d'Ancre, Concino-Concini. On sait qu'après la mort de ce favori il fut
pillé et confisqué au profit du roi. Louis XIII y demeura quelque
temps. Il fut affecté depuis au logement des ambassadeurs
extraordinaires; enfin on l'échangea avec M. le duc de Nivernois
contre l'hôtel de Pontchartrain, et ce seigneur en fut le dernier
propriétaire jusqu'au moment de la révolution. Cet hôtel avoit été
restauré par M. Peyre aîné, architecte, et passoit alors pour une des
plus agréables habitations de Paris.
HÔTEL DE VENDÔME (rue d'Enfer).
Cet hôtel, que les Chartreux avoient fait construire en 1706, en même
temps que toutes les maisons contiguës jusqu'à la première porte
d'entrée de leur monastère, avoit été fort augmenté et embelli par
madame la duchesse de Vendôme qui l'avoit acheté à vie. Il fut depuis
occupé par le duc de Chaulnes. La princesse d'Anhalt y ayant ensuite
établi sa demeure, obtint du roi la permission de faire abattre une
partie du mur, d'établir ainsi une communication avec le jardin du
Luxembourg, et de fermer cette ouverture par une grille de fer qui
subsiste encore aujourd'hui. Cet hôtel est bien bâti, et accompagné
d'un vaste jardin[253].
[Note 253: Il sert maintenant de dépôt au cabinet de
minéralogie.]
AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.
Hôtel de Brancas, rue de Tournon.
---- de Châlons, rue du Regard.
---- de Charost, rue Pot-de-Fer.
---- de Cayla, rue de Sèvre.
---- de Clermont-Tonnerre, rue du Petit-Vaugirard.
---- de Croy, rue du Regard.
---- de Guerhoënt, rue de Sèvre.
---- de Laval, rue de Tournon.
---- de Laval, rue Notre-Dame-des-Champs.
---- de Mailli, même rue.
---- de Monteclerc, rue du Chasse-Midi.
---- de Montréal, rue du Regard.
---- de Peruse-Escars, même rue.
---- de Rochambeau, même rue.
---- de l'abbé Terrai, rue Notre-Dame-des-Champs.
---- de Toulouse, rue du Regard.
---- de Ventadour, rue de Tournon[254].
[Note 254: C'est dans cet hôtel que se tiennent les séances
du conseil de guerre de la première Division militaire.]
CHÂTEAU D'EAU.
Ce réservoir, situé à l'angle de la rue Maillet, et vis-à-vis la
maison de l'Oratoire, avoit été bâti en 1615 en même temps que le
palais du Luxembourg, pour recevoir quatre-vingt-quatre pouces d'eau,
qui venoient du village de Rongis, en passant par le bel aqueduc
d'Arcueil. Cette eau étoit ensuite distribuée dans divers quartiers de
la ville[255].
[Note 255: Cet édifice existe encore, et n'a point changé de
destination.]
CASERNE DES GARDES FRANÇOISES.
Cette caserne, construite pour une compagnie de ce régiment, étoit
située dans la rue de Sèvre, au coin de celle de Saint-Romain.
BARRIÈRES.
Ce quartier est borné au midi par cinq barrières.
1º Barrière d'Enfer.
2º ------ du Mont-Parnasse.
3º ------ du Maine.
4º ------ des Fourneaux.
5º ------ de Sèvre.
RUES ET PLACES
DU QUARTIER DU LUXEMBOURG.
_Rue des Aveugles._ Elle commence à la petite place où étoit autrefois
le presbytère de Saint-Sulpice, et finit à la rue du Petit-Bourbon, au
coin de la rue Garancière. Sauval prétend qu'elle doit ce nom à un
aveugle qui y demeuroit[256], et à qui appartenoient toutes les
maisons dont elle étoit composée. Sans nous arrêter à vérifier cette
tradition, il nous suffira de dire, avec Jaillot, que, dans plusieurs
titres de 1636, elle est nommée rue de l'_Aveugle_; en 1642 elle est
désignée rue des _Prêtres_; ce n'est qu'en 1697 qu'elle prend enfin le
nom de rue des _Aveugles_. Vers le milieu du dix-huitième siècle, elle
se prolongeoit jusqu'à la rue des Canettes; mais à cette époque le
curé de Saint-Sulpice fit abattre quelques maisons pour construire en
cet endroit une petite place qui fait maintenant partie de la place
Saint-Sulpice[257].
[Note 256: Tome 1er, page 111.]
[Note 257: Elle fut aussi nommée, suivant un auteur, rue du
_Cimetière-Saint-Sulpice_. Il est vrai qu'il y en avoit un
dans cette rue, lequel fut béni le 10 juin 1664; mais on ne
trouve nulle part qu'on en ait donné le nom à la rue. (Ce
cimetière a été détruit pendant la révolution, et changé en
jardin.)]
_Petite rue du Bac._ Elle traverse de la rue de Sèvre à celle des
Vieilles-Tuileries. Quelques auteurs la nomment _petite rue du Barc_,
et d'autres _du Petit-Bac_. Sauval dit que: «quelque nouvelle que soit
la petite rue du Bac, elle a changé de nom, et s'appelle la rue du
_Baril-Neuf_[258].» Elle doit la première dénomination, qu'elle a
reprise, à la grande rue du Bac, dont elle fait presque la
continuation.
[Note 258: Tome 1er, page 111.]