[Note 218: Personne n'ignore que ce prétendu miracle,

lequel donna lieu, dit-on, à la retraite de saint Bruno

et à l'institution de son ordre, est mis au nombre des

fables par les meilleurs critiques.]

4º Saint Bruno frappé de ce terrible événement, et prosterné

devant un crucifix.

5º Le même saint racontant à ceux qui l'environnent le dessein

qu'il a formé de quitter le monde, et les touchant par l'onction

de ses paroles.

6º Il engage six de ses amis à se joindre à lui et à embrasser le

même genre de vie.

7º Trois anges lui apparoissent pendant son sommeil, et

l'instruisent de ce qu'il doit faire.

8º Saint Bruno et ses compagnons distribuent leurs biens aux

pauvres.

9º Hugues, évêque de Grenoble, reçoit saint Bruno chez lui, et

trouve dans cette visite l'explication d'un songe qu'il avoit eu,

relativement à l'établissement de l'ordre des Chartreux.

10º Ce même évêque, saint Bruno et ses compagnons traversent des

montagnes affreuses pour arriver à la Chartreuse.

11º Saint Bruno et ses compagnons bâtissent une église et des

cellules sur la croupe d'une montagne.

12º L'évêque Hugues donne l'habit à ces nouveaux religieux.

13º Le pape Victor III confirme, en plein consistoire, l'institut

des Chartreux.

14º Saint Bruno donne lui-même l'habit à quelques nouveaux

religieux.

15º Le saint fondateur reçoit une lettre du pape Urbain II, qui

lui ordonne de se rendre à Rome pour l'aider de ses conseils.

16º Saint Bruno en présence du pape, et lui baisant les pieds.

17º Il refuse, par humilité, l'archevêché de Reggio que le pape

lui offroit.

18º Saint Bruno, retiré dans les déserts de la Calabre, y établit

un nouveau monastère de son institut.

19º Sa rencontre avec Roger, comte de Sicile, dans une chasse que

faisoit ce seigneur, et le don que lui fait celui de l'église de

Saint-Martin et de Saint-Étienne.

20º Saint Bruno apparoissant à Roger couché dans sa tente, et lui

donnant avis d'une conjuration tramée contre lui.

21º La mort de saint Bruno.

22º Saint Bruno enlevé au ciel par des anges[219].

[Note 219: Quelques années avant la révolution, le roi

avoit fait l'acquisition de ces chefs-d'oeuvre pour les

mettre dans sa collection: ils sont passés de la

galerie du Luxembourg dans le Musée royal.]

Aux extrémités de ce petit cloître:

La vue de la ville de Paris telle qu'elle étoit au commencement

du XVIIe siècle.

Celle de la ville de Rome. (On prétend que ces deux vues, ornées

de figures de demi-nature, étoient dues au pinceau de _Le Sueur_

et de ses élèves.)

La grande Chartreuse de Pavie, fondée par _Jean Galéas

Visconti_.--La Chartreuse de Grenoble.

On estimoit les vitraux de ce cloître. Ils représentoient les

Pères du désert, et avoient été exécutés d'après un peintre nommé

_Sadeler_.

SCULPTURES.

Dans le choeur des Pères, trois figures qui soutenoient le

pupitre, représentant la Foi, l'Espérance et la Charité.

Dans le grand cloître, du côté de l'église, un grand bas-relief

sculpté sur la muraille, où l'on voyoit Jeanne de Châtillon

présentant à la sainte Vierge, qui tenoit l'Enfant Jésus dans ses

bras, et à saint Jean Baptiste, quatorze Chartreux à genoux. Le

haut de cette sculpture étoit orné de treize écussons aux armes

de France et de Châtillon alternativement. On y lisoit aussi

plusieurs inscriptions rapportées par Piganiol[220].

[Note 220: Pour empêcher la dégradation entière de ce

monument, MM. de Châtillon le firent masquer, en 1712,

par une boiserie, sur laquelle on avoit peint tout ce

qui étoit sculpté derrière; ce qui faisoit un tableau

de quinze pieds de largeur sur quatre de hauteur.]

Dans le mur des ailes du même cloître, à gauche, la figure de

Pierre de Navarre, ayant saint Pierre à ses côtés, et quatre

Chartreux devant lui, tous aux pieds de la Vierge. Un ange, placé

derrière ce groupe, soutenoit une inscription qui faisoit mention

des quatre cellules fondées par ce prince.

Sur la porte de la seconde cour, une statue de la Vierge, aux

pieds de laquelle un grand bas-relief faisoit voir saint Louis

présentant plusieurs Chartreux à cette reine du ciel. À ses côtés

étoient saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Hugues,

d'abord chartreux, depuis évêque de Lincoln.

SÉPULTURES.

Dans l'église avoient été inhumés:

Philippe de Marigny, évêque de Cambrai, puis archevêque de Sens,

mort en 1325. (Transporté de l'ancienne chapelle devant le

maître-autel de l'église.)

Jean de Blangi, docteur en théologie, évêque d'Auxerre, mort en

1344.

Jean de Chissé, évêque de Grenoble, mort en 1350.

Amé de Genève, frère du pape Clément VII, mort en 1359. (Il étoit

représenté armé sur son tombeau.)

Jean de Dormans, évêque de Beauvais, cardinal et chancelier de

France; Guillaume de Dormans, aussi chancelier de France, morts

tous les deux en 1373. (La statue en bronze du cardinal étoit

couchée sur son tombeau)[221].

[Note 221: Cette statue et celle d'Amé de Genève

n'avoient point été déposées aux Petits-Augustins.]

Marguerite de Châlons, femme de Jean de Savoie, chevalier, morte

en 1378.

Guillaume de Sens, premier président du parlement de Paris, mort

en 1399.

Michel de Cernay, évêque d'Auxerre et confesseur de Charles VI,

mort en 1409.

Pierre de Navarre, fils de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre,

mort en 1412. (Il étoit représenté en marbre blanc, couché sur

son tombeau, avec Catherine d'Alençon sa femme, quoique cette

princesse, morte en 1462, eût été inhumée à

Sainte-Geneviève[222]).

[Note 222: Ces deux statues, d'une exécution gothique

assez soignée, se voyoient dans ce Musée.]

Philippe d'Harcourt, premier chambellan de Charles VI, mort en

1414.

Jean d'Arsonvalle, évêque de Châlons et confesseur du dauphin,

fils de Charles VI, mort en 1416.

Jean de La Lune, neveu de l'antipape Benoît XIII, mort en 1424.

Adam de Cambray, premier président de Paris, mort en 1456.

Charlotte Alexandre, sa femme, morte en 1472.

Louis Stuart, seigneur d'Aubigni, mort en 1665.

Dans le cloître et dans le grand cimetière:

Jean Versoris, avocat et fameux ligueur, mort en 1588.

Jean Descordes, chanoine de Limoges, dont la bibliothèque a fait

le fond de celle du collége Mazarin, mort en 1642.

Pierre Danet, curé de Sainte-Croix de la Cité, et auteur des

dictionnaires qui portent son nom, mort en 1709.

Dans la chapelle des femmes:

Laurent Bouchel, avocat fameux, mort en 1629, etc.

On entroit dans ce monastère par un portail situé sur la rue d'Enfer;

une avenue assez longue et plantée d'arbres conduisoit à la porte

intérieure de la maison. La première cour offroit à gauche une

chapelle assez grande que l'on nommoit la chapelle _des femmes_, parce

que c'étoit le seul endroit du couvent où il leur fût permis d'entrer.

Elle avoit été consacrée en 1460, sous l'invocation de la Vierge et de

saint Blaise[223]; dans la seconde cour on voyoit à droite un corps

de logis bien bâti, qui avoit servi autrefois à loger les _hôtes_. À

gauche se présentoit l'église dans toute sa longueur.

[Note 223: L'ancien chemin d'Issy passoit autrefois le

long du terrain où elle avoit été bâtie.]

De l'église on passoit dans le petit cloître qui étoit orné de

pilastres d'ordre dorique. Les tableaux de Le Sueur étoient encastrés

dans les arcs de ce cloître.

Autour du grand cloître, qui avoit été bâti à plusieurs reprises,

étoient les cellules. Chacun de ces petits logements se composoit d'un

vestibule, d'une chambre, d'une autre pièce, qui servoit de

bibliothèque ou de laboratoire, suivant le goût du religieux qui

l'occupoit, d'une petite cour et d'un petit jardin. Du reste, la règle

de saint Bruno, tout austère qu'elle étoit, s'est toujours maintenue

chez les chartreux, sans altération et sans adoucissement; c'est de

tous les ordres religieux le seul, ce nous semble, qui n'ait jamais eu

besoin de réforme.

La sacristie et le chapitre avoient été bâtis aux dépens d'un

cordonnier nommé Pierre Loisel et de sa femme. Tous les deux avoient

été enterrés dans le chapitre en 1331 et 1343[224]. Nous avons déjà

dit que le réfectoire avoit été établi dans la chapelle Vauvert. La

bibliothèque du prieur étoit considérable, et estimée tant pour la

quantité que pour la qualité des livres qui la composoient.

[Note 224: On voyoit sur leur tombe un écusson ayant

une botte en pal, chargée d'un oiseau sur la

genouillière.]

Les dépendances de cette maison, qui ne consistoient d'abord qu'en

huit arpents et demi, n'étant plus suffisantes pour le nombre toujours

croissant de ses religieux, ils firent successivement beaucoup

d'acquisitions dans les clos de Vignerei et de Saint-Sulpice,

acquisitions dont les titres et la preuve se trouvoient dans les

archives de Saint-Germain. Marie de Médicis ayant eu besoin d'une

partie de ce terrain pour son parc du Luxembourg, leur donna en

échange des terres situées vis-à-vis de leur monastère et de l'autre

côté du chemin d'Issy. Comme ce chemin étoit ouvert dans un fond

humide et souvent impraticable, Louis XIII, par des lettres-patentes

datées de 1617, leur en fit don dans une longueur de cent vingt-et-une

toises, avec permission de l'enfermer dans leur enceinte. Ce terrain

formoit leur petit clos. Le même monarque ordonna que l'on

construiroit l'avenue plantée d'arbres qui conduisoit à leur

monastère, et que la rue d'Enfer seroit continuée en ligne droite

jusqu'aux Carmélites.

Le terrain qu'occupoient les chartreux étoit immense, si l'on

considère qu'il étoit renfermé dans l'un des faubourgs de Paris; le

seul jardin potager renfermoit au moins quinze arpents[225].

[Note 225: L'église et le couvent des Chartreux ont été

entièrement détruits; sur leur terrain on a établi une

très grande pépinière, et plusieurs avenues plantées

d'arbres qui font partie du jardin du Luxembourg.

(_Voyez_ l'article _Monuments nouveaux_.)]

L'ABBAYE DE PORT-ROYAL.

Ce monastère étoit un démembrement de celui de _Porroi_ ou _Porrois_

et _Porrais_, fondé près de Chevreuse en 1204. Il fut nommé depuis,

par altération, _Port-du-Roi_ et _Port-Royal_. On y suivoit la règle

de Cîteaux; mais les austérités qu'elle prescrit s'étoient adoucies

par degrés, et le relâchement commençoit à s'y introduire, lorsqu'en

1609 la réforme y fut introduite par Jacqueline-Marie-Angélique

Arnauld, qui alors en étoit abbesse. Cette réforme eut un si grand

succès et fut embrassée par tant de personnes, que les bâtiments de

cette maison devenant insuffisants, on pensa, peu de temps après, à

former un second établissement; et ce parti devenoit d'autant plus

urgent que le monastère de Port-Royal étoit situé dans une vallée

marécageuse et très malsaine. Il est probable toutefois que

l'exécution en eût souffert beaucoup de difficultés, sans les

libéralités de madame Catherine Marion, veuve d'Antoine Arnauld, sieur

d'Andilli, et mère de l'abbesse. Elle fit, au profit de cette abbaye,

l'acquisition d'une grande maison accompagnée de jardins, nommée la

maison de _Clagni_, et non de _Glatigni_, comme l'écrivent plusieurs

historiens. M. de Gondi donna en 1625 les permissions nécessaires pour

la translation des religieuses, translation qui fut exécutée le 28 mai

de la même année; et les dons considérables d'un très grand nombre de

personnes de la plus haute qualité fournirent bientôt les moyens d'y

faire construire les lieux réguliers, ainsi que tous les autres

bâtiments nécessaires à une communauté religieuse[226]. La mère

Angélique, désirant consolider la réforme qu'elle avoit instituée,

obtint du pape et du roi que son monastère seroit soustrait à la

juridiction de Cîteaux, pour être soumis à celle de l'archevêque de

Paris, et que l'élection des abbesses, jusque là perpétuelle,

deviendroit triennale. Le roi lui ayant accordé à cet effet des

lettres-patentes en 1629, elle donna sa démission en 1630.

[Note 226: Madame Hurault de Chiverni, veuve du marquis

d'Aumont, acquitta toutes les dettes de la communauté,

fit bâtir le choeur et les logements pratiqués au

dessus, éleva les murs de clôture du jardin, etc.; la

marquise de Sablé fit construire le corps de logis et

le chapitre au bout du choeur; la princesse de

Guémenée, la sacristie et partie d'un des côtés du

cloître. Mesdames de Pontcarré, de Choiseul-Praslin, de

La Guette de Champigny, de Boulogne, de Rubantel, etc.;

MM. de Sévigné, Le Maître de Séricourt-Sacy, Le Roi de

La Potherie, etc., comblèrent les religieuses de

libéralités, et plusieurs de ces dames s'y renfermèrent

après la mort de leurs maris. Louise-Marie de Gonzague

de Clèves, reine de Pologne, qui avoit été élevée à

Port-Royal, signala sa reconnoissance par de riches

présents.]

Les fondements de l'église de ce monastère furent jetés en 1646; elle

fut achevée et bénite en 1648. Dès l'année précédente madame Arnauld

avoit obtenu du pape un nouveau bref pour établir dans son monastère

l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.

Cependant on ne cessoit point de travailler aux réparations de

l'ancien monastère, à qui l'on donna alors, pour le distinguer de

celui-ci, le nom de _Port-Royal-des-Champs_. Dès qu'elles furent

achevées, l'abbesse et les religieuses demandèrent à l'archevêque la

permission d'y envoyer quelques-unes de leurs soeurs, ce qui leur fut

accordé en 1647, sous la condition expresse que cette maison ne

formeroit point un corps de communauté particulière, et ne cesseroit

point d'être soumise à l'autorité de l'abbesse et à la juridiction de

l'ordinaire. Depuis, la résistance qu'opposèrent à la signature du

formulaire les religieuses de Paris détermina l'archevêque à les

transférer dans le Port-Royal-des-Champs; quelques unes même furent

dispersées en divers couvents, ce qui dura jusqu'à la paix de Clément

IX, arrivée en 1669. Alors un arrêt du conseil sépara les deux maisons

de Port-Royal en deux titres d'abbayes indépendantes l'une de l'autre.

Celle de Paris fut déclarée de nomination royale et perpétuelle, et

l'autre, élective et triennale. On partagea en même temps tous les

biens, dont les deux tiers furent attribués à Port-Royal-des-Champs.

Cette dernière maison a subsisté jusqu'en 1709, qu'en conséquence

d'une bulle de Clément XI, M. le cardinal de Noailles, archevêque de

Paris, supprima le titre de cette abbaye et en réunit les biens à

celle de Paris. Les religieuses furent dispersées dans divers

monastères, et l'on détruisit leur couvent, en vertu d'un arrêt du

conseil donné dans la même année[227].

[Note 227: _Voyez_ p. 180.]

L'église élevée sur les dessins de Le Pautre, architecte célèbre,

passoit autrefois pour un chef-d'oeuvre d'architecture[228].

[Note 228: Elle existe encore, ainsi que la maison qui

sert maintenant d'hospices pour les pauvres femmes en

couche. C'est un ouvrage bien médiocre. (_Voyez_ pl.

188.)]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE PORT-ROYAL.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Cène; par _Philippe de Champagne_. Ce

n'étoit qu'une répétition du même sujet placé dans le choeur des

religieuses, où l'on n'entroit point[229].

[Note 229: Ce beau tableau est maintenant dans le Musée

du Roi.]

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Louis, seigneur de Pontis et d'Ubaie, maréchal de camp, mort en

1670.

Marie-Angélique de Scoraille de Roussille, duchesse de Fontange,

maîtresse de Louis XIV, morte en 1681.

Catherine-Gasparde de Scoraille, marquise de Curton, sa soeur,

morte en 1736.

L'INSTITUTION DE L'ORATOIRE.

Cette maison, située dans la rue d'Enfer, étoit consacrée à recevoir

ceux qui se destinoient à entrer dans la congrégation de l'Oratoire.

C'étoit là qu'ils recevoient les premières instructions du ministère

auquel ils étoient appelés. Ce fut Nicolas Pinette, trésorier de

Gaston, duc d'Orléans, qui l'acheta en 1650, la fit réparer d'une

manière convenable, et la donna ensuite à cette congrégation en toute

propriété. Les prêtres de l'Oratoire obtinrent, peu de temps après,

par le crédit de Gaston lui-même, des lettres-patentes qui les

gratifièrent de tous les priviléges dont jouissoient les maisons de

fondation royale.

L'église, dont la première pierre fut posée au nom de ce prince le 11

novembre 1655, fut bénite en 1657, sous le titre de la _Présentation

au temple_.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'INSTITUTION.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, la Présentation au Temple; _par

Simon-François_; de Tours.

Sur la porte d'entrée, Notre-Seigneur devant Pilate; par _Charles

Coypel_.

SÉPULTURES.

La chapelle de la Vierge renfermoit un mausolée élevé, en 1661, à

la mémoire du cardinal de Bérulle. Ce saint prélat y étoit

représenté à genoux dans une niche; au dessus, une grande urne de

marbre noir renfermoit sa main et son bras droit. Ce monument

avoit été exécuté par _Jacques Sarrazin_, auquel on devoit aussi

la statue du même personnage que l'on voyoit aux Carmélites[230].

[Note 230: Ce dernier monument a été donné au collége

de Juilly.]

Dans diverses parties de l'église avoient été inhumés:

Jeanne-Marie-Françoise Chouberne, l'une des bienfaitrices de

cette communauté, morte en 1655.

Henri de Barillon, évêque de Luçon, mort en 1699.

Le maréchal de Biron, mort en 1756.

La maison de l'institution étoit également célèbre par les hommes

distingués qu'elle a produits et par les personnages illustres qui s'y

sont retirés pour s'occuper uniquement du soin de leur salut.

Ses bâtiments étoient accompagnés d'un vaste enclos bien cultivé[231].

[Note 231: Cette maison, réunie au monastère de Port-Royal,

sert maintenant d'hospice pour les femmes en couche.]

La bibliothèque, peu considérable, offroit un choix de très bons

livres et possédoit quelques manuscrits précieux.

PRÊTRES DE LA COMMUNAUTÉ.

C'étoit ainsi que l'on nommoit en 1658 une réunion d'ecclésiastiques

qui s'étoit formée dans une maison de la rue Saint-Dominique. Ce sont

les mêmes qui se rendirent depuis si malheureusement célèbres sous le

nom de _Solitaires de Port-Royal-des-Champs_, où ils s'étoient

retirés.

LA FOIRE SAINT-GERMAIN.

On arrivoit à cette foire, sur l'emplacement de laquelle vient d'être

élevé le marché Saint-Germain[232], en revenant sur ses pas jusqu'à la

rue du Brave, où se présentait une de ses entrées; les autres étoient

dans la rue Guisarde et dans les petites rues qui aboutissent aux rues

du Four et des Boucheries.

[Note 232: _Voyez_ l'article _Monuments nouveaux_.]

L'abbaye de Saint-Germain jouissoit de temps immémorial du droit de

foire; mais la suite des temps amena de grands changements, soit à

l'égard des lieux où se formoit ce rassemblement, soit dans sa durée.

Le premier titre cité par Jaillot qui en fasse mention est une charte

de Louis-le-Jeune, datée de 1176[233], par laquelle il paroît que

l'abbé Hugues et ses religieux lui cèdent la moitié des revenus de

cette foire. Toutefois cet acte ne dit point en quel lieu elle se

tenoit, ni à quelle occasion cette cession fut faite; on y lit

seulement qu'elle commençoit tous les ans, quinze jours après Pâques,

et qu'elle duroit trois semaines. Il paroît probable que ce prince

indemnisa l'abbaye en lui permettant d'établir une autre foire,

puisqu'on trouve en 1200 que Philippe-Auguste confirma ce droit en

reconnoissant qu'il avoit été accordé pour Louis VII[234]. Jaillot

pense qu'elle pouvoit bien se tenir près du chemin d'Issy (rue

d'Enfer), et cite plusieurs actes à l'appui de cette assertion[235].

[Note 233: _Arch. de Saint-Germain_, A. 4, 1, 1.]

[Note 234: _Histoire de l'abbaye Saint-Germain_, p. 109.]

[Note 235: _Quartier du Luxembourg_, p. 12.]

Nous avons déjà fait mention de la rixe sanglante qui s'éleva en 1278,

près du Pré-aux-Clercs, entre les domestiques de l'abbaye et les

écoliers de l'Université[236]. Cette compagnie, qui jouissoit alors

d'une autorité sans bornes, la fit valoir à cette occasion avec une

violence qu'on a peine à concevoir aujourd'hui, et obtint de Philippe

le Hardi un arrêt dont la rigueur est presque sans exemple. Les

religieux de Saint-Germain furent condamnés à payer des sommes

considérables et à fonder deux chapelles, chacune de 20 livre parisis

de rente. Pour racheter cette rente de 40 livres, ils se décidèrent à

céder au roi l'autre moitié des droits de leur foire, ce qui est

prouvé par les lettres que Matthieu de Vendôme et le seigneur de Nesle

firent expédier à ce sujet en 1284[237]. Philippe le Hardi transféra

cette foire aux halles, ou pour mieux dire, il la supprima

entièrement.

[Note 236: _Voyez_ tome 1er, 2e partie, p. 718.]

[Note 237: _Arch. de Saint-Germain_, A. 4, 1, 3.]

On la voit renaître sous le règne de Louis XI. Les pertes

considérables que les religieux de Saint-Germain avoient essuyées sous

les règnes désastreux de Charles VI et Charles VII engagèrent Geofroi

Floreau, abbé de Saint-Germain, à demander à Louis XI, successeur de

ce dernier roi, la permission d'établir dans le faubourg une foire

franche, semblable à celle de Saint-Denis. Les lettres-patentes qui la

lui accordent, datées du Plessis-lès-Tours en 1482[238], portent que

cette foire de voit commencer le 1er octobre et durer huit jours.

L'époque et le temps de la durée furent changés plusieurs fois sous

les règnes suivants; enfin sous Louis XIV, qui en confirma le

privilége en 1711, l'ouverture en fut fixée définitivement au 3

février. Elle se prolongeoit ordinairement jusqu'à la veille du

dimanche des Rameaux.

[Note 238: _Arch. de Saint-Germain_, A. 4, 1, 6.]

Le terrain sur lequel on l'avoit établie étoit autrefois renfermé dans

les dépendances de l'hôtel de Navarre. En 1398, Charles VI ayant fait

don à son oncle, le duc de Berri, des jardins, places et masures qui

se trouvoient sur cet emplacement[239], ce prince, pour éteindre une

rente dont il étoit redevable aux religieux de Saint-Germain, leur

céda, dès l'année suivante, sa nouvelle propriété. Ils la destinèrent

aussitôt à leur foire, et, pour en faciliter l'accès, acquirent dans

le siècle suivant (en 1489), d'un particulier nommée Étienne Sandrin,

un passage qui conduisoit de la grande rue au clos de Navarre[240].

C'est ce passage qu'on a appelé depuis _Porte-Greffière_ et _passage

de la Treille_. Tel est le détail historique des circonstances de cet

établissement, vérifié par Jaillot sur les titres originaux, et sur

lequel Piganiol s'est considérablement trompé, tant pour les faits que

pour les dates.

[Note 239: _Ibid._, A. 4, 1, 4.]

[Note 240: _Ibid._, A. 4, 1, 5.]

Dès l'année 1486, les religieux de Saint-Germain avoient fait

construire trois cent quarante loges, mais avec si peu de solidité,

qu'en 1511 Guillaume Briçonnet, abbé de Saint-Germain, jugea à propos

de les faire rebâtir telles qu'on les a vues subsister jusqu'en 1762.

Elles furent détruites dans la nuit du 16 au 17 mars de cette année,

par un incendie si violent qu'en moins de cinq heures toutes les

loges, boutiques, etc., furent totalement consumées. On commença à les

reconstruire, dès le mois d'octobre suivant, et avec une telle

activité, que la foire y fut tenue comme à l'ordinaire, l'année

d'après et sans le moindre retard; mais il s'en falloit de beaucoup

que cette nouvelle foire fût aussi commode que l'ancienne, et bâtie

avec la même magnificence[241].

[Note 241: Cette ancienne foire étoit alors admirée comme un

des morceaux de charpente les plus hardis qu'il fût possible

d'imaginer. Elle se composoit d'un seul bâtiment divisé en

deux halles contiguës, qui, chacune, avoient cent trente pas

de long sur cent de large. Neuf rues tirées au cordeau, et

qui se coupoient à angles droits, les partageoient en

vingt-quatre parties[241-A]. Chaque loge étoit composée

d'une boutique au rez-de-chaussée et d'une chambre au

dessus. Quelques-unes étoient accompagnées de cours, où il y

avoit des puits pour éteindre le feu en cas d'accident,

précaution que la violence du vent rendit inutile dans cette

nuit désastreuse. Au bout de l'une des halles on avoit

pratiqué une chapelle, dans laquelle on disoit la messe tous

les jours pendant la durée de la foire.]

[Note 241-A: Ces rues étoient distinguées par les noms des

divers marchands qui y étaloient, tels que ceux de rue _aux

Orfèvres_, _aux Merciers_, _aux Drapiers_, _aux Peintres_,

_aux Tabletiers_, _aux Fayenciers_, _aux Lingères_, _etc._]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 7/8) · 第 19 / 23 段