Provence, tantôt de Grenoble[178], dit qu'en 1659 elles allèrent
demeurer rue de Vaugirard, dans un monastère qu'avoient habité les
religieuses de Lorraine. Il n'existe aucune preuve de cette
assertion, qui n'a été adoptée que par un seul historien[179]. Il est
certain toutefois que les religieuses _Annonciades_ du Saint-Sacrement
et de Saint-Nicolas en Lorraine furent obligées, en 1636, de venir
chercher un asile à Paris. Avec la permission de l'abbé de
Saint-Germain, elles s'établirent d'abord rue du Colombier, ensuite
rue du Bac, enfin dans la rue de Vaugirard. Leur sort n'y fut pas
heureux, car, en 1656, les lieux qu'elles occupoient furent vendus par
décret. Quatre religieuses du couvent de l'Assomption leur
succédèrent, y furent installées dans la même année, et alors le
couvent prit le nom de monastère de _la Présentation Notre-Dame_,
puis, en 1658, celui de _Notre-Dame de grâces_. Ce second
établissement ne réussit pas mieux que le premier; et l'on voit que,
dès 1664, elles furent également forcées de céder leur monastère à
leurs créanciers, et de se retirer dans la rue Saint-Maur, où elles
sont restées jusqu'en 1670, époque à laquelle cet hospice et plusieurs
autres furent supprimés.
[Note 178: Tome Ier, pages 489 et 708.]
[Note 179: Le Maire.]
NOVICIAT DES JÉSUITES.
La maison qui servoit de noviciat aux jésuites étoit située dans la
rue Pot-de-Fer. Avant l'édit donné en 1603 pour leur rétablissement,
ils n'avoient eu que deux maisons à Paris, le collége et la maison
professe. Cette circonstance leur parut favorable pour se procurer un
troisième établissement, destiné à éprouver et à former ceux qui
aspiroient à entrer dans leur société. Ils en obtinrent la permission
du roi en 1610; mais leur projet ne put être exécuté qu'en 1612,
époque à laquelle madame de Beuve leur transporta définitivement la
propriété de l'hôtel de Mézière, qu'elle avoit acheté deux ans
auparavant à leur intention. Les jésuites firent successivement
l'acquisition de plusieurs maisons voisines, en sorte que leur terrain
se trouvoit renfermé entre les rues Pot-de-Fer, Mézière, Cassette et
Honoré-Chevalier. À l'extrémité du jardin de l'hôtel Mézière existoit
alors une petite maison: ce fut sur son emplacement que M. François
Sublet des Noyers, secrétaire d'état, fit construire à ses dépens
l'église de cette communauté. La première pierre en fut posée par
Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain; commencée en 1630, elle fut
achevée en 1642, et bénite par l'évêque de Boulogne sous l'invocation
de _saint François-Xavier_.
Cette église, élevée sur les dessins et sous la conduite de frère
Martel-Ange, passoit autrefois pour une des constructions de ce genre
les plus régulières de Paris. L'intérieur étoit décoré de pilastres
doriques, à l'aplomb desquels s'élevoient des arcs-doubleaux enrichis
d'ornements d'architecture. Le portail, construit dans la forme
pyramidale, offroit deux ordres de pilastres dorique et ionique l'un
sur l'autre, avec les ressauts et les enroulements adoptés à cette
époque: cependant on peut remarquer que les lignes étoient ici moins
tourmentées que dans la plupart des décorations du même genre[180].
[Note 180: _Voyez_ pl. 188. L'église n'existe plus: la
maison avoit été détruite avant la révolution.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, richement décoré par Jules-Hardouin
_Mansard_, sous la conduite de Robert _de Cotte_, saint
François-Xavier ressuscitant un mort au Japon; par _Le
Poussin_[181].
[Note 181: Ce précieux tableau est dans la collection
du Musée.]
Dans les chapelles des croisées, la Vierge; par _Simon Vouet_.
Jésus-Christ prêchant; par _Stella_.
SCULPTURES.
Un très beau Christ; par _Sarrazin_.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoit été inhumé M. Sublet des Noyers, son
fondateur, mort en 1645.
LES FILLES DE L'INSTRUCTION CHRÉTIENNE.
Cette communauté, connue aussi, dans le commencement de son
institution, sous le nom de _Filles de la très sainte Vierge_, étoit
située dans la rue Pot-de-Fer, du côté de celle de Vaugirard. On en
devoit l'établissement à la piété charitable de Marie de Gournai,
veuve de David Rousseau, l'un des marchands de vin du roi, morte en
odeur de sainteté le 4 août 1688. Son intention avoit été de
rassembler cinq à six femmes ou filles capables d'apprendre aux
pauvres personnes de leur sexe les devoirs du christianisme, à lire,
à écrire, et à acquérir une industrie suffisante pour se procurer
l'existence par leur travail. Quelques personnes vertueuses la
secondèrent dans cette utile entreprise, et l'on obtint des
lettres-patentes en 1657. Madame Rousseau y consacra une maison
qu'elle possédoit rue du Gindre, où cette communauté a subsisté
jusqu'en 1738, qu'on la transféra dans son dernier local, à la fois
plus vaste et mieux distribué. Cette maison étoit régie par une des
maîtresses, qui, conformément aux statuts, ne prenoit que le titre de
_soeur aînée_; dans les derniers temps on l'appeloit _soeur première_.
La chapelle étoit dédiée sous le titre de la _Conception de la sainte
Vierge_.
Ces filles, qui ne faisoient point de voeux, étoient recommandables
par le zèle et l'exactitude avec lesquels elles n'ont cessé, jusqu'au
dernier moment, de remplir tous les devoirs de leur institut[182].
[Note 182: Cette maison est maintenant habitée par des
particuliers.]
LES DAMES DU CALVAIRE.
On regarde le P. Joseph, ce capucin si fameux sous le ministère de
Richelieu, comme le premier instituteur de cet ordre. Il fut secondé
dans cette entreprise par madame Antoinette d'Orléans-Longueville,
restée veuve à vingt-deux ans par la mort de Charles de Gondi, marquis
de Belle-Isle, son époux. Elle s'étoit d'abord retirée dans le couvent
des Feuillantines de Toulouse, où elle avoit pris le voile en 1599.
Étant passée ensuite à Fontevrauld, elle en embrassa la règle, et fut
nommée coadjutrice de cette abbaye. C'est là, suivant toutes les
apparences, que, de concert avec le P. Joseph, elle établit à
Poitiers, dans un monastère de son ordre, la dévotion à la sainte
Vierge accablée de douleur à la vue de Jésus-Christ expirant sur la
croix, et qu'elle en fit l'objet d'une loi particulière. Par son bref
du 25 octobre 1617, le pape Paul V lui permit de sortir de l'ordre de
Fontevrauld, de prendre à Poitiers le nouvel habit qu'elle avoit
choisi pour son institut, d'y mener tel nombre de filles qu'elle
jugeroit à propos, et d'établir d'autres monastères semblables sous le
titre de _Notre-Dame du Calvaire_. Comme elle s'apprêtoit à profiter
de cette permission, elle mourut tout à coup l'année suivante.
Toutefois une mort si prématurée n'arrêta point les progrès de cet
ordre naissant: le P. Joseph en établit un couvent à Angers, et la
reine Marie de Médicis, qui étoit alors dans cette ville, s'en déclara
fondatrice. Elle fit plus: elle voulut procurer à ces religieuses un
établissement à Paris, dans l'enceinte même du palais qu'elle faisoit
bâtir. Le P. Joseph, qui lui en avoit inspiré le dessein, avoit en
même temps cherché à leur procurer de nouveaux appuis; et madame de
Lauzon, veuve d'un conseiller au parlement, entraînée par les
sollicitations et par l'autorité de ce grave personnage, promit 1,200
liv. de rente et un capital de 18,000 liv. pour les frais de
l'établissement. Ce fut sur de telles assurances que six religieuses
de Notre-Dame-du-Calvaire de Poitiers se rendirent à Paris à la fin
d'octobre 1620. Elles furent placées d'abord rue des Francs-Bourgeois,
près la porte Saint-Michel, dans une maison que madame de Lauzon leur
avoit fait préparer; l'année suivante leur ordre fut approuvé par une
bulle de Grégoire XV; et Marie de Médicis passa avec elles un contrat
de fondation, par lequel elle leur donnoit cinq arpents de terre
joignant son palais, et 1,000 livres de rente. Mais on s'aperçut
bientôt que les bâtiments d'une communauté élevés sur ce terrain
auroient offusqué les vues du palais de la reine; et cette
considération ayant déterminé à leur reprendre cette partie du don,
elles se virent obligées d'acheter, en 1622, deux hôtels voisins[183],
dans lesquels elles firent construire d'abord quelques cellules et une
petite chapelle. Trois ans après, Marie de Médicis fit bâtir la
chapelle que nous avons vue jusque dans les derniers temps qui ont
précédé la révolution, laquelle fut bénite, en 1631, par l'évêque de
Léon, et dédiée, en 1650, par celui de Quimper, sous l'invocation de
_saint Jean-Baptiste_. La reine fit aussitôt construire le choeur, la
tribune, le cloître, une chapelle intérieure, etc.; et des
lettres-patentes données en 1634 confirmèrent cet établissement.
[Note 183: L'une de ces maisons se nommoit de _Montherbu_,
l'autre, l'hôtel des _Trois Rois_. (JAILLOT.)]
L'intention du P. Joseph ayant été d'établir spécialement ce couvent
«pour honorer et imiter le mystère de la compassion de la Vierge aux
douleurs de son adorable Fils», on en avoit conservé le souvenir en
faisant sculpter sur la porte de la chapelle une _Notre-Dame de Pitié_
tenant son fils mort sur ses genoux. La façade offroit, en plusieurs
endroits, le chiffre de Marie de Médicis[184].
[Note 184: Les bâtiments de cette maison servent maintenant
de caserne à la gendarmerie d'élite.]
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, un Christ avec la Vierge, saint Jean et
sainte Magdeleine; _par Philippe de Champagne._
Jésus-Christ au jardin des Olives; par le même.
Une Résurrection; par le même.
Le Père Éternel entouré d'anges; par le même.
SÉPULTURES.
Dans cette chapelle avoit été inhumé:
Pierre de Patris, premier maréchal-des-logis de Gaston, frère de
Louis XIII, poète du XVIIe siècle, mort en 1671.
LE PALAIS D'ORLÉANS, DIT LE LUXEMBOURG.
C'étoit dans l'origine une grande maison accompagnée de jardins, que
M. Robert de Harlai de Sanci avoit fait bâtir vers le milieu du
seizième siècle; ce que prouve un arrêt de la cour des aides donné en
1564, dans lequel elle est qualifiée d'hôtel _bâti de neuf_. M. le duc
de Pinei-Luxembourg en fit depuis l'acquisition, et y ajouta, en 1583
et années suivantes, plusieurs pièces de terres contiguës pour
agrandir ses jardins. Enfin elle fut achetée en 1612 par la reine
Marie de Médicis. Le contrat de vente, passé le 2 avril de cette
année, dit «que cet hôtel consistoit en trois corps de logis, cour
devant et autres cours et jardins derrière, tenant aux héritiers
Pellerin, au pavillon appelé _la ferme du Bourg_, et au sieur de
Montherbu; d'autre part, aux terres naguère acquises par ledit sieur
duc de Luxembourg, par devant sur la rue de Vaugirard.... _Item_ le
parc... _Item_ une maison devant l'hôtel du Luxembourg, aboutissant
sur les rues de Vaugirard, Garancière et du Fer-à-Cheval.... _Item_
trois arpents quarante-deux perches et demie, tenant à la muraille des
Chartreux.... _Item_ sept quartiers de terre audit lieu.... _Item_
cinq quartiers de terre audit lieu, etc. Ladite vente faite moyennant
90,000 liv.»
L'année suivante, Marie de Médicis acheta la ferme de l'Hôtel-Dieu,
contenant sept arpents et demi. Elle y joignit vingt-cinq autres
arpents de terre au lieu appelé _le Boulevard_. En 1614 elle acquit
d'un particulier deux jardins, contenant ensemble environ deux mille
quatre cents toises de superficie, puis se fit céder plusieurs parties
du clos de Vignerei, qui appartenoient aux Chartreux et à divers
autres propriétaires. Ces religieux reçurent en échange des terres
situées sur le chemin d'Issi, qui depuis ont formé leur petit clos et
qu'ils ont possédées jusqu'au moment de la révolution[185].
[Note 185: JAILLOT, _Quartier du Luxembourg_, p. 100 et
seqq.]
Ce fut sur ce vaste emplacement que cette reine conçut le projet de
faire élever une demeure royale, et de l'entourer de jardins
somptueux. Les fondements en furent jetés en 1615, sous la direction
et sur les dessins de Jacques Desbrosses, architecte de cette
princesse; et l'on y travailla avec tant d'activité, qu'en peu
d'années cet édifice fut achevé. Il devoit porter le nom de palais
_Médicis_; mais la reine l'ayant légué à Gaston de France, son second
fils, duc d'Orléans, ce prince y fit mettre le sien, ainsi que le
témoignoit l'inscription restée sur la principale porte, jusqu'au
moment de la révolution. Toutefois il ne conserva ni l'un ni l'autre
de ces deux noms: l'ancienne habitude prévalut, et l'on continua de
l'appeler vulgairement palais _du Luxembourg_.
Échu depuis pour moitié à la duchesse de Montpensier, il lui fut
abandonné moyennant la somme de 500,000 liv. Une transaction faite en
1672 le fit passer ensuite à mademoiselle Élisabeth d'Orléans,
duchesse de Guise et d'Alençon, laquelle en fit don au roi en 1694. Ce
palais fut depuis occupé successivement par la duchesse de Brunswick
et par mademoiselle d'Orléans, reine douairière d'Espagne. Enfin,
étant rentré dans le domaine royal à la mort de cette princesse, Louis
XVI le donna, en 1779, à Monsieur, depuis Louis XVIII.
Le palais dont nous venons de donner l'historique occupe à Paris le
second rang après celui du Louvre; et plus uniforme dans toutes ses
parties, il avoit eu jusqu'à présent sur lui l'avantage d'être
entièrement terminé. On citeroit en Europe peu de monuments de ce
genre qui réunissent plus de grandeur et un ensemble plus achevé. Le
Bernin avouoit sincèrement qu'il n'en connoissoit point qui pût lui
être préféré.
Son plan présente une dimension de soixante toises en longueur, et de
cinquante sur les deux moindres côtés, qui sont ceux de la façade sur
la rue de Tournon, et de la partie correspondante qui donne sur le
jardin[186]. Ce plan, à la réserve du corps des bâtiments du jardin,
forme un carré presque exact, dont toutes les parties se correspondent
avec art et symétrie, avantage que l'on rencontre bien rarement dans
les grands édifices.
[Note 186: _Voyez_ pl. 183 et 184.]
La simplicité du plan répond à sa régularité. Il se compose d'une
seule et vaste cour, environnée de portiques, et flanquée de quatre
corps de bâtiments carrés qu'on appelle pavillons[187]. La seule
irrégularité qu'on y remarque est causée par la saillie que produisent
les deux pavillons du fond de la cour sur les ailes des portiques
latéraux. Toutefois cette avance, qui annonce le corps principal du
bâtiment, étoit autrefois motivée en ce qu'elle venoit à la rencontre
d'une terrasse, pratiquée au devant de cette partie de l'édifice, et
dont l'effet étoit très agréable. La terrasse a été, depuis peu,
supprimée, pour donner aux voitures la facilité d'approcher du palais.
[Note 187: _Voyez_ pl. 185.]
Du côté du jardin, il semble que le plan du monument eût été plus
heureux sans cette addition de deux énormes pavillons, qui, avec le
corps du milieu, doublent, dans cette partie, l'épaisseur du bâtiment,
et donnent un aspect lourd et massif à son élévation[188]. On sait que
ce genre de construction tire son origine des tours gothiques dont
jadis étoient flanqués nos vieux châteaux. Le type s'en est conservé
dans presque tous les édifices françois, et principalement dans les
monuments du dix-septième siècle et du précédent; mais si, de loin,
l'aspect y gagne, il n'en est pas ainsi de près, surtout lorsqu'on
veut faire un mélange de ces constructions avec les ordonnances
grecques, qui demandent surtout de l'égalité dans les lignes et de la
régularité dans les masses.
[Note 188: _Voyez_ pl. 184.]
Toutefois ce défaut, quoique assez considérable, n'empêche pas que
l'élévation générale de ce palais ne mérite beaucoup d'éloges; et l'on
n'en connoît aucun dont l'aspect soit à la fois plus symétrique et
plus pittoresque. Ce double caractère est surtout remarquable dans la
façade qui donne sur la rue de Tournon. Rien de mieux conçu que la
disposition des deux pavillons, de la coupole qui s'élève au-dessus de
la porte, et l'accord qui règne entre ces trois masses pyramidales;
rien de plus heureux que cette idée de les lier ensemble par deux
terrasses, et jamais rapports d'ordonnance n'ont présenté un ensemble
plus harmonieux. Dans le principe, les corps de bâtiment qui forment
ces terrasses étoient _pleins_, c'est-à-dire qu'entre les pilastres
accouplés de l'ordonnance, régnoit un mur massif, coupé de bossages
dans le goût général de l'édifice. Ce plein présentoit sans doute à
l'oeil un repos toujours favorable à l'architecture; cependant on ne
sauroit dire qu'en ouvrant ce mur et en perçant ces massifs d'arcades,
en tout point semblables à celles de la cour, le palais y ait perdu.
Ces arcades s'accordent bien avec le reste de l'ordonnance,
introduisent de la légèreté dans l'ensemble, et peuvent même, à
quelques égards, passer pour une amélioration.
Nous le répétons, toute l'ordonnance des élévations de ce palais est
conçue dans le système le plus régulier. Il n'y a point de partie qui
ne corresponde avec exactitude à une autre. Quant à la décoration, au
rez-de-chaussée, tant en dehors qu'en dedans il règne, sur toute la
surface, un ordre prétendu toscan, ajusté par colonnes ou pilastres
accouplés, produisant des ressauts dans tous les trumeaux. Les vides
forment des arcades tantôt libres comme dans les portiques de la cour,
tantôt rétrécies par des croisées inscrites dans leurs ouvertures.
Le premier étage, en tout conforme au rez-de-chaussée pour la
disposition, est orné, dans le même style, d'un ordre dorique
également accouplé, également ressauté sur les trumeaux, et d'un rang
de croisées carrées avec chambranles. Une frise en métopes et en
triglyphes, pratiquée à l'entour, est la seule différence qui existe
entre cette ordonnance et l'ordonnance inférieure.
L'étage qui s'élève au dessus, ne règne ni généralement ni d'une
manière uniforme dans toutes les parties de l'édifice: il n'existe
point dans les ailes de la cour; dans les pavillons, sa hauteur est
égale à celle du premier étage, et il y est décoré, selon le même
style, d'un ordre dont le chapiteau est ionique. Au corps principal du
bâtiment, ce second étage s'annonce sous la forme d'attique, et reçoit
pour décoration l'espèce d'ordre auquel on est convenu de donner ce
nom.
Une des choses qui frappent le plus dans tout l'ensemble de ce
monument, est ce style un peu bizarre de bossages dont tous les murs,
tous les ordres et tous les étages sont couverts. C'étoit alors le
goût dominant à Florence. Marie de Médicis voulut, dit-on, que son
nouveau palais lui rappelât ceux de sa patrie; et l'on est assez
d'accord que Desbrosses, cherchant à satisfaire son désir, eut en vue
d'offrir dans le palais du Luxembourg quelque imitation du palais
_Pitti_. Ces deux édifices ont en effet, à plusieurs égards, des
traits de ressemblance, surtout dans ce système d'ordonnances coupées
par des bossages. Quant à ce genre d'ornement, en lui-même
essentiellement défectueux, tout ce que l'on peut en dire, c'est que,
lorsqu'il est traité avec hardiesse dans de grandes masses, il porte
au plus haut degré l'idée de la force et de la solidité, ce qui donne
toujours à l'architecture un caractère imposant. C'est ainsi que l'ont
entendu les architectes florentins. Desbrosses, au contraire, voulant
innover, perfectionner, et croyant adoucir la dureté des bossages en
les arrondissant, n'a produit d'autre effet que de leur donner de la
pesanteur et de la monotonie. Cependant, malgré le vice de cette
innovation, et l'aspect étrange que présente un semblable style,
surtout dans son application aux colonnes et aux ordonnances isolées,
il faut toujours convenir que le palais du Luxembourg frappe par la
solidité de sa construction, par la symétrie de sa disposition, par
l'accord de ses masses, enfin par un ensemble régulier et fini qu'il
est rare de rencontrer à Paris dans les grands édifices.
Les parties intérieures de ce palais n'avoient jamais été entièrement
terminées quant à la décoration. Les appartements, distribués et ornés
selon le goût du temps, n'offroient, au milieu de la richesse extrême
de leurs énormes plafonds surchargés de dorures, rien qui, sous le
rapport de l'art, méritât d'être remarqué. Mais les deux ailes qui
donnent sur la cour étoient destinées à former des galeries à jamais
célèbres dans l'histoire de la peinture: l'une devoit offrir la vie de
Henri IV, l'autre, celle de Marie de Médicis, et toutes les deux
avoient été confiées au pinceau de Rubens. Un projet si magnifique ne
fut exécuté qu'à moitié: de la première galerie, il n'acheva que deux
tableaux, qui se voient aujourd'hui à Florence; l'Europe entière
connoît la galerie de Médicis[189].
[Note 189: Il a été opéré dans le plan de cet édifice un
changement auquel la disposition intérieure a beaucoup
gagné, c'est celui de l'escalier et du vestibule. Cette
partie de l'ancien plan étoit justement regardée comme la
plus défectueuse. L'escalier étoit mal situé, lourd, d'un
aspect désagréable. Il vient d'être reporté dans l'aile
droite de la cour, qu'il occupe presque tout entière. On y a
prodigué toute la richesse de l'architecture et de la
sculpture, ainsi que dans la petite galerie et dans le
vestibule, qui, tous les deux, servent de passage pour
arriver au jardin.]
CURIOSITÉS DU PALAIS DU LUXEMBOURG EN 1789.
TABLEAUX.
Dans la chapelle, dont l'architecture irrégulière ne répondoit
pas à la beauté du reste de l'édifice, sur le maître-autel, un
Christ au tombeau, attribué à _Perrin del Vago_.
Dans le salon qui précède la galerie de Rubens, David tenant la
tête de Goliad; par _Le Guide_[190].
[Note 190: Ce tableau est maintenant dans le Musée du
Roi.]
Les neuf muses en neuf tableaux; sans nom d'auteur.
Dans le plafond de l'appartement de mademoiselle de Montpensier,
Flore et Zéphire; par _La Fosse_.
_Galerie de Rubens._
Ce grand peintre y a représenté, en vingt-quatre tableaux
allégoriques, et qui, sous le rapport de la couleur, doivent être
mis au nombre de ses productions les plus parfaites, toute
l'histoire de Marie de Médicis, depuis sa naissance jusqu'à
l'accommodement fait, en 1620, entre elle et Louis XIII.
1º La destinée de la princesse; 2º sa naissance; 3º son
éducation; 4º Henri IV délibérant sur le choix d'une épouse; 5º
le mariage du roi et de la reine conclu à Florence en 1600; 6º le
débarquement de la reine au port de Marseille dans la même année;
7º le mariage de ces deux augustes personnages accompli à Lyon
aussi en 1600; 8º la naissance de Louis XIII en 1601; 9º la
première régence de la reine, du vivant du roi; 10º le
couronnement de la reine à Saint-Denis en 1610; 11º l'apothéose
de Henri IV et la régence de la reine; 12º le bonheur du peuple
sous le gouvernement de la régente; 13º son voyage au Pont-de-Cé;
14º l'échange fait, en 1615, d'Anne d'Autriche, infante
d'Espagne, femme de Louis XIII, avec Isabelle de Bourbon,
accordée à Philippe IV, roi d'Espagne; 15º seconde allégorie sur
la félicité du temps de la régence; 16º le gouvernement du
royaume remis à Louis XIII; 17º la disgrâce de la reine et sa
retraite; 18º l'accommodement de la reine fait à Angers avec
Louis XIII; 19º la réconciliation de la mère et du fils; 20º leur
entrevue au château de Couzières, près de Tours, en 1619; 21º le
Temps découvrant la Vérité; 22º le portrait de Marie de Médicis
sous les attributs de Minerve; 23º et 24º les portraits de
François de Médicis, son père, grand duc de Toscane, et de Jeanne
d'Autriche, duchesse de Toscane, sa mère[191].
[Note 191: Cette collection entière a été gravée par
divers graveurs célèbres, sous la direction et d'après
les dessins de _Nattier_. Elle orne maintenant le Musée
du Roi.]
TABLEAUX DU CABINET DU ROI.
Cette collection précieuse, long-temps renfermée et comme ensevelie
dans les appartements de la surintendance à Versailles, en fut tirée
en 1750 par permission du roi, et transportée au palais du Luxembourg,
dans les appartements de la reine d'Espagne, pour y être livrée,
plusieurs jours par semaine, à la curiosité du public et aux études
des artistes. Nous croyons qu'on verra avec plaisir une liste des
tableaux dont elle étoit alors composée, tableaux qui sont aujourd'hui
l'un des plus beaux ornements du Musée royal.
_Première Pièce._
Le portrait du cardinal Hippolyte de Médicis; par _Le Titien_.
Un Soleil couchant; par _Claude Le Lorrain_.
Le Martyre de saint Georges; par _Paul Véronèse_.
Le Portrait d'un homme et de son fils; par _Vandyck_.
Les Israélites recevant la manne dans le désert; par _Le
Poussin_.
Une bataille; par _Salvator-Rosa_.
La Peste des Philistins; par _Le Poussin_.
Jupiter et Antiope; par _Le Titien_.
Un Portrait de femme avec sa fille; par _Vandyck_.