religieuses[150], sans rien dire alors de leur origine et de leur
établissement dans cette ville. Lorsque les continuelles inconstances
de Charles IV, duc de Lorraine, eurent soulevé contre lui les
premières puissances de l'Europe, et rendu son pays le théâtre d'une
guerre violente et de toutes les calamités qui en sont ordinairement
la suite, les religieuses bénédictines de la Conception-de-Notre-Dame
de Rambervilliers, exposées chaque jour aux excès d'une soldatesque
effrénée, et aux dernières extrémités du besoin, se virent forcées
d'abandonner leur monastère et de se retirer à Saint-Mihel. Elles y
vécurent plus en sûreté, mais dans une telle misère, que les
missionnaires envoyés par M. Vincent-de-Paul pour répandre des
charités dans cette province désolée ne virent d'autre moyen de les
arracher au sort affreux qui les menaçoit que de les envoyer à Paris.
L'abbesse de Montmartre consentit à en recevoir quelques unes dans son
monastère. Catherine de Bar, dite du Saint-Sacrement, l'une de ces
religieuses infortunées, s'y rendit avec une de ses compagnes en 1641,
et sut tellement intéresser la communauté par le récit touchant
qu'elle fit de ses malheurs, que douze autres soeurs, parmi celles qui
restoient encore à Saint-Mihel, en furent appelées pour être placées à
Paris dans différentes abbayes. Réunies en 1643 dans un hospice qu'une
dame pieuse leur avoit procuré à Saint-Maur, elles ne tardèrent pas à
s'en voir expulsées de nouveau par les troubles qui commençoient à
agiter Paris, et qui attiroient la guerre dans ses environs. Pour
échapper une seconde fois à ce fléau, elles se réfugièrent, en 1650,
dans cette capitale, où elles habitèrent quelque temps une petite
maison située rue du Bac. Cependant la soeur Catherine de Bar, qui
étoit retournée à Rambervilliers quelques années auparavant, vint les
rejoindre, ramenant avec elle les quatre dernières religieuses de sa
communauté, jusque là restées en Lorraine. Elle avoit des vertus et un
mérite qui jetèrent bientôt un grand éclat, et contribuèrent à
procurer un établissement plus solide à son petit troupeau.
[Note 150: _Voyez_ tome 2, 2e partie, page 1085.]
Les outrages faits au Saint-Sacrement par les hérétiques et les
impies affligeoient profondément quelques pieuses personnes, qui
méditoient le projet de réparer, autant qu'il étoit possible, ces
profanations. La marquise de Beauves en avoit conçu la première idée:
la comtesse de Châteauvieux, mesdames de Sessac et Mangot de Villeran
entrèrent avec ardeur dans des vues si louables, et toutes réunies
formèrent un fonds de 30,000 fr., destiné au premier établissement
d'une institution dont l'objet principal seroit d'honorer d'une façon
particulière le mystère ineffable de l'Eucharistie. Elles jetèrent les
yeux sur la mère Catherine de Bar pour diriger cette communauté
nouvelle; et le contrat fut passé le 14 août 1652. Cependant les
circonstances où se trouvoit alors la ville de Paris leur suscitèrent,
dès le commencement, des obstacles: Anne d'Autriche rejeta d'abord
toutes les demandes qui lui furent faites à cet égard, et engagea même
l'abbé de Saint-Germain à ne pas permettre qu'il se fît de nouveaux
établissements sur son territoire; mais il arriva, par une grâce
spéciale de la Providence, que, peu de temps après, cette reine, dont
la piété étoit grande, dans l'espoir de fléchir le ciel irrité contre
la France et de faire cesser les maux qui l'accabloient, chargea un
saint prêtre de la communauté de Saint-Sulpice, nommé Picoté, de faire
tel voeu qu'il jugeroit convenable, lui promettant de l'accomplir
sur-le-champ. On prétend que, sans avoir aucune connoissance du projet
dont nous venons de parler, il conçut, comme par inspiration, l'idée
d'une maison religieuse consacrée au culte perpétuel du
Saint-Sacrement. L'application de son voeu s'étant faite naturellement
à l'établissement déjà formé, l'abbé de Saint-Germain, sur les ordres
de la reine, donna son consentement le 19 mars 1653, et le roi, ses
lettres-patentes au mois de mai suivant.
Ces religieuses furent d'abord placées rue Férou, dans une maison que
l'on avoit arrangée le plus convenablement possible; la croix y fut
posée le 12 mars 1654, et la reine, qui s'étoit déclarée fondatrice du
nouveau couvent, donna un exemple frappant de son ardente et sincère
dévotion, en prenant elle-même le flambeau, et faisant réparation la
première des outrages commis contre le plus saint de nos mystères.
Indépendamment des voeux ordinaires, les filles de ce monastère
faisoient le voeu particulier de l'adoration perpétuelle du
Saint-Sacrement. Chaque jour une soeur se mettoit à genoux vis-à-vis
d'un poteau placé au milieu du choeur, une torche allumée à la main et
la corde au cou: dans cette humble posture, elle faisoit amende
honorable de tous les outrages que l'impiété des hommes commet chaque
jour contre cet auguste mystère.
Cependant l'habitation qu'occupoient ces religieuses, prise d'abord
plutôt par nécessité que par choix, étoit incommode et trop resserrée;
leurs bienfaitrices achetèrent presque aussitôt un grand terrain dans
la rue Cassette, et y firent construire un monastère, qui fut béni en
1659, et où elles furent transférées dans la même année.
Cet institut, dont la mère Catherine de Bar[151] avoit dressé
elle-même les constitutions, fut approuvé, en 1668, par le cardinal de
Vendôme, alors légat en France, et confirmé depuis, en 1676 et 1705,
par Innocent XI et Clément XI[152].
[Note 151: La plupart des historiens donnent à la mère
Catherine de Bar le nom de _Mectilde du Saint-Sacrement_;
cependant il est certain qu'elle ne le prenoit point dans
les actes; et celui de Catherine de Bar du Saint-Sacrement
est le seul que l'on trouve dans la requête présentée à
l'abbé de Saint-Germain et dans les lettres-patentes.]
[Note 152: Le couvent de ces religieuses est maintenant une
habitation particulière.]
CURIOSITÉS.
TABLEAUX ET SCULPTURES.
Dans l'église, qui étoit petite, mais très propre, des peintures
de plafond et deux tableaux représentant saint Benoît et sainte
Scolastique; par _Nicolas Montaignes_.
Deux statues d'anges soutenant le tabernacle; par _Lespingola_.
LES PRÉMONTRÉS RÉFORMÉS.
L'ordre que saint Norbert avoit institué au commencement du douzième
siècle, et dont il a déjà été fait mention dans cet ouvrage[153],
avoit, comme tant d'autres, éprouvé les effets funestes du
relâchement. La sévérité des premières lois s'étoit adoucie par
degrés, et il ne restoit plus que de foibles traces de l'ancienne
discipline, lorsque le P. Daniel Picart, abbé de Sainte-Marie-aux-Bois
en Lorraine, conçut le dessein de la faire revivre dans toute la
vigueur qu'elle avoit eue aux anciens jours. Secondé dans ce projet
par le P. Gervais Lairuels, abbé de Saint-Paul de Verdun, il
introduisit dans l'ordre une réforme qu'approuvèrent plusieurs
papes[154], et qu'embrassèrent plusieurs maisons de Prémontrés, ce qui
donna naissance à une nouvelle congrégation sous le titre de _la
Réforme de saint Norbert_. Elle avoit été confirmée par des
lettres-patentes dès 1621; cependant, en 1660, elle n'avoit point
encore d'établissement à Paris. Il fut résolu d'en former un, dans le
chapitre général tenu, cette même année, à Saint-Paul de Verdun.
Toutes les maisons de l'ordre consentirent à en partager la dépense,
et l'on députa le P. Paul Terrier pour faciliter l'exécution de ce
projet. La reine Anne d'Autriche, à laquelle il s'adressa, voulut
l'aider non seulement de sa protection, mais encore de ses
libéralités. Soutenus par une main si puissante, les Prémontrés
achetèrent, en 1661, un terrain fort étendu et une maison appelée les
Tuileries, située à l'angle que forment les rues de Sèvre et du
Chasse-Midi. Ils y pratiquèrent les lieux réguliers nécessaires dans
une communauté, obtinrent, en 1662, le consentement de l'abbé de
Saint-Germain, et des lettres-patentes dans lesquelles le roi se
déclare leur fondateur, et les qualifie de _Chanoines réguliers de la
réforme de l'étroite observance de l'ordre de Prémontré_.
[Note 153: _Voyez_ tome 3, 2e partie, page 647.]
[Note 154: Paul V, Grégoire XV, Urbain VIII, Innocent X et
Innocent XII.]
La reine-mère posa, le 13 octobre 1662, la première pierre de
l'église, qui fut achevée en 1663, et bénite sous le titre du _Très
saint Sacrement de l'autel et de l'Immaculée Conception de la sainte
Vierge_; mais se trouvant trop petite pour le nombre des personnes
pieuses qui se plaisoient à y entendre les offices, les Prémontrés la
firent rebâtir en 1719 sur un plan plus spacieux. La première pierre
en fut posée par l'évêque de Bayeux, au nom du roi: du reste, cet
édifice, élevé sur les dessins d'un architecte nommé Simonet, n'avoit
rien de remarquable[155].
[Note 155: L'église a été détruite, et l'on a changé les
bâtiments en habitations particulières.]
CURIOSITÉS.
Dans le choeur, huit tableaux, dont trois par _Frontier_ et cinq
par _Jollain_.
On estimoit la menuiserie du choeur et des stalles, exécutée par
un frère convers de cette maison.
SÉPULTURES.
Dans l'église avoient été inhumés le chevalier Turpin, seigneur
de Crissé, mort en 1684, et Anne de Salles, son épouse. Leur
épitaphe, sur une table de marbre blanc, étoit appliquée à l'un
des murs des bas côtés.
Cette église contenoit encore les épitaphes de plusieurs autres
personnes de distinction.
L'ABBAYE DE NOTRE-DAME-AUX-BOIS.
Cette abbaye avoit été fondée, en 1202[156], par Jean de Nesle, châtelain
de Bruges, et par Eustache, sa femme, au milieu d'un bois, dans un lieu
nommé _le Batiz_, situé au diocèse de Noyon, sous le titre de _la franche
abbaye de Notre-Dame-aux-Bois_. Elle s'y maintint florissante jusqu'au
milieu du dix-septième siècle, que le passage des gens de guerre, les
incursions des ennemis, et la crainte de se voir exposées à toutes les
horreurs de la guerre, déterminèrent ses religieuses à la quitter, et à
venir, en 1650, implorer la protection de la reine Anne d'Autriche. Leur
espérance ne fut pas trompée, et la pieuse princesse leur fournit, peu de
temps après, l'occasion et les moyens de se fixer à Paris. Nous avons
parlé, dans la description du quartier Saint-Antoine, de quelques
religieuses Annonciades arrivées de Bourges dans cette capitale, établies
successivement dans deux endroits différents, et forcées enfin, en 1654,
de quitter leur dernier asile, situé dans la rue de Sèvre, près des
Petites-Maisons. Ce fut cette demeure abandonnée que les religieuses de
l'Abbaye-aux-Bois achetèrent, non pour y former un établissement fixe,
mais pour y rester jusqu'à ce que les événements leur permissent de
retourner dans leur première habitation. Elles avoient commencé à faire
réparer les bâtiments de ce monastère, et quelques unes d'entre elles y
étoient déjà retournées, lorsqu'en 1661 un incendie consuma l'église et
les lieux réguliers. Cet accident les détermina à se fixer entièrement
dans leur maison de Paris, et à y faire transférer les titres et les biens
de l'abbaye. Le pape et les supérieurs donnèrent leur consentement à cette
translation, et le roi les y autorisa par des lettres-patentes délivrées
en 1667. En 1718 on construisit une nouvelle église, dont la première
pierre fut posée par la duchesse d'Orléans, et qui fut dédiée, en 1720,
sous le nom de _Notre-Dame_ et de _Saint-Antoine_. Ces religieuses
suivoient la règle de Cîteaux[157].
[Note 156: _Histoire de Paris_, tome 4, page 183.]
[Note 157: Les bâtiments sont habités par des particuliers.
L'église rendue au culte est maintenant l'une des paroisses
succursales de Paris, et l'une des plus pauvrement décorées
de cette capitale.]
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une descente de croix; par _Canis_.
LE PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DE-CONSOLATION, DIT DU CHASSE-MIDI.
Des religieuses Augustines de la congrégation de Notre-Dame, établies
à Laon pour l'instruction gratuite des jeunes filles, crurent que
l'exercice de leur ministère seroit plus utile à Paris que dans le
monastère qu'elles habitoient. Elles y vinrent en 1633, achetèrent, en
1634, des sieurs et dame Barbier, l'emplacement sur lequel leur
monastère étoit bâti, et, d'après le consentement de l'abbé de
Saint-Germain, obtinrent, dans la même année, des lettres-patentes qui
confirmèrent leur établissement. Leur chapelle fut bénite sous
l'invocation de saint Joseph, dont elles ajoutèrent le nom à celui de
leur institut.
Soit que leurs revenus fussent trop modiques, soit qu'ils n'eussent
pas été administrés avec la prudence et l'économie nécessaires,
leurs affaires se trouvèrent dans un tel dérangement, que, par
arrêt du 3 mars 1663, il fut ordonné que leur maison seroit vendue
par décret. Avant que cet arrêt eût été rendu, et pendant le cours
de la procédure qui l'avoit amené, ces religieuses, pour prévenir
l'extinction de leur monastère, avoient su intéresser en leur
faveur la vertueuse abbesse de Malnoue, madame Marie-Éléonore de
Rohan, lui offrant, si elle vouloit leur accorder sa protection,
d'embrasser la règle de saint Benoît, et de se mettre sous sa
dépendance. En conséquence du concordat qui fut passé entre elles
et cette illustre dame, leur maison fut rachetée en 1669 de ses
propres deniers; les religieuses obtinrent la permission de prendre
l'habit et la règle de saint Benoît, et le roi autorisa ces
changements par des lettres-patentes de la même année, dans
lesquelles l'érection de ce prieuré est approuvée sous le nom de
_Religieuses bénédictines de Notre-Dame-de-Consolation-du-Chasse-Midi_.
Depuis ce temps les abbesses de Malnoue n'ont eu d'autre droit que
celui de confirmer l'élection des prieures de ce couvent, sans
pouvoir ni les changer ni les rejeter[158].
[Note 158: L'église a été détruite, et les bâtiments sont
devenus des habitations particulières.]
En 1737 ces religieuses entreprirent de faire bâtir une nouvelle
église. La première pierre en fut posée par le cardinal de Rohan, et
la seconde par madame de Mortemart. Elle fut achevée dès l'année
suivante, et bénite solennellement le 20 mars par le supérieur de
cette maison.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, un tableau représentant le Christ entre la
Vierge et saint Jean; sans nom d'auteur.
Dans la nef, plusieurs tableaux représentant des sujets pris dans
la vie de la sainte Vierge; également sans nom d'auteur.
SÉPULTURES.
Dans cette église se lisoit l'épitaphe de madame de Rohan, morte
en 1681, au milieu de ce petit troupeau qui lui devoit sa
conservation, et qu'elle avoit édifié par ses vertus[159].
[Note 159: Cette épitaphe étoit de Pélisson: Nous la
citerons, quoique longue, parce qu'elle nous semble
digne d'être remarquée:
ICI REPOSE
Très illustre et vertueuse princesse
Marie-Éléonore de Rohan, premièrement abbesse de
Caen, puis de Malnoue, seconde fondatrice de ce
prieuré, qu'elle redonna à Dieu, et où elle voulut
finir ses jours. Plus révérée par ses grandes
qualités que par sa haute naissance, le sang des
rois trouva en elle une ame royale: en sa
personne, en son esprit, en toutes ses actions,
éclata tout ce qui peut rendre la piété et la
vertu plus aimables. Sa professions fut son choix,
et non pas celui de ses parents: elle leur fit
violence pour ravir le royaume des cieux. Capable
de gouverner des états autant que de grandes
communautés, elle se réduisit volontairement à une
petite, pour y servir, avec le droit d'y
commander. Douce aux autres, sévère à elle-même,
ce ne fut qu'humanité au dehors, qu'austérité au
dedans. Elle joignit à la modestie de son sexe le
savoir du nôtre; au siècle de Louis-le-Grand, rien
ne fut ni plus poli, ni plus élevé que ses écrits:
Salomon y vit, y parle, y règne encore, et Salomon
en toute sa gloire. Les constitutions qu'elle fit
pour ce monastère serviront de modèle pour tous
les autres. Comme si elle n'eût vécu que pour sa
sainte postérité, le même jour qu'elle acheva son
travail, elle tomba dans une maladie courte et
mortelle, et y succomba le 8 d'avril 1681, en la
cinquante-troisième année de son âge. Jusqu'en ses
derniers moments, et dans la mort même, bonne,
tendre, vive et ardente pour tout ce qu'elle
aimoit, et surtout pour son Dieu. Tant que cette
maison aura des vierges épouses d'un seul époux,
tant que le monde aura des chrétiens, et l'Église
des fidèles, sa mémoire y sera en bénédiction:
ceux qui l'ont vue n'y pensent point sans douleur,
et n'en parlent point sans larmes.
Qui que vous soyez, priez pour elle, encore qu'il
soit bien plus vraisemblable que c'est maintenant
à elle à prier pour nous; et ne vous contentez pas
de la regretter ou de l'admirer, mais tâchez de
l'imiter et de la suivre.
Soeur Françoise de Longaunay, première prieure de
cette maison, sa plus chère fille, l'autre moitié
d'elle-même, dans l'espérance de la rejoindre
bientôt, lui a fait élever ce tombeau.
Le moindre et le plus affligé de ses serviteurs
eut l'honneur et le plaisir de lui faire cette
épitaphe, où il supprima, contre la coutume,
beaucoup de justes louanges, et n'ajouta rien à la
vérité.]
LES FILLES DE SAINT-THOMAS-DE-VILLENEUVE.
Cette communauté reconnoît pour son fondateur le P. Ange Proust,
augustin réformé de la province de Bourges, et qui étoit, en 1659,
prieur du couvent de Lamballe en Bretagne. Animé d'un zèle ardent de
charité, il résolut de ranimer cette vertu dans le canton qu'il
habitoit, voyant que le nombre des pauvres et des malades y étoit
considérable, parce que la misère étoit grande, et qu'on n'avoit
généralement ni le courage ni l'instruction nécessaires pour procurer
à ces infortunés des secours efficaces. Ses discours et ses exemples
réveillèrent l'humanité dans tous les coeurs, et il ne tarda pas à
former une congrégation de filles destinée à rétablir les hôpitaux et
à les desservir. L'utilité d'un tel établissement se fit sentir dès le
premier moment; Louis XIV, à qui on en rendit compte, le confirma par
des lettres-patentes données en 1661, avec autorisation de créer de
semblables sociétés dans tous les endroits où elles seroient jugées
nécessaires pour servir les malades dans les hôpitaux, pourvoir à leur
subsistance, élever gratuitement les pauvres filles orphelines, et
même recevoir les personnes du sexe qui voudroient faire des retraites
de piété.
Cette institution se répandit bientôt, tant en Bretagne que dans les
provinces, avec un succès égal à toutes les espérances qu'on en avoit
conçues. Quoiqu'il y en eût déjà plusieurs à Paris du même genre, les
besoins extrêmes d'une aussi grande ville firent penser qu'il seroit
utile d'y attirer les Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve. Elles y
vinrent donc en 1700, et le roi leur permit d'avoir dans cette
capitale une maison particulière, tant pour élever des sujets propres
à remplir cette charitable vocation que pour servir de retraite aux
soeurs devenues inutiles par l'âge ou par les infirmités, et devenir
ainsi le chef-lieu à l'institut. Elles s'établirent, dès ce temps-là,
rue de Sèvre, où elles sont restées jusque dans les derniers temps.
Louis XV confirma leur établissement en 1726, et leur permit
d'acquérir jusqu'à vingt mille livres de rente pour l'entretien de
quarante soeurs. Ces filles étoient hospitalières, et suivoient la
règle de saint Augustin; mais elles ne faisoient que des voeux
simples.
Après la mort du P. Proust, leur instituteur, arrivée en 1697, elles
élurent le curé de Saint-Sulpice pour supérieur-général, titre que ses
successeurs ont gardé jusqu'à la fin. Ces filles avoient encore un
hospice dans la rue Copeau, et étoient de plus chargées de diriger la
maison de l'Enfant-Jésus, dont nous ne tarderons pas à parler[160].
[Note 160: Ces filles ont été réinstallées dans leur
maison.]
LES PETITES-MAISONS.
Cet hôpital a été bâti sur l'emplacement qu'occupoit autrefois celui
de Saint-Germain, lequel étoit vulgairement nommé _la maladrerie
Saint-Germain_. On ne trouve aucune trace de son origine; mais comme
la _lèpre_ ou _ladrerie_ étoit une maladie ancienne et assez commune,
il est à présumer que l'on créa des asiles pour les lépreux à Paris
avant le règne de Louis-le-Jeune, époque à laquelle le commissaire
Delamare place, sur son troisième plan, l'établissement de cette
maladrerie. Nous avons déjà dit que le caractère contagieux de leur
affreuse maladie ayant fait interdire l'entrée des villes aux lépreux,
les bâtiments destinés à les recevoir étoient toujours à une certaine
distance des portes: telles furent les maladreries de Saint-Lazare et
de Saint-Germain. C'est donc une grande erreur de la part de plusieurs
historiens de Paris[161], d'avoir dit que le _mal de Naples_ ayant
fait des progrès rapides dans cette capitale, la ville prit à loyer,
en 1497, une place vide au faubourg Saint-Germain, y fit construire à
la hâte des logements pour y recevoir ceux qui étoient attaqués de ce
mal, et que ce fut là l'origine de la maladrerie de Saint-Germain,
laquelle fut employée à cet usage jusqu'en 1544, époque à laquelle cet
hôpital fut détruit et l'emplacement vendu. Il est évident que ces
historiens se sont copiés les uns les autres, mêlant ainsi, sans la
moindre critique, des objets différents, et qui leur étoient
entièrement inconnus; il suffiroit de parcourir les titres de
Saint-Germain pour reconnoître que le maladrerie de cette abbaye
n'avoit jamais été affectée qu'aux lépreux; mais ces mêmes titres
désignoient: «une maison aboutissant par derrière au cimetière des
malades de la maladrerie, et dans la rue du Four une maison tenant,
d'une part, aux granges où furent les _malades de Naples_, de l'autre
part, au chemin qui tend de la rue du Four à la Justice.» Ce sont ces
granges qu'ils ont confondues avec l'hôpital Saint-Germain[162].
[Note 161: _Histoire de Paris_, t. 2, p. 1060.--PIGANIOL, t.
7, p. 391.--LABARRE, t. 5, p. 352.]
[Note 162: JAILLOT, _Quart. du Luxembourg_, p. 86.]
Le parlement ayant été informé que les lépreux qui continuoient à se
retirer dans cette maladrerie, où la charité leur procuroit des
secours suffisants pour leur subsistance, ne s'en répandoient pas
moins par la ville pour y demander l'aumône, ce qui pouvoit avoir des
suites dangereuses, ordonna, en 1544, que les bâtiments en seroient
détruits, et les matériaux réservés pour en bâtir une autre dans un
lieu plus éloigné, ou vendus au profit des pauvres. Ces matériaux
furent effectivement vendus, ainsi que l'emplacement, contenant deux
arpents et demi, mais au profit du cardinal de Tournon, alors abbé de
Saint-Germain, qui revendiqua ses droits, auxquels le parlement eut
égard.
La ville acheta ce terrain en 1557, et y fit construire l'hôpital que
nous voyons aujourd'hui. Elle le destina à recevoir les mendiants
incorrigibles, les personnes pauvres, vieilles et infirmes, les femmes
sujettes au mal caduc, les teigneux, les fous et les insensés. Jean
Luillier de Boulencourt, président à la chambre des comptes, fut un de
ceux qui, par leurs libéralités, contribuèrent le plus à ce charitable
établissement. Il donna des rentes et des meubles, et fit élever
plusieurs des bâtiments qui le composent. La forme de leur
construction les fit appeler les _Petites-Maisons_, parce
qu'effectivement ces édifices étoient petits et séparés les uns des
autres. La chapelle, rebâtie en 1615, fut dédiée sous le titre de
Saint-Sauveur, et l'on bénit, en 1656, celle de l'infirmerie, sous
l'invocation de la sainte Vierge.
Cet hôpital, qui ne formoit qu'un seul et même établissement avec le
grand bureau des pauvres, étoit destiné, à l'époque où a commencé la
révolution, 1º pour quatre cents personnes vieilles et infirmes des
deux sexes; 2º pour les insensés; 3º pour ceux qui étoient affectés de
maladies honteuses; 4º pour les enfants teigneux[163]. Le
procureur-général en étoit le chef: il y avoit en outre huit
administrateurs[164].
[Note 163: Le bâtiment destiné à cette dernière espèce de
malades étoit séparé des autres et situé dans la rue de la
Chaise. Nous aurons occasion d'en reparler.]
[Note 164: Cet établissement est tel qu'il étoit avant la
révolution; seulement on n'y reçoit plus que des personnages
âgés et infirmes.]
LES FILLES DU BON-PASTEUR.