Quant aux autres parties qui furent exécutées depuis 1718, voici de

quelle manière on y procéda: M. Languet commença par faire élever le

portail de la croisée à droite sur la rue des Fossoyeurs; le duc

d'Orléans en posa la première pierre en 1719. C'est une construction

pyramidale dans le genre de celles qui servent de façades aux églises

de Paris; elle est composée de deux ordres de colonnes, dorique et

ionique. Le portail de la croisée à droite, élevé presque en même

temps et conçu dans le même système, présente aussi deux ordres,

composés chacun de quatre colonnes, le premier corinthien, le second

composite. Après l'exécution de ces deux parties du bâtiment, on

commença, en 1722, à élever le côté gauche de la nef, laquelle ne fut

entièrement terminée qu'en 1736. Alors on s'occupa de l'achèvement du

portail, dont les travaux, comme nous venons de le dire, étoient déjà

commencés depuis trois années.

Il étoit déjà fort avancé, lorsque le digne pasteur, dont l'activité

infatigable avoit su procurer à son église une décoration intérieure

digne d'un vaisseau aussi vaste et aussi magnifique, crut devoir

profiter de l'occasion brillante que lui offroit l'assemblée du clergé

pour en rendre la dédicace plus solennelle. Les prélats qui

composoient cette assemblée voulurent bien se rendre à la prière qu'il

leur fit de présider à cette consécration; la cérémonie s'en fit le 30

juin 1745, et l'église fut dédiée sous l'invocation de la sainte

Vierge, de saint Pierre et de saint Sulpice.

Le maître-autel, construit à la romaine, et isolé entre la nef et le

choeur, étoit élevé de sept degrés[132]. Le rond-point du choeur,

percé d'une grande arcade, laisse apercevoir la chapelle de la Vierge,

décorée d'abord sur les dessins de Servandoni, restaurée ensuite[133]

par de Wailly, architecte. Le groupe de la Vierge et de l'enfant Jésus

est éclairé avec art dans une niche ajoutée à la construction

primitive, et supportée en dehors par une trompe en coupe de pierre

très habilement exécutée. L'heureux emploi du marbre, de la dorure et

de la peinture, rappelle, dans cette chapelle, les belles décorations

des églises d'Italie, si différentes de cette profusion d'ornements

dont on a si long-temps chargé l'intérieur de nos églises. La gravité

du style sacré demande plus de retenue: c'est du choix des plus belles

matières, de la perfection de la main d'oeuvre et de la pureté des

formes que doit se composer la richesse des temples; une noble

simplicité est plus propre que le luxe des ornemens à y produire les

impressions profondes de piété et de recueillement que l'on vient y

chercher.

[Note 132: Il a été remplacé depuis peu par un nouvel autel

d'une composition plus simple et plus heureuse. (_Voy._

l'article _Monuments nouveaux_.)]

[Note 133: La coupole de cette chapelle avoit été fort

endommagée par l'incendie de la foire Saint-Germain, arrivé

au mois de mars 1763.]

Au bas des tours sont deux chapelles, l'une destinée pour le

baptistaire, l'autre pour le sanctuaire du saint-viatique. Elles sont

décorées de huit colonnes corinthiennes, qui soutiennent une frise

garnie de rinceaux d'ornements; le tout est surmonté d'un plafond en

coupole avec caissons et rosaces, séparés par des bandes à l'aplomb

des colonnes.

La nef et les bras de la croix sont, de même que le choeur, percés

d'arcades, dont les pieds-droits, ornés de pilastres corinthiens,

correspondent aux arcs doubleaux des voûtes. Tous les piliers de cette

église sont revêtus de marbre à hauteur d'appui[134].

[Note 134: _Voyez_ pl. 182.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-SULPICE EN 1789.

TABLEAUX.

Dans la première chapelle, à côté de la grande sacristie, une

nativité et un concert d'anges; par _La Fosse_.

Dans la troisième, une Sainte-Geneviève; par _Hallé_.

Dans la chapelle des mariages, deux anges peints sur le plafond;

par le même.

Jésus-Christ bénissant les petits enfants; par le même.

Une nativité; par _Carle-Vanloo_.

Une présentation au temple; par _Pierre_.

Une fuite en Égypte; par le même.

Jésus-Christ au milieu des docteurs; par _Frontier_.

Dans la sacristie des messes, une apparition; par _Hallé_.

Une vierge à genoux; par _Monier_.

Dans la chapelle de la Vierge, des peintures entre les pilastres;

par _Carle-Vanloo_. (Ces peintures ont été rendues à l'église.)

Dans la coupole, l'assomption de la Vierge; par _François

Lemoine_[135].

[Note 135: La seconde coupole, élevée après l'incendie,

a été peinte par _Callet_.]

Dans la première chapelle à droite en entrant par le grand

portail, le baptême de N. S. et une cène.

Dans la seconde, un saint Jérôme.

Dans la troisième chapelle, Jésus-Christ chassant les marchands

du temple, et l'esquisse du plafond de la chapelle de la Vierge.

Dans la quatrième chapelle à gauche, derrière le choeur, saint

François et saint Nicolas; par _Pierre_. (Le premier de ces deux

tableaux a été replacé dans une des chapelles.)

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, de marbre bleu-turquin, orné de bronzes

dorés, un tabernacle de même matière, et enrichi de pierreries.

Deux anges de bronze doré soutenoient la table qui s'élevoit au

dessus et formoit le propitiatoire. Toute cette décoration, d'un

très mauvais goût, étoit d'_Oppenord_, et n'existe plus[136].

[Note 136: Cet autel étoit, dans le principe, recouvert

d'un baldaquin doré d'une très grande dimension, mais

suspendu par trois cordes visibles, ce qui étoit de

l'effet le plus ridicule. On ne tarda pas à s'en

apercevoir, et le baldaquin fut supprimé.]

À l'entrée du choeur, deux anges de bronze doré, grands comme

nature; par _Bouchardon_. (Ces deux figures ont été rendues à

l'église.)

Sur des culs de lampes adaptés aux pilastres de l'intérieur du

choeur, les statues, en pierre de Tonnerre, et plus grandes que

nature, de Jésus-Christ, de la Vierge et des douze apôtres; par

le même[137].

[Note 137: Ces statues ainsi placées sur des

culs-de-lampes, à dix pieds au dessus du sol, offroient

à l'oeil un porte-à-faux effrayant, et produisoient un

effet peu agréable à l'oeil. Enlevées de cette église

pendant le régime révolutionnaire, elles viennent de

lui être rendues, et ont repris la même place qu'elles

occupoient auparavant et sur les mêmes culs-de-lampes.

Il eût été possible, puisque l'occasion s'en

présentoit, de les disposer plus heureusement.]

Dans la chapelle de la Vierge, une statue en marbre, de sept

pieds de proportion, représentant cette mère du Sauveur; par

_Pigale_[138].

[Note 138: M. Languet avoit obtenu de la piété des

fidèles des sommes assez considérables pour faire

exécuter en argent la statue de la Vierge, sur un

modèle de Bouchardon, et dans une proportion de six

pieds; mais la richesse de la matière exigeant une

surveillance continuelle, on prit le parti de lui

substituer la Vierge en marbre dont nous venons de

parler. La Vierge d'argent, renfermée alors dans la

sacristie, a été détruite pendant la révolution; quant

à celle de Pigale, on l'a replacée dans sa niche, au

milieu de sa gloire et de tous les autres accessoires

dont elle étoit d'abord entourée. Il est difficile de

voir de plus médiocres sculptures et des ornemens d'un

plus mauvais goût.]

Dans la même chapelle, des statues et une gloire en stuc; par

_Mouchy_.

Dans la chapelle du Saint-Viatique, sur le maître-autel, un

bas-relief représentant la mort de saint Joseph; par le même.

Dans quatre niches pratiquées autour de cette chapelle, quatre

statues représentant la Religion, l'Espérance, l'Humilité et la

Résignation; par le même.

Dans la chapelle du baptistaire, sur le maître-autel, un

bas-relief représentant le baptême de Notre Seigneur; par

_Boizot_.

Dans les quatre niches, quatre statues, représentant la Force, la

Grâce, l'Innocence et la Sagesse; par le même.

Au milieu, une cuve de cinq pieds de diamètre, en marbre

bleu-turquin, et ornée de bronze, servant de baptistaire; par le

même.

Dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, sur l'autel, la statue

de ce saint; par le même. (Elle existe.)

Dans la chapelle du Sacré-Coeur, une vierge en marbre; par

_Michel-Ange Sloldtz_.

Dans la croisée de l'église, deux urnes antiques en granit,

apportées d'Égypte, et servant de bénitiers.

Au bas de l'église, deux belles coquilles, servant aussi de

bénitiers, et données à François Ier par la république de Venise.

(Elles servent encore au même usage.)

Dans la sacristie, un très beau lavoir, incrusté de marbre blanc

et orné de bas-reliefs.

Dans les niches extérieures des deux portails de la croisée, les

statues de saint Jean, de saint Joseph, de saint Pierre et de

saint Jean; par _François Dumont_.

La tribune intérieure sur laquelle pose le buffet d'orgue,

soutenue par un péristyle de colonnes isolées, d'ordre composite,

a été élevée sur les dessins de _Servandoni_. Ce buffet d'orgue,

exécuté par _Clicquot_, et renfermé dans une menuiserie dont les

dessins ont été donnés par _Chalgrin_, passe pour le plus complet

de l'Europe. Les sculptures dont il est orné sont de _Duret_.

(Toute cette décoration est demeurée intacte.)

La chaire à prêcher, très riche, mais d'une forme bizarre, a été

élevée sur les dessins de _Wailly_. (Elle existe.)

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Claude Dupuy, conseiller au parlement, et l'un des plus savants

hommes de son temps, mort en 1594.

Michel de Marolles, auteur d'un grand nombre de mauvaises

traductions de classiques latins, mort en 1681[139].

[Note 139: Son portrait, dans un médaillon de marbre,

avoit été déposé aux Petits-Augustins.]

Pierre Bourdelot, médecin célèbre, mort en 1685.

François Blondel, seigneur des Croisettes, maréchal des camps et

armées du roi, et célèbre architecte, mort en 1686.

Barthélemi d'Herbelot, savant orientaliste, mort en 1695.

Gaston-Jean Zumbo, habile sculpteur en cire, mort en 1701.

Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, comtesse d'Aulnoy, auteur

de contes de fées très agréables, et de plusieurs autres

ouvrages, morte en 1705.

Roger de Piles, peintre et auteur d'ouvrages sur la peinture,

mort en 1709.

Élisabeth-Sophie Chéron, célèbre par ses talents pour la peinture

et la poésie, morte en 1711.

Jean Jouvenet, l'un des meilleurs peintres de l'École françoise,

mort en 1717.

Étienne Baluze, savant compilateur, mort en 1718.

Louis d'Oger, marquis de Cavoie, grand maréchal-des-logis de la

maison du roi, mort en 1716.

Louise-Philippe de Coetlogon, son épouse, morte en 1729.

Allain-Emmanuel de Coetlogon, maréchal et vice-amiral de France,

etc., mort en 1730.

Vincent Languet, comte de Gergi, frère du curé de cette paroisse

auquel on doit l'achèvement de l'église, mort en 1734.

Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, mort en 1720.

Philippe Égon, marquis de Courcillon son fils, mort en 1719.

Jean-Victor de Bezenval, colonel des gardes suisses, mort en

1737. Sur son tombeau étoit un médaillon de bronze offrant son

portrait, par _Meyssonnier_. (Détruit.)

Jean-Baptiste Languet de Gergi, curé de Saint-Sulpice. Son

mausolée, placé dans la cinquième chapelle à droite du portail,

étoit de la main de _Michel-Ange Sloldtz_[140].

[Note 140: Le pasteur est représenté à genoux, levant

les mains et les yeux au ciel. Le génie de

l'Immortalité, placé devant lui, soulève une draperie

funéraire, sous laquelle on aperçoit le squelette de la

mort qui semble frappé d'épouvante. Sur le piédestal

étoient les deux génies de la Charité et de la

Religion; ils ont été détruits. Ce mausolée, conservé

pendant la révolution, dans le musée des

Petits-Augustins, et qui, par son volume ainsi que par

la beauté des marbres qu'on y a employés, doit avoir

coûté des sommes considérables, nous semble le monument

le plus curieux de ce dernier degré de corruption

auquel les arts du dessin étoient enfin arrivés sur la

fin du règne de Louis XV. Il n'y a point d'expression

qui puisse rendre à quel point tout, dans cette

sculpture, draperies, figures, composition, est faux,

lourd, ignoble et maniéré. Le sculpteur, _Michel-Ange

Sloldtz_, considéré de son temps comme un grand

artiste, ignorant même jusqu'aux limites de son art,

paroît avoir voulu, par le mélange du bronze et des

marbres de diverses couleurs, produire quelques uns des

effets de la peinture, ce qui ajoute encore la

bizarrerie et le ridicule à tous ses autres défauts.

Les deux figures sont en marbre blanc, la mort en

bronze, la draperie de deux sortes de marbres, bleu

turquin et albâtre jaunâtre. Les coussins sur lesquels

le pasteur est à genoux sont en marbre jaune de Rennes,

etc. (Ce monument a été rendu à l'église

Saint-Sulpice.)]

La comtesse de Lauraguais; son tombeau avoit été exécuté par

_Bouchardon_[141].

[Note 141: Ce monument, en demi-relief, représente une

femme éplorée, enveloppée d'une draperie, et s'appuyant

sur une urne. C'est de la sculpture la plus médiocre.

(Déposé aux Petits-Augustins.)]

L'église souterraine de Saint-Sulpice, remarquable par son

étendue, contenoit encore un très grand nombre de sépultures. On

y voit d'anciens piliers de l'église primitive, qui prouvent

combien le sol de Paris s'est exhaussé depuis quelques siècles.

CIRCONSCRIPTION.

La paroisse Saint-Sulpice comprenoit tout le faubourg Saint-Germain, et

n'étoit bornée au couchant que par la portion de l'enceinte dans laquelle

ce faubourg est renfermé. Pour bien connoître son étendue, il suffira donc

d'en marquer les bornes du côté des paroisses Saint-Séverin, Saint-Côme et

Saint-André. Elle touchoit aux limites de Saint-Séverin dans la rue

d'Enfer, où elle avoit quelques maisons du côté du Luxembourg; elle en

avoit aussi quelques unes vers le séminaire Saint-Louis. Son territoire

embrassoit ensuite le côté occidental de la place Saint-Michel et de la

rue des Fossés-de-Monsieur-le-Prince en descendant; la rue de Touraine des

deux côtés, une partie de celle des Cordeliers, la rue qui la suit

jusqu'au carrefour des anciens fossés, la rue des Fossés-Saint-Germain,

quelques maisons dans les rues Dauphine et Saint-André lui appartenoient

également; elle s'étendoit ensuite dans les deux côtés de la rue Mazarine,

renfermoit quelques maisons de la rue Guénégaud, et descendoit ainsi

jusqu'aux Quatre-Nations, où son territoire finissoit inclusivement.

Il y avoit à Saint-Sulpice six confréries et deux congrégations

célèbres. La nomination de cette cure appartenoit à l'abbé de

Saint-Germain[142].

[Note 142: L'église de Saint-Sulpice a été rendue au culte.

Presque entièrement dépouillée de son ancienne magnificence,

elle doit au zèle et à la libéralité du digne curé qui

l'administre maintenant des décorations nouvelles, non moins

riches et d'un meilleur goût. (_Voyez_ l'article _Monuments

nouveaux_.)]

En 1646, on abattit la partie la plus ancienne de l'église de

Saint-Sulpice; cette construction paroissoit être du treizième

siècle[143]. La nef, élevée sous François Ier, existait encore au

commencement du siècle dernier.

[Note 143: La vue perspective que nous donnons de cette

église a été levée d'après une ancienne gravure exécutée

avant cette démolition. (_Voyez_ pl. 187.)]

LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE LA MISÉRICORDE.

Voici une institution que l'on peut considérer comme un des miracles

de la charité chrétienne et d'une confiance sans bornes dans la

Providence. Son objet étoit de procurer un asile et l'existence à des

filles de qualité ou du moins d'une bonne famille, qui n'auroient pas

eu les ressources suffisantes pour remplir leur vocation et se

consacrer à Dieu; et le projet en fut conçu par deux personnes

dépourvues de biens, sans naissance, et alors sans considération,

Madeleine Martin, fille d'un soldat, et Antoine Yvan, prêtre de

l'Oratoire. La ville d'Aix en Provence fut, en 1633, le berceau de

cette communauté naissante, qui toutefois n'y fut établie

convenablement qu'en 1638. Elle obtint des lettres-patentes du roi en

1639; en 1642, Urbain VIII confirma l'ordonnance de l'archevêque

d'Aix, par laquelle il érigeoit cette maison en monastère, sous le

nom de _Filles de Notre-Dame de la Miséricorde_, et sous la règle de

saint Augustin. Une bulle d'Innocent X la confirma de nouveau en 1648.

Anne d'Autriche, ayant entendu parler avec éloge de cet institut,

désira en former un semblable à Paris. Contrariée d'abord dans ses

vues par l'archevêque d'Aix, la mort de ce prélat fit, peu de temps

après, évanouir toutes les difficultés, et la mère Madeleine arriva à

Paris le 24 janvier 1649, avec trois de ses compagnes. Dans ce moment

la reine se voyoit forcée par les frondeurs d'en sortir; et au milieu

des embarras d'une aussi cruelle situation, elle ne put ni voir ces

religieuses ni s'occuper de leur sort. Madame de Boutteville, qui les

reçut d'abord dans sa maison, ne put leur accorder qu'une hospitalité

passagère; et dans une ville livrée aux fureurs des factions et à tous

les maux qui en sont la suite, ces malheureuses filles, abandonnées à

elles-mêmes, se trouvèrent sans ressources, sans protecteurs, en proie

à tous les besoins. Il ne faut pas s'étonner si, dans de telles

circonstances, l'abbé de Saint-Germain refusa son consentement à

l'établissement des Filles de la Miséricorde; la prudence humaine

sembloit dicter ce refus. Mais le courage que la mère Madeleine

puisoit dans son zèle religieux triompha d'obstacles que l'on pouvoit

croire insurmontables. Elle ne possédoit absolument rien au monde;

cependant elle ne craignit point d'acheter, en 1651, une grande maison

rue du Vieux-Colombier, pour une somme de 50,000 f., qu'elle se vit en

état de payer, lors de la signature du contrat, par les libéralités de

plusieurs personnes de piété qu'avoient touchées son malheur et son

dévouement. La duchesse d'Aiguillon donna seule 20,000 fr.; et la mère

Madeleine, installée la même année dans l'asile qu'elle s'étoit créé,

se trouva, dans l'espace de dix ans, assez riche des charités

nouvelles qu'elle reçut de tous les côtés, pour acheter encore cinq

petites maisons et une grande, situées rue des Canettes, acquisition

qui lui fournit les moyens d'accroître son monastère, et des revenus

suffisants pour rendre plus douce l'existence de ses religieuses. Dans

les lettres-patentes que le roi donna en 1662 pour confirmer cette

acquisition, il déclara la nouvelle institution de fondation royale,

accorda aux religieuses le droit de _Committimus_, et la permission

d'acquérir encore des fonds de terre jusqu'à la valeur de 10,000 liv.

de rente[144].

[Note 144: _Histoire de Paris_, t. 5, p. 191.]

Les religieuses de cette maison suivoient la règle de saint Augustin.

Elles étoient vêtues de noir, avec un scapulaire blanc, et portoient

en sautoir un Christ suspendu à un ruban noir. Les fruits de leurs

travaux étoient destinés à remplir le but de leur fondation[145].

[Note 145: Ce couvent a été changé en maison particulière.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.

Sur le maître-autel, un tableau estimé représentant

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs; par un peintre inconnu.

LES ENFANTS ORPHELINS DE SAINT-SULPICE.

La plupart de nos historiens ne sont entrés dans aucun détail sur cet

établissement, et ont manqué d'exactitude dans le peu qu'ils en ont

dit. M. Olier, curé de Saint-Sulpice, doit être considéré comme le

premier, et ce nous semble, comme le seul qui ait conçu et exécuté le

projet de procurer un asile et des secours à ces enfants infortunés

que la mort de leurs parents laisse sans appui et sans autre

ressource que la charité des fidèles. Ce fut principalement sur cette

portion malheureuse de son troupeau que ce vertueux pasteur porta ses

plus grandes sollicitudes. Il commença, en 1648, par placer les

garçons dans différents ateliers pour y apprendre les métiers qui

paroissoient convenir davantage à leur goût et à leur intelligence.

Les filles furent rassemblées d'abord dans une maison de la rue de

Grenelle, ensuite rue du Petit-Bourbon, dans un bâtiment que madame

Lesturgeon donna libéralement pour ce pieux usage.

Il paroît, par quelques actes, qu'en 1675 cet établissement avoit

encore changé de local, et qu'il étoit alors placé au coin des rues du

Canivet et des Fossoyeurs[146]. C'est alors que ceux qui le

dirigeoient[147], présentèrent requête au roi pour qu'il voulût bien

confirmer cette communauté sous le titre _d'Orphelins de la Mère de

Dieu_, ce que Sa Majesté accorda par lettres-patentes de 1678. On voit

par ces lettres que cette fondation a été faite pour les orphelins des

deux sexes, et que le nombre n'en est point déterminé; il a été porté

jusqu'à cent dans les derniers temps.

[Note 146: Maintenant rue _Servandoni_.]

[Note 147: Mademoiselle L'Échassier, et M. Raguier de

Poussé, curé de Saint-Sulpice.]

Il y avoit dans cette maison une chapelle, sous le titre de

l'_Annonciation_. On y recevoit les orphelins dès la plus tendre

enfance; ils étoient élevés et instruits avec beaucoup de soin jusqu'à

ce qu'ils eussent atteint l'âge convenable pour être mis en

apprentissage ou placés avantageusement. Huit soeurs dirigeoient la

maison, et s'étoient consacrées à cette oeuvre de charité, sans s'y

astreindre par aucun voeu[148].

[Note 148: Le bâtiment qu'ils occupoient est habité

maintenant par les Soeurs de la Charité.]

SOEURS DE LA CHARITÉ.

La paroisse Saint-Sulpice possédoit un établissement de ces saintes

filles, placé, en 1656, rue du Pot-de-Fer, et transféré dans la rue

Férou en 1732[149].

[Note 149: Cette institution a été rétablie, comme nous

venons de le dire, dans la maison des Orphelins.]

COMMUNAUTÉS DE FILLES (rue des Fossoyeurs.)

Ces communautés, instituées pour l'instruction des jeunes filles et

pour leur apprendre les travaux propres à leur sexe, existoient dans

cette rue à la fin du dix-septième siècle. La première, dont Jaillot

n'a pu découvrir ni le nom ni la fondation, étoit placée, en 1689, un

peu en deçà de la rue du Canivet, du côté de celle de Vaugirard; la

seconde, connue sous le nom de _Filles de l'intérieur de la très

sainte Vierge_, et vulgairement sous celui de _Communauté de madame

Saujon_, avoit été établie en 1663, et détruite environ quatorze ans

après. Elle occupoit l'espace compris entre les rues Palatine,

Garancière et des Fossoyeurs jusqu'à la rue du Canivet. Enfin la

troisième, située un peu au dessus de celle-ci, s'appeloit la

_Communauté de madame Picart_. Elle existoit en 1692; on ignore quand

elle a été détruite.

COMMUNAUTÉ DE LA RUE NEUVE-GUILLEMIN.

Cette communauté profita des débris de celle de madame Picart. Lorsque

ce dernier établissement eut été détruit par des causes que nous

ignorons, la grande duchesse de Toscane, qui avoit contribué à le

former par ses libéralités, transporta les rentes qu'elle y avoit

attachées à une institution semblable, établie dans la rue que nous

venons de nommer, par mademoiselle Seguier. Cette faveur n'empêcha

point sa destruction, dont nous n'avons pu également découvrir ni

l'époque ni la cause.

LES FILLES DU SAINT-SACREMENT.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 7/8) · 第 13 / 23 段