(APIS, TAUREAU CONSACRÉ A LA LUNE.)
IL serait fastidieux d'énumérer ici tous les documents que l'antiquité
classique nous a transmis relativement à l'animal sacré si connu
sous le nom vulgaire de _Bœuf Apis_[461]: on doit conclure de ces
rapports circonstanciés, que le culte de ce taureau était populaire
en Égypte, et presque général dans tous les nomes dès l'époque de la
domination des Grecs, et surtout sous le gouvernement des empereurs,
dont plusieurs, et des plus célèbres, crurent de leur politique de
payer un tribut d'hommages publics à ce représentant de l'une des plus
grandes divinités d'un pays si nécessaire à la prospérité de l'empire.
Mais il est douteux que, dans les temps antérieurs, sous les rois
de race pharaonique, lorsque les lois purement égyptiennes étaient
en vigueur, on montrât pour Apis une vénération si marquée partout
ailleurs que dans le nome où les livres sacrés avaient irrévocablement
fixé la demeure et la sépulture de cet animal symbolique. Chacune des
trente-six préfectures de l'Égypte primitive reconnaissait pour emblème
de sa divinité protectrice un animal particulier, volatile, quadrupède,
reptile ou poisson; et cette sorte de religion locale a été désignée
par les Grecs sous le nom de Θρησκεία[462]. Une telle institution,
calculée dans un intérêt qu'il ne nous est point encore donné de juger
en définitive, avait jeté de si profondes racines, que les médailles
des nomes de l'Égypte frappées sous l'empire de Trajan, d'Hadrien et
d'Antonin, portent, presque toutes, d'un côté l'effigie de l'empereur
régnant, et de l'autre l'_animal sacré_ particulier au nome[463], ou
le dieu principal tenant sur sa main ce même animal, son symbole[464].
Plusieurs villes de l'Égypte rendaient un culte particulier au taureau
ou plutôt aux divinités dont ce vigoureux quadrupède fut l'emblème
spécial; mais ces animaux différaient entre eux, soit de couleur,
soit par quelques qualités ou marques particulières: le taureau
_Onouphis_, nourri à Hermonthis ou dans quelque autre cité de la
Thébaïde, en l'honneur du premier des dieux, Ammon, fut de couleur
noire, d'une taille remarquable, et ses poils étaient, dit-on, dirigés
à contre-sens; _Mnévis_, autre taureau nourri à Héliopolis comme
emblème du soleil, est représenté de couleur claire sur les monuments
originaux; mais le taureau _Apis_ se distinguait de tous les autres
taureaux sacrés de l'Égypte, non-seulement par son pelage, mais encore
par des signes propres à lui seul et dont les auteurs grecs et latins
parlent avec détail.
Quant à la couleur d'Apis, les monuments égyptiens originaux, sur
lesquels son image est représentée, le représentent toujours noir ou
bien mi-partie de noir et de blanc. Notre planche 31 le reproduit
fidèlement tel qu'il est figuré à côté du taureau _Mnévis_[465], (que
certains mythes populaires regardaient comme le _père_ d'Apis), parmi
les peintures d'un riche cercueil de momie du Musée royal égyptien de
Turin. Un collier et une housse rouge à points bleu-céleste décorent
l'animal sacré, dont le corps est entièrement _noir_. Le fouet, placé
au-dessus de sa croupe, est l'emblème du pouvoir incitateur du dieu
que l'animal rappelle, symboliquement, à l'adoration des hommes, et le
serpent _Uræus_, coiffé de la portion supérieure du pschent, indique
la domination de cette divinité sur les régions d'en haut. Entre les
cornes du taureau s'élève un disque de couleur jaune; c'est celui de
l'astre dont Apis était l'image sur la terre. Les deux plumes bleues
qui surmontent le disque, emblèmes connus de _justice_ et de _vérité_,
ont un rapport direct à certaines fonctions funéraires que les
Égyptiens attribuaient au taureau Apis, et dont il sera bientôt parlé
dans l'un des articles suivants relatifs au même animal sacré.
[461] Voir JABLONSKI, _Pantheon Ægyptiorum_, livre IV, chap. II, qui
a réuni la plus grande partie des passages relatifs à Apis, tirés des
auteurs grecs et latins.
[462] CLÉMENT D'ALEXANDRIE, _Admonitio ad Gentes_, pag. 26, D.
[463] _Recherches sur les médailles des nomes_, par TOCHON, pages 54,
60, 73, 91, 100, 111, 117, 129, etc.
[464] _Idem_, pages 55, 56, 57, 63, 69, etc.
[465] Voir notre planche nº 32 et son explication.
[Illustration: 31.]