ATMOU, OTMOU, TMOU.

(HÉRON.)

MALGRÉ les profondes recherches et la vaste érudition de P. E.

Jablonsky, le siècle dernier ne put se former une idée claire du

système religieux de l'ancienne Égypte. Ce savant avait pris pour

guides les écrivains grecs et latins qui parlaient, occasionnellement,

des mythes sacrés et des croyances jadis en vigueur dans les

sanctuaires de Thèbes et de Memphis. Il crut possible, avec le seul

secours des notions rares, partielles, et isolées les unes des autres,

que fournissent ces auteurs, de recomposer un tableau complet de la

théogonie égyptienne. Mais sans noter ici les erreurs commises, soit

dans le rang assigné à certaines divinités, soit dans leur ordre

généalogique, ou même en déterminant leurs attributions spéciales, nous

remarquerons surtout que les monuments égyptiens font connaître une

foule de personnages mythologiques et présentent une nombreuse série de

noms divins dont on chercherait vainement la trace dans les écrivains

classiques: cette observation s'applique très-particulièrement au dieu

représenté sur les planches 26, 26.2, 26.3 et 26.4 de ce recueil.

Que ce personnage ait occupé un rang distingué dans le Panthéon de

l'ancienne Égypte, et qu'il ait appartenu à l'une des plus hautes

classes de divinités, ce sont là des faits mis hors de toute discussion

par la fréquence des images de ce dieu sur les monuments des divers

ordres, et par celle des invocations qui lui sont adressées dans

le grand _Rituel des morts_ ou _livre de la manifestation à la

lumière_[361], ainsi que dans les tableaux et les stèles d'adoration.

Le nom de ce dieu a été diversement orthographié dans les manuscrits

hiéroglyphiques et hiératiques, comme dans les inscriptions gravées

sur les temples et les monuments funéraires. On a recueilli toutes ses

variations pl. 26.2 (numéros 1, 2, 3 et 4), et pl. 26.4 (numéros 3,

4, 5, 6 et 7). La forme la plus simple (pl. 26.4, numéros 6 et 7) se

trouve constamment reproduite dans tous les textes hiératiques, sans

aucune modification, telle qu'on la donne ici pl. 26.2, nº 4. Réduit

ainsi à ses véritables éléments, ce nom, composé des signes phonétiques

ⲁ ou ⲟ, ⲧ et ⲙ, suivis parfois du signe de la voyelle ⲟⲩ[362], se

prononçait ⲁⲧⲙⲟⲩ ou bien ⲟⲧⲙⲟⲩ, et par abréviation ⲧⲙⲟⲩ; car le

signe initial, la _feuille de roseau_ ⲁ ou ⲟ, se trouve fréquemment

omis dans les légendes hiéroglyphiques[363]. La forme hiératique de

ce nom divin n'offrant jamais de caractère équivalent au caractère

figurant un _traîneau_, qu'on remarque assez habituellement dans le

même nom écrit en signes hiéroglyphiques, établit suffisamment que

ce caractère n'est qu'un simple _déterminatif_ du sens même de ce

nom, sans entrer pour rien dans sa prononciation. Quant au signe qui

termine le groupe phonétique ⲁⲧⲙ (pl. 26.4, nº 7), c'est encore un

signe _déterminatif_ du nom entier, et il appartient à la classe des

caractères _figuratifs_, car il reproduit l'image même du dieu dont il

accompagne le nom.

ⲁⲧⲙⲟⲩ est en effet habituellement représenté sous une forme tout

humaine: ses chairs sont peintes de couleur _rouge_ ou de couleur

_verte_ (pl. 26.2). Le dieu, assis sur un trône et tenant dans ses mains

les insignes de la vie et de la bienfaisance divine, porte sur sa tête

la grande coiffure royale, le _pschent_, symbole de la domination sur

les régions supérieures et inférieures: cette coiffure dénote à elle

seule l'étendue des attributions du dieu, et ne permet point de le

ranger parmi les divinités d'un rang ordinaire; aussi le trouve-t-on

toujours, dans les peintures ou les bas-reliefs représentant des scènes

mystiques, associé à des divinités d'un ordre très-relevé.

[Illustration: 26.]

Un tableau funéraire, peint sur bois[364], nous montre le dieu _Atmou_

ayant en main les emblèmes combinés de la bienfaisance, de la vie et de

la stabilité, marchant immédiatement après le dieu _Phré_, et suivi du

dieu Thoré, d'Osiris, d'Horus, ainsi que des deux divines sœurs Isis et

Néphtys. _Atmou_ conserve ce même rang dans la prière tracée au-dessous

de ces images, prière dans laquelle chacune de ces six divinités est

successivement invoquée. Une autre scène symbolique, peinte dans la

troisième partie de tous les exemplaires complets du _Rituel des

morts_, prouve aussi, non-seulement qu'_Atmou_ tenait, dans le système

_théogonique_ égyptien, un rang supérieur à celui d'Osiris et des

dieux de la troisième classe, mais encore que des divinités de la

seconde, telles que _Sôou_ et sa sœur _Tafné_, Sèv et sa sœur _Netphé_,

ne marchaient qu'après lui dans la hiérarchie céleste. Il s'agit de

la vignette de l'un des chapitres du _Rituel des morts_, intitulé

_Adoration au dieu Phré_ (le soleil), _se mouvant dans sa bari_; on y

a représenté[365] le soleil, sous la forme de l'épervier sacré, dans

un _disque_ porté sur le vaisseau, et assisté de neuf divinités, dont

la première est Atmou, après lequel sont assis les dieux et déesses

de la seconde et de la troisième classe, que nous venons de citer. Le

texte explicatif de cette scène symbolique, transcrit sur notre planche

26.4, nº 2, porte en effet: _Ceci est l'image de l'épervier divin

dans la bari; la couronne des régions supérieures est sur sa tête; il

est honoré par_ ATMOU, SÔOU, TAFNÉ, SÈB, NETPHÉ, OSIRIS, HORUS, ISIS

et NÉPHTYS. L'étude des monuments égyptiens nous a d'ailleurs appris

que, dans toute peinture ou tout bas-relief, l'ordre dans lequel les

divinités sont placées indique invariablement le rang et l'importance

relative de chacune d'elles.

Il faut donc, d'après les faits précédemment exposés, considérer

_Atmou_ comme le chef des dieux de la seconde classe, et le placer

immédiatement après le dieu _Phré_, le dernier des dieux de la

première, dans le système théogonique égyptien, divinité avec laquelle

_Atmou_ se montre partout dans une liaison fort intime sous le rapport

des attributions et des emblèmes; ses titres les plus ordinaires: _Dieu

grand_[366], _seigneur du monde matériel_[367]; _dieu grand, seigneur

du ciel_[368], l'assimilent en général aux êtres mythiques les plus

importants, mais au dieu PHRÉ ou le SOLEIL en particulier.

Il y a plus, un grand nombre de monuments démontrent l'identité de

_Phré_ et d'_Atmou_, ou, en d'autres termes, établissent clairement

qu'_Atmou_ n'est qu'une des nombreuses formes du dieu _Phré_ qui,

lui-même, n'était qu'une forme sensible d'_Amon-Ra_.

Notre planche 26, calquée sur une magnifique momie du Musée de Turin,

nous offre ces deux divinités réunies en une seule, comme ne permet

point d'en douter la légende hiéroglyphique ⲣⲏ-ⲧⲙⲟⲩ ⲛⲟⲩⲧⲉ ⲛⲏⲃ-ⲧⲟ, _le

dieu_ RÉ-TMOU, _seigneur du monde matériel_, inscrite au-dessus de

ce personnage, dont la tête est celle de l'oiseau sacré du soleil,

l'_épervier_, unie à un corps humain, et dont les chairs sont de

couleur verte, teinte souvent affectée au corps entier du dieu Atmou,

lorsqu'on le représente sous une forme tout humaine[369]. Le _fouet_

placé dans la main droite du dieu, et le _pedum_ ou sceptre à crochet,

qu'il tient de la gauche, expriment assez clairement les attributions

incitatrices et modératrices de cette double divinité. La fille aînée

du dieu _Phré_, la déesse _Vérité_ ou _Justice_ (_Thmei_), caractérisée

par la plume d'autruche fixée à sa coiffure au moyen d'un riche

diadème, obombre le dieu de ses ailes étendues, et rappelle l'idée

des _chérubins_ qui figuraient également avec leurs ailes éployées

parmi les décorations de l'Arche d'alliance et celles du sanctuaire des

enfants d'Israël.

Un nombre très-considérable de tableaux peints sur bois, ou de stèles

d'adoration sculptées et de diverses matières, établissent cette

combinaison de _Phré_ et d'_Atmou_[370] en un seul être mystique, et

sous le nom composé de PHRÉ-ATMOU, c'est-à-dire le _Soleil-Atmou_. Mais

cette image sacrée reçoit quelques modifications, suivant que l'artiste

a voulu indiquer dans cette forme complexe la prédominance de l'un

ou de l'autre des éléments qui la constituent. Si l'acte d'adoration

est plus particulièrement adressé à la forme de _Phré_ qu'à celle

d'_Atmou_, on représente le dieu avec une tête d'épervier surmontée

du disque, debout et _en mouvement_, les jambes séparées[371], et

couvert du court vêtement égyptien appelé _schenti_. Dans le cas

contraire[372], d'étroites bandelettes enveloppent le corps entier du

dieu, et lui donnent l'apparence d'une _momie à tête d'épervier_ ornée

du disque solaire. C'est là en quelque sorte la _momie du dieu Phré_

lui-même. (Voir notre planche 26.3, calquée d'après un tableau peint

sur bois, du Musée de Turin.)

Cette circonstance très-remarquable nous conduit directement à conclure

que le dieu _Atmou_, considéré sous le rapport cosmologique, n'est

autre chose qu'un symbole du _soleil mourant_, l'image mystique de

l'astre du jour arrivé à la limite occidentale de l'horizon, et entrant

dans l'_hémisphère inférieur._ On sait que les idées _occident_,

_nuit_, _mort_ et _enfer_, furent toujours en Égypte, comme en beaucoup

d'autres contrées, dans une étroite connexion, et même presque

identiques.

[Illustration: 26.2.]

L'autorité des monuments confirme pleinement cette conclusion. Il

existe dans les Musées égyptiens de l'Europe, et en particulier dans

ceux de Paris et de Turin, plusieurs tableaux, peints sur bois,

contenant des actes d'adoration aux deux formes du soleil _Phré_ et

_Atmou_. Ces tableaux présentent une disposition toute particulière; le

haut en est occupé par le _disque ailé orné d'uræus_[373], l'emblème

du premier Hermès ou la lumière primitive; la partie inférieure

contient une prière, plus ou moins étendue, adressée aux dieux _Phré_

et _Atmou_, qui sont représentés séparément dans le milieu du tableau,

debout, _adossés_, et recevant l'un et l'autre les offrandes de

l'adorateur, dont l'image est figurée deux fois à cet effet. _Phré_

tient _toujours_ la DROITE du tableau, la GAUCHE étant _toujours_

réservée à ATMOU. Or les mots _droite_ et ORIENT, _gauche_ et

OCCIDENT, sont synonymes dans l'écriture sacrée égyptienne; _Phré_ est

donc le soleil à l'Orient ou dans l'hémisphère supérieur, et _Atmou_

le soleil à l'Occident ou dans l'hémisphère inférieur. Aussi parmi les

peintures d'un cercueil de momie[374], représentant, à la droite et à

la gauche, des cynocéphales adorant les emblèmes de Phré et d'Atmou,

lit-on à la DROITE la formule: _Adoration au dieu soleil dominant dans

la station_ ORIENTALE _du ciel; tous les humains tiennent la vie de

sa lumière_[375]; et à GAUCHE: _Adoration au dieu soleil possesseur

des biens dans la station_ OCCIDENTALE _du ciel_[376], _possesseur

des biens dans la contrée de Onkh_ (c'est-à-dire de la vie). Les

titres donnés à ces deux divinités dans les tableaux d'adoration,

sont absolument les mêmes sur un monument de ce genre existant au

Musée royal du Louvre[377]. Le suppliant, un prêtre d'Amon-Ra roi des

dieux, donne, par exemple, au dieu Phré les titres de _dieu sauveur,

dominant dans la station orientale du ciel, grand esprit_, etc.; et

au dieu _Atmou_, ceux de _dieu sauveur, soleil Atmou, possesseur des

biens dans la contrée de la vie_; et ce dernier dieu y reçoit enfin la

qualification bien remarquable de _lion de la nuit_[378] ou _gardien

vigilant de la nuit_, si on veut prendre le lion dans un sens tropique.

Les deux points extrêmes de la course apparente du soleil, de l'Orient

à l'Occident, se trouvent ainsi symbolisés sous les noms de _Phré_ et

d'_Atmou_; considérés métaphysiquement, l'un préside à l'hémisphère

supérieur de l'univers toujours lumineux, habité par des essences

éternelles; et l'autre est censé parcourir et gouverner l'hémisphère

inférieur, siége des ténèbres, et qu'habitent des êtres soumis à une

vie mortelle. Phré domine sur l'Orient, et Atmou sur l'Occident: au

premier se rapporte l'_œil droit_ symbolique, et au second l'_œil

gauche_: de là vient aussi que, dans le Rituel funéraire, dont un des

chapitres contient la consécration de chacun des membres du corps

humain à l'une des divinités de l'Égypte, le défunt dit: _Ma tempe_

DROITE _appartient à l'esprit du soleil dans le jour_, et _ma tempe_

GAUCHE _à l'esprit d'Atmou dans la nuit_[379]; enfin dans les _litanies

d'Osiris_ et des autres dieux, lesquelles font partie du grand Rituel

funéraire, le dieu _Phré-Atmou_ est appelé _le germe des autres grands

dieux_, ou _le germe mâle des autres dieux grands_[380]: une telle

qualification dénote à elle seule l'importance de ce double personnage

mythique.

On rencontre souvent parmi les objets tirés des catacombes de l'Égypte,

de petites _pyramides_ en pierre calcaire ou en granit, dont les quatre

faces, chargées de sculptures, reproduisent toujours, à très-peu de

chose près, les mêmes scènes; toutes sont évidemment relatives au

soleil et à son culte: l'une des faces offre l'image en pied du dieu

PHRÉ _hiéracocéphale_ ou celle de son _épervier_ symbolique portant le

_disque_ au-dessus de sa tête; sur la suivante est le dieu ATMOU, sous

forme humaine, coiffé du pschent; la troisième représente le _scarabée

à ailes arrondies éployées_, symbole constant du dieu _Thoré_; et sur

la quatrième face se voit l'image de l'adorateur, souvent accompagné

de plusieurs membres de sa famille, élevant ses bras suppliants vers

la face sur laquelle est sculptée l'image de _Phré_, circonstance

démontrant que celle-ci est bien la face initiale du monument,

celle qui présente en effet la forme _première_ du dieu soleil. Ces

pyramides réunissent ainsi, dans une même adoration, toutes les formes

symboliques du soleil; savoir, _Phré_, _Atmou_ et _Thoré_; ce dernier,

considéré cosmologiquement, n'est encore qu'une forme du même dieu:

la plupart des tableaux et des stèles d'adoration au soleil ajoutent

constamment en effet le nom de _Thoré_ à ceux de _Phré_ et d'_Atmou_.

[Illustration: 26.3.]

La seconde forme divine du soleil, _Atmou_, en sa qualité de recteur

des régions inférieures, était supposé exercer une influence directe

sur la terre et ses habitants. Les rois lui payaient en particulier un

tribut constant d'adorations et d'hommages, et les grands monuments

témoignent de ces actes de piété des Pharaons par les titres mêmes

que prennent ces princes dans les inscriptions qui les décorent. Sur

l'obélisque occidental de Louqsor, le pharaon Ramsès II est qualifié

de _roi deux fois aimable, comme Atmou_. Le titre _chéri d'Atmou_ a

été donné à Ramsès-Sésostris, dans l'inscription qui décore la face

occidentale du magnifique obélisque de la porte du Peuple à Rome;

sur l'obélisque du Panthéon, le pharaon Apriès ou Ouaphré est traité

de _bien aimé d'Atmou dieu grand qui réside dans la contrée de la

vie_; l'obélisque de Saint-Jean de Latran, celui de Florence et celui

de Monte-Citorio, honorent d'un titre analogue les anciens rois

_Mandouei_, _Ramsès-Sésostris_ et _Psammétichus Ier_. Le pouvoir

royal fut mis sous la protection immédiate d'_Atmou_, qui accordait un

long règne aux souverains qu'il voulait favoriser: c'est ce que l'on

peut induire naturellement des titres de _chef des attributions royales

comme Atmou_, et de _roi possesseur des années comme Atmou_, que prend

_Ramsès-Sésostris_ sur deux monuments très-remarquables[381]; une

même induction doit résulter encore mieux du titre royal _modérateur

des modérateurs engendrés d'Atmou_, donné à _Ramsès II_ sur l'un des

obélisques de Louqsor. On en doit conclure que les rois eux-mêmes

furent mystiquement regardés comme des enfants d'_Atmou_, dont ils

étaient les représentants sur la terre. Cela explique enfin la

qualité de _fils d'Atmou_[382] dont se pare Ramsès-le-Grand dans les

inscriptions des obélisques du Panthéon, de Florence, et de Tanis: sur

ce dernier monument, dont le dessin m'a été communiqué par M. Pacho,

le courageux explorateur de la Cyrénaïque, on traite le conquérant

égyptien d'_Aroéris puissant_, _fils d'Atmou_, _roi seigneur du monde_,

etc., _Ramsès_, etc.; et cette formule répond mot pour mot à l'une des

formules initiales jadis sculptées sur un obélisque érigé par le même

roi _Ramsès_, et dont Hermapion[383] a donné une traduction fidèle en

ces termes: Απολλων κρατερος ΥΙΟΣ ΗΡΩΝΟΣ Βασιλευς οικουμενης ΡΑΜΕΣΣΗΣ,

_le puissant Apollon_, _fils de Héron_, _le roi du monde_, _Ramessès_,

etc. Cette traduction grecque a d'autant plus d'importance pour nous,

qu'elle prouve (et c'est le seul témoignage à citer à ce sujet) que

le dieu égyptien _Atmou_ ne fut point tout-à-fait inconnu aux Grecs:

on voit en effet par le texte précité qu'ils l'appelaient ΗΡΩΝ,

_Héron_, nom qui n'a aucun rapport réel de son avec l'égyptien _Atmou_,

mais auquel il serait tout aussi difficile d'attribuer une origine

purement grecque: n'est-ce là que la transcription d'un nom ou d'un

surnom égyptien d'_Atmou_, que l'on retrouvera peut-être dans quelque

texte hiéroglyphique? c'est ce que nous n'oserons décider. Notre seul

but, tout en notant cette synonymie, n'a été que de faire connaître

l'influence directe que le dieu Atmou était censé exercer sur la terre

et sur les rois qui la gouvernaient, d'après les idées égyptiennes.

Ce même dieu régissait encore l'une des plus importantes portions

de l'hémisphère inférieur, l'_Amenthès_ ou l'enfer égyptien, et

les monuments qui lèvent toute espèce de doute sur cette nouvelle

attribution d'Atmou, abondent dans les musées royaux de l'Europe,

ainsi que dans les collections particulières. Nous citerons seulement

ici un tableau, peint sur bois, appartenant au Musée royal du Louvre,

et représentant le dieu _Thoth-Psychopompe_, conduisant l'ame d'une

femme au pied du trône d'_Atmou_. Le dieu, assis, est coiffé de

la moitié inférieure du pschent, et son corps paraît enveloppé de

bandelettes comme celui d'une momie ordinaire[384]. Ajoutons qu'on

a dessiné à l'entrée du cinquième tombeau royal à l'ouest dans la

vallée de Biban-el-Molouk, à Thèbes[385], un bas-relief présentant

une scène d'un haut intérêt, dont nous traiterons plus en détail dans

la suite: il suffit de dire ici qu'on y voit le dieu _Atmou_ exerçant

les fonctions de juge suprême des ames dans l'Amenti, et décidant de

leurs futures transmigrations. On trouvera d'ailleurs dans le _Rituel

funéraire_ des preuves multipliées et irréfragables de l'influence

directe que cette divinité était supposée exercer sur les ames des

morts. Les défunts le traitent habituellement de _père_[386] dans les

invocations qu'ils lui adressent, et le dieu lui-même prend le titre de

père des personnages défunts, dans les légendes qui décorent certaines

momies. On lit, par exemple, à côté d'une image d'Atmou peinte, ainsi

que celles de plusieurs autres divinités, sur le cercueil d'une momie

de femme du Musée royal: _Voici ce que dit le dieu Atmou, seigneur du

monde matériel_, etc., _à Ouaranès, fille de Pachopsch_: _Je suis venu

te visiter_, MOI QUI SUIS TON PÈRE[387]. Les autres dieux ou déesses

peints sur ce même cercueil adressent des paroles analogues à la

défunte, en se déclarant être la _mère_, le _fils_ ou les _frères_ de

cette même défunte.

Ainsi les mythes égyptiens symbolisèrent dans le personnage d'_Atmou_

le soleil à l'Occident, le soleil dans l'hémisphère inférieur,

régissant en même temps les choses terrestres, et réglant le sort des

ames dans les demeures infernales.

[361] Voir la partie de ce livre sacré hiéroglyphique gravée dans la

_Description de l'Egypte_, A, vol. II, pl. 72, colonnes 21, 103, 34;

pl. 73, col. 81; pl. 74, col. 33; pl. 75, col. 110, 100, 125, 97, 94.

[362] Voir la légende du dieu sur notre planche 26 et pl. 26.2, nº 4.

[363] Pl. 26.2, numéros 1, 2, 3; pl. 26.4, numéros 3, 4 et 5.

[364] Appartenant au Musée de Turin.

[365] Voir notre planche 26.4, nº 1.

[366] _Idem_, nº 8.

[367] _Idem_, nº 10.

[368] _Idem_, nº 6.

[369] Voir notre planche 26.2.

[370] Voir les variantes d'orthographe de ce nom, pl. 26.2, nº 5.

[371] Tableaux peints des Musées du Vatican, de Turin et de Paris.

[372] Tableaux des Musées de Paris, de Lyon et de Turin.

[373] Voir nos planches 15.3 et 15.4, ainsi que leur explication.

[374] Numéroté O, 7, dans ma _Notice descriptive des Monuments

égyptiens du Musée Charles X_.

[375] Ce texte est gravé sur notre planche 26.4, nº 13.

[376] _Idem._, pl. 26.4, nº 14.

[377] Nº A, 310 de ma _Notice descriptive des Monuments égyptiens du

Musée Charles X_.

[378] Pl. 26.4, nº 15.

[379] Manuscrit hiératique du Musée royal, pl. 26.4, numéros 16 et 17.

[380] Rituels funéraires hiératiques et hiéroglyphiques des Musées de

Paris et de Turin.

[381] Sur les obélisques de Louqsor et la statue de Sésostris du

Musée royal de Turin.

[382] Planche 26.4, nº 18.

[383] Dans AMMIEN MARCELLIN, _Rerum gestarum_, lib. XVII, cap. 4.

[384] Tableau numéroté A, 309, dans la _Notice des Monuments

égyptiens du Musée Charles X_.

[385] _Description de l'Egypte_, A, vol. II, pl. 83, nº 1.

[386] Voir le Rituel funéraire gravé dans la _Description de

l'Egypte_, A, vol. II, pl. 74, col. 34, etc., etc.

[387] Momie notée O, 7, dans la _Notice du Musée Charles X_.

[Illustration: 26.4.]

Panthéon égyptien · 第 77 / 96 题