(SEM, CHÔN, L'HERCULE ÉGYPTIEN.)
LA valeur phonétique de la sorte de _plume_, ou _feuille_ arrondie à
sa partie supérieure, qui est le premier signe du nom hiéroglyphique
du personnage que nous considérons comme l'_Hercule égyptien_, étant
encore inconnue, il devient très-difficile de décider, parmi les
diverses transcriptions du nom égyptien de ce dieu données par les
auteurs classiques, laquelle est la plus exacte, et celle qu'il
conviendrait d'adopter définitivement: selon les uns, le nom d'Hercule,
en langue égyptienne, était _Chôn_ (ΧΩΝ)[358]; selon d'autres, ce fut
_Gignôn_ ou _Gigôn_; ΓΙΓΝΩΝ, οἱ δὲ ΓΙΓΩΝ[359]; enfin, d'après l'extrait
du Canon des rois thébains par Ératosthène, il semblerait que ce même
nom était ΣΕΜ, puisque, dans ce texte important, on interprète le
nom du pharaon Σεμφρουκρατης par HERCULE HARPOCRATE. Jablonski[360]
a pensé que les noms Χων et Σεμ n'étaient que des altérations du mot
égyptien ϫⲱⲙ (Djôm ou Gôm) qui, dans les composés, prend aussi en effet
la forme de ϫⲉⲙ (Djem) et exprime les idées _force_ et _puissance_.
Ce rapprochement présente tous les caractères de la probabilité: nous
n'en adopterons toutefois les conséquences que provisoirement. Le nom
de l'Hercule égyptien se terminant par une voyelle ou une diphtongue
dans l'écriture sacrée, et paraissant peindre plutôt les sons _sou_,
_soou_ ou _gaôu_, que _djom_ ou _djem_, le hasard peut, d'un instant
à l'autre, décider cette question, en nous fournissant le moyen de
déterminer la véritable valeur alphabétique du premier hiéroglyphe de
ce nom divin.
Il est possible aussi que ce dieu eût, comme une foule d'autres,
plusieurs noms différents, de la même manière qu'on le représentait
sous des formes et avec des attributs très-variés. La planche ci jointe
nous montre l'Hercule égyptien sous des apparences toutes nouvelles:
ses chairs sont de couleur _verte_ comme celles du dieu _Phtha_, son
aïeul; une ample tunique, coupée de bandes horizontales de diverses
couleurs, le couvre jusqu'au bas des jambes, et deux longues _plumes_
bleues s'élèvent au-dessus de sa coiffure. L'original de cette figure,
dont je dois une copie à l'amitié de M. Huyot, est sculpté de fortes
proportions sur un des piliers de la première salle de la grande
excavation d'Ibsamboul, le plus majestueux monument de la Nubie, et
dont l'exécution est due au règne fameux du Pharaon _Ramsès_, plus
connu sous le nom de _Sésostris_. Le conquérant y est représenté
faisant une riche offrande à l'Hercule égyptien, accompagné ici, comme
partout ailleurs, par une déesse qui, comme lui, reconnaît le dieu
_Phré_ pour son père.
On retrouve l'image de ce même dieu, 1º sous un costume absolument
semblable, si ce n'est que les plumes qui surmontent sa coiffure sont
plus nombreuses, dans un bas-relief des piliers du tombeau royal
découvert à Thèbes par Belzoni: Hercule présente l'emblème de la vie
céleste au Pharaon _Ousirei-Akenchérès_, par les ordres duquel ce vaste
hypogée fut creusé à grands frais;
2º Parmi les caractères hiéroglyphiques inscrits sur les quatre faces
du petit obélisque existant au musée britannique, monument qui paraît
avoir été érigé par un Pharaon de la XXe dynastie: le nom de ce roi est
toujours précédé du titre _chéri d'Hercule_, exprimé par le caractère
figuratif de ce dieu assis et la tête ornée d'un large faisceau de
plumes;
3º Enfin dans une stèle funéraire du musée de Turin. La scène
principale de ce bas-relief représente le défunt _Satéroui_, fils de
_Tathé_, adorant Osiris, président de la région inférieure: ce juge
suprême des morts est debout entre l'Hercule égyptien, dont la longue
tunique est quadrillée en forme de damier, et la déesse sa sœur, qui
présentent à l'époux d'Isis une chaîne formée des emblèmes réunis de la
_vie céleste_, de la _stabilité_ et du _bonheur_, la croix ansée, le
nilomètre et le sceptre à tête de coucoupha.
[358] _Etymologicum magnum._
[359] HESYCHII _Lexicon_.
[360] _Pantheon Ægyptiorum_, lib. II, III, p. 188.
[Illustration: 25.2.]