OU DU SOLEIL.

QUOIQUE PHRÉ, ou le Dieu-soleil, reçût de l'Égypte entière un culte

très-solennel, et que peu de grandes divinités aient été l'objet de

tant d'hommages, ses représentations au propre offrent, en général,

peu de variétés soit dans l'ensemble, soit dans les détails des

attributs; tandis que certains Dieux et quelques Déesses d'un rang

très-inférieur à celui du premier né de Phtha, se montrent, sur les

monuments, sous des formes très-différentes, soit qu'ils empruntent

la tête de divers animaux, soit par le changement des emblêmes et

des décorations qui servent à les distinguer dans telle ou telle de

leurs attributions divines. Mais si les images du Dieu _Phré_ sont

presque toujours semblables, il existe une très-grande variété dans les

symboles consacrés à rappeler l'idée de cet être bienfaisant, de ce roi

conservateur du monde physique.

Parmi ces emblêmes, dont il a paru indispensable de comprendre la

série entière dans ce recueil, l'animal fantastique gravé sur cette

planche n'est pas un des moins importants; et quoique jusqu'ici on ait

voulu regarder le _Sphinx_ comme un emblême exclusif des mystères du

débordement, de la terre d'Égypte, ou de tout autre phénomène céleste

ou terrestre, il est indubitable que le Sphinx est, dans certaines

occasions, un symbole du soleil ou du Dieu _Phré_, sur les monuments

d'ancien style égyptien. La légende hiéroglyphique, peinte à côté de

celui que nous publions aujourd'hui, contient textuellement, en effet,

l'expression des idées RÉ (le soleil) DIEU GRAND SEIGNEUR DU CIEL:

c'est le texte même d'une formule inscrite sur l'obélisque transporté

jadis d'Égypte à Rome pour être érigé dans le grand cirque, formule

qu'Hermapion a rendue très-littéralement par les mots Ἥλιος θεὸς μέγας

δεσπότης οὐρανοῦ[346].

Ce sphinx, tiré d'une magnifique momie de la collection égyptienne de

S. M. le roi de Sardaigne, existe sur le premier cercueil, au milieu

de peintures d'autant plus curieuses, que plusieurs présentent, contre

l'ordinaire des monuments de ce genre, un véritable intérêt historique.

Le défunt, qui tenait un rang distingué dans l'ordre sacerdotal

puisqu'il était voué au culte des souverains de la XVIIIe dynastie

égyptienne, est représenté à genoux devant un autel chargé de pains

sacrés et de fleurs de lotus. Auprès des offrandes et sur un piédestal

richement décoré, repose le sphinx symbolique du soleil: la tête

humaine barbue et le corps du lion, sont de couleur verte; une housse

couvre son dos, et un grand _uræus_ ailé s'élève en grands replis

au-dessus de la croupe de l'animal fantastique, et exprime la puissance

royale dont le Dieu Phré, considéré comme le père des rois, était en

quelque sorte la source et le prototype. Une petite image de la Déesse

_Saté_ (la Junon égyptienne), assise entre les pattes antérieures du

sphinx, paraît se rapporter à la même idée.

Le sphinx, qui est ici un emblême du Dieu _Phré_, n'a jamais indiqué,

comme c'est l'opinion commune, la présence de cet astre dans les

signes du Lion et de la Vierge; cette explication était d'autant moins

fondée, que la tête humaine de la plus grande partie des sphinx de

travail véritablement égyptien, est une tête mâle, caractérisée par

la barbe, ce qu'on ne saurait rapporter à l'astérisme de la Vierge.

Le seul passage des écrivains classiques, relatif à cet animal

fantastique, et qui soit en harmonie parfaite avec les faits démontrés

par les monuments, se trouve dans Clément d'Alexandrie, Ve livre des

Stromates, où on lit[347] que _le sphinx_, chez les Égyptiens, _fut le

symbole de la force unie à la prudence ou à la sagesse_: la première

de ces qualités était exprimée par le corps entier du Lion τὸ σῶμα πᾶν

λέοντος, et la seconde par _la face d'homme_, τὸ πρόσωπον ἀνθρώπου,

unie au corps de l'animal.

Le sphinx étant ainsi, dans les anaglyphes, le signe de deux qualités

essentiellement propres à toutes les essences divines et aux êtres

mortels les plus favorisés des Dieux, devint, par cela même, un emblême

commun à la plupart des divinités du premier et du second ordre, et

aux souverains de l'Égypte. J'ai reconnu, en effet, sur les monuments,

un grand nombre de Dieux et de Déesses, de Pharaons, de Lagides et

d'Empereurs, représentés sous la forme même d'un sphinx; ce qui exclut

toutes les interprétations tirées de l'Astronomie ou des phénomènes

naturels, qu'on a voulu donner de cet emblême.

On distingue les sphinx, images symboliques des différentes divinités,

par les insignes caractéristiques de chacune d'elles, placées sur

la tête du monstre. Le disque solaire peint en rouge ou en vert,

surmonte la coiffure du sphinx emblême du Dieu _Phré_, et rappelait

aux Égyptiens la force et la sagesse de l'être céleste qui, dans leur

système cosmologique, régissait et gouvernait l'univers matériel.

[346] HERMAPION, _voy._ Ammien-Marcellin, liv. XVII, ch. IV.

[347] Ἀλκῆς τε αὖ μετὰ συνέσεως ἡ σφίγξ. Τὸ μὲν σῶμα πᾶν λέοντος, τὸ

πρόσωπον δὲ ἀνθρώπου ἔχουσα. _Strom._, lib. V, p. 671; édit. d'Oxfort.

[Illustration: 24.3.]

DJOM, DJEM, ou GOM,

(L'HERCULE ÉGYPTIEN.)

LES Grecs connurent trois personnages mythiques du nom d'Hercule; le

plus moderne vécut peu de temps avant la guerre de Troie: c'était

le fils d'Alcmène et le petit-fils d'Alcée[348]; le second était

l'_Hercule Crétois_[349]; et le plus ancien de tous fut l'_Hercule

Égyptien_, dont les travaux et les exploits ont été attribués par les

Grecs à leur héros national, né à Thèbes de Béotie[350]. Hérodote, qui

convient n'avoir jamais entendu parler dans aucun endroit de l'Égypte

de cet Hercule si connu des Grecs[351], nous a transmis de précieux

détails sur l'Hercule Égyptien.

«Hercule, dit-il, est un Dieu très-ancien chez les Égyptiens, et,

comme ils l'assurent eux-mêmes, il est du nombre de ces douze Dieux

qui sont nés des _huit_ premiers Dieux, 17000 ans avant le règne

d'Amasis[352].» Diodore de Sicile est d'accord, à cet égard, avec le

père de l'histoire, lorsqu'il avance que l'Hercule Égyptien parut,

dès le premier établissement de la race humaine sur la terre, époque

depuis laquelle les Égyptiens, assure-t-il, comptaient bien plus de

10000 ans[353]. Ce Dieu rendit la terre habitable, en la délivrant

des animaux féroces[354]. Ainsi, l'Hercule Égyptien était un Dieu de

la seconde classe qui se composait de douze Divinités émanées des

huit Grands Dieux de la première, parmi lesquels _Ammon-Chnouphis_,

_Nèith_, _Phtah_, _Mendès_ et _Phré_, occupaient les principaux rangs.

Il paraît, comme on le verra dans la suite, que les Dieux de la seconde

classe ne furent, pour la plupart, que des _Parèdres_ de ceux de la

première que nous venons de nommer.

Le culte d'Hercule était très-répandu en Égypte, et remontait aussi,

selon Macrobe, à l'antiquité la plus reculée; ce personnage mythique

était considéré comme l'emblême de la _Force Divine_, _Virtus Deorum_;

et on lui attribuait, ainsi qu'on le fit en Grèce, la défaite des

Géants ennemis des Dieux[355]. Nous apprenons enfin par Plutarque, dans

son Traité d'_Isis et d'Osiris_, que les Égyptiens croyaient que leur

Hercule _habitait le disque solaire, et qu'il faisait avec cet astre le

tour de l'univers_.

Cette dernière indication nous a fait reconnaître, dans les peintures

des manuscrits et dans les bas-reliefs des temples, les formes variées

que les Égyptiens donnèrent à leur _Hercule_. Ce Dieu est figuré sous

une apparence toute humaine, et porte ordinairement sur sa tête,

ou dans sa main, une longue _feuille_ ou _plume_, dont la partie

supérieure est arrondie et recourbée. Ses chairs sont constamment

_rouges_, et l'_Hercule-Égyptien_, comme l'a dit Plutarque, accompagne,

en effet, presque toujours le Dieu _Phré_ (le Soleil), lorsque cette

grande Divinité est suivie, sur les monuments, par ses divers Parèdres.

Dans un des bas-reliefs moulés dans la grande salle du tombeau royal

découvert à Thèbes par M. Belzoni, l'_Hercule-Égyptien_, tel que nous

venons de le décrire, est placé dans la _barque du Soleil_, à côté

du disque lui-même. Dans la seconde partie du Rituel funéraire, dont

les papyrus, trouvés sur les momies, sont des copies plus ou moins

complètes, l'Hercule-Égyptien accompagne encore le _Dieu-Soleil_[356].

Il en est ainsi dans une foule d'autres peintures ou sculptures.

L'Hercule Égyptien gravé sur notre planche 25, a été copié à

_Biban-el-Molouk_, par la Commission d'Égypte, dans le cinquième

tombeau royal de l'est[357]; la légende hiéroglyphique tracée à côté

de ce personnage, renferme son nom propre et sa filiation (numéros

1 et 2). Le nom propre est composé ici, comme partout ailleurs, de

deux caractères, 1º d'une _plume_ ou _feuille_, semblable à celle

que le dieu porte sur sa tête; la valeur phonétique de ce signe nous

est encore inconnue; 2º de l'oiseau que nous appelons provisoirement

_la caille_, et qui, dans toutes les légendes hiéroglyphiques,

exprimant indifféremment les lettres O, OU et V, a pour _homophone_,

le _lituus_ (lég. nº 3). La filiation est indiquée par _l'oie_, _la

ligne perpendiculaire_, et _le disque solaire_ suivi de la _ligne

perpendiculaire_, ce qui donne _Sché_ ou _Sé-Ré_, ou bien, _Si-Ri_,

c'est-à-dire, _Fils du Soleil_: l'Hercule Égyptien est ordinairement

qualifié de _Dieu grand_, _Fils du Soleil_, _Seigneur Suprême_ (voyez

la pl. nº 25.2).

[348] DIODORE de Sicile, _Biblioth. Histor._ lib, III, p. 208, C.

[349] IDEM, _ibidem_.

[350] _Idem_, p. 207, C, et 208; et lib. I, p. 21.

[351] HÉRODOTE, lib. II, §. XLIII et CXLV.

[352] IDEM, _ibidem_.

[353] DIODORE de Sicile, _Biblioth. Histor._ lib. I, p. 21, D.

[354] _Idem_, p. 21, A.

[355] MACROB. _Saturn._ lib. I, cap. 20.

[356] Description de l'Égypte, Antiq. vol. II, pl. 7, col. 81 à 79.

[357] _Idem_, Antiq. vol. II, pl. 91, nº 2.

[Illustration: 25.]

Panthéon égyptien · 第 75 / 96 题