SATE OU SATI.

(SATÈS, SATIS, L'HÉRA OU JUNON ÉGYPTIENNE.)

LE nom égyptien de cette déesse est écrit de deux manières différentes

dans les textes hiéroglyphiques. L'orthographe que présente la planche

19 est la moins fréquente. Ce nom, formé des trois éléments phonétiques

ⲥⲧⲏ ou ⲥⲧⲉ, est suivi de l'_uræus_ ou aspic, déterminatif habituel des

noms propres de déesses, et le titre ⲧⲛⲉⲃⲡⲉ ou ⲧⲛⲉⲃ ⲛⲧⲡⲉ, _dame du

ciel_, complète la légende.

Ce nom, que l'on retrouve aussi sur les grands monuments de l'Égypte,

est extrait d'un bas-relief découvert à Thèbes par le comte de Belmore.

Cette pièce de sculpture offre un grand intérêt par le rang et la

réunion des personnages qui y sont figurés. On y distingue deux scènes

principales: celle de gauche représente le cinquième roi de la XVIIIe

dynastie, le Pharaon Thouthmosis IIIe (Mœris), la tête ornée du casque

royal, faisant l'offrande d'une image de la Vérité et de la Justice, 1º

au dieu AMON-RA à tête humaine[279], qualifié de _seigneur des trois

zones du monde_, et _de résidant au milieu des régions de Oph_ (Thèbes

et son nome); 2º à THERMOUTHIS, ou la _grande mère_ (Néith)[280], _dame

de la région d'Ascherro_; 3º au dieu KHONS ou HHONSOU[281], _seigneur

du ciel_; 4º à la déesse HATHÔR[282], la Vénus égyptienne, assise à

côté du dieu _Khons_, et le tenant dans ses bras. La partie droite de

la stèle présente un nombre égal de personnages disposés d'une manière

analogue; mais c'est ici l'un des ancêtres du roi Mœris, le Pharaon

_Aménôthph_ (Aménophis), le chef de la XVIIIe dynastie, qui, la tête

ceinte du diadême et décorée de l'uræus des rois, fait l'offrande

du vin au dieu suprême AMON-RA à tête de bélier[283], _seigneur de

l'Oph méridionale_, et au dieu CHNOUPHIS[284], à côté duquel est

assise la Junon égyptienne SATÉ[285]; immédiatement après vient la

déesse _Anouké_[286], qui, comme _Saté_, fut aussi, en effet, une des

divinités parèdres de _Chnouphis_, d'après l'inscription grecque des

cataractes. L'intention bien évidente du sculpteur a été d'établir,

entre ces deux séries de personnages, une sorte de parallélisme fondé

sur l'identité de rang et les rapports de fonctions entre ces êtres

divins. Ainsi les deux séries s'ouvrent par les deux principales formes

d'_Amon-Ra_, le père des dieux: sa première émanation, _Chnoubis_,

correspond au dieu _Khons_, qui est également qualifié de _premier-né

d'Amon-Ra_, dans les textes hiéroglyphiques[287]; _Thermouthis_, la

compagne d'Amon-Ra, ou la mère des dieux, a pour correspondant la

déesse SATÉ, la _Juno-Regina_ des Égyptiens; enfin la déesse _Hathôr_ a

pour pendant la déesse _Anouké_. Il n'est point douteux (et de nouveaux

faits viendront le démontrer dans la suite de cet ouvrage) que ces

deux séries de divinités sont identiques, c'est-à-dire, que le tableau

entier se rapporte seulement à quatre divinités, présentées chacune

sous deux points de vue divers et sous deux attributions différentes.

La déesse SATÉ ne doit donc être considérée que comme l'une des formes

de _Thermouthis_ ou _Néith_, ce qui justifie pleinement l'assimilation

que les Grecs firent de la _Saté_ égyptienne avec leur _Héra_ et leur

_Junon_, épouse et compagne de _Zeus_ ou _Jupiter_.

On donne, dans la planche 19.2, une nouvelle image[288] de _Saté_: sa

coiffure est peinte en blanc, ses chairs sont jaunes, et une tunique

verte remplace les ailes du vautour (pl. 19). Le nom hiéroglyphique

diffère aussi, quant à la forme de ses éléments, du nom gravé sur la

planche précédente; le premier signe est composé d'une _flèche_ croisée

sur un _javelot_ ou _trait_, armé d'un fer en forme de carreau; or,

dans la langue égyptienne, la _flèche_, les armes à _trait_ de tout

genre, portent le nom de ⲥⲁϯ, _Sati_, ou ⲥⲁⲧⲉ, _Saté_[289]. On pourrait

donc regarder ce nom comme formé d'abord d'un caractère _figuratif_;

mais la présence des caractères phonétiques ⲧ et ⲉ à la suite du

premier caractère, prouve que ce signe ne compte ici que pour le ⲥ

seul, d'après le principe de l'écriture phonétique égyptienne, qui

représente une lettre quelconque par l'image d'un objet dont le nom, en

langue parlée, a cette même lettre pour initiale.

Le nom égyptien de la déesse ⲥⲁⲧⲉ, _Saté_, ou ⲥⲁϯ, _Sati_, dérive de la

racine ⲥⲱⲧ ou ⲥⲁⲧ, _projicere_, _spargere_, jeter, lancer, _répandre_;

et nous ajouterons que le mot _Sati_ ou _Saté_, nom divin, pl. 19.2, 1

et 2, étant privé des caractères d'espèce, _uræus_ et _femme_, qui en

font un nom propre de déesse, exprime, dans les textes hiéroglyphiques,

l'idée _rayon_ (radius), lorsqu'il s'agit du soleil ou de la lumière;

les flèches d'Apollon-Soleil trouvent donc aussi leur origine dans

les monuments de la vieille Égypte, comme tant d'autres emblèmes des

divinités grecques.

[279] Voir notre planche 1.

[280] Voir notre planche 6.

[281] Voir notre planche 14.4

[282] Voir notre planche 17.3.

[283] Voir notre planche 2.

[284] Voir notre planche 3.

[285] Voir notre planche 19.2, sujet de cet article.

[286] Voir notre planche 20.

[287] Musée royal du Louvre, salle des Dieux, statuette en bronze,

numérotée A, 137.

[288] Extraite d'un monument du Musée royal de Turin, décrit dans

l'explication de la planche nº 20.3.

[289] ⲥⲁⲧⲉ ou ⲥⲁϯ, _Mucro_, _Cuspis_, _Telum_, _Sagitta_. Voir le

Dictionnaire de Lacroze, et la _Scala magna_, page 116.

[Illustration: 19.2.]

ANOUKÉ ou ANOUKI.

(ANUCIS, ANUCÈS, ISTIA, ESTIA, VESTA.)

LES savants qui jusques ici se sont occupés de la mythologie des

Égyptiens, ont cru que ce peuple ne connut jamais de divinité dont les

fonctions eussent quelque analogie avec l'_Estia_ des Grecs, la _Vesta_

des Romains. Ils appuyaient leur opinion sur l'autorité d'Hérodote,

qui a dit en effet que les noms de _Héra_ et d'_Istia_ furent inconnus

aux Égyptiens[290]. Mais le père de l'histoire ne parle que des

_noms_ seulement, sans prétendre, ni même insinuer, que les Égyptiens

n'adorassent point de déesse dont les attributions eussent certains

rapports avec celles de _Héra_ et d'_Istia_ de l'Olympe grec.

L'existence, dans l'ancienne religion égyptienne, d'une déesse que les

Grecs postérieurs à Hérodote assimilèrent, à tort ou à raison, à leur

_Estia_, est d'abord prouvée par le témoignage formel de Diodore de

Sicile[291], qui nomme _Estia_ parmi les divinités de l'Égypte.

L'importante inscription grecque découverte aux cataractes lève

d'ailleurs toute incertitude à cet égard; car ce texte curieux nous

apprend non-seulement que la déesse _Estia_ était adorée dans le temple

égyptien de l'île sainte de Sétès, mais il nous fait encore connaître

le nom égyptien de cette déesse: la dédicace porte en effet ΑΝΟΥΚΕΙ

ΤΗΙ ΚΑΙ ΕΣΤΙΑΙ, A ANOUKIS _qui est aussi_ ESTIA. Cette précieuse

synonymie a suffi pour nous conduire à distinguer, sur les monuments

d'ancien style égyptien, les images de la déesse _Anouké_ ou _Anouki_,

personnage mythique dans lequel les Grecs du temps d'Evergète IIe

croyaient retrouver _Estia_, l'une de leurs divinités nationales.

Dans l'inscription des cataractes, _Anouké_ est immédiatement nommée

après _Ammon-Chnouphis_ et après _Saté_, le Jupiter et la Junon des

Égyptiens; Osiris, Cronos, Hermès, ne sont mentionnés qu'après elle, et

cela seul prouve le haut rang d'_Anouké_ dans le Panthéon égyptien.

Ce rang distingué est démontré par les monuments originaux: deux

bas-reliefs déja cités, rapportés de Thèbes par le comte de Belmore, et

qui offrent la représentation des divinités de la famille d'Amon-Ra,

nous montrent, conformément à l'inscription des cataractes, et _dans

le_ _même ordre_, le dieu CHNOUPHIS, la déesse SATÉ et la déesse

ANOUKÉ[292].

Cette dernière est reconnaissable à son nom d'abord, et en second lieu

à son costume particulier.

Son nom hiéroglyphique, composé de trois caractères phonétiques[293]

le _bras étendu_ ⲁ, la _ligne brisée_ ⲛ, et le _segment de cercle_ ⲕ,

se lit ⲁⲛⲕ (_Anouké_, _Anouki_), et il est suivi de la marque du genre

féminin ⲧ, et de l'_Uræus_, signe déterminatif des noms propres de

déesses. La planche 20 porte un second nom symbolique, ou plutôt un

_titre_ de la déesse, encore inconnu.

La même planche nous montre ANOUKÉ[294] sous la figure d'une femme

assise sur un trône; sa coiffure, ceinte d'un diadème auquel est

attaché l'Uræus, insigne du pouvoir souverain, est surmontée de plumes

ou feuilles de couleurs variées, que l'on pourrait prendre pour une

fleur de lotus épanouie et engagée dans la coiffure, si sur d'autres

monuments ces feuilles ou plumes n'étaient plus allongées, plus

nombreuses, et n'affectaient la forme du beau chapiteau égyptien,

composé de _feuilles de palmier_[295].

L'image de cette déesse n'est point rare sur les grands édifices de

l'Égypte: nous citerons particulièrement deux grands tableaux sculptés

dans le temple d'_Ammon-Cnouphis_ à Éléphantine, construction du règne

du Pharaon Aménophis, huitième roi de la dix-huitième dynastie, qui

régna vers l'an 1687 avant Jésus-Christ, comme une preuve de l'antique

existence du culte d'_Anouké_ avant la venue des Grecs en Égypte. Dans

l'un de ces tableaux, _Anouké_ est encore à la suite d'_Ammon Cnouphis_

et de _Saté_[296]; dans l'autre, le Pharaon Aménophis fait hommage

d'une corbeille de fleurs à la déesse, qui, plus loin, accueille ce

monarque, lève sur lui l'une de ses mains en signe de protection, et

lui présente de l'autre l'emblème de la vie et le signe des panégyries

ou des périodes d'années, comme pour lui promettre un règne long et

heureux[297].

[290] Livre II, § 50.

[291] Livre I, § 13.

[292] Ces monuments sont une _stèle_ et un _bas-relief_ déja décrits

dans l'explication de nos planches 19 et 19.2.

[293] Voir ce nom noté A dans notre pl. 19, où il a été mis par

erreur, et pl. 20.3.

[294] Tirée de la stèle du comte de Belmore.

[295] _Description de l'Egypte_, _Esné_ et _Edfou_, A, vol. I.

[296] _Idem_, A, vol. I, pl. 37, nº 1.

[297] _Idem, ibidem_.

[Illustration: 20.]

TPE, TPHÉ, ou TIPHÉ.

(URANIE, LA DÉESSE CIEL.)

LES grands monuments de la Thébaïde nous offrent de nombreuses

représentations de l'Uranie égyptienne; et ces sculptures de

très-grande proportion ne permettent point de méconnaître, dans

la position habituelle du corps de cet être mythique, _le Ciel_

même personnifié; la Déesse, toujours reconnaissable à sa coiffure

particulière, formée de plumes ou de feuilles, est figurée sous la

forme d'une femme dont le corps, placé horizontalement et allongé hors

de toute proportion, embrasse un très-grand espace, circonscrit par les

bras et les jambes qui retombent perpendiculairement.

Les deux côtés du Zodiaque d'Esné[298] sont cernés par deux de ces

images symboliques de _Tpé_ (le ciel); elle environne les signes

astronomiques sculptés au plafond d'Hermonthis[299]. Un des bas-reliefs

qui ornent le plafond du portique du grand temple, à Philæ, contient

deux images de _Tpé_, superposées et inscrites l'une dans l'autre[300].

Un des plafonds du petit appartement qui renfermait le Zodiaque

circulaire de Dendéra, présente trois figures de _Tpé_, pareillement

inscrites les unes dans les autres; les Égyptiens exprimèrent ainsi,

symboliquement, les différents _cieux_, les diverses régions célestes

admises par leur cosmogonie. Enfin, les Signes, les Constellations et

les Décans, figurés sur les deux parties du Zodiaque rectangulaire de

Dendéra, sont encore compris entre les bras et les jambes de _Tpé_, qui

porte ici la coiffure ordinaire des femmes; mais vers les mains et les

pieds de ces images de la Déesse, est sculpté le signe hiéroglyphique

(pl. 20.4, nº 1) qui, partout exprimant l'idée _Ciel_ (_Tpé_), est

ici le nom même de la Déesse.

Ce signe de l'idée _Ciel_ est très-fréquemment employé dans tous les

textes en écriture sacrée; il est constamment peint en _bleu_, couleur

de la voûte céleste (pl. 20.4, numéros 1 et 2), et se montre même souvent

_parsemé d'étoiles_ (numéros 3 et 4); c'est un signe figuratif: les

Égyptiens comparaient le ciel au _plafond_ d'un édifice, et ceux de la

plupart des temples sont en effet peints en bleu et parsemés d'étoiles.

Il est à remarquer aussi que le corps de la déesse _Tpé_ (le Ciel

personnifié), tel qu'on l'observe dans les sculptures astronomiques,

est disposé de manière à rappeler la forme générale de cet hiéroglyphe;

l'imitation est plus visible encore à l'égard du signe _hiératique_ de

l'idée _Ciel_ (pl. 20.4, nº 5).

Des monuments beaucoup plus anciens que ceux que nous venons de citer,

nous offrent _Tpé_ sous la forme nº III. Cette Déesse embrasse les

tableaux astronomiques sculptés au plafond de l'un des tombeaux des

anciens rois à Thèbes; la Déesse est nue; le corps entier est de

couleur _bleue_; cinq disques sont dispersés sur son torse: ce sont

cinq _Planètes_; un sixième disque (_la Lune_), est placé vers la

bouche, et un Scarabée tenant un septième disque (_le Soleil_), est

figuré vers les parties sexuelles. Le Ciel, ou plutôt _Tpé_ (_la Ciel_,

comme disaient les Égyptiens), était une essence spécialement femelle,

et qui ne produisait que par la force génératrice du Soleil, dont

l'essence mâle est exprimée par le Scarabée.

Les images de l'_Uranie_ égyptienne, à Philæ et à Hermonthis, portent

aussi l'indication des _Planètes_; sur un bas-relief de Dendéra,

dessiné par M. le baron Denon[301], _sept_ zones comprises entre les

pieds et les bras de la Déesse, renferment des _disques placés sur des

barques_, emblêmes connus des astres qui ont un mouvement régulier et

visible.

[298] Description de l'Égypte, Antiq. vol. I, pl. 79.

[299] _Idem_, vol. I, pl. 96, nº 2.

[300] _Idem_, pl. X, nº 1.

[301] Voyage dans la haute et la basse Égypte, pl. 129, nº 4.

[Illustration: 20.2.]

ANOUKÉ ou ANOUKI.

(ANUCÈS, ANUCIS, ISTIA, ESTIA, VESTA.)

ON trouve aussi, sur les grands édifices construits par les Égyptiens

sous la domination des Grecs et des Romains, la représentation de la

déesse _Anouké_. On la voit sur l'une des faces latérales du portique

d'Esné[302], assise toujours à la suite d'_Ammon-Chnouphis_, le dieu

éponyme du temple, et recevant les offrandes d'un empereur romain

dont la légende n'a point été copiée. A Déboud, en Nubie, on a figuré

_Anouké_ tenant dans ses mains le sceptre à fleur de _lotus_ et le

signe de la _vie_ divine[303]. Enfin un bas-relief de Dendéra, dessiné

par l'aimable et ingénieux baron Denon qui, le premier, fit bien

connaître à l'Europe savante les merveilles de la Thébaïde, offre aussi

une image de cette déesse tenant le signe de la _vie_[304].

Mais le monument le plus curieux du culte d'_Anouké_, que l'on puisse

citer jusqu'à ce jour, est, sans contredit, un petit temple en bois

sculpté et peint, faisant partie du Musée royal égyptien de Turin.

Cet édifice, placé sur un traîneau, est précédé d'un petit portique

soutenu par deux colonnes dont les chapiteaux portent une double tête

de femme, celle même de la déesse _Anouké_, qui se distingue de la tête

d'_Hathôr_, employée également dans les décorations architecturales,

par des oreilles humaines, au lieu d'oreilles de vache. Sur le fût des

deux colonnes on a gravé deux inscriptions hiéroglyphiques; celle de

droite contient une invocation au dieu CHNOUMIS ou _Chnouphis, seigneur

du ciel, gardien de la contrée orientale, seigneur aux mille noms_

(polyonymos), _modérateur du monde_, etc., _pour qu'il accorde tous les

biens purs_ à un _auditeur de justice_, dont le nom n'est pas conservé.

La légende de gauche est une prière adressée à la _déesse Anouké_,

qualifiée de _dame de la contrée orientale, dame du ciel, rectrice de

tous les dieux, œil du soleil_, etc.

Ce naos ou petite chapelle, de la forme d'un carré long, était

évidemment dédié à la Vesta égyptienne, _Anouké_, puisque quatre

inscriptions, dont deux sont composées chacune de quatre colonnes de

caractères, et deux d'une seule colonne verticale, ont été gravées sur

les deux montants et sur les battants de la porte, encore parfaitement

conservés, et que ces légendes ne contiennent toutes que le nom et les

titres de la déesse _Anouké_, déja inscrits sur l'une des colonnes du

portique: c'est ce que démontre encore mieux la description des scènes

sculptées et peintes sur deux des faces extérieures de cette petite

chapelle.

On remarque sur la face latérale gauche le dieu _Chnouphis_ et les

déesses _Saté_ et _Anouké_, assis sur des trônes, recevant les

adorations d'un _auditeur de justice_ nommé _Kasi_, lequel est

accompagné de son père, de sa mère et de quatre de ses frères ou

sœurs, comme l'indiquent des légendes particulières: ces personnages

portent en main diverses offrandes et des bouquets de lotus. Ce

tableau offre donc en premier lieu la _Vesta égyptienne_, associée

aux deux grandes divinités _Chnouphis_ et _Saté_, dont elle est, pour

ainsi dire, inséparable, et auxquelles il est probable que les mythes

sacrés attribuaient sa naissance; mais la face latérale droite de la

chapelle nous montre _Anouké-Vesta_ adorée séparément et avec tous les

caractères distinctifs de la divinité principale de ce petit édifice.

Assise sur un trône[305], dans un naos dont la corniche est surmontée

d'une rangée d'_uræus_, la déesse tient dans ses mains le sceptre et

l'emblème de la vie; devant elle sont un autel, un vase à libation

et une fleur de lotus. Le naos est porté sur une bari ou barque

sacrée, à deux gouvernails décorés de têtes d'épervier, emblèmes de la

Providence, et dont la poupe et la proue ont été ornées de deux têtes

de _déesse mère_ avec des colliers. Vers la proue de la bari, décorée

de l'œil droit, emblème _du soleil_, et en face d'_Anouké_, s'élève

un riche bouquet de lotus; à côté sont placées d'autres offrandes. La

bari sacrée est censée flotter sur le fleuve saint, duquel dérive un

canal portant une autre barque thalamége, conduite par quatre rameurs;

enfin, à la jonction du canal et du Nil, un personnage, probablement

l'auditeur de justice _Kasi_, auquel appartenait la chapelle, égorge

une victime sur un autel; un de ses frères épanche l'eau d'un grand

vase placé sur une sellette; plus bas sont Kasi et toute sa famille,

figurés en pied et de plus forte proportion.

Le seul fait que la déesse _Anouké_ est représentée assise dans un

naos porté sur une _bari_ ou barque sacrée, suffirait d'ailleurs pour

établir que cette petite chapelle lui était plus spécialement dédiée

qu'aux autres divinités dont ce petit édifice en bois peint présente

aussi les images.

[302] _Description de l'Egypte_, A, vol. I, pl. 47, le second tableau

de la deuxième rangée.

[303] _Monuments de la Nubie_, par M. Gau, pl. 6; _idem_, pl. 13,

nº. 9.

[304] Atlas du _Voyage dans la haute et basse Egypte_; Dendéra.

[305] Voir la planche 20.3.

[Illustration: 20.3.]

TPÉ, TPHÉ, ou TIPHÉ.

(URANIE, LA DÉESSE CIEL.)

LE systême mythologique des Égyptiens, quoique comprenant un nombre

fort considérable de personnages susceptibles, pour la plupart, de

revêtir plusieurs formes très-différentes, fut si bien ordonné, et la

classification des Dieux y est tellement fixe et invariable, que le

petit nombre de monuments originaux renfermés dans les collections

publiques et particulières, étudiés avec soin, suffit pour conduire

à des résultats certains; et leur comparaison, faite sans préjugé

systématique, mène à des distinctions successives, par lesquelles on

reconnaît toutes les différentes formes, le rang, le degré d'importance

et les fonctions de chaque divinité égyptienne. Ce qu'un monument

présente de vague et d'obscur est pleinement éclairci par un autre.

S'il pouvait, par exemple, rester quelques doutes sur l'expression

emblématique de la Déesse figurée sur nos planches précédentes (20.2

et 20.3), ils seraient entièrement levés par un simple coup d'œil sur

notre planche 20.4.

Cette curieuse représentation de la Déesse _Tpé_, ou le Ciel

personnifié, existe parmi les peintures d'un beau manuscrit

hiéroglyphique, rapporté d'Égypte par M. Thédenat, et acquis par le

Cabinet du Roi.

Le corps de la Déesse est disposé comme dans tous les bas-reliefs

astronomiques; mais il est, de plus, entièrement couvert d'étoiles;

sa coiffure n'a rien de particulier, et sa face est peinte en jaune,

couleur affectée aux femmes dans les peintures égyptiennes; la

disposition générale du corps se rapproche bien mieux ici, que sur les

bas-reliefs astronomiques, de cette forme sémi-circulaire que l'erreur

de nos sens nous fait attribuer à ce que nous nommons la _voûte

céleste_.

Deux barques symboliques parcourent le Ciel, figuré par le corps étoilé

de la Déesse; l'une, placée sur les parties inférieures de ce corps,

_monte_, en se dirigeant des pieds vers la tête, comme l'indique le

sens dans lequel est tournée la face du personnage principal, assis

dans la barque, ou _Bari_ sacrée. A sa tête d'_Epervier, surmontée du

disque, ornée de l'Uræus_, on ne peut méconnaître ici le Dieu PHRÉ,

_le Soleil_ personnifié[306], et placé sur la barque, emblême habituel

du mouvement des astres. Cette grande Divinité, qui tient sur ses

genoux le signe de la vie divine, est assistée par deux personnages

mythiques, Divinités _Parèdres_, dont il sera question ailleurs.

_Phré_, (le Soleil), paraît une seconde fois, dans sa barque sacrée;

mais à la partie opposée du Ciel: ici la barque _descend_, comme

l'indique la direction de la proue, et la face du Dieu tournée vers le

bas.

Il est de toute évidence que ces deux barques expriment,

symboliquement, la course du Soleil dans la vaste étendue des cieux;

l'une, celle qui monte, désigne le Soleil à l'orient, et versant dans

l'espace, des torrents de lumière, indiquée par les points de couleur

rouge qui environnent la barque et le Ciel; l'autre, celle qui descend,

nous montre cet astre quittant l'horizon, à l'instant où la lumière

disparaît entièrement. Il n'est point inutile de remarquer, enfin,

que le disque du soleil levant est peint de couleur d'or, tandis qu'à

l'occident il est d'un rouge foncé.

Dans le manuscrit original, cette image, si bien caractérisée, de la

Déesse _Tpé_, le Ciel, ou l'Uranie égyptienne, enveloppe une scène

symbolique, que nous ferons connaître lorsque nous traiterons des

divers personnages qui la composent.

[306] Voyez l'explication de la planche nº 24.

[Illustration: 20.4.]

Panthéon égyptien · 第 64 / 96 题