(SATÈS, SATIS, L'HÉRA OU JUNON ÉGYPTIENNE.)
LE nom égyptien de cette déesse est écrit de deux manières différentes
dans les textes hiéroglyphiques. L'orthographe que présente la planche
19 est la moins fréquente. Ce nom, formé des trois éléments phonétiques
ⲥⲧⲏ ou ⲥⲧⲉ, est suivi de l'_uræus_ ou aspic, déterminatif habituel des
noms propres de déesses, et le titre ⲧⲛⲉⲃⲡⲉ ou ⲧⲛⲉⲃ ⲛⲧⲡⲉ, _dame du
ciel_, complète la légende.
Ce nom, que l'on retrouve aussi sur les grands monuments de l'Égypte,
est extrait d'un bas-relief découvert à Thèbes par le comte de Belmore.
Cette pièce de sculpture offre un grand intérêt par le rang et la
réunion des personnages qui y sont figurés. On y distingue deux scènes
principales: celle de gauche représente le cinquième roi de la XVIIIe
dynastie, le Pharaon Thouthmosis IIIe (Mœris), la tête ornée du casque
royal, faisant l'offrande d'une image de la Vérité et de la Justice, 1º
au dieu AMON-RA à tête humaine[279], qualifié de _seigneur des trois
zones du monde_, et _de résidant au milieu des régions de Oph_ (Thèbes
et son nome); 2º à THERMOUTHIS, ou la _grande mère_ (Néith)[280], _dame
de la région d'Ascherro_; 3º au dieu KHONS ou HHONSOU[281], _seigneur
du ciel_; 4º à la déesse HATHÔR[282], la Vénus égyptienne, assise à
côté du dieu _Khons_, et le tenant dans ses bras. La partie droite de
la stèle présente un nombre égal de personnages disposés d'une manière
analogue; mais c'est ici l'un des ancêtres du roi Mœris, le Pharaon
_Aménôthph_ (Aménophis), le chef de la XVIIIe dynastie, qui, la tête
ceinte du diadême et décorée de l'uræus des rois, fait l'offrande
du vin au dieu suprême AMON-RA à tête de bélier[283], _seigneur de
l'Oph méridionale_, et au dieu CHNOUPHIS[284], à côté duquel est
assise la Junon égyptienne SATÉ[285]; immédiatement après vient la
déesse _Anouké_[286], qui, comme _Saté_, fut aussi, en effet, une des
divinités parèdres de _Chnouphis_, d'après l'inscription grecque des
cataractes. L'intention bien évidente du sculpteur a été d'établir,
entre ces deux séries de personnages, une sorte de parallélisme fondé
sur l'identité de rang et les rapports de fonctions entre ces êtres
divins. Ainsi les deux séries s'ouvrent par les deux principales formes
d'_Amon-Ra_, le père des dieux: sa première émanation, _Chnoubis_,
correspond au dieu _Khons_, qui est également qualifié de _premier-né
d'Amon-Ra_, dans les textes hiéroglyphiques[287]; _Thermouthis_, la
compagne d'Amon-Ra, ou la mère des dieux, a pour correspondant la
déesse SATÉ, la _Juno-Regina_ des Égyptiens; enfin la déesse _Hathôr_ a
pour pendant la déesse _Anouké_. Il n'est point douteux (et de nouveaux
faits viendront le démontrer dans la suite de cet ouvrage) que ces
deux séries de divinités sont identiques, c'est-à-dire, que le tableau
entier se rapporte seulement à quatre divinités, présentées chacune
sous deux points de vue divers et sous deux attributions différentes.
La déesse SATÉ ne doit donc être considérée que comme l'une des formes
de _Thermouthis_ ou _Néith_, ce qui justifie pleinement l'assimilation
que les Grecs firent de la _Saté_ égyptienne avec leur _Héra_ et leur
_Junon_, épouse et compagne de _Zeus_ ou _Jupiter_.
On donne, dans la planche 19.2, une nouvelle image[288] de _Saté_: sa
coiffure est peinte en blanc, ses chairs sont jaunes, et une tunique
verte remplace les ailes du vautour (pl. 19). Le nom hiéroglyphique
diffère aussi, quant à la forme de ses éléments, du nom gravé sur la
planche précédente; le premier signe est composé d'une _flèche_ croisée
sur un _javelot_ ou _trait_, armé d'un fer en forme de carreau; or,
dans la langue égyptienne, la _flèche_, les armes à _trait_ de tout
genre, portent le nom de ⲥⲁϯ, _Sati_, ou ⲥⲁⲧⲉ, _Saté_[289]. On pourrait
donc regarder ce nom comme formé d'abord d'un caractère _figuratif_;
mais la présence des caractères phonétiques ⲧ et ⲉ à la suite du
premier caractère, prouve que ce signe ne compte ici que pour le ⲥ
seul, d'après le principe de l'écriture phonétique égyptienne, qui
représente une lettre quelconque par l'image d'un objet dont le nom, en
langue parlée, a cette même lettre pour initiale.
Le nom égyptien de la déesse ⲥⲁⲧⲉ, _Saté_, ou ⲥⲁϯ, _Sati_, dérive de la
racine ⲥⲱⲧ ou ⲥⲁⲧ, _projicere_, _spargere_, jeter, lancer, _répandre_;
et nous ajouterons que le mot _Sati_ ou _Saté_, nom divin, pl. 19.2, 1
et 2, étant privé des caractères d'espèce, _uræus_ et _femme_, qui en
font un nom propre de déesse, exprime, dans les textes hiéroglyphiques,
l'idée _rayon_ (radius), lorsqu'il s'agit du soleil ou de la lumière;
les flèches d'Apollon-Soleil trouvent donc aussi leur origine dans
les monuments de la vieille Égypte, comme tant d'autres emblèmes des
divinités grecques.
[279] Voir notre planche 1.
[280] Voir notre planche 6.
[281] Voir notre planche 14.4
[282] Voir notre planche 17.3.
[283] Voir notre planche 2.
[284] Voir notre planche 3.
[285] Voir notre planche 19.2, sujet de cet article.
[286] Voir notre planche 20.
[287] Musée royal du Louvre, salle des Dieux, statuette en bronze,
numérotée A, 137.
[288] Extraite d'un monument du Musée royal de Turin, décrit dans
l'explication de la planche nº 20.3.
[289] ⲥⲁⲧⲉ ou ⲥⲁϯ, _Mucro_, _Cuspis_, _Telum_, _Sagitta_. Voir le
Dictionnaire de Lacroze, et la _Scala magna_, page 116.
[Illustration: 19.2.]
ANOUKÉ ou ANOUKI.
(ANUCIS, ANUCÈS, ISTIA, ESTIA, VESTA.)
LES savants qui jusques ici se sont occupés de la mythologie des
Égyptiens, ont cru que ce peuple ne connut jamais de divinité dont les
fonctions eussent quelque analogie avec l'_Estia_ des Grecs, la _Vesta_
des Romains. Ils appuyaient leur opinion sur l'autorité d'Hérodote,
qui a dit en effet que les noms de _Héra_ et d'_Istia_ furent inconnus
aux Égyptiens[290]. Mais le père de l'histoire ne parle que des
_noms_ seulement, sans prétendre, ni même insinuer, que les Égyptiens
n'adorassent point de déesse dont les attributions eussent certains
rapports avec celles de _Héra_ et d'_Istia_ de l'Olympe grec.
L'existence, dans l'ancienne religion égyptienne, d'une déesse que les
Grecs postérieurs à Hérodote assimilèrent, à tort ou à raison, à leur
_Estia_, est d'abord prouvée par le témoignage formel de Diodore de
Sicile[291], qui nomme _Estia_ parmi les divinités de l'Égypte.
L'importante inscription grecque découverte aux cataractes lève
d'ailleurs toute incertitude à cet égard; car ce texte curieux nous
apprend non-seulement que la déesse _Estia_ était adorée dans le temple
égyptien de l'île sainte de Sétès, mais il nous fait encore connaître
le nom égyptien de cette déesse: la dédicace porte en effet ΑΝΟΥΚΕΙ
ΤΗΙ ΚΑΙ ΕΣΤΙΑΙ, A ANOUKIS _qui est aussi_ ESTIA. Cette précieuse
synonymie a suffi pour nous conduire à distinguer, sur les monuments
d'ancien style égyptien, les images de la déesse _Anouké_ ou _Anouki_,
personnage mythique dans lequel les Grecs du temps d'Evergète IIe
croyaient retrouver _Estia_, l'une de leurs divinités nationales.
Dans l'inscription des cataractes, _Anouké_ est immédiatement nommée
après _Ammon-Chnouphis_ et après _Saté_, le Jupiter et la Junon des
Égyptiens; Osiris, Cronos, Hermès, ne sont mentionnés qu'après elle, et
cela seul prouve le haut rang d'_Anouké_ dans le Panthéon égyptien.
Ce rang distingué est démontré par les monuments originaux: deux
bas-reliefs déja cités, rapportés de Thèbes par le comte de Belmore, et
qui offrent la représentation des divinités de la famille d'Amon-Ra,
nous montrent, conformément à l'inscription des cataractes, et _dans
le_ _même ordre_, le dieu CHNOUPHIS, la déesse SATÉ et la déesse
ANOUKÉ[292].
Cette dernière est reconnaissable à son nom d'abord, et en second lieu
à son costume particulier.
Son nom hiéroglyphique, composé de trois caractères phonétiques[293]
le _bras étendu_ ⲁ, la _ligne brisée_ ⲛ, et le _segment de cercle_ ⲕ,
se lit ⲁⲛⲕ (_Anouké_, _Anouki_), et il est suivi de la marque du genre
féminin ⲧ, et de l'_Uræus_, signe déterminatif des noms propres de
déesses. La planche 20 porte un second nom symbolique, ou plutôt un
_titre_ de la déesse, encore inconnu.
La même planche nous montre ANOUKÉ[294] sous la figure d'une femme
assise sur un trône; sa coiffure, ceinte d'un diadème auquel est
attaché l'Uræus, insigne du pouvoir souverain, est surmontée de plumes
ou feuilles de couleurs variées, que l'on pourrait prendre pour une
fleur de lotus épanouie et engagée dans la coiffure, si sur d'autres
monuments ces feuilles ou plumes n'étaient plus allongées, plus
nombreuses, et n'affectaient la forme du beau chapiteau égyptien,
composé de _feuilles de palmier_[295].
L'image de cette déesse n'est point rare sur les grands édifices de
l'Égypte: nous citerons particulièrement deux grands tableaux sculptés
dans le temple d'_Ammon-Cnouphis_ à Éléphantine, construction du règne
du Pharaon Aménophis, huitième roi de la dix-huitième dynastie, qui
régna vers l'an 1687 avant Jésus-Christ, comme une preuve de l'antique
existence du culte d'_Anouké_ avant la venue des Grecs en Égypte. Dans
l'un de ces tableaux, _Anouké_ est encore à la suite d'_Ammon Cnouphis_
et de _Saté_[296]; dans l'autre, le Pharaon Aménophis fait hommage
d'une corbeille de fleurs à la déesse, qui, plus loin, accueille ce
monarque, lève sur lui l'une de ses mains en signe de protection, et
lui présente de l'autre l'emblème de la vie et le signe des panégyries
ou des périodes d'années, comme pour lui promettre un règne long et
heureux[297].
[290] Livre II, § 50.
[291] Livre I, § 13.
[292] Ces monuments sont une _stèle_ et un _bas-relief_ déja décrits
dans l'explication de nos planches 19 et 19.2.
[293] Voir ce nom noté A dans notre pl. 19, où il a été mis par
erreur, et pl. 20.3.
[294] Tirée de la stèle du comte de Belmore.
[295] _Description de l'Egypte_, _Esné_ et _Edfou_, A, vol. I.
[296] _Idem_, A, vol. I, pl. 37, nº 1.
[297] _Idem, ibidem_.
[Illustration: 20.]
TPE, TPHÉ, ou TIPHÉ.
(URANIE, LA DÉESSE CIEL.)
LES grands monuments de la Thébaïde nous offrent de nombreuses
représentations de l'Uranie égyptienne; et ces sculptures de
très-grande proportion ne permettent point de méconnaître, dans
la position habituelle du corps de cet être mythique, _le Ciel_
même personnifié; la Déesse, toujours reconnaissable à sa coiffure
particulière, formée de plumes ou de feuilles, est figurée sous la
forme d'une femme dont le corps, placé horizontalement et allongé hors
de toute proportion, embrasse un très-grand espace, circonscrit par les
bras et les jambes qui retombent perpendiculairement.
Les deux côtés du Zodiaque d'Esné[298] sont cernés par deux de ces
images symboliques de _Tpé_ (le ciel); elle environne les signes
astronomiques sculptés au plafond d'Hermonthis[299]. Un des bas-reliefs
qui ornent le plafond du portique du grand temple, à Philæ, contient
deux images de _Tpé_, superposées et inscrites l'une dans l'autre[300].
Un des plafonds du petit appartement qui renfermait le Zodiaque
circulaire de Dendéra, présente trois figures de _Tpé_, pareillement
inscrites les unes dans les autres; les Égyptiens exprimèrent ainsi,
symboliquement, les différents _cieux_, les diverses régions célestes
admises par leur cosmogonie. Enfin, les Signes, les Constellations et
les Décans, figurés sur les deux parties du Zodiaque rectangulaire de
Dendéra, sont encore compris entre les bras et les jambes de _Tpé_, qui
porte ici la coiffure ordinaire des femmes; mais vers les mains et les
pieds de ces images de la Déesse, est sculpté le signe hiéroglyphique
(pl. 20.4, nº 1) qui, partout exprimant l'idée _Ciel_ (_Tpé_), est
ici le nom même de la Déesse.
Ce signe de l'idée _Ciel_ est très-fréquemment employé dans tous les
textes en écriture sacrée; il est constamment peint en _bleu_, couleur
de la voûte céleste (pl. 20.4, numéros 1 et 2), et se montre même souvent
_parsemé d'étoiles_ (numéros 3 et 4); c'est un signe figuratif: les
Égyptiens comparaient le ciel au _plafond_ d'un édifice, et ceux de la
plupart des temples sont en effet peints en bleu et parsemés d'étoiles.
Il est à remarquer aussi que le corps de la déesse _Tpé_ (le Ciel
personnifié), tel qu'on l'observe dans les sculptures astronomiques,
est disposé de manière à rappeler la forme générale de cet hiéroglyphe;
l'imitation est plus visible encore à l'égard du signe _hiératique_ de
l'idée _Ciel_ (pl. 20.4, nº 5).
Des monuments beaucoup plus anciens que ceux que nous venons de citer,
nous offrent _Tpé_ sous la forme nº III. Cette Déesse embrasse les
tableaux astronomiques sculptés au plafond de l'un des tombeaux des
anciens rois à Thèbes; la Déesse est nue; le corps entier est de
couleur _bleue_; cinq disques sont dispersés sur son torse: ce sont
cinq _Planètes_; un sixième disque (_la Lune_), est placé vers la
bouche, et un Scarabée tenant un septième disque (_le Soleil_), est
figuré vers les parties sexuelles. Le Ciel, ou plutôt _Tpé_ (_la Ciel_,
comme disaient les Égyptiens), était une essence spécialement femelle,
et qui ne produisait que par la force génératrice du Soleil, dont
l'essence mâle est exprimée par le Scarabée.
Les images de l'_Uranie_ égyptienne, à Philæ et à Hermonthis, portent
aussi l'indication des _Planètes_; sur un bas-relief de Dendéra,
dessiné par M. le baron Denon[301], _sept_ zones comprises entre les
pieds et les bras de la Déesse, renferment des _disques placés sur des
barques_, emblêmes connus des astres qui ont un mouvement régulier et
visible.
[298] Description de l'Égypte, Antiq. vol. I, pl. 79.
[299] _Idem_, vol. I, pl. 96, nº 2.
[300] _Idem_, pl. X, nº 1.
[301] Voyage dans la haute et la basse Égypte, pl. 129, nº 4.
[Illustration: 20.2.]
ANOUKÉ ou ANOUKI.
(ANUCÈS, ANUCIS, ISTIA, ESTIA, VESTA.)
ON trouve aussi, sur les grands édifices construits par les Égyptiens
sous la domination des Grecs et des Romains, la représentation de la
déesse _Anouké_. On la voit sur l'une des faces latérales du portique
d'Esné[302], assise toujours à la suite d'_Ammon-Chnouphis_, le dieu
éponyme du temple, et recevant les offrandes d'un empereur romain
dont la légende n'a point été copiée. A Déboud, en Nubie, on a figuré
_Anouké_ tenant dans ses mains le sceptre à fleur de _lotus_ et le
signe de la _vie_ divine[303]. Enfin un bas-relief de Dendéra, dessiné
par l'aimable et ingénieux baron Denon qui, le premier, fit bien
connaître à l'Europe savante les merveilles de la Thébaïde, offre aussi
une image de cette déesse tenant le signe de la _vie_[304].
Mais le monument le plus curieux du culte d'_Anouké_, que l'on puisse
citer jusqu'à ce jour, est, sans contredit, un petit temple en bois
sculpté et peint, faisant partie du Musée royal égyptien de Turin.
Cet édifice, placé sur un traîneau, est précédé d'un petit portique
soutenu par deux colonnes dont les chapiteaux portent une double tête
de femme, celle même de la déesse _Anouké_, qui se distingue de la tête
d'_Hathôr_, employée également dans les décorations architecturales,
par des oreilles humaines, au lieu d'oreilles de vache. Sur le fût des
deux colonnes on a gravé deux inscriptions hiéroglyphiques; celle de
droite contient une invocation au dieu CHNOUMIS ou _Chnouphis, seigneur
du ciel, gardien de la contrée orientale, seigneur aux mille noms_
(polyonymos), _modérateur du monde_, etc., _pour qu'il accorde tous les
biens purs_ à un _auditeur de justice_, dont le nom n'est pas conservé.
La légende de gauche est une prière adressée à la _déesse Anouké_,
qualifiée de _dame de la contrée orientale, dame du ciel, rectrice de
tous les dieux, œil du soleil_, etc.
Ce naos ou petite chapelle, de la forme d'un carré long, était
évidemment dédié à la Vesta égyptienne, _Anouké_, puisque quatre
inscriptions, dont deux sont composées chacune de quatre colonnes de
caractères, et deux d'une seule colonne verticale, ont été gravées sur
les deux montants et sur les battants de la porte, encore parfaitement
conservés, et que ces légendes ne contiennent toutes que le nom et les
titres de la déesse _Anouké_, déja inscrits sur l'une des colonnes du
portique: c'est ce que démontre encore mieux la description des scènes
sculptées et peintes sur deux des faces extérieures de cette petite
chapelle.
On remarque sur la face latérale gauche le dieu _Chnouphis_ et les
déesses _Saté_ et _Anouké_, assis sur des trônes, recevant les
adorations d'un _auditeur de justice_ nommé _Kasi_, lequel est
accompagné de son père, de sa mère et de quatre de ses frères ou
sœurs, comme l'indiquent des légendes particulières: ces personnages
portent en main diverses offrandes et des bouquets de lotus. Ce
tableau offre donc en premier lieu la _Vesta égyptienne_, associée
aux deux grandes divinités _Chnouphis_ et _Saté_, dont elle est, pour
ainsi dire, inséparable, et auxquelles il est probable que les mythes
sacrés attribuaient sa naissance; mais la face latérale droite de la
chapelle nous montre _Anouké-Vesta_ adorée séparément et avec tous les
caractères distinctifs de la divinité principale de ce petit édifice.
Assise sur un trône[305], dans un naos dont la corniche est surmontée
d'une rangée d'_uræus_, la déesse tient dans ses mains le sceptre et
l'emblème de la vie; devant elle sont un autel, un vase à libation
et une fleur de lotus. Le naos est porté sur une bari ou barque
sacrée, à deux gouvernails décorés de têtes d'épervier, emblèmes de la
Providence, et dont la poupe et la proue ont été ornées de deux têtes
de _déesse mère_ avec des colliers. Vers la proue de la bari, décorée
de l'œil droit, emblème _du soleil_, et en face d'_Anouké_, s'élève
un riche bouquet de lotus; à côté sont placées d'autres offrandes. La
bari sacrée est censée flotter sur le fleuve saint, duquel dérive un
canal portant une autre barque thalamége, conduite par quatre rameurs;
enfin, à la jonction du canal et du Nil, un personnage, probablement
l'auditeur de justice _Kasi_, auquel appartenait la chapelle, égorge
une victime sur un autel; un de ses frères épanche l'eau d'un grand
vase placé sur une sellette; plus bas sont Kasi et toute sa famille,
figurés en pied et de plus forte proportion.
Le seul fait que la déesse _Anouké_ est représentée assise dans un
naos porté sur une _bari_ ou barque sacrée, suffirait d'ailleurs pour
établir que cette petite chapelle lui était plus spécialement dédiée
qu'aux autres divinités dont ce petit édifice en bois peint présente
aussi les images.
[302] _Description de l'Egypte_, A, vol. I, pl. 47, le second tableau
de la deuxième rangée.
[303] _Monuments de la Nubie_, par M. Gau, pl. 6; _idem_, pl. 13,
nº. 9.
[304] Atlas du _Voyage dans la haute et basse Egypte_; Dendéra.
[305] Voir la planche 20.3.
[Illustration: 20.3.]
TPÉ, TPHÉ, ou TIPHÉ.
(URANIE, LA DÉESSE CIEL.)
LE systême mythologique des Égyptiens, quoique comprenant un nombre
fort considérable de personnages susceptibles, pour la plupart, de
revêtir plusieurs formes très-différentes, fut si bien ordonné, et la
classification des Dieux y est tellement fixe et invariable, que le
petit nombre de monuments originaux renfermés dans les collections
publiques et particulières, étudiés avec soin, suffit pour conduire
à des résultats certains; et leur comparaison, faite sans préjugé
systématique, mène à des distinctions successives, par lesquelles on
reconnaît toutes les différentes formes, le rang, le degré d'importance
et les fonctions de chaque divinité égyptienne. Ce qu'un monument
présente de vague et d'obscur est pleinement éclairci par un autre.
S'il pouvait, par exemple, rester quelques doutes sur l'expression
emblématique de la Déesse figurée sur nos planches précédentes (20.2
et 20.3), ils seraient entièrement levés par un simple coup d'œil sur
notre planche 20.4.
Cette curieuse représentation de la Déesse _Tpé_, ou le Ciel
personnifié, existe parmi les peintures d'un beau manuscrit
hiéroglyphique, rapporté d'Égypte par M. Thédenat, et acquis par le
Cabinet du Roi.
Le corps de la Déesse est disposé comme dans tous les bas-reliefs
astronomiques; mais il est, de plus, entièrement couvert d'étoiles;
sa coiffure n'a rien de particulier, et sa face est peinte en jaune,
couleur affectée aux femmes dans les peintures égyptiennes; la
disposition générale du corps se rapproche bien mieux ici, que sur les
bas-reliefs astronomiques, de cette forme sémi-circulaire que l'erreur
de nos sens nous fait attribuer à ce que nous nommons la _voûte
céleste_.
Deux barques symboliques parcourent le Ciel, figuré par le corps étoilé
de la Déesse; l'une, placée sur les parties inférieures de ce corps,
_monte_, en se dirigeant des pieds vers la tête, comme l'indique le
sens dans lequel est tournée la face du personnage principal, assis
dans la barque, ou _Bari_ sacrée. A sa tête d'_Epervier, surmontée du
disque, ornée de l'Uræus_, on ne peut méconnaître ici le Dieu PHRÉ,
_le Soleil_ personnifié[306], et placé sur la barque, emblême habituel
du mouvement des astres. Cette grande Divinité, qui tient sur ses
genoux le signe de la vie divine, est assistée par deux personnages
mythiques, Divinités _Parèdres_, dont il sera question ailleurs.
_Phré_, (le Soleil), paraît une seconde fois, dans sa barque sacrée;
mais à la partie opposée du Ciel: ici la barque _descend_, comme
l'indique la direction de la proue, et la face du Dieu tournée vers le
bas.
Il est de toute évidence que ces deux barques expriment,
symboliquement, la course du Soleil dans la vaste étendue des cieux;
l'une, celle qui monte, désigne le Soleil à l'orient, et versant dans
l'espace, des torrents de lumière, indiquée par les points de couleur
rouge qui environnent la barque et le Ciel; l'autre, celle qui descend,
nous montre cet astre quittant l'horizon, à l'instant où la lumière
disparaît entièrement. Il n'est point inutile de remarquer, enfin,
que le disque du soleil levant est peint de couleur d'or, tandis qu'à
l'occident il est d'un rouge foncé.
Dans le manuscrit original, cette image, si bien caractérisée, de la
Déesse _Tpé_, le Ciel, ou l'Uranie égyptienne, enveloppe une scène
symbolique, que nous ferons connaître lorsque nous traiterons des
divers personnages qui la composent.
[306] Voyez l'explication de la planche nº 24.
[Illustration: 20.4.]