PHTAH-SOKARI.

(PHTHA ENFANT, HEPHAISTUS, HARPOCRATE.)

HÉRODOTE et plusieurs autres écrivains grecs conviennent qu'une partie

de leur religion nationale leur est venue, soit directement, soit

indirectement, des Égyptiens; à défaut même de cet aveu positif, il

serait impossible, à mesure qu'on acquerra quelque document nouveau

sur l'ancien culte de l'Égypte, de ne point reconnaître les nombreux

emprunts que les instituteurs du culte des Grecs firent à celui des

habitants de Thèbes et de Memphis. Nous avons déja vu que l'_Athène_

Grecque, la _Minerve_ des Romains, était une imitation de la Nèith

Égyptienne[131]; des rapports non moins frappants existent entre

_Phtha_, et l'_Héphaistus_ Grec, ou le _Vulcain_ des Romains.

_Héphaistus_, selon les mythographes Grecs, était fils de _Zeus_: et

_Phtha_ fut une émanation d'_Ammon-Cnouphis_, le _Jupiter_ Egyptien.

_Héphaistus_ naquit tellement _difforme_ que _Héra_, sa mère, honteuse

d'avoir mis au jour un enfant si laid, le repoussa de son sein et

le précipita dans la mer, selon le récit d'Homère; dans une autre

occasion, _Zeus_, irrité, lança hors de l'Olympe le jeune dieu, qui

roula long-temps dans la vaste étendue des airs, et tomba enfin, en

se _brisant les jambes_, dans l'île de Lemnos. Depuis cette époque,

Héphaistus boîta des deux côtés, et ses deux _jambes restèrent

tremblantes et tortues_, selon le même poëte. Le _Phtah_ Égyptien,

représenté nu et dépouillé des bandelettes ou de la tunique étroite qui

le couvre ordinairement (pl. 9), se montre sous des dehors tout aussi

défavorables que l'_Hephaistus_ Grec; et les monuments prouvent que ces

fables grecques ne sont que des mythes Égyptiens corrompus.

Une foule de bas-reliefs, de peintures et de statuettes de terre

vernissée, nous présentent le Dieu _Phtah_ sous la figure d'un

enfant ou, plutôt, sous celle d'un _nain difforme_, ayant des traits

irréguliers, le ventre enflé et les jambes torses (pl. 8, nº 1),

quelquefois ce nain est debout sur un crocodile (pl. 8, nº 2), ou porte

sur sa tête un scarabée, emblême de la génération (pl. 8, numéros 2 et

3). Les légendes hiéroglyphiques qui accompagnent ces images, nomment

cette singulière divinité, _Phtah_, ou _Phtah-Socari_, indifféremment.

Quel que soit le motif qui détermina les Égyptiens à représenter sous

une forme aussi repoussante _Phtah_, l'une de leurs plus grandes

divinités, le fait est désormais constaté, et à l'autorité des

monuments que je viens de citer, se joint celle de l'un des écrivains

les plus graves de l'antiquité: «Cambyse, dit Hérodote, étant entré

dans le temple d'Héphaistus (Phtah), à Memphis, se moqua de sa statue,

et fit des éclats de rire: elle ressemblait à ces dieux que les

Phéniciens appellent _Pataïques_, et qu'ils peignent sur la proue de

leurs vaisseaux; ceux qui n'en ont pas vu, entendront ma comparaison,

si je leur dis que ces dieux sont faits comme des _Pygmées_.»

Les manuscrits et les bas-reliefs des Hypogées qui offrent l'image

d'_Ammon-Générateur_ et celle de _Nèith-Génératrice_ (pl. 4, 5 et 6.3),

nous montrent aussi le Dieu _Phtah_, ou _Phtah-Socari_, _générateur_,

encore sous la forme d'un _Pygmée_ (pl. 8, numéros 4 et 5), et tenant,

comme son père Ammon, le fouet divin pour stimuler la Lune, qui envoie

dans le monde terrestre les germes de tous les êtres vivants; cette

image de l'organisateur du monde a quelquefois deux têtes (pl. 8, nº

6); l'une, _humaine_, c'est la tête ordinaire de _Phtah_; et l'autre,

celle d'un _épervier_ surmontée de longues plumes, est celle que prend

habituellement Phtah, lorsqu'il reçoit le surnom de _Socari_.

La figure nº 4, extraite de l'un des manuscrits Égyptiens rapportés

par M. Belzoni, représente _Phtah_ ayant les pieds contournés comme

l'Héphaistos Grec. Nous devons dire ici que cette circonstance prouve

de plus, qu'_Harpocrate_, mot dont les deux dernières syllabes POKRAT,

_Pokrat_, expriment un individu dont _les pieds_ sont _délicats_,

_mous_ ou _malades_, fut primitivement un des surnoms de _Phtah_.

La description donnée par saint Épiphane, de l'impudique statue

d'Harpocrate, _Image d'enfant, à tête rase; ignoble et abominable_,

s'applique parfaitement aux représentations de _Phtah_ générateur,

numérotées 4 et 5 sur notre planche 8.

[131] Voyez l'explication de nos planches 6 et 6.3.

[Illustration: 8.]

PHTHA ou PTHA.

(PHTHA, HÉPHAISTUS, VULCAIN.)

CE personnage occupait la troisième place dans la nombreuse série des

divinités de l'Égypte; les Grecs, en l'assimilant à leur Héphaistos,

le Vulcain des Romains, ont singulièrement rabaissé et son rang et

son importance; ils ont réduit les hautes fonctions de ce grand être

cosmogonique à celles d'un simple ouvrier.

Telle ne fut point l'opinion des Égyptiens sur leur _Phtha_; selon

leurs mythes sacrés, la puissance démiurgique, l'esprit de l'Univers,

Cnèph ou Cnouphis, avait produit un œuf de sa bouche, et il en était

sorti un dieu qui portait le nom de _Phtha_[132]. Cet œuf était la

matière dont se compose le monde visible; il contenait l'_agent_,

l'_ouvrier_ qui devait en coordonner et en régulariser les diverses

parties; et _Phtha_ est l'esprit créateur _actif_, l'intelligence

divine qui, dès l'origine des choses, entra en action pour accomplir

l'Univers, en toute vérité et avec un art suprême[133].

L'image du dieu _Phtha_ est habituellement sculptée, sur les

bas-reliefs, à la suite d'Amon-Cnouphis son père; le grand Démiurge se

montre en effet presque toujours accompagné de deux autres personnages

divins; d'abord de la déesse _Nèith_ sa première émanation, et, de

plus, d'un dieu dont le corps est serré dans un vêtement très-étroit,

qui l'enveloppe depuis le cou jusque sous la plante des pieds, et ne

donne un libre passage qu'aux deux mains seulement. La tête de ce

personnage mâle est couverte d'une coiffure très-simple, qui se modèle

sur tout son contour; ses mains tiennent le sceptre ordinaire des

dieux bienfaisants, combiné, 1º avec cette espèce d'autel gradué à

quatre corniches, qu'on nomme un _nilomètre_, et qui, dans l'écriture

hiéroglyphique, est le symbole de la _coordination_; 2º avec la _croix

ansée_, emblême de la _vie divine_. Ses chairs sont toujours peintes

en vert; enfin, la légende hiéroglyphique (1 et 2) qui accompagne

ce personnage, nous apprend que c'est là l'image du dieu _Phtha_.

Les trois premiers signes sont phonétiques, représentant les lettres

coptes Ⲡⲧϩ ou Ⲫⲧϩ, et se prononçaient _Ptah_ ou _Phtah_ selon les

dialectes[134]. Les légendes 3 et 4 ne diffèrent que par les attributs

ajoutés au caractère symbolique final _Dieu_, qui, par ces additions,

devient purement représentatif. Le nº 5 est hiératique.

Les Égyptiens qui voulaient rattacher l'histoire de la terre à celle

des cieux, disaient que _Phtha_ avait été le premier de leurs dynastes;

mais que la durée de son règne ne saurait être fixée. Les Pharaons lui

avaient consacré leur ville royale, Memphis, la seconde capitale de

l'empire; ainsi, les quatre principales villes de l'Égypte, _Thèbes_,

_Memphis_, _Saïs_ et _Héliopolis_, étaient chacune sous la protection

spéciale de l'une des quatre grandes divinités, _Amon-Cnouphis_,

_Phtah_, _Nèith_ et _Phré_. Le magnifique temple de _Phtah_ à Memphis,

où se faisait l'inauguration des rois, a été décrit, en partie, par

Hérodote et par Strabon; les plus illustres d'entre les Pharaons le

décorèrent de portiques et de colosses.

L'être auquel on attribuait l'organisation du monde, devait

nécessairement le connaître à fond, ainsi que les lois et les

conditions de son bien-être et de son existence; aussi les

prêtres Égyptiens regardaient-ils _Phtha_ comme l'inventeur de la

philosophie[135], bien différents, en cela, des Grecs, qui ne citaient

de leur Héphaistos que des œuvres matérielles et purement mécaniques.

_Phtha_ est représenté sur notre planche, dans une chapelle richement

décorée; les monuments le montrent, pour l'ordinaire, renfermé dans une

construction de ce genre; ici, il est appuyé sur un grand _nilomètre_,

son emblême spécial, et ce signe est celui de la _stabilité_.

[132] EUSÈBE, _Préparat. Evangel._ liv. III, chap. 11.

[133] IAMBLICH., _de Mysteriis_, sect. VIII, cap. 8.

[134] Ce nom divin est en effet écrit Ⲡⲧⲁϩ dans les textes coptes

thébains.

[135] DIOGÈNE LAERCE, De vitis Philos., _Proœmium_.

[Illustration: 9.]

Panthéon égyptien · 第 39 / 96 题