EMBLÊME DU SATÉ.

LES Égyptiens, en créant leur système cosmogonique et religieux,

semblent avoir cherché à établir une concordance très-suivie entre

le monde intellectuel ou le ciel, et le monde physique ou la terre.

Ils ont dit que le premier instituteur de leur civilisation organisa

la société humaine sur le modèle des formes qui régissent les êtres

célestes; de la même manière qu'en ordonnant le monde terrestre,

l'agent du Démiurge avait imité le monde supérieur, autant du moins que

la matière pouvait se prêter à une semblable reproduction. Il résulte

de cette intention, qui se manifeste dans une foule de circonstances,

que des emblèmes de certaines choses célestes s'appliquent également

aux choses correspondantes dans le monde matériel, et réciproquement.

De là vient aussi que les divinités dominatrices de certaines portions

du monde intellectuel, gouvernent également les parties correspondantes

du monde physique. Ainsi _Saté_, ou la Junon égyptienne, régissait à

la fois l'_hémisphère inférieur du ciel_ et la _région inférieure_ de

l'Égypte. Le nom symbolique de cette contrée terrestre, décrit dans

l'explication de la planche précédente, n'a aucun rapport avec le

groupe, signe spécial de la _partie inférieure du ciel_, gravé sur

notre planche 29.3, Nº 2 et 3. On remarquera seulement que c'est,

sans aucun doute, parce que la _plume_ est le premier caractère de

ce dernier groupe, que ce même objet se trouve figuré, comme insigne

distinctif, sur la tête de toutes les images de la déesse _Saté_. Nous

aurons l'occasion de montrer qu'un très-grand nombre de divinités ne

sont reconnaissables sur les monuments égyptiens, qu'au seul _caractère

initial_ de leurs _noms propres_ ou de leurs _titres spéciaux_, placé

sur leur tête ou dominant les divers ornements de leur coiffure. Les

représentations de Saté, reproduites dans ce recueil, offrent un

exemple de cette singulière façon de caractériser les différentes

divinités.

La planche 7.3 contient un des symboles de _Saté_, considérée soit

comme dominatrice de l'_hémisphère inférieur du ciel_, soit comme

régente et protectrice de la _région inférieure terrestre_. La déesse

est ici figurée sous la forme d'un _Uræus_: ce serpent, nommé _aspic_

ou _basilic_ par les Grecs, fut en Égypte l'emblème spécial de la

souveraineté ou de la puissance royale: la coiffure qui couvre sa tête

est la partie _inférieure_ de la couronne _Pschent_, symbole de la

domination sur la _région inférieure_, soit du ciel, soit de la terre.

On trouvera dans l'explication de la planche 11 les preuves et le

développement du sens que nous reconnaissons ici à cette fraction du

_Pschent_.

Le serpent sacré est dressé sur la partie postérieure de son corps,

formant plusieurs replis et enroulements. Le haut du corps est

considérablement dilaté; et cette forme, quelque extraordinaire

qu'elle puisse paraître, est motivée sur un fait réel: l'Uræus, nommé

aujourd'hui vipère _HHayé_ en Égypte, possède en effet la singulière

faculté de s'enfler la portion supérieure du corps, soit lorsqu'il

s'irrite, soit lorsqu'il veut se dresser pour atteindre une proie.

L'_Uræus_, animal sacré de la Junon égyptienne, est figuré avec le

sceptre des dieux bienfaisants, et repose, comme la déesse _Saté_

figurée dans la planche précédente, sur le signe symbolique de la

_domination_, placé au-dessus de l'emblème de la _région inférieure

terrestre_. Ce même reptile est toujours accompagné de la légende

inscrite à côté de son image (planche 7.3.), tirée des bas-reliefs

coloriés du tombeau royal découvert par Belzoni. Les quatre premiers

signes de cette légende forment le nom propre de l'animal sacré, nom

_féminin_ comme le prouve le dernier signe: le serpent, emblème de la

déesse protectrice de l'hémisphère supérieur du ciel et de la partie

supérieure de l'Égypte, est également un _Uræus_ femelle. Le reste de

la légende liée à l'Uræus de _Saté_, signifie _dame du ciel, rectrice

des dieux seigneurs_: titres plus spécialement propres à la déesse qu'à

l'animal sacré, son image symbolique.

Le bouquet de _lotus_, formant l'emblème de l'_Égypte inférieure_, est

ici d'une couleur et d'une espèce qui diffèrent assez essentiellement

de celui qui exprime la même idée dans la planche précédente; mais

cette différence d'espèce et de forme, soit de la plante, soit de la

fleur seulement, ne porte aucune espèce de modification dans le sens

de ces groupes. J'ai eu une foule d'occasions de me convaincre de leur

parfaite identité.

[Illustration: 7.3.]

Panthéon égyptien · 第 38 / 96 题