(SOCHARIS.)
LES écrivains de l'antiquité, soit Grecs soit latins, ont été jusques
ici les seuls guides pour les savants modernes qui se sont occupés des
mythes de l'ancienne Égypte. Ceux d'entre eux qui ont voulu se former
une idée exacte de cette religion, que tout concourt à présenter comme
la source d'une grande partie de la croyance des Grecs, ont recueilli
avec soin les divers passages des auteurs classiques relatifs aux
différentes divinités Égyptiennes; mais lorsqu'ils ont voulu coordonner
ces matériaux, il n'en est résulté qu'une nomenclature assez bornée, et
une courte série de récits mystiques appliqués confusément à plusieurs
personnages différents, dont les noms, le rang, et la filiation, n'ont
d'ailleurs entre eux aucune espèce de rapport.
Cette incohérence et la confusion qui règne dans les dires des
auteurs grecs et latins sur le culte de l'Égypte, démontraient assez
la nécessité de suspendre toute opinion à cet égard, jusqu'à ce que
de nouvelles lumières pussent éclairer ce point si ténébreux des
recherches historiques. Les monuments seuls pouvaient les produire;
et l'étude des innombrables restes de l'art Égyptien, qui grava sur
la pierre les images des dieux, leurs noms en écriture sacrée, et
très-souvent aussi leur généalogie, doivent nécessairement devenir
nos meilleurs guides. En recueillant avec soin les faits nouveaux que
présentent, avec profusion, ces produits de la sculpture Égyptienne,
nous pouvons espérer de saisir enfin l'ensemble et les principaux
détails du systême religieux de l'Égypte, systême immense, dont
l'antiquité classique ne nous a transmis qu'une esquisse partielle et
incomplète à tous égards.
La certitude déja acquise que les légendes qui, sur les bas-reliefs
et les peintures, accompagnent les images des dieux, contiennent
les noms propres de ces mêmes dieux, et la découverte de l'écriture
_hiéroglyphique Phonétique_[136], sont des moyens puissants qui doivent
jeter un grand jour sur cette matière. Par la connaissance des noms
hiéroglyphiques des divinités, et même par le moyen de ceux dont
le nom nous serait encore inconnu, nous reconnaîtrons qu'une foule
d'images divines, qui n'ont rien de commun ni dans leur forme ni dans
leurs attributs, représentent cependant une seule et même divinité,
considérée toutefois dans des fonctions diverses, puisque leurs noms
propres et leur filiation sont absolument les mêmes. Le personnage
gravé sur cette planche offre un exemple de cette particularité.
La tête de ce dieu est celle d'un épervier, que surmonte une coiffure
particulière, consistant dans la partie supérieure de la coiffure
_Pschent_, flanquée de deux appendices de couleurs variées. Le nom
hiéroglyphique de cette divinité est tantôt Ⲡⲧϩ _Phtah_, tantôt ⲥϭⲣⲓ,
_Socari_, _Socri_, mais plus ordinairement Ⲡⲧϩ-ⲥϭⲣⲓ _Ptah-Socari_.
Ces légendes nous signalent ici une nouvelle forme du dieu _Phtah_
(pl. 9.), l'organisateur du monde, et nous reconnaissons, de plus,
l'identité des deux personnages, à la ressemblance de leur habillement
étroit et de leurs sceptres. _Phtah-Socari_ tient de plus, dans ses
mains, un fouet comme son père, _Amon-Générateur_. Il est très-probable
que le dieu Égyptien Σοχαρις, mentionné dans un vers de Cratinus[137],
n'est autre que le _Phtah-Socari_ figuré sur notre planche.
_Phtha-Socari_ à tête d'épervier, n'est qu'une forme de _Phtha_
considéré comme réglant les destinées des ames qui abandonnent
des corps terrestres, afin d'être réparties dans les 32 régions
supérieures. C'est pour cela que l'image de ce Dieu se trouve toujours
dans les grands rituels funéraires, les catacombes royales, et les
peintures qui décorent les cercueils et les diverses enveloppes des
momies[138].
[136] Voyez ma _Lettre à M. Dacier relative à l'Alphabet Phonétique_.
[137] HESYCHIUS, au mot Πααμυλης.
[138] Voyez la Description de l'Égypte, Antiq. vol. II, pl. 65; et
les bas-reliefs du tombeau royal découvert par Belzoni.
[Illustration: 10.]