(ATHÉNÈ, PHYSIS, MINERVE.)
LE culte de cette divinité, du premier ordre, puisqu'elle était,
selon les mythes sacrés, une émanation, ou, pour mieux dire, un
_dédoublement_ du démiurge _Amon-Ra_, fut généralement en vigueur dans
toutes les parties de l'empire égyptien, et surtout dans les Nomes
où firent leur résidence les différentes subdivisions de la caste
militaire. _Néith-Conservatrice_, la déesse des guerriers égyptiens,
reçut dans Memphis un culte spécial; ce fut en effet dans cette
capitale, dont la fondation fut le résultat de la révolution militaire
qui changea la théocratie égyptienne en monarchie, que les rois, chefs
naturels de la caste guerrière, firent leur résidence habituelle dès la
XIXe dynastie, de préférence à Thèbes, presque abandonnée à la caste
sacerdotale, qui trouvait dans cette antique cité et son principal
foyer et toutes ses origines. La plupart des monuments recueillis sur
l'emplacement ou dans les environs de Memphis nous offrent l'image de
_Néith-Léontocéphale_[105].
On la trouve aussi, quoique bien moins multipliée, parmi les sculptures
qui décorent les temples des autres régions de l'Égypte. Le célèbre
conquérant Ramsès-le-Grand est représenté dans un des groupes sculptés
dans le roc à Ghirsché, en Nubie[106], assis entre le dieu _Phtha_ et
_Néith-Léontocéphale_ qui pose affectueusement sa main sur l'épaule
du vaillant monarque. A Amara, un autre Pharaon comprend dans une
adoration commune cette déesse des guerriers et les grands dieux
_Amon-Ra_ et _Phré_[107]. Ailleurs, _Néith-Léontocéphale_, renfermée
dans une même chapelle (ναὸς) que le dieu _Phtha_, reçoit de riches
offrandes[108]; et les monuments de Dendéra[109] prouvent que son
culte se conserva ailleurs qu'à Memphis, sous les Lagides et sous les
empereurs romains.
C'est comme emblème de la force protectrice du pays, que des statues
colossales de Néith guerrière à tête de lion furent érigées devant les
palais et les édifices sacrés de l'Égypte, et semblaient en interdire
l'entrée aux profanes, aux ennemis des lois civiles et religieuses.
Ces colosses, souvent en très-grand nombre, et presque tous de granit,
montrent la déesse sous la figure d'une femme à tête de lionne; elle
est quelquefois debout, mais plus ordinairement assise sur un trône;
une étroite et longue tunique la couvre à partir du sein, qui reste
nu; ses bras, ses poignets et ses pieds sont ornés d'anneaux plus ou
moins riches; ses mains tiennent l'emblème de la vie divine, et le long
sceptre, terminé par une fleur de lotus, particulier aux _déesses_
égyptiennes. Mais comme Néith était une divinité douée des deux sexes,
Ἀρσενόθηλυς[110], ἄρσην μὲν καὶ θῆλυς ἔφυς[111], le sculpteur lui a
donné quelquefois le sceptre des _dieux mâles_, à tête de coucoupha.
La tête de lionne est toujours surmontée du _disque décoré de l'Uræus_
royal.
On a depuis quelques années transporté en Europe un nombre considérable
de ces statues de _Néith-Conservatrice_. Celles d'entre elles qui
figurent la déesse assise, portent sur le devant du trône des dédicaces
qui nous font connaître le nom des rois sous le règne desquels ces
colosses furent placés sur les dromos ou devant les propylées dont ils
formaient la décoration. Le Musée royal de Paris en possède plusieurs
qui remontent aux temps des Pharaons _Aménophis II_, _Ramsès-le-Grand_
et _Sésonchis_. On en voit d'autres de l'époque du premier de ces
princes à Rome, dans la salle égyptienne du Vatican. Le Musée royal de
Turin en possède quatre du même règne, et l'on peut y admirer aussi une
Néith-Léontocéphale assise, en granit, de huit pieds de hauteur, et
d'un très-beau travail, portant une dédicace du règne de Ramsès VII,
fils de Ramsès-le-Grand.
[105] Nous citerons ici à ce sujet 1º La partie supérieure d'une
figure humaine, de proportions colossales, ornée des images des
dieux adorés à Memphis, _Phtha_, _Néith-Léontocéphale_, _Imouth_,
_Apis_, etc. Ce monument faisait partie de la collection de M.
Durand, récemment acquise par le Roi. 2º Un sarcophage trouvé à
Qalât-el-Kabsch, près de Memphis, et gravé dans la Description de
l'Égypte, A. vol. IV, pl. 5. 3º Enfin, une foule de figurines, en
terre émaillée, en bronze, en bois et même en argent, existant dans
les Musées de Paris, de Naples ou de Turin, et provenant de fouilles
faites dans la Nécropole de Memphis.
[106] GAU, _Antiquités de la Nubie_, planche 30, nº 4.
[107] CAILLIAUD, _Voyage à Méroé_, vol. II, planche XVIII, nº 2.
[108] Description de l'Égypte, A. vol. V, planche 49, nº 4.
[109] Décoration intérieure de la porte du Nord; Descrip. de
l'Égypte, A. vol. IV, pl. 5.
[110] HORAPOLLON, Hieroglyph., liv. Ier, nº 13.
[111] Hymnes orphiques, éd. d'Hermann, nº XXI.
[Illustration: 6.7]