(ATHÉNÈ, MINERVE.)
L'ARTISTE égyptien, en représentant la déesse _Néith_ mâle et femelle,
à trois têtes, et à pieds de lion[100], conformément au texte des
livres sacrés de l'Égypte, a montré réunies comme en un seul corps
toutes les formes sensibles sous lesquelles la _Mère divine_,
c'est-à-dire, l'Athénè Αἰολόμορφος des hymnes orphiques, était offerte
à la vénération des peuples. Chacune des attributions diverses de
ce grand être cosmogonique est ainsi caractérisée par un symbole
particulier dont le sens était bien fixé; tous ces emblèmes, liés
les uns aux autres, formaient donc une image _panthée_ de la déesse,
considérée dans la totalité et dans la plénitude des pouvoirs divers
que la doctrine théologique lui avait assignés. _Néith_ fut à la fois
le symbole du principe femelle, le principe maternel de l'univers,
la sagesse divine inventrice des sciences et des arts de la paix; la
sagesse qui donne la victoire; la force qui meut et conserve la nature,
et par suite la divinité protectrice des guerriers, ainsi que l'Athénè
grecque, copie fidèle de la Minerve égyptienne, dont le culte fut porté
des bords du Nil aux rivages de l'Attique.
La planche 6 représente Néith sous son apparence la plus habituelle:
_une femme ailée, assise, et coiffée du Pschent placé sur la dépouille
d'un vautour_. C'est _Néith_, adorée comme principe _femelle de
l'univers entier_. Elle porte alors nom de _Grande mère_ ou _Mère
divine_: cette forme simple est facile à retrouver dans l'image
complexe de _Néith-Panthée_[101].
Considérée d'une manière moins générale, comme mère des êtres vivants
et protectrice de l'enfantement, Néith, qui prenait alors le nom
de _Swan_, comme on le verra dans la suite, était figurée sous les
apparences d'une _femme à tête de vautour_: la tête de cet oiseau,
emblème de la _maternité_, est en effet la troisième tête de la
Néith-Panthée.
Adorée comme inventrice des arts et des sciences, cette grande déesse,
prenant alors le nom de _Nat_ ou _Nêth_, dont les Grecs ont fait Νηῒθ,
était représentée sous la forme d'une _femme assise, coiffée de la
partie inférieure du Pschent_. On la nommait aussi _Bouto_. Les hymnes
orphiques donnent à Athénè ou Minerve, considérée sous ce point de vue,
les qualifications de τεχνῶν μῆτερ πολύολϐε et de εὑρεσίτεχνε, _mère
féconde des arts_ et _inventrice des arts_[102].
La seconde tête de la _Néith-Panthée_ est celle d'_une lionne_, parce
qu'on figurait cette divinité sous la forme d'une femme léontocéphale,
pour la présenter à l'esprit sous l'une de ses plus importantes
attributions. C'était Néith devenant le symbole de la _force morale_ et
de la _force physique_; ou, comme nous l'apprend Proclus[103], citant
l'opinion même des Égyptiens, _la puissance qui met l'univers entier
en mouvement_, ἡ κινητικὴ τοῦ παντὸς δύναμις. Néith reçoit alors le
nom de _Déesse gardienne_ ou _conservatrice_, que l'on trouvera avec
la forme hiératique sur la planche ci-jointe, représentant la déesse
léontocéphale.
On ne peut méconnaître dans cette forme de l'Athénè égyptienne, la
dispensatrice de la force, la déesse des guerriers, le type de l'Athénè
grecque Πολεμοκλόος et Ὁπλοχαρής[104].
[100] Voy. ci-dessus, planche 6.3.
[101] Planche 6.3.
[102] Hymne à Athénè, vers 8 et 17.
[103] PROCLUS _in Timæum_, lib. I.
[104] Hymnes orphiques, édit. d'Hermann; hymn. XXI.
[Illustration: 6.6.]