LE personnage symbolique, occupant la partie inférieure de la planche
nº 5, est fort rarement reproduit sur les monuments Égyptiens de
toutes les époques. Il est tiré, ainsi que sa légende, et les diverses
couleurs qui couvrent les membres variés dont il se compose, d'un
fragment de manuscrit sur toile appartenant à M. Dubois.
La légende hiéroglyphique, placée à la gauche du personnage, n'est
qu'une abréviation d'une légende entière, et qui se lit ⲁⲙⲛ ⲣⲏ-ⲥⲧⲛ
ⲛⲛⲉⲛⲟⲩⲧⲉ et signifie _Amon-Ré, roi des dieux_. Nous avons donc ici une
nouvelle forme consacrée à la représentation du Démiurge ou créateur
de l'univers; mais cette image du dieu suprême doit être classée parmi
celles que, en termes d'archéologie, on a nommées figures _panthées_,
soit qu'elles présentent, réunis dans un seul être, les symboles
particuliers à un grand nombre de divinités différentes, soit, ce qui
est plus naturel et qui s'applique particulièrement à notre gravure,
qu'elles offrent la réunion de tous les symboles et de toutes les
formes propres à une seule et même divinité. On ne connaissait point
jusque-là de figure _panthée_ Égyptienne.
On retrouve, en effet, dans celle-ci, la tête humaine avec les deux
longues plumes, et le sceptre, de l'image ordinaire d'_Amon_ (pl.
1.); les têtes _de bélier_, le _disque_ et les _cornes de bouc_
d'_Amon-Cnouphis_ ou _Cnèph_ (pl. 3.); le bras droit armé du _flagrum_
ou _fléau_, et le _phallus_ de l'_Amon-Générateur_ (pl. 4.); le
scarabée qui forme son torse; le sceptre composé de la croix ansée
et de ce qu'on appelle un nilomètre, l'un emblême de la vie divine,
l'autre de la _stabilité_, se rapportent à _Phtha_, le premier être
créé, la première émanation d'Amon-Cnouphis.
Les quatre ailes horizontales sont celles du scarabée, symbole de la
génération, du monde et de la paternité; les ailes inclinées sont
celles de l'épervier, dont le corps est annexé au scarabée; une
queue de crocodile est entre l'épervier et la queue d'un lion, dont
les pattes portent le personnage entier. Cette figure représentant
Amon-Cnouphis, l'esprit qui pénètre, parcourt et vivifie les
différentes parties de l'univers, il était convenable de composer
son image symbolique des diverses classes d'êtres qu'anime son
souffle créateur. On y remarque, en effet, un épervier, un lion et
un crocodile; c'est-à-dire un type des trois classes d'animaux qui
peuplent les airs, la terre et l'eau.
Les deux plumes de la coiffure sont surmontées de deux serpents à
tête de lion, qui laissent échapper deux jets de lumière, représentée
par une suite de petits triangles, qui servent en quelque sorte
d'encadrement à la figure Panthée. Ces serpents se rapportent, sans
aucun doute, aux quatre déesses à tête de lion, qui versent aussi
la lumière, compagnes ordinaires d'_Amon-Ré_ dans plusieurs scènes
symboliques. Il en sera question dans la partie du Panthéon relative
aux animaux sacrés et aux emblêmes des dieux.
Amon-Ré est figuré selon la forme A de notre cinquième planche, sur un
bas-relief de Thèbes[57]; c'est un abrégé de la précédente.
Une troisième figure Panthée d'_Amon-Ré_, à peu près semblable à la
première, décore la partie antérieure du fameux torse égyptien du Musée
Borgia, qui appartient aujourd'hui à la propagande; elle porte la
simple légende, SEIGNEUR SUPRÊME; la face humaine du dieu est flanquée
de plusieurs têtes d'animaux différents; on y remarque celle d'un
taureau, d'un lion, d'un bélier, d'un crocodile et d'un épervier. Cette
réunion d'êtres si différents de nature, pour représenter la puissance
démiurgique, s'explique par l'idée que les Égyptiens se formaient de
Dieu: «Ils le considéraient comme la cause première de la génération,
le principe de la nature entière, comme un être antérieur à toutes
choses, et qui _comprend toutes choses en lui-même_[58].»
Le titre le plus ordinaire des rois Égyptiens, et des grands personnages,
fut celui de _consacré à Amon-Ré, roi des dieux_, ou de _purifié par
Amon-Ré, roi des dieux_. C'était la divinité protectrice des Pharaons,
celle qui recevait leurs plus riches offrandes, et à laquelle ils
consacrèrent les plus beaux monuments.
[57] Description de l'Égypte, Antiquités, vol. III, pl. 64.
[58] IAMBLIQUE, Mystères des Égyptiens, sect. VII, chap. 2.
[Illustration: 5.]