(L'ATHÈNE, OU LA MINERVE ÉGYPTIENNE.)
LA divinité qui porta les noms _d'Amon_, _Amon-Ré_, _Cnèph_ ou
_Cnouphis_, fut, comme on a pu le voir, le principe générateur _mâle_
de l'univers. Les Égyptiens symbolisèrent, dans le personnage de
_Nèith_, le principe générateur _femelle_ de la nature entière.
Ces deux principes, étroitement unis, ne formaient qu'un seul tout dans
l'être premier qui organisa le monde. De là vient que les Égyptiens
considéraient _Nèith_ comme un être à la fois _mâle et femelle_[59]
(αρσενοθελυς), et que le nom propre de cette divinité exprimait en
langue Égyptienne, comme nous l'apprend Plutarque, l'idée: _Je suis
venue de moi-même_[60].
La déesse _Nèith_ occupait la _partie supérieure du ciel_[61].
Inséparable du _Démiurge_, elle participa à la création de l'univers,
et présidait à la génération des espèces; c'est la force qui meut
tout[62].
Le culte de cette divinité, général dans toute l'Égypte, comme les
monuments le prouvent, était spécialement pratiqué dans la ville
principale de la Basse-Égypte, à Saïs, où résidait un collége de
prêtres. Le temple de la déesse portait l'inscription fameuse: _Je
suis tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce qui sera; Nul
n'a soulevé le voile qui me couvre; Le fruit que j'ai enfanté est le
Soleil_[63]. Il serait difficile de donner une idée plus grande et plus
religieuse de la divinité créatrice.
_Nèith_ était le type de la force morale et de la force physique. Elle
présidait à la sagesse, à la philosophie, et à l'art de la guerre[64];
c'est pour cela que les Grecs crurent reconnaître, dans la _Nèith_
de Saïs, leur _Athène_, la _Minerve_ des Latins, divinité également
protectrice à la fois, et des sages, et des guerriers.
Les Égyptiens consacrèrent à _Nèith_ le _vautour_, animal qui, dans
leurs idées, fut le symbole fixe, et du _sexe féminin_, et de la
_maternité_[65]. Cet emblême se rapportait parfaitement à la déesse
Nèith, le _principe femelle_ de l'univers, à la déesse _mère_ de tous
les êtres créés.
Les monuments Égyptiens nous montrent _Nèith_ debout, ou assise sur
un trône, à côté d'Amon-Ré, le premier principe mâle. La déesse, dont
les chairs sont parfois peintes en bleu comme celles de son époux,
mais plus ordinairement en jaune, comme toutes les femmes figurées sur
les bas-reliefs Égyptiens, a pour coiffure un _vautour_, les ailes
déployées, oiseau qui lui était spécialement consacré. Il est surmonté
du _Pschent_, coiffure royale, emblême de la toute-puissance. La
tunique, formée de plumes, est soutenue par des bretelles qui passent
sous un riche collier. Quatre bracelets ornent les bras de la déesse;
les parties inférieures de son corps sont recouvertes par les replis de
deux grandes ailes de vautour. L'emblême de la vie divine est dans sa
main droite; la gauche porte le sceptre terminé par les fleurs de lotus
épanouies, sceptre commun à toutes les déesses Égyptiennes.
La légende ordinaire de _Nèith_ est celle qui accompagne son image
dans notre planche. Son nom est formé du segment de sphère, T,
_article féminin_ de la langue Égyptienne, et encore du _vautour_,
emblême et première lettre du mot _Mère_ (_Mou_ ou _Mout_), en
écriture hiéroglyphique. Cette légende abrégée se lit ⲧⲙⲟⲩ ⲛⲏⲃ ⲙⲡⲧⲡⲉ
et signifie: LA MÈRE, _dame de la région supérieure_. Les monuments
sont donc parfaitement d'accord avec Horapollon, qui dit formellement
aussi[66] que les Égyptiens voulant écrire _Athène_ (_Nèith_),
peignaient un _vautour_, et, de plus, que cette déesse présidait à
l'_hémisphère supérieur du ciel_.
Comme protectrice des guerriers, _Nèith_ se montre sur les bas-reliefs
de Thèbes, recevant l'hommage des rois conquérants, qui conduisent à
ses pieds les étrangers vaincus. C'est devant les images colossales de
_Nèith_ que les rois vainqueurs, sculptés sur les pylones des grands
édifices, semblent frapper un groupe confus de prisonniers élevant
leurs bras suppliants; c'est enfin le _vautour de Nèith_, portant dans
ses serres l'emblême de la victoire, qui plane au-dessus de la tête des
héros Égyptiens, pendant le combat, et après la victoire, comme dans la
cérémonie de leur triomphe.
[59] HORAPOLLON, liv. I, hierog. 13.
[60] PLUTARCH. _de Iside et Osiride_.
[61] HORAPOLLON, liv. I, hierog. 12.
[62] PROCLUS, _in Timæum_.
[63] PLUTARCH. _de Iside et Osiride_.--PROCLUS, _in Timæum_.
[64] PROCLUS, _idem_.
[65] HORAPOLLON, liv. I, hierogl. 11.
[66] _Idem_, hierogl. 12 et 13.
[Illustration: 6.]