(PAN, PRIAPE.)
L'IMAGE du dieu figuré dans cette planche, est très-multipliée sur les
édifices religieux de Thèbes et du reste de l'Égypte. Elle occupe le
sanctuaire de Karnac, le plus magnifique des monuments de l'ancienne
capitale; les hommages et les adorations dont cette image est l'objet,
prouvent qu'elle représente une des plus grandes divinités Égyptiennes.
Ses chairs sont de couleur bleue, et sa coiffure est surmontée de
deux longues plumes peintes de diverses couleurs, comme celle du dieu
_Amon-Ré_ (pl. 1.); une longue bandelette[50] s'échappe de cette même
coiffure et pend jusques aux pieds de l'une et de l'autre divinité; et
ces similitudes se trouvent complétées par la ressemblance de leurs
légendes hiéroglyphiques; celle (nº 1) du dieu qui fait le sujet de cet
article, signifie, _le dieu Amon_ (Ⲁⲙⲛ ⲛⲟⲩⲧⲉ.) _seigneur des régions du
monde_, et ne diffère de celle du Démiurge _Amon-Râ_ ou _Amon-Ré_ (pl.
1.), que par l'absence de la dernière syllabe RA.
Les planches numérotées 1 et 4, offrent donc la représentation d'une
seule et même divinité, _Amon_, _Amen_, _Amoun_ ou _Ammon_, considérée
sous deux points de vue différents. Le Démiurge, la Lumière éternelle,
l'Être premier qui mit en lumière la force des causes cachées, se nomma
AMON-RA ou AMON-RÊ (_Amon-Soleil._), (pl. 1, 2, et 5.); et ce créateur
premier, l'esprit démiurgique, procédant à la génération des êtres,
s'appela _Amon_, et plus particulièrement _Mendès_: cette planche
représente le Démiurge générateur, caractérisé d'une manière spéciale,
et qui ne permet aucune incertitude.
Étienne de Byzance[51] parle en ces termes de la statue du dieu qu'on
adorait à Panopolis: «Là, existe, dit-il, un grand simulacre du dieu,
_habens veretrum erectum_. Il tient de la main droite un fouet pour
stimuler la Lune; on dit que cette image est celle de Pan.» C'est là
une description exacte et très-détaillée de l'Ammon-Générateur, figuré
sur notre planche.
On voit donc ici l'image de la grande divinité que les Grecs
confondirent avec leur _Pan_, parce que les Égyptiens avaient choisi
pour son emblême _le bouc_[52], animal qui, d'après Horapollon[53],
était le symbole de la génération et de la fécondité. Ce bouc sacré,
nourri dans une des principales villes de la Basse-Égypte, portait le
nom de _Mendès_, qu'on a attribué également au dieu lui-même[54].
_Amon-Mendès_, ou l'esprit générateur de l'Univers, était censé
stimuler la Lune avec le fouet placé dans sa main, parce que, d'après
la doctrine Égyptienne, le dieu _Lune_ répandait et disséminait dans
les airs les germes de la génération des êtres[55], et présidait aux
ames qui devaient successivement leur communiquer le mouvement et la
vie. Des chapelles d'_Amon-Générateur_, le Pan Égyptien, existaient
dans toutes les parties de l'Égypte, et les membres de la caste
sacerdotale étaient d'abord initiés à ses mystères[56].
Les grands monuments de l'Égypte offrent de très-nombreux bas-reliefs
dans lesquels les rois, de toutes les époques, sont figurés présentant
leurs vœux et leurs offrandes à _Amon-Générateur_; à Médinet-Abou, par
exemple, on voit successivement le Pharaon Ramsès-Mei-Amoun se rendre
en palanquin au temple du Dieu, accompagner à pied sa statue portée par
vingt-quatre prêtres, et, la ramenant dans le temple, lui faire hommage
des prémices de la moisson.
La légende marquée (nº 2) sur la planche est le nom du Dieu exprimé
en caractères _symboliques_. Le nº 3 est la forme _hiératique_ de la
légende nº 1.
[50] Consulter, sur l'usage de ce cordon ou bandelette, Hérodote,
liv. II, §. 48, et la planche 11 de la Description de l'Égypte, Ant.,
vol. II.
[51] _De Urbibus_, au mot Πανὸς πόλις.
[52] HÉRODOTE, II, §. 46.
[53] HORAPOLLON, liv. II, nº 48.
[54] HÉRODOTE, _Id._--SUIDAS, au mot Μένδης.
[55] PLUTARCH. _de Iside et Osiride_.
[56] DIODORE, liv. I.
[Illustration: 4.]