Illustration

Cependant la nuit s’approchait, et il ne paraissait pas prudent de

rester là. Je donnai l’ordre de retourner à nos vaisseaux, et nous

nous mîmes en route, escortés par nos gens des marais.

La nuit était si noire et le terrain si mauvais que nous nous

égarâmes au milieu des bois, des marais et des fondrières. Le

lendemain, au petit jour, le vent soufflant en tempête, je me

trouvai, moi sixième, avec Hannibal, Chamaï, Himilcon, Bicri et un

matelot, embourbé jusqu’à la ceinture dans un marécage. Nous eûmes

beau appeler, courir de droite et de gauche après nous être dégagés,

nous étions parfaitement perdus au milieu des bois. La situation

était terrible. Elle se compliqua bientôt davantage. Comme nous

cherchions dans la futaie quelque indice qui pût nous guider, nous

fûmes subitement entourés de plus de deux cents sauvages qui se

précipitèrent sur nous de toutes parts, la lance et le casse-tête à

la main. Toute résistance était inutile et n’aurait abouti qu’à nous

faire massacrer. Du reste nous n’eûmes pas le temps d’y songer. La

forêt était si touffue, les Souomi sortirent des broussailles si près

de nous, que nous étions renversés et garrottés avant même d’avoir pu

mettre l’épée à la main. Aussitôt les sauvages nous emportèrent en

dansant et en hurlant. Pour ma part, ils étaient quatre qui me

tenaient, deux par les jambes et deux sous les bras. Un cinquième,

qui dansait derrière moi, en se penchant à chaque instant pour mieux

me voir, me prit mon épée, mon baudrier et mon bonnet. Nos capteurs

paraissaient être préparés à cette expédition : ils avaient tous les

cheveux teints en rouge et la figure barbouillée de noir et de bleu.

J’avais trop pratiqué les barbares pour ne pas reconnaître

immédiatement une peinture de guerre dans ces barbouillages.

Les aventures du capitaine Magon ou une exploration phénicienne mille ans avant l'ère chrétienne · 第 34 / 51 题