Pendant huit jours, je naviguai hardiment vers le nord, longeant la
côte ; le huitième jour, je doublai un promontoire élevé et je
tournai à l’est. La côte était formée d’une chaîne de hautes
montagnes, dont le pied était battu par l’océan. Jamais je n’avais
encore vu parages plus difficiles, vagues plus hautes et plus
furieuses. Quinze jours durant, nos navires se débattirent au milieu
de tempêtes sans nom. Il y eut un cap qui nous prit quatre jours à
doubler. Enfin, la côte retourna vers le nord, les montagnes
cessèrent et j’arrivai à des plages basses et sablonneuses et dans
des eaux plus tranquilles. Nous étions tous épuisés.
En longeant la côte, je trouvai l’embouchure d’une grande rivière, si
large que je la pris d’abord pour un golfe. J’y pénétrai. Elle était
bordée de collines boisées et verdoyantes. Ce pays était gai et de
bon aspect. Je résolus de m’y arrêter, et je n’eus pas de peine à
trouver un excellent mouillage au milieu de l’estuaire où j’avais
pénétré.
« Sur mon âme, voici un village celte* ! s’écria Gisgon en désignant
sur la plage des huttes de branchages à toit conique fait de chaume
et de roseaux. Je reconnais leurs cabanes ! »
Le pilote sans oreilles ne voulut pas attendre la fin des préparatifs
de débarquement, et s’en alla dans une des barques avec quatre
rameurs, impatient de revoir ses vieilles connaissances.
Gisgon ne s’était pas trompé. Une demi-heure après, nos navires
furent entourés de chétives pirogues, montées par des Celtes ;
quelques-uns de ces sauvages étaient si curieux de nous voir que, ne
trouvant pas de place dans les pirogues, ils se jetèrent à la nage.
En un instant, notre pont fut encombré de Celtes croassant leur
langue désagréable, parlant tous la fois, riant, gesticulant, au
demeurant tout à fait pacifiques. Ces hommes n’étaient point aussi
barbares que les gens de Tarsis. Ils sont vêtus d’une espèce de robe
très-courte, faite d’une étoffe grossière qu’ils tissent eux-mêmes.
Leurs jambes sont entourées de deux sortes de manches ou longs
caleçons qui leur descendent jusqu’à la cheville. Ils sont de belle
stature, ont le visage rond, le teint blanc, les yeux clairs et
généralement bleus, les cheveux bruns ou même blonds, la physionomie
riante et les gestes affables. Quelques-uns d’entre eux ont des
armes, des outils et des bijoux de bronze qui leur viennent de
Phénicie par les embouchures du Rhône et la tribu des Salyens ; mais
la plupart en sont encore aux instruments de bois, de pierre ou d’os,
assez bien travaillés d’ailleurs.
Ces bons Celtes étaient des pêcheurs. Je visitai leur village établi
sur pilotis au milieu des eaux. J’échangeai avec eux diverses
marchandises pour de la poudre d’or. Tous me rapportèrent que leurs
tribus venaient du nord-est et qu’ils étaient établis dans le pays
depuis moins de cent ans. Ils avaient refoulé devant eux des gens
semblables aux Ibères et aux Ligures, grands ou petits ; derrière eux
venaient d’autres Celtes qu’ils nommaient Galls et Kymris.
Après avoir quitté leur village, ou leur mas, comme ils disent, je
repartis vers le nord. Huit jours d’une navigation passable me
conduisirent dans un dédale d’îles, d’écueils et de rochers tenant la
terre ferme, où je trouvai d’autres Celtes, nommant ce pays Ar-Mor,
c’est-à-dire le pays de la Mer. Ils m’assurèrent qu’au nord de leur
contrée se trouvait une grande île, riche et fertile. Je continuai
donc hardiment ma navigation.
Au bout de deux jours, je fus pris dans une tempête épouvantable.
Cinq jours durant, j’errai sur la mer dans un brouillard épais, que
mes compagnons appelèrent « le poumon marin ». Traîné au hasard dans
cette mer écumeuse et noire, roulant sans direction dans cet air
épais, sombre et humide, il nous semblait que nous étions dans le
royaume des morts.
La nuit du sixième jour, j’ignorais absolument ma direction.
Nous dérivions au gré du vent et des flots. Vers le milieu de la
nuit, accablé de fatigue, je m’assoupissais au pied du mât, quand la
voix stridente d’Himilcon, dominant le bruit de la tempête, me fit
lever en sursaut.
« Brisants devant nous ! » criait le pilote.
D’un bond je fus au gouvernail, à côté du timonier.
« Rame arrière ! m’écriai-je. Faites des signaux aux autres
navires !»
On alluma à la hâte des torches et des fanaux, mais il était trop
tard. Un long cri de détresse nous apprit que le Dagon venait de
s’échouer.
Je fis virer de bord pour retourner en arrière, et je vis ce
spectacle douloureux du Cabire couché sur le flanc, au milieu des
brisants.
L’Astarté restait intacte. J’avais les écueils devant moi et sur les
côtés. Je manœuvrai pour retourner en arrière et retrouver le chenal
par où j’étais entré dans ce cercle de rocs à fleur d’eau. Mais un
courant violent et la force du vent rendaient vains tous mes efforts.
Au bout d’une heure de lutte, j’entendis encore le grondement des
brisants et je vis la mer blanchir sur les roches aiguës. Pour la
vingtième fois, je donnai l’ordre de virer de bord. Mais cette fois,
j’avais à peine commencé à reculer pour la manœuvre qu’un choc
violent et un craquement horrible m’apprirent que l’Astarté
talonnait. Nous venions de toucher par l’arrière. La nuit était
noire, nos trois navires étaient perdus !
Le reste de la nuit fut affreux. Au petit jour, le vent tomba et je
pus voir que nous étions enfournés dans un cercle d’écueils, mais à
moins d’un demi-stade d’une plage accessible, à trois jets d’arc de
la terre. Au delà des brisants qui nous avaient arrêtés, la mer était
calme, la terre proche : nous étions relativement hors d’affaire.
Nous étions naufragés, mais la vie sauve. La plupart de nos hommes
descendirent à terre, et sur mon ordre ceux qui hésitaient encore
abandonnèrent les navires. L’Astarté n’était pas précisément en bonne
situation : la mer la battait furieusement ; le Cabire avait été tiré
à terre : celui-là était sauvé ; quant au Dagon, il me paraissait
bien malade. Quoi qu’il en fût, j’eusse préféré périr mille fois que
de quitter le vaillant navire qui m’avait amené de si loin, avant de
savoir si sa perte était irrémédiable et définitive. Je restai donc
sur le pont de mon Astarté. Malgré mes efforts, Amilcar, Asdrubal,
Gisgon et Himilcon y restèrent avec moi. Quant à Chamaï, qui ne
voulait pas s’en aller, je le chassai de force. C’était affaire à
nous, chefs marins, et non à d’autres, de nous cramponner jusqu’à la
dernière heure aux planches de nos navires.
Quand le jour se leva, le temps s’était un peu calmé. La mer était
toujours blanchie par l’écume, mais la lame était moins forte et le
vent moins violent. A quelques encablures de nous, je vis la terre
qui me parut verdoyante, le ciel découvert, bleu pâle avec des nuages
blancs. Au bord de la mer, nos compagnons nous faisaient des signes,
et bientôt l’agile Bicri, sautant de roche en roche, s’aventura
jusqu’à notre bateau. Il était suivi de Dionysos, qui ne le quittait
guère.
Tout bien examiné, la situation était moins mauvaise que je ne
croyais. A marée basse, je pus visiter les coques ; celle de
l’Astarté avait peu souffert, elle était engagée entre deux roches et
solidement maintenue. Je pensai même, tout de suite, qu’à la première
marée un peu forte il serait possible de la renflouer. Quant au
Dagon, il s’était si malheureusement jeté sur les roches aiguës, que
la mer devait le mettre en pièces à courte échéance et à coup sûr. Je
profitai de la marée basse pour organiser immédiatement un
va-et-vient et décharger nos navires. Nos compagnons avaient trouvé à
terre un ruisseau d’eau douce ; un bois voisin nous fournissait du
combustible. On put donc dresser tout de suite un camp. Je le fis
entourer d’un fossé, et Hannibal y distribua les logements et les
postes. A la marée basse suivante, j’achevai mon déchargement, je fis
démâter l’Astarté et enlever du Dagon, que la mer démolissait peu à
peu, tout ce qu’on put enlever, maîtresses planches, bancs de rameurs
et même fragments du doublage en cuivre. Pendant tout ce temps, nous
ne trouvâmes pas trace d’indigènes.
Enfin, après trois jours d’un travail accablant, la mer monta, sous
l’action d’un fort coup de vent, si bien que l’Astarté, débarrassée
de ses agrès et complétement déchargée, se renfloua toute seule et
flotta joyeusement aux acclamations de tout le monde. Himilcon et
Asdrubal se trouvaient précisément à bord, avec vingt matelots. Ils
la dirigèrent si habilement qu’on put l’échouer sur le sable et, tout
le monde se mettant à l’œuvre, la tirer à terre en sûreté. Quant au
pauvre Dagon, la mer acheva de l’emporter. Amilcar versa des larmes
et je le consolai de mon mieux.
Illustration : Je consolai Amilcar de mon mieux.
Le jour même, comme je me disposais à envoyer les deux barques à la
pêche, car nous manquions de vivres frais, je vis paraître, au nord
de la pointe qui nous abritait, une longue pirogue, faite, à ce qu’il
me sembla, de cuir tendu sur des cerceaux. Plusieurs sauvages
demi-nus pagayaient cette embarcation. A la vue de nos navires, ils
parurent hésiter ; mais on leur fit tant de signaux d’amitié qu’ils
se décidèrent à ramer de notre côté. Bientôt ils furent près de nous
et sautèrent hardiment sur la plage.
« Pour sûr, dit Gisgon lorsqu’il vit de près la physionomie et le
costume de ces hommes, pour sûr, voilà des Celtes. »
Il leur adressa tout de suite la parole en langue celtique. Les
sauvages lui répondirent aussitôt, riant, gesticulant et parlant avec
volubilité. Ils étaient si contents de voir des hommes qui parlaient
leur langue, qu’ils voulurent à toute force nous embrasser. Il fallut
nous résoudre à leur accolade, malgré leur malpropreté et leurs longs
cheveux imprégnés de graisse et de beurre rance.
« Ce ne sont pas des Celtes du sud et du centre, nous dit Gisgon ; ce
sont des Kymris du nord, dont la langue ressemble beaucoup à celle
des autres. Ils sont parents de ceux du continent et aussi de ceux de
la grande terre que nous avons passée. C’est une île, et ils
l’appellent en leur langue Preudayn. »
Ces Kymris étaient des hommes gais, remuants et bavards au delà de
toute idée. Ils nous accablèrent de questions. C’était d’ailleurs une
belle race : gens de haute taille, bien faits de corps et beaux de
visage, le teint comme du sang et du lait, les yeux bleus comme le
ciel et les cheveux blonds comme les épis de blé mûr.
« Voici, dit Hannibal, des hommes de belle apparence et propres à
devenir des guerriers de bonne mine. Je m’en souhaite deux mille
comme cela, bien armés ; que je puisse les instruire pendant six mois
et que je rencontre Bodmilcar après.
— Ils n’ont pas d’arcs, observa Bicri.
— Pourtant ils les connaissent, répondit Gisgon. J’en ai vu aux mains
des Celtes. Leurs lances, dagues et haches de pierre sont bien
taillées, polies et affilées, et eux-mêmes sont de braves gens. »
Sur mon ordre, Gisgon demanda à ces insulaires s’ils connaissaient
les Phéniciens.
Ils répondirent que leurs frères, les Kymris du continent, leur
avaient parlé d’étrangers à teint brun et barbe noire, venus dans des
navires avec les plus belles choses du monde, mais que nous étions
les premiers qu’ils voyaient.
Je leur fis des présents et je leur donnai du vin à boire, au grand
regret d’Himilcon, qui voyait notre provision diminuer. Ils avalèrent
avec délices cette boisson nouvelle pour eux. Puis, quand ils eurent
la tête échauffée, ils commencèrent à nous faire des démonstrations
d’amitié, tout en criant, en se démenant et en se disputant entre
eux. Mais ils avaient l’air si bons et si francs qu’ils ne nous
inspiraient aucune crainte. En fin de compte, ils s’en allèrent,
disant qu’ils allaient chercher de belles choses pour nous les
rapporter en échange de nos magnifiques présents et qu’ils
reviendraient avec toute la population de l’île le soir même au plus
tard. Mais ils ne revinrent que le lendemain matin, sans rien nous
apporter. Il est vrai qu’ils arrivaient en troupe, hommes, femmes,
enfants. Ils se précipitèrent dans notre camp avec une telle
expansion d’amitié, tant de bruit, tant de questions, tant
d’accolades, tant de discours et parlant tellement tous à la fois,
que je faillis en perdre la tête. Ils tenaient absolument à se rendre
utiles et mettaient tout en désordre sous prétexte de nous aider à
tout mettre en place. Toutefois, de tous ces objets si nouveaux pour
eux, et qu’ils admiraient à grand renfort d’exclamations et de
gestes, ils ne dérobèrent rien, et se montrèrent scrupuleusement
honnêtes. Bruyants, indiscrets, questionneurs à l’excès, ils furent
insupportables à force de vouloir être agréables et polis. Le pauvre
Hannibal ne savait où se mettre, persécuté par les sauvages qui
voulaient tous toucher à sa cuirasse et regarder son casque de près.
Quant à Chryséis et Abigaïl, il leur fallut se fâcher pour empêcher
les femmes des insulaires de les déshabiller. Mais ce fut bien autre
chose quand ils virent Guébal. Ils s’étouffaient autour du singe,
mettant au comble de l’aise Bicri et Dyonisos, fiers de leur élève à
quatre mains.
Illustration : Ils s’étouffaient autour du singe.
« Ha ! s’écria Hannibal, en les bousculant à grands coups de poings,
ce qu’ils laissaient faire amicalement et en riant ; ha ! que Jonas
n’est-il ici ! Quel effet ne produirait pas sa figure et sa trompette
sur ces remuants sauvages ! »
En l’absence de Jonas, le singe, les autres trompettes et la cuirasse
d’Hannibal se partagèrent l’admiration de nos visiteurs. Pour moi,
préoccupé avant tout du double objet de mon voyage, découverte de
terres nouvelles et acquisition d’objets précieux, je les interrogeai
de mon mieux sur la configuration et la situation exacte, tant de
leurs îles que de la grande terre devant laquelle nous avions passé.
Ces sauvages sont intelligents et même hardis navigateurs, car ils
s’aventurent fort loin sur leurs barques de peaux cousues. J’appris
d’abord que les îles par moi découvertes sont au nombre de douze, et
toutes petites[1]. Nous étions sur la principale. Quant à la grande
terre de Preudayn, d’après ce que m’en dirent les indigènes, elle
serait aussi considérable que le Tarsis, car il ne faut pas à leurs
barques moins de deux mois pour en faire le tour. Je pressai les
sauvages de m’apporter quelques objets de trafic : ils finirent par
se décider, et dès le lendemain mon camp fut régulièrement
approvisionné de poisson, de coquillages et de venaison qu’ils
apportaient de la grande terre. Quant à du grain ou à des légumes, il
n’en était naturellement pas question, car ils ignorent la culture.
Pourtant plus tard il nous arriva de Preudayn une certaine quantité
d’orge et d’un autre grain comestible ; il paraît que dans
l’intérieur quelques tribus commencent à cultiver la terre.
Une chose qui me frappait, c’était la grande quantité de bijoux et
d’objets en étain que portaient ces insulaires. Je les questionnai
sur la provenance de cet étain si blanc, si pur et si beau. A ma
grande surprise et à ma grande joie, ils me répondirent qu’il venait
de l’île même où nous étions. On comprend que je ne remis pas au
lendemain la visite des gisements. J’y allai sur-le-champ, accompagné
d’Himilcon, de Gisgon, d’Hannibal et de quelques hommes. La
découverte était immense, inappréciable. L’île n’était qu’une vaste
mine d’étain !
Je rentrai au camp, le cœur débordant de satisfaction. Mon parti fut
pris tout de suite. Avec le bois de construction qui abondait aux
îles et sur la grande terre voisine, je résolus de construire un gros
navire, pour remplacer le Dagon ; pendant le temps qu’on mettrait à
le construire, j’aurais tout le loisir de réunir des monceaux d’étain
et de ramener en Phénicie un chargement comme on n’en avait jamais
vu. Mes idées soumises à mes compagnons furent approuvées de tous.
Quant aux indigènes, moyennant quelques colifichets et une partie des
débris de cuivre qui avaient servi de doublage au Dagon, ils me
cédèrent le terrain que j’occupais, pour aussi longtemps que je
voudrais, et le droit de fouiller leurs mines. Ils me paraissaient
même désireux de nous faire rester toujours ; au plus petit présent
qu’on leur faisait, ils nous témoignaient leur joie et leur
reconnaissance et nous aidaient volontairement dans tous nos travaux.
Mon camp était littéralement encombré des produits de leur pêche et
de leur chasse. Je puis dire que, de tous les sauvages que j’ai vus,
ces Celtes et Kymris sont les meilleurs, malgré leur humeur
guerroyante, leur mobilité et leur perpétuel bavardage.
Tout était donc au mieux. Je me mis à l’œuvre. Amilcar partit sur le
Cabire avec Bicri et vingt archers et hommes d’armes pour reconnaître
les îles et la grande terre. Asdrubal et Gisgon se chargèrent de la
fouille des mines. Pour moi, je restai au camp avec Himilcon, pour
diriger la construction du futur navire. Je fis établir aussi des
baraquements et des abris plus solides et mieux appropriés que nos
tentes au climat froid et pluvieux de ce pays. Hannibal et Chamaï,
n’ayant rien à faire, passaient leurs journées à pêcher, chasser, à
prendre part aux jeux des insulaires et à leur apprendre les
manœuvres et la tactique. Jamais on ne vit élèves plus dociles et
plus heureux ; ils ne se lassaient pas d’être commandés et conçurent
pour leurs instructeurs une amitié inaltérable.
Un beau jour, Hannibal et Chamaï, qui n’avaient pas paru depuis
quarante-huit heures, revinrent le menton rasé et ne portant que la
moustache ; leurs amis les sauvages les avaient accommodés à leur
mode.
« Eh bien ! vous voilà jolis tous deux, dis-je en riant. On vous
prendrait pour des Kymris : il ne vous manque plus que de vous
peindre la figure !
— Il importe, dit Hannibal, qu’en tout pays on se conforme aux
coutumes des indigènes quand elles ne sont point trop déraisonnables.
La coutume des guerriers, en ce pays, étant de raser le menton et de
ne laisser de barbe que sur la lèvre supérieure, il convenait que
nous, qui sommes des guerriers, nous portions, coupions ou taillions
notre barbe de manière qu’on reconnût notre profession.
— D’ailleurs, dit Chamaï, Abigaïl est d’avis que cela sied mieux. »
Devant cet argument décisif et concluant je n’avais qu’à m’incliner.
Quand Chamaï avait une fois invoqué l’autorité d’Abigaïl, tout était
dit pour le brave garçon.