Les jours, les semaines et les mois se succédèrent, pendant que nous
poursuivions ces travaux utiles, mais monotones. Amilcar revint de la
grande île, dont il avait reconnu toute la côte occidentale. A
l’ouest de cette île, il en avait découvert une autre moins
considérable, et toute verdoyante, dont il avait fait le tour. Les
indigènes l’appellent Erinn, qui signifie l’île Verte ; je lui
conservai ce nom. L’hiver arriva, morne, glacé. Tous ceux qui
n’étaient pas employés au dehors ne sortaient plus de leurs
baraquements. Je n’essayerai pas de dépeindre la stupéfaction de tous
ceux des nôtres qui n’avaient pas encore été dans le nord, quand ils
virent de la neige et de la glace et les souffrances de Guébal. Les
seuls Bicri et Dionysos ne renoncèrent pas à leurs courses. Imitant
les enfants et les jeunes gens des Kymris, ils se divertissaient à
faire des boules de neige et à les lancer. Ils glissaient sur l’eau
solidifiée par le froid, et revenaient le nez rouge, mais le corps
réchauffé par leurs exercices violents, toujours de bonne humeur,
toujours riants. Dionysos, au contact de Bicri, commençait à devenir
un bon archer et un habile frondeur : maintes fois, au retour de la
chasse, il nous rapporta des preuves de son adresse.