Illustration

En courant vers moi, Chamaï me cria hors d’haleine :

« Nous les avons vus, et de près encore »

Et il me montra son front traversé par une estafilade et son épée

ensanglantée.

« Qui avez-vous vu ? lui dis-je. Les Ibères ? nous les avons vus

aussi.

— Eh ! qui parle des Ibères ? fit Chamaï en soufflant. C’est de nos

Tyriens déserteurs que je parle ! Et du coquin d’Hazaël que voilà

là-bas, et du fils d’Aminoclès qu’ils ont voulu assassiner ! »

Je ne pus retenir une exclamation.

« Et Bodmilcar ? m’écriai-je.

— Bodmilcar ? Il a un joli coup d’épée dans les côtes ; c’est

Hannibal qui le lui a donné, et sans ce revers de coutelas qui m’est

tombé sur la figure, nous l’enlevions. Mais ils ont réussi à nous

l’arracher et à faire leur retraite dans les bois. »

Dans l’émotion où j’étais, j’oubliai le sort du malheureux Hannon, et

notre position difficile, et nos lingots d’argent par terre. Je ne

pensais plus qu’à mon ennemi, et tout entier au désir de me venger,

je dis à Chamaï et à mes hommes :

« Passons tout de suite de l’autre côté du ravin. Il faut nous mettre

à la poursuite de Bodmilcar et le retrouver mort ou vif. »

Nous redescendîmes aussitôt pour franchir la coupure. Amilcar, les

archers et les deux femmes nous suivirent. Chryséis n’avait pas

besoin d’explications pour comprendre la triste vérité. Himilcon lui

fit voir l’écritoire tachée de sang. Abigaïl la soutenait en

pleurant, mais elle marchait en silence, les mains serrées l’une

contre l’autre, et comprimant ses sanglots. Seulement, au mouvement

convulsif de ses épaules, on voyait son émotion extraordinaire.

Les aventures du capitaine Magon ou une exploration phénicienne mille ans avant l'ère chrétienne · 第 25 / 51 题