Sur l'un des fronts de l'enceinte du château de Véz (voy. le plan

d'ensemble de ce château à l'article DONJON, fig. 45), il existe encore

de belles échauguettes semi-circulaires flanquantes, dont nous donnons

la vue perspective extérieure (16). Sur le talus de la courtine naît un

contre-fort rectangulaire peu saillant, qui, au moyen de trois

corbelets, porte un demi-cylindre inférieur sur lequel posent quatre

assises profilées arrivant à former un puissant encorbellement portant

l'échauguette. La bascule de cette masse est parfaitement maintenue par

le massif de la courtine.

Sur l'autre front de la même enceinte, à l'intérieur de la cour du

château, il existe des échauguettes rectangulaires cette fois, à doubles

flanquements, c'est-à-dire formant deux redans de chaque côté (17),

destinés à flanquer la courtine à droite et à gauche: le premier redan

assez long pour permettre un tir parallèle aux parements de cette

courtine; le second plus court, mais suffisant pour le tir oblique,

ainsi que l'indique le plan A. Ici encore, c'est un large contre-fort

rectangulaire naissant sur le talus inférieur et portant

l'encorbellement du premier redan; puis un second contre-fort en

encorbellement lui-même portant la saillie du second redan. Des larmiers

abritent les profils et empêchent la pluie de baver sur les parements.

Dans l'architecture militaire, les échauguettes n'ont été abandonnées

qu'après Vauban. On les regardait comme utiles, même avec l'artillerie à

feu, pendant les XVIe et XVIIe siècles; les angles saillants des

bastions portaient encore des échauguettes, il y a deux cents ans,

destinées uniquement à abriter les sentinelles. Il va sans dire qu'en

cas de siége c'était la première chose qu'abattait l'assaillant. Cette

persistance de l'échauguette constate seulement son importance dans les

ouvrages militaires du moyen âge, puisqu'on eut tant de peine à

l'abandonner, même après que tout le système de la défense s'était

transformé. Les dernières échauguettes sont en forme de poivrière,

très-étroites, portées sur un cul-de-lampe et n'ayant que la valeur

d'une guérite, c'est-à-dire bonnes seulement pour surveiller les dehors,

mais ne pouvant servir à la défense. Cependant, au commencement du XVIe

siècle, et au moment où l'on établit déjà des boulevards revêtus, en

dehors des anciennes enceintes, lorsque ces boulevards présentent un

angle saillant (ce qui est rare, la forme circulaire étant alors

admise), cet angle saillant est garni quelquefois d'une assez large

échauguette quadrangulaire, posée la face sur l'angle du boulevard,

ainsi que l'indique la fig. 18. Ces échauguettes pouvaient recevoir un

fauconneau; elles étaient ordinairement revêtues de combles en dalles

posées sur une voûte, décorées d'armoiries et d'autres ornements qui

donnaient aux saillants des boulevards un certain air monumental. Le

temps et les boulets ont laissé peu de traces de ces petits ouvrages que

nous ne retrouvons plus que dans d'anciennes gravures; et c'est à peine

si, aujourd'hui, sur nos vieux bastions français, on aperçoit quelques

assises des encorbellements qui portaient ces sortes d'échauguettes.

Sur les boulevards en terre et clayonnages dont on fit un grand usage

pendant les guerres du XVIe siècle pour couvrir d'anciennes

fortifications, on établissait des échauguettes en bois en dehors de

l'angle saillant des bastions et au milieu des courtines (18 bis), afin

de permettre aux sentinelles de voir ce qui se passait au fond des

fossés. Ces sortes d'échauguettes sont employées jusqu'au XVIIe siècle.

On établissait aussi des échauguettes transitoires en bois sur les

chemins de ronde des fortifications du moyen âge; ces échauguettes se

reliaient aux hourds et formaient des sortes de bretèches (voy. ce mot).

Quant aux échauguettes à demeure en charpente, nous les avons

scrupuleusement détruites en France. À peine si nous en apercevons les

traces sur quelques tours ou clochers. Pour trouver de ces sortes

d'ouvrages encore entiers, il faut se décider à passer le Rhin et

parcourir l'Allemagne conservatrice.

Sur le bord oriental du lac de Constance est une charmante petite ville

qui a nom Lindau; c'est une tête du chemin de fer bavarois. Lindau a

respecté ses murailles du moyen âge, avec quelques-unes des anciennes

tours flanquantes. L'une de ces tours, dont la construction remonte au

XIVe siècle, est couronnée de quatre échauguettes du XVe siècle, en

bois, posant sur des encorbellements de pierre. Voici (19) l'ensemble de

cette construction. Les combles sont couverts en tuiles vernissées, avec

boules et girouettes en cuivre doré. Depuis le XVe siècle, pas une main

profane n'a touché cette innocente défense que pour l'entretenir; aucun

Conseil municipal n'a prétendu que les bois du comble fussent pourris ou

que la tour gênât les promeneurs. Nous donnons (20) le détail de l'une

de ces quatre échauguettes, dont les pans-de-bois sont hourdés en

maçonnerie, avec meurtrières sur chacune des faces. Il suffit de jeter

les yeux sur les gravures d'Israël Sylvestre, de Mérian, de Chastillon,

pour constater qu'en France toutes les villes du Nord et de l'Est

renfermaient quantité de ces tours couronnées d'échauguettes qui se

découpaient si heureusement sur le ciel et donnaient aux cités une

physionomie pittoresque. Aujourd'hui nous en sommes réduits à admirer

ces restes du passé en Allemagne, en Belgique ou en Angleterre.

Dans la campagne, et surtout dans les pays de plaines, les combles des

tours des châteaux se garnissaient d'échauguettes qui permettaient de

découvrir au loin ce qui se passait; la Picardie et les Flandres

surmontaient les combles de leurs donjons d'échauguettes de bois

recouvertes de plomb ou d'ardoises. Les gravures nous ont conservé

quelques-unes de ces guettes de charpenterie. Nous donnons ici l'une

d'elles (21) en A[53].

À la base du pignon se voient deux autres échauguettes de pierre B, à

deux étages, flanquant le chemin de ronde des mâchicoulis.

Nous retrouvons encore la tradition de ces guettes couronnant les

combles des tours dans la plupart des châteaux de la Renaissance, comme

à Chambord, à Tanlay, à Ancy-le-Franc, et, plus tard, au château de

Richelieu en Poitou, de Blérancourt en Picardie, etc. Ce ne fut que sous

le règne de Louis XIV, et lorsque les combles ne furent plus de mise sur

les édifices publics ou privés, que disparurent ces derniers restes de

la guette du château féodal.

Les combles des beffrois de ville étaient souvent munies d'échauguettes

de bois. Comme les combles des donjons, on a eu grand soin de les

détruire chez nous, et il nous faut sans cesse avoir recours aux

anciennes gravures si nous voulons prendre une idée de leur disposition.

La plupart des tours de beffrois des villes du nord en France, élevées

pendant les XIIIe et XIVe siècles, étaient carrées[54]; elles se

terminaient par une galerie fermée ou à ciel ouvert, avec échauguettes

aux angles; de plus, le comble en charpente, très-élevé et très-orné

généralement (car les villes attachaient une sorte de gloire à posséder

un beffroi magnifique), était percé de lanternes ou d'échauguettes,

servant de guérites au guetteur. Il nous faut bien, cette fois encore,

emprunter aux pays d'outre-Rhin, pour appuyer nos descriptions sur des

monuments. Retournons donc à Prague, la ville des échauguettes, et celle

dont l'architecture gothique se rapproche le plus de notre école

picarde.

La cathédrale de cette ville possède deux tours sur sa façade

occidentale dont les couronnements affectent bien plutôt la forme de nos

beffrois municipaux du Nord que celle d'un clocher d'église. Ces tours,

à défaut d'autres renseignements existants, vont nous servir à

reconstituer les échauguettes des tours de ville des XIVe et XVe

siècles.

Sur un dernier étage carré (22) s'épanouit un large encorbellement

décoré d'écussons armoyés aux quatre angles; cet encorbellement arrive à

former des portions d'octogones, ainsi que l'indique le plan A. Une

balustrade de pierre pourtourne le couronnement et est surmontée aux

angles de logettes également en pierre couvertes de pavillons aigus en

charpente. En retraite, sur le parement intérieur de la tour, s'élève un

grand comble à huit pans sur quatre faces duquel sont posées des

échauguettes en bois couvertes aussi de pyramides à huit pans. Tous ces

combles sont revêtus d'ardoises et de plomb, avec épis, boules,

girouettes. Quatre petits combles diagonaux permettent de passer à

couvert de la base de la charpente dans chacune des échauguettes

d'angle.

La fig. 23 donne le détail de l'une des quatre échauguettes supérieures

du comble. C'était un couronnement de ce genre, mais plus somptueux

probablement, qui devait terminer le beffroi de la ville d'Amiens

construit vers 1410 et brûlé en 1562. Un guetteur avait charge, du haut

de ce beffroi, de sonner les cloches pour annoncer le bannissement de

quelque malfaiteur, les incendies qui se déclaraient dans la ville ou la

banlieue, pour donner l'alarme s'il voyait s'avancer vers la cité une

troupe d'hommes d'armes, pour prévenir les sentinelles posées aux

portes. Le son différent des cloches mises en branle faisait connaître

aux habitants le motif pour lequel on les réunissait. Ce guetteur, au

XVe siècle, recevait pour traitement un écu quarante sols par an, plus

une cotte en drap moitié rouge moitié bleu qu'il portait à cause des

«grans vans et froidures estant au hault dudict beffroi.» Il logeait

dans la tour, devait jouer de sa «pipette» à la sonnerie du matin; il

cornait pour annoncer aux bourgeois rassemblés hors la ville, à

l'occasion de quelque fête ou cérémonie, qu'ils pouvaient être en paix

et que rien de fâcheux ne survenait dans la cité. Il lui fallait aussi

jouer certains airs lorsque des processions circulaient dans la

ville[55]. C'était, on en conviendra, un homme qui gagnait bien un écu

quarante sols et un habit rouge et bleu par an.

Certains moustiers, certaines églises étaient fortifiées pendant le

moyen âge, et ces églises étant habituellement entourées de

contre-forts, on surmontait ceux-ci d'échauguettes. On voit encore, sur

la façade occidentale de l'église abbatiale de Saint-Denis, des traces

d'échauguettes circulaires bâties au XVe siècle sur les contre-forts du

XIIe. Pendant les guerres avec les Anglais, sous Charles VI et Charles

VII, en Normandie, sur les frontières de la Bretagne, sur les bords de

la Loire, beaucoup d'églises abbatiales furent ainsi munies

d'échauguettes. Dans les contrées exposées aux courses d'aventuriers,

dans les montagnes et les lieux déserts, presque toujours les églises

furent remaniées, à l'extérieur, de manière à pouvoir se défendre contre

une troupe de brigands. Les échauguettes alors servaient non-seulement à

poster des guetteurs de jour et de nuit, mais encore elles flanquaient

les murs et en commandaient les approches. L'église abbatiale de

Saint-Claude, dans le Jura, aujourd'hui cathédrale, bâtie vers la fin du

XIV siècle, porte sur ses contre-forts des échauguettes bien fermées et

commandant parfaitement les dehors. Ces échauguettes (24) sont à un

étage couvert sur les contre-forts latéraux, et à deux étages (25) sur

les contre-forts d'angle. On communique d'un de ces étages à l'autre par

une trappe réservée dans le plancher et une petite échelle de meunier.

Dans le midi de la France, on remarque, sur des églises romanes, des

échauguettes construites à la hâte au XIVe siècle, pour mettre ces

édifices en état de résister aux courses des troupes du Prince Noir. On

éleva encore des échauguettes sur les édifices religieux pendant les

guerres de religion du XVIe siècle, et quelquefois même des échauguettes

furent disposées pour recevoir de petites bouches à feu.

Du jour où chacun n'eut plus à songer à sa défense personnelle,

l'échauguette disparut de nos édifices civils ou religieux; et il faut

reconnaître que la gendarmerie de notre temps remplace avec avantage ces

petits postes de surveillance.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 10. bis.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 15. bis.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 18. bis.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Illustration: Fig. 22.]

[Illustration: Fig. 23.]

[Illustration: Fig. 24.]

[Illustration: Fig. 25.]

[Note 42: Le _Roman de Rou_, vers 9519 et suiv.]

[Note 43: Roman de _Garin le Loherain_. La leçon

_eschargaite_ est préférable; elle est employée dans le même

roman:

«De l'échargaite, por Dieu, qu'en sera-t-il?»

Ce mot est formé de _scara_, interprété dans les monuments du

VIIIe siècle par _turma_, acies, et de _wachte_, garde.

_Scaraguayta_.]

[Note 44: Roman d'_Ogier l'Ardenois_, vers 1122 et suiv.]

[Note 45: _Ibid._, vers 10736.]

[Note 46: Archiv. de Béthune, de Péronne, de Noyon. Voy. _Les

artistes du nord de la France aux_ XIVe, XVe et XVIe

_siècles_, par Al. de la Fons, baron de Mélicocq. Béthune,

1848. Répar. des fortif. de Béthune, d'Arras, de Guise, de

Noyon, de Péronne, etc. Registre des comptes, p. 185 et

suiv.]

[Note 47: La _Chronique de Rains_, chap. VIII.]

[Note 48: Si nous donnons ici cet exemple, c'est qu'il nous

semble être l'oeuvre d'un architecte picard. En effet, en

Bohême, pendant le XIVe siècle, on avait eu recours à des

architectes de notre pays. Ainsi le choeur de la cathédrale

de Prague est bâtie en 1344 par un Français, Mathieu d'Arras,

appelé en Bohême par le roi Jean et son fils Charles,

margrave de Moravie. Parmi les écussons armoyés qui décorent

la porte, sur le vieux pont, on trouve l'écu de France semé

de fleurs de lis sans nombre, par conséquent antérieur à

Charles V.]

[Note 49: Cette porte, qui conservait encore la trace des

boulets des armées alliées lors de l'invasion de 1814, a été

détruite, sans motif sérieux, il y a quelques années. C'était

une charmante ruine.]

[Note 50: Cette échauguette date du XIIIe siècle.]

[Note 51: Le plan 10 est pris au niveau du parapet du chemin

de ronde de la courtine; le plan 10 bis, au niveau du parapet

de l'échauguette.]

[Note 52: Depuis cette époque, la portion du rempart dont il

est ici question a été restaurée et l'échauguette détruite;

depuis longtemps elle servait de latrines.]

[Note 53: Du château de Beersel en Brabant. (Voy. _Castella

et prætoria nobilium Brabantiæ, ex mus. Jac. baronis Le Roy,

etc._ Anvers, 1696.)]

[Note 54: Les beffrois d'Amiens, de Béthune, de Valenciennes,

qui existent ou existaient encore il y a peu d'années, sont

bâtis sur plan carré (voy. BEFFROI).]

[Note 55: Voy. _Descript. du beffroi et de l'hôtel de ville

d'Amiens_, par M. Dusevel. Amiens, 1847.]

ÉCHELLE, s. f. Nous ne parlons pas ici de l'échelle dont se servent les

ouvriers pour monter sur les échafauds, non plus des échelles qui

étaient en permanence sur les places réservées aux exécutions, et

auxquelles on attachait les gens coupables de faux serments ou de

quelque délit honteux pour les laisser ainsi exposés aux quolibets de la

foule[56]. Nous ne nous occupons que de l'_échelle relative_. En

architecture, on dit «l'échelle d'un monument... Cet édifice n'est pas à

l'échelle.» L'échelle d'une cabane à chien est le chien, c'est-à-dire

qu'il convient que cette cabane soit en proportion avec l'animal qu'elle

doit contenir. Une cabane à chien dans laquelle un âne pourrait entrer

et se coucher ne serait pas à l'échelle.

Ce principe, qui paraît si naturel et si simple au premier abord, est

cependant un de ceux sur lesquels les diverses écoles d'architecture (de

notre temps) s'entendent le moins. Nous avons touché cette question déjà

dans l'article ARCHITECTURE, et notre confrère regretté, M. Lassus,

l'avait traitée avant nous[57]. Dans la pratique, cependant, il ne

semble pas que les observations mises en avant sur ce sujet aient

produit des résultats. Nous n'avons pas la vanité de nous en étonner;

nous croyons simplement que nos explications n'ont été ni assez étendues

ni assez claires. Il faut donc reprendre la question et la traiter à

fond, car elle en vaut la peine.

Les Grecs, dans leur architecture, ont admis un _module_, on n'en

saurait douter; ils ne paraissent pas avoir eu d'_échelle_. Ainsi, qu'un

ordre grec ait cinq mètres ou dix mètres de hauteur, les rapports

harmoniques sont les mêmes dans l'un comme dans l'autre, c'est-à-dire,

par exemple, que si le diamètre de la colonne à la base est _un_, la

hauteur de la colonne sera _six_, et l'entre-colonnement _un et demi_

vers le milieu du fût, dans le petit comme dans le grand ordre. En un

mot, la _dimension_ ne paraît pas changer les _proportions relatives_

des divers membres de l'ordre. Cependant les Grecs ont été pourvus de

sens si délicats qu'on ne saurait guère admettre chez eux la non

application d'un principe vrai en matière d'art, sans une cause majeure.

Nous ignorons le mécanisme harmonique de l'architecture grecque; nous ne

pouvons que constater ses résultats sans avoir découvert, jusqu'à

présent, ses formules. Nous reconnaissons bien qu'il existe un _module_,

des _tonalités_ différentes, des règles mathématiques, mais nous n'en

possédons pas la clef, et Vitruve ne peut guère nous aider en ceci, car

lui-même ne semble pas avoir été initié aux formules de l'architecture

grecque des beaux temps, et ce qu'il dit au sujet des ordres n'est pas

d'accord avec les exemples laissés par ses maîtres. Laissons donc ce

problème à résoudre, ne voyons que l'apparence. Si nous considérons

seulement les deux architectures mères des arts du moyen âge,

c'est-à-dire l'architecture grecque et l'architecture romaine, nous

trouvons dans la première un art complet, tout d'une pièce, conséquent,

formulé, dans lequel l'apparence est d'accord avec le principe; dans la

seconde, une structure indépendante souvent de l'apparence, le besoin et

l'art, l'objet et sa décoration. Le besoin étant manifesté dans

l'architecture romaine, étant impérieux même habituellement, et le

besoin se rapportant à l'homme, l'harmonie pure de l'art grec est

détruite; l'échelle apparaît déjà dans les édifices romains; elle

devient impérieuse dans l'architecture du moyen âge. De même que, dans

la société antique, l'individu n'est rien, qu'il est le jouet du destin,

qu'il est perdu dans la chose publique, aussi ne peut-il exercer une

influence sur la forme ou les proportions des monuments qu'il élève. Un

temple est un temple; il est grand, si la cité peut le faire grand; il

est petit, si sa destination ou la pénurie des ressources exige qu'il

soit petit; s'il est grand, il y a une grande porte; s'il est petit, il

n'a qu'une petite porte. Les impossibilités résultant de la nature des

matériaux mettent seules une limite aux dimensions du grand monument,

comme l'obligation de passer sous une porte empêche seule qu'elle ne

s'abaisse au-dessous de la taille humaine; mais il ne venait

certainement pas à l'esprit d'un Grec de mettre en rapport son édifice

avec lui-homme, comme il ne supposait pas que son _moi_ pût modifier les

arrêts du destin. Les rapports harmoniques qui existent entre les

membres d'un ordre grec sont si bien commandés par l'art et non par

l'objet, que, par exemple, un portique de colonnes doriques devant

toujours s'élever sur un socle composé d'assises en retraite les unes

sur les autres comme des degrés, la hauteur de ces degrés devant être

dans un rapport harmonique avec le diamètre des colonnes, si le diamètre

de ces colonnes est tel que chacun des degrés ait la hauteur d'une

marche ordinaire, c'est tant mieux pour les jambes de ceux qui veulent

entrer sous le portique. Mais si le diamètre de ces colonnes est

beaucoup plus grand, la hauteur harmonique des degrés augmentera en

proportion; il deviendra impossible à des jambes humaines de les

franchir, et comme, après tout, il faut monter, on pratiquera, à même

ces degrés, des marches sur quelques points, comme une concession faite

par l'art aux besoins de l'homme, mais faite, on s'en aperçoit, avec

regret. Évidemment le Grec considérait les choses d'art plutôt en amant

qu'en maître. Chez lui, l'architecture n'obéissait qu'à ses propres

lois. Cela est bien beau assurément, mais ne peut exister qu'au milieu

d'une société comme la société grecque, chez laquelle le culte, le

respect, l'amour et la conservation du beau étaient l'affaire

principale. Rendez-nous ces temps favorables, ou mettez vos édifices à

l'échelle. D'ailleurs il ne faut pas espérer pouvoir en même temps

sacrifier à ces deux principes opposés. Quand, dans une cité, les

édifices publics et privés sont tous construits suivant une harmonie

propre, tenant à l'architecture elle-même, il s'établit entre ces

oeuvres de dimensions très-différentes des rapports qui probablement

donnent aux yeux le plaisir que procure à l'ouïe une symphonie bien

écrite. L'oeil fait facilement abstraction de la dimension quand les

proportions sont les mêmes, et on conçoit très-bien qu'un Grec éprouvât

autant de plaisir à voir un petit ordre établi suivant les règles

harmoniques qu'un grand; qu'il ne fût pas choqué de voir le petit et le

grand à côté l'un de l'autre, pas plus qu'on n'est choqué d'entendre une

mélodie chantée par un soprano et une basse-taille. Peut-être même les

Grecs établissaient-ils dans les relations entre les dimensions les

rapports harmoniques que nous reconnaissons entre des voix chantant à

l'octave. Peut-être les monuments destinés à être vus ensemble

étaient-ils composés par antiphonies? Nous pouvons bien croire que les

Grecs ont été capables de tout en fait d'art, qu'ils éprouvaient par le

sens de la vue des jouissances que nous sommes trop grossiers pour

jamais connaître.

Le mode grec, que les Romains ne comprirent pas, fut perdu. À la place

de ces principes harmoniques, basés sur le module abstrait, le moyen âge

émit un autre principe, celui de l'échelle, c'est-à-dire qu'à la place

d'un module variable comme la dimension des édifices, il prit une mesure

uniforme, et cette mesure uniforme est donnée par la taille de l'homme

d'abord, puis par la nature de la matière employée. Ces nouveaux

principes (nous disons nouveaux, car nous ne les voyons appliqués nulle

part dans l'antiquité) ne font pas que, parce que l'homme est petit,

tous les monuments seront petits; ils se bornent, même dans les plus

vastes édifices (et le moyen âge ne se fit pas faute d'en élever de

cette sorte), à forcer l'architecte à rappeler toujours la dimension de

l'homme, à tenir compte toujours de la dimension des matériaux qu'il

emploie.

Dorénavant, une porte ne grandira plus en proportion de l'édifice, car

la porte est faite pour l'homme, elle conservera _l'échelle_ de sa

destination; un degré sera toujours un degré praticable. La taille de

l'homme (nous choisissons, bien entendu, parmi les plus grands) est

divisée en six parties, lesquelles sont divisées en douze, car le

système duodécimal, qui peut se diviser par moitié, par quarts et par

tiers, est d'abord admis comme le plus complet. L'homme est la toise, le

sixième de l'homme est le pied, le douzième du pied est le pouce. Armés

de cette mesure, les architectes vont y subordonner tous les membres de

leurs édifices: c'est donc l'homme qui devient le module, et ce module

est invariable. Cela ne veut pas dire que l'architecture du moyen âge, à

son origine et à son apogée, soit un simple calcul, une formule

numérique; non, ce principe se borne à rappeler toujours la taille

humaine. Ainsi, quelle que soit la hauteur d'une pile, la base de cette

pile ne dépasse jamais la hauteur d'appui; quelle que soit la hauteur

d'une façade, la hauteur des portes n'excédera pas deux toises, deux

toises et demie au plus, parce qu'on ne suppose pas que des hommes et ce

qu'ils peuvent porter, tels que bannières, dais, bâtons, puissent

dépasser cette hauteur. Quelle que soit la hauteur d'un vaisseau, les

galeries de service à différents étages seront proportionnées, non à la

grandeur de l'édifice, mais à la taille de l'homme. Voilà pour certains

membres principaux. Entrons plus avant dans la théorie. On a été

chercher fort loin l'origine des colonnes engagées qui, dans les

monuments du moyen âge, s'allongent indéfiniment, quel que soit leur

diamètre, contrairement au mode grec; il n'était besoin cependant que de

recourir au principe de l'_échelle_ admis par les architectes de ces

temps pour trouver la raison de cette innovation. On nous a dénié

l'influence de l'_échelle_ humaine, en nous disant, par exemple, que les

colonnes engagées des piles de la cathédrale de Reims sont bien plus

grosses que celles d'une église de village; nous répondons que les

colonnes engagées de la cathédrale de Reims ne sont pas dans un rapport

proportionnel avec des colonnes engagées d'un édifice quatre fois plus

petit. C'est _matière de géométrie_.

Prenons un monument franchement gothique, la nef principale de la

cathédrale d'Amiens. Cette nef a, d'axe en axe des piles, 14m,50; les

colonnes centrales portent 1m,36 de diamètre, et les quatre colonnettes

engagées qui cantonnent ces colonnes centrales, 0,405m. Nous demandons

que l'on nous indique une nef de la même époque, n'ayant que 7m,25 de

largeur d'axe en axe des piles, dont les colonnes centrales n'auraient

que 0,68 c. de diamètre et les colonnes engagées 0,20 c., c'est-à-dire

étant dans un rapport exact de proportion avec la nef de la cathédrale

d'Amiens.

Voici un monument qui se présente à propos, construit en matériaux

très-résistants, tandis que ceux dont se compose la cathédrale d'Amiens

ne le sont que médiocrement: c'est la nef de l'église de

Semur-en-Auxois, bâtie en même temps que celle de la cathédrale

d'Amiens. La nef n'a en largeur qu'un peu moins de la moitié de

celle-ci, 6m,29. Or les colonnes centrales ont 1m,08 de diamètre, et les

colonnes engagées qui les cantonnent, 0,27 c., au lieu de 0,64 c. et

0,19 c. Ces rapports proportionnels que nous trouvons dans

l'architecture antique n'existent donc pas ici; notez que 0,405m font

juste 15 pouces, et 0,27 c., 10 pouces, et les colonnettes cantonnantes

des piles de l'église de Semur sont les plus grêles que nous

connaissions de cette époque; ordinairement ces colonnettes, qui ont une

si grande importance parce qu'elles portent en apparence les membres

principaux de l'architecture, ont, dans les plus petits édifices, 0,32

c. (1 pied), dans les plus grands 0,40 c. (15 pouces); par cas

exceptionnel, comme à Reims, 0,49 c. (18 pouces)[58]; c'est-à-dire

l'unité, l'unité plus 1/4, l'unité plus 1/2. Mais ce qui donne l'échelle

d'un édifice, ce sont bien plus les mesures en hauteur que les mesures

en largeur. Or, dans cette petite église de Semur, le niveau du dessus

des bases est à 1m,06 du sol, et les piles n'ont que 5m,00 de haut,

compris le chapiteau, jusqu'aux naissances des voûtes des bas-côtés.

Dans la cathédrale d'Amiens, les piles qui remplissent le même objet ont

13m,80, et le niveau du dessus des bases... 1m,06. Dans la cathédrale de

Reims, les piles ont 11m,20 de haut, et les bases 1m,30; 1m,06 font

juste 3 pieds 3 pouces; 1m,30, 4 pieds, c'est-à-dire 3 unités 1/4, 4

unités. Les chapiteaux de ces piles de la nef d'Amiens ont, tout

compris, 1m,14 de haut; ceux de Reims, 1m,14, c'est-à-dire 3 pieds 6

pouces; ceux des petites piles de l'église de Semur, 1m,06, comme les

bases (3 pieds 3 pouces). La nef de la cathédrale de Reims a 37m,00 sous

clef; les colonnettes de son triforium ont 3m,50 de haut. La nef de la

cathédrale d'Amiens a 42m,00 sous clef; les colonnes de son triforium

ont de hauteur 3m,00. La nef de l'église de Semur a, sous clef, 24m,00;

les colonnettes de son triforium ont de hauteur 2m,00: c'est le minimum,

parce que le triforium est un passage de service, qu'il indique la

présence de l'homme; aussi ne grandit-il pas en proportion de la

dimension de l'édifice. Les architectes, au contraire, même lorsque,

comme à Amiens, la construction les oblige à donner au triforium une

grande hauteur sous plafond, rappellent, par un détail important,

très-visible, comme les colonnettes, la dimension humaine. C'est pour

cela qu'à la base des édifices, dans les intérieurs, sous les grandes

fenêtres, les architectes ont le soin de plaquer des arcatures qui,

quelle que soit la dimension de ces édifices, ne sont toujours portées

que par des colonnettes de 2m,00 de hauteur au plus, colonnettes qui

sont ainsi, tout au pourtour du monument, à la hauteur de l'oeil, comme

des moyens multipliés de rappeler l'échelle humaine, et cela d'une façon

d'autant plus frappante, que ces colonnettes d'arcatures portent

toujours sur un banc, qui, bien entendu, est fait pour s'asseoir, et n'a

que la hauteur convenable à cet usage, c'est-à-dire de 0,40 à 0,45 c. Il

va sans dire que les balustrades, les appuis n'ont jamais, quelle que

soit la dimension des édifices, que la hauteur nécessaire, c'est-à-dire

1m,00 (3 pieds).

Non-seulement la taille de l'homme, mais aussi la dimension des

matériaux déterminent l'échelle de l'architecture romaine et surtout de

l'architecture gothique. Tout membre d'architecture doit être pris dans

une hauteur d'assise; mais comme les pierres à bâtir ne sont pas partout

de la même hauteur de banc, c'est là où l'on reconnaît la souplesse des

principes de cette architecture. Avec un tact et un sentiment de l'art

assez peu appréciés de nos jours, l'architecte du moyen âge élève sa

construction de façon à la mettre d'accord avec la dimension de

l'édifice qu'il bâtit. Peu importe que les matériaux soient hauts ou

bas, il sait en même temps le soumettre à l'échelle imposée par ces

matériaux et aux proportions convenables à un grand ou à un petit

monument. Supposons qu'il ne possède que des pierres calcaires dont la

hauteur de banc est de 0,40 c. au plus, et qu'il veuille bâtir un

édifice d'une très-grande dimension, comme la façade de la cathédrale de

Paris, par exemple; admettons même qu'il tienne à donner à cette façade

de grandes proportions, ou, pour mieux dire, une échelle supérieure à

l'échelle commune. Il élèvera les soubassements en assises régulières,

basses; si, dans ces soubassements, il veut faire saillir des bandeaux,

il ne donnera à ces bandeaux qu'une très-faible hauteur, et encore les

fera-t-il tailler sur des profils fins, délicats, afin de laisser à la

masse inférieure toute son importance; il maintiendra les lignes

horizontales, comme indiquant mieux la stabilité. Arrivé à une certaine

hauteur, il sent qu'il faut éviter l'uniformité convenable à un

soubassement, que les lits horizontaux donnés par les assises détruiront

l'effet des lignes verticales. Alors, devant cette structure composée

d'assises, il place des colonnettes en délit qui sont comme un dessin

d'architecture indépendant de la structure; il surmonte ces colonnettes

d'arcatures prises dans des pierres posées de même en délit et

appareillées de telle façon qu'on n'aperçoive plus les joints de la

construction: ainsi donne-t-il à son architecture les proportions qui

lui conviennent, et il laisse à ces proportions d'autant plus de

grandeur que, derrière ce placage décoratif, l'oeil retrouve l'échelle

vraie de la bâtisse, celle qui est donnée par la dimension des

matériaux. La grande galerie à jour qui, sous les tours, termine la

façade de Notre-Dame de Paris, est un chef-d'oeuvre de ce genre. La

structure vraie, comme un thème invariable, se continue du haut en bas,

par assises réglées de 0,40 c. de hauteur environ. Devant cette masse

uniforme se dessine d'abord la galerie des Rois, avec ses colonnes

monolithes de 0,25 c. de diamètre, dressées entre des statues de 3m,00

de hauteur. Puis vient se poser immédiatement une balustrade à l'échelle

humaine, c'est-à-dire de 1m,00 de hauteur, qui rend à la galerie sa

grandeur, en rappelant, près des figures colossales, la hauteur de

l'homme. Au-dessus, les assises horizontales; le thème continue sans

rien qui altère son effet. L'oeuvre se termine par cette grande galerie

verticale dont les colonnes monolithes ont 5m,10 de hauteur sur 0,18 c.

de diamètre, couronnée par une arcature et une corniche saillante,

haute, ferme, dans laquelle cependant l'ornementation et les profils se

soumettent à la dimension des matériaux (voy. CORNICHE, fig. 17). Les

tours s'élèvent sur ce vaste soubassement; elles se composent, comme

chacun sait, de piles cantonnées de colonnettes engagées bâties par

assises de 0,45 c. de hauteur; mais pour que l'oeil, à cette distance,

puisse saisir la construction, énorme empilage d'assises, dans les

angles, chacune de ces assises porte un crochet saillant se découpant

sur les fonds ou sur le ciel. Ces longues séries de crochets, marquant

ainsi l'échelle de la construction, rendent aux tours leur dimension

véritable en faisant voir de combien d'assises elles se composent. Sur

la façade de Notre-Dame de Paris, l'échelle donnée par la dimension de

l'homme et par la nature des matériaux est donc soigneusement observée

de la base au faîte. La statuaire, qui sert de point de comparaison,

n'existe que dans les parties inférieures; les couronnements en sont

dépourvus, et, en cela, l'architecte a procédé sagement: car, dans un

édifice de cette hauteur, si l'on place des statues sur les

couronnements, celles-ci paraissent trop petites lorsqu'elles ne

dépassent pas du double au moins la dimension de l'homme; elles écrasent

l'architecture lorsqu'elles sont colossales.

En entrant dans une église ou une salle gothique, chacun est disposé à

croire ces intérieurs beaucoup plus grands qu'ils ne le sont réellement;

c'est encore par une judicieuse application du principe de l'échelle

humaine que ce résultat est obtenu. Comme nous l'avons dit tout à

l'heure, les bases des piles, leurs chapiteaux, les colonnettes des

galeries supérieures rappellent à diverses hauteurs la dimension de

l'homme, quelle que soit la proportion du monument. De plus, la

multiplicité des lignes verticales ajoute singulièrement à l'élévation.

Dans ces intérieurs, les profils sont camards, fins, toujours pris dans

des assises plus basses que celles des piles ou des parements. Les vides

entre les meneaux des fenêtres ne dépassent jamais la largeur d'une baie

ordinaire, soit 1m,25 (4 pieds) au plus. Si les fenêtres sont

très-larges, ce sont les meneaux qui, en se multipliant, rappellent

toujours ces dimensions auxquelles l'oeil est habitué, et font qu'en

effet ces fenêtres paraissent avoir leur largeur réelle. D'ailleurs ces

baies sont garnies de panneaux de vitraux séparés par des armatures en

fer, qui contribuent encore à donner aux ouvertures vitrées leur

grandeur vraie; et pour en revenir aux colonnes engagées indéfiniment

allongées, dans l'emploi desquelles les uns voient une décadence ou

plutôt un oubli des règles de l'antiquité sur les ordres, les autres une

influence d'un art étranger, d'autres encore un produit du hasard, elles

ne sont que la conséquence d'un principe qui n'a aucun point de rapport

avec les principes de l'architecture antique. D'abord il faut admettre

que les ordres grecs n'existent plus, parce qu'en effet ils n'ont aucune

raison d'exister chez un peuple qui abandonne complétement la

plate-bande pour l'arc. La plate-bande n'étant plus admise, le point

d'appui n'est plus colonne, c'est une pile. La colonne qui porte une

plate-bande est et doit être diminuée, c'est-à-dire présenter à sa base

une section plus large que sous le chapiteau; c'est un besoin de l'oeil

d'abord, c'est aussi une loi de statique; car la plate-bande étant un

poids inerte, il faut que le quillage sur lequel pose ce poids présente

une stabilité parfaite. L'arc, au contraire, est une pesanteur agissante

qui ne peut être maintenue que par une action opposée. Quatre arcs qui

reposent sur une pile se contre-buttent réciproquement, et la pile n'est

plus qu'une résistance opposée à la résultante de ces actions opposées.

Il ne viendra jamais à la pensée d'un architecte (nous disons architecte

qui construit) de reposer quatre arcs sur une pile conique ou

pyramidale. Il les bandera sur un cylindre ou un prisme, puisqu'il sait

que la résultante des pressions obliques de ces quatre arcs, s'ils sont

égaux de diamètre, d'épaisseur et de charge, passe dans l'axe de ce

cylindre ou de ce prisme sans dévier. Il pourrait se contenter d'un

poinçon posé sur sa pointe pour porter ces arcs. Or, comme nous l'avons

assez fait ressortir dans l'article CONSTRUCTION, le système des voûtes

et d'arcs adopté par les architectes du moyen âge n'étant autre chose

qu'un système d'équilibre des forces opposées les unes aux autres par

des buttées ou des charges, tout dans cette architecture tend à se

résoudre en des pressions verticales, et le système d'équilibre étant

admis, comme il faut tout prévoir, même l'imperfection dans l'exécution,

comme il faut compter sur des erreurs dans l'évaluation des pressions

obliques opposées ou chargées, et par conséquent sur des déviations dans

les résultantes verticales, mieux vaut dans ce cas une pile qui se prête

à ces déviations qu'une pile inflexible sur sa base. En effet, soit (1),

sur une pile A, une résultante de pressions qui, au lieu d'être

parfaitement verticale, soit oblique suivant la ligne CD, cette

résultante oblique tendra à faire faire à la pile le mouvement indiqué

en B. Alors la pile sera broyée sur ses arêtes. Mais soit, au contraire,

sur une pile E, une résultante de pressions obliques, la pile tendra à

pivoter sur sa base de manière à ce que la résultante rentre dans la

verticale, comme le démontre le tracé F. Alors, si la pile est chargée,

ce mouvement ne peut avoir aucun inconvénient sérieux. Tout le monde

peut faire cette expérience avec un cône sur le sommet ou la base duquel

on appuierait le doigt. Dans le premier cas, on fera sortir la base du

plan horizontal; dans le second, le cône obéira, et à moins de faire

sortir le centre de gravité de la surface conique, on sentira sous la

pression une résistance toujours aussi puissante.

Ainsi laissons donc là les rapports de la colonne des ordres antiques,

qui n'ont rien à faire avec le système de construction de l'architecture

du moyen âge. Ne comparons pas des modes opposés par leurs principes

mêmes. Les architectes gothiques et même romans du Nord n'ont pas, à

proprement parler, connu la colonne; ils n'ont connu que la pile. Cette

pile, quand l'architecture se perfectionne, ils la décomposent en autant

de membres qu'ils ont d'arcs à porter; rien n'est plus logique

assurément. Ces membres ont des pressions égales ou à peu près égales à

recevoir; ils admettent donc qu'en raison de l'étendue des monuments ils

donneront à chacun d'eux le diamètre convenable, 1 pied, 15 pouces, ou

18 pouces, comme nous l'avons démontré plus haut; cela est encore

très-logique. Ils poseront ces membres réunis sur une base unique, non

faite pour eux, mais faite pour l'homme, comme les portes, les

balustrades, les marches, les appuis sont faits pour l'homme et non pour

les monuments; cela n'est pas conforme à la donnée antique, mais c'est

encore conforme à la logique, car ce ne sont pas les édifices qui

entrent par leurs propres portes, qui montent leurs propres degrés ou

s'appuient sur leurs propres balustrades, mais bien les hommes. Ces

membres, ou fractions de piles, ces points d'appui ont, celui-ci un arc

à soutenir à cinq mètres du sol: on l'arrête à cette hauteur, on pose

son chapiteau (qui n'est qu'un encorbellement propre à recevoir le

sommier de l'arc, voy. CHAPITEAU); cet autre doit porter son arc à huit

mètres du sol: il s'arrête à son tour à ce niveau; le dernier recevra sa

charge à quinze mètres, son chapiteau sera placé à quinze mètres de

hauteur. Cela n'est ni grec, ni même romain, mais cela est toujours

parfaitement logique. La colonne engagée gothique, qui s'allonge ainsi

ou se raccourcit suivant le niveau de la charge qu'elle doit porter, n'a

pas de module, mais elle a son échelle, qui est son diamètre; elle est

cylindrique et non conique, parce qu'elle n'indique qu'un point d'appui

recevant une charge passant par son axe, et qu'en supposant même une

déviation dans la résultante des pressions, il est moins dangereux pour

la stabilité de l'édifice qu'elle puisse s'incliner comme le ferait un

poteau, que si elle avait une large assiette s'opposant à ce mouvement.

Son diamètre est aussi peu variable que possible, quelle que soit la

dimension de l'édifice, parce que ce diamètre uniforme, auquel l'oeil

s'habitue, paraissant grêle dans un vaste monument, large dans un petit,

indique ainsi la dimension réelle, sert d'échelle, en un mot, comme les

bases, les arcatures, balustrades, etc.

Mais comme les architectes du moyen âge ont le désir manifeste de faire

paraître les intérieurs des monuments grands (ce qui n'est pas un mal),

ils évitent avec soin tout ce qui pourrait nuire à cette grandeur. Ainsi

ils évitent de placer des statues dans ces intérieurs, si ce n'est dans

les parties inférieures, et, alors, ils ne leur donnent que la dimension

humaine, tout au plus. L'idée de jeter des figures colossales sous une

voûte ou un plafond ne leur est jamais venue à la pensée, parce qu'ils

étaient architectes, qu'ils aimaient l'architecture et ne permettaient

pas aux autres arts de détruire l'effet qu'elle doit produire. Les

sculpteurs n'en étaient pas plus malheureux ou moins habiles pour faire

de la statuaire à l'échelle; ils y trouvaient leur compte et

l'architecture y trouvait le sien (voy. STATUAIRE).

Que, d'un point de départ si vrai, si logique, si conforme aux principes

invariables de tout art; que, de ce sentiment exquis de l'artiste se

soumettant à une loi rigoureuse sans affaiblir l'expression de son génie

personnel, on en soit venu à dresser dans une ville, centre de ces

écoles délicates et sensées, un monument comme l'arc de triomphe de

l'Étoile, c'est-à-dire hors d'échelle avec tout ce qui l'entoure, une

porte sous laquelle passerait une frégate mâtée; un monument dont le

mérite principal est de faire paraître la plus grande promenade de

l'Europe un bosquet d'arbrisseaux; il faut que le sens de la vue ait été

parmi nous singulièrement faussé et que, par une longue suite d'abus en

matière d'art, nous ayons perdu tout sentiment du vrai. Il y a plus d'un

siècle déjà, le président De Brosses[59], parlant de sa première visite

à la basilique de Saint-Pierre de Rome, dit que, à l'intérieur, ce vaste

édifice ne lui sembla «ni grand, ni petit, ni haut, ni bas, ni large, ni

étroit.» Il ajoute: «On ne s'aperçoit de son énorme étendue que par

relation, lorsqu'en considérant une chapelle, on la trouve grande comme

une cathédrale; lorsqu'en mesurant un marmouset qui est là au pied d'une

colonne, on lui trouve «un pouce gros comme le poignet. Tout cet

édifice, _par l'admirable justesse de ses proportions_, a la propriété

de réduire les choses démesurées à leur juste valeur.» Voilà une

propriété bien heureuse! Faire un édifice colossal pour qu'il ne

paraisse que de dimension ordinaire, faire des statues d'enfants de

trois mètres de hauteur pour qu'elles paraissent être des marmots de

grandeur naturelle! Le président De Brosses est cependant un homme

d'esprit, très-éclairé, aimant les arts; ses lettres sont pleines

d'appréciations très-justes. C'est à qui, depuis lui, a répété ce

jugement d'amateur terrible, a fait à Saint-Pierre de Rome ce mauvais

compliment. On pourrait en dire autant de notre arc de triomphe de

l'Étoile et de quelques autres de nos monuments modernes: «L'arc de

l'Étoile, par l'admirable justesse de ses proportions, ne paraît qu'une

porte ordinaire; il a la propriété de réduire tout ce qui l'entoure à

des dimensions tellement exiguës, que l'avenue des Champs-Élysées paraît

un sentier bordé de haies et les voitures qui la parcourent des fourmis

qui vont à leurs affaires sur une traînée de sable.» Si c'est là le but

de l'art, le mont Blanc est fait pour désespérer tous les architectes,

car jamais ils n'arriveront à faire un édifice qui ait à ce degré le

mérite de réduire à néant tout ce qui l'entoure. Dans la ville où nous

nous évertuons à élever des édifices publics qui ne rappellent en rien

l'échelle humaine, percés de fenêtres tellement hors de proportion avec

les services qu'elles sont destinées à éclairer, qu'il faut les couper

en deux et en quatre par des planchers et des cloisons, si bien que des

pièces prennent leurs jours ainsi que l'indique la figure ci-contre (2),

ce qui n'est ni beau ni commode; que nous couronnons les corniches de

ces édifices de lucarnes avec lesquelles on ferait une façade

raisonnable pour une habitation; dans cette même ville, disons-nous, on

nous impose (et l'édilité en soit louée!) des dimensions pour les

hauteurs de nos maisons et de leurs étages. La raison publique veut

qu'on se tienne, quand il s'agit d'édifices privés, dans les limites

qu'imposent le bon sens et la salubrité. Voilà qui n'est plus du tout

conforme à la logique, car les édifices publics (ou nous nous abusons

étrangement) sont faits pour les hommes aussi bien que les maisons, et

nous ne grandissons pas du double ou du triple quand nous y entrons.

Pourquoi donc ces édifices sont-ils hors d'échelle avec nous, avec nos

besoins et nos habitudes?... Cela est plus majestueux, dit-on. Mais la

façade de Notre-Dame de Paris est suffisamment majestueuse, et elle est

à l'échelle de notre faiblesse humaine; elle est grande, elle paraît

telle, mais les maisons qui l'entourent sont toujours des maisons et ne

ressemblent pas à des boîtes à souris, parce que, sur cette façade de

Notre-Dame, si grande qu'elle soit, les architectes ont eu le soin de

rappeler, du haut en bas, cette échelle humaine, échelle infime, nous le

voulons bien, mais dont nous ne sommes pas les auteurs.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Note 56: Voy. le curieux bas-relief qui se trouve à la base

du portail méridional de Notre-Dame de Paris, et qui

représente un écolier attaché à une échelle; d'autres

écoliers l'entourent et paraissent le bafouer. Sur la

poitrine du coupable est attaché un petit écriteau carré sur

lequel sont gravées ces lettres P. FAVS.S. _por faus

sermens_.]

[Note 57: _Annales archéol._, de M. Didron. T. II. _De l'art

et de l'archéologie_.]

[Note 58: Dans l'architecture champenoise du XIIIe siècle,

les colonnes sont d'un plus fort diamètre que dans l'école de

l'Île-de-France. Les plus grêles se trouvent dans l'école

bourguignonne, et cela tient à la résistance extraordinaire

des matériaux de cette province.]

[Note 59: _Lettres familières écrites d'Italie en_ 1740, par

C. De Brosses. T. II. p. 3.]

ÉCHIFFRE (_Mur d'_). C'est le mur sur lequel s'appuient les marches d'un

escalier, quand ce mur ne dépasse pas les niveaux ressautants du degré

(voy. ESCALIER).

ÉCOLE, s. f. Pendant le moyen âge, il y a eu, sur le territoire de la

France de nos jours, plusieurs écoles, soit pendant l'époque romane,

soit pendant la période gothique. Les écoles romanes sont sorties, la

plupart, des établissements monastiques; quelques-unes, comme l'école

romane de l'Île-de-France et de Normandie, tiennent à l'organisation

politique de ces contrées; d'autres, comme les écoles de la Provence et

d'une partie du Languedoc, ne sont que l'expression du système des

municipalités romaines qui, dans ces contrées, se conserva jusqu'à

l'époque de la guerre des Albigeois; ces dernières écoles suivent, plus

que toute autre, les traditions de l'architecture antique. D'autres

encore, comme les écoles du Périgord, de la Saintonge, de l'Angoumois et

d'une partie du Poitou, ont subi, vers le XIe siècle, les influences de

l'art byzantin. On ne compte, dans nos provinces, que quatre écoles

pendant la période gothique: l'école de l'Île-de-France, du Soissonnais,

du Beauvoisis; l'école bourguignonne; l'école champenoise, et l'école

normande (voy., pour les développements, les articles ARCHITECTURE

_religieuse_, _monastique_, CATHÉDRALE, CLOCHER, CONSTRUCTION, ÉGLISE,

PEINTURE, SCULPTURE, STATUAIRE).

ÉCU, s. m. (voy. ARMOIRIES).

ÉGLISE PERSONNIFIÉE, SYNAGOGUE PERSONNIFIÉE. Vers le commencement du

XIIIe siècle, les constructeurs de nos cathédrales, se conformant à

l'esprit du temps, voulurent retracer sur les portails de ces grands

édifices à la fois religieux et civils, non-seulement l'histoire du

monde, mais tout ce qui se rattache à la création et aux connaissances

de l'homme, à ses penchants bons ou mauvais (voy. CATHÉDRALE). En

sculptant sous les voussures de ces portails et les vastes ébrasements

des portes les scènes de l'Ancien Testament et celles du Nouveau, ils

prétendirent cependant indiquer à la foule des fidèles la distinction

qu'il faut établir entre la loi Nouvelle et l'Ancienne; c'est pourquoi,

à une place apparente, sur ces façades, ils posèrent deux statues de

femme, l'une tenant un étendard qui se brise dans ses mains, ayant une

couronne renversée à ses pieds, laissant échapper des tablettes,

baissant la tête, les yeux voilés par un bandeau ou par un dragon qui

s'enroule autour de son front: c'est l'Ancienne loi, la Synagogue, reine

déchue dont la gloire est passée, aveuglée par l'esprit du mal, ou

incapable au moins de connaître les vérités éternelles de la Nouvelle

loi. L'autre statue de femme porte la couronne en tête, le front levé;

son expression est fière; elle tient d'une main l'étendard de la foi, de

l'autre un calice; elle triomphe et se tourne du côté de l'assemblée des

apôtres, au milieu de laquelle se dresse le Christ enseignant: c'est la

loi Nouvelle, l'Église. Ce beau programme était rempli de la façon la

plus complète sur le portail de la cathédrale de Paris. Les statues de

l'Église et de la Synagogue se voyaient encore des deux côtés de la

porte principale, à la fin du dernier siècle, dans de larges niches

pratiquées sur la face des contre-forts: l'Église à la droite du Christ

entouré des apôtres, la Synagogue à la gauche[60].

Nous ne possédons plus en France qu'un très-petit nombre de ces statues.

L'église de Saint-Seurin de Bordeaux a conservé les siennes, ainsi que

la cathédrale de Strasbourg. L'Église et la Synagogue manquent parmi les

statues de nos grandes cathédrales vraiment françaises, comme Chartres,

Amiens, Reims, Bourges; elles n'existent qu'à Paris. On doit observer à

ce propos que les statues de l'Église et de la Synagogue, mises en

parallèle et occupant des places très-apparentes, ne se trouvent que

dans des villes où il existait, au moyen âge, des populations juives

nombreuses. Il n'y avait que peu ou point de juifs à Chartres, à Reims,

à Bourges, à Amiens; tandis qu'à Paris, à Bordeaux, dans les villes du

Rhin, en Allemagne, les familles juives étaient considérables, et furent

souvent l'objet de persécutions. La partie inférieure de la façade de

Notre-Dame de Paris ayant été bâtie sous Philippe-Auguste, ennemi des

juifs, il n'est pas surprenant qu'on ait, à cette époque, voulu faire

voir à la foule l'état d'infériorité dans lequel on tenait à maintenir

l'Ancienne loi. À Bordeaux, ville passablement peuplée de juifs, au

XIIIe siècle, les artistes statuaires qui sculptèrent les figures du

portail méridional de Saint-Seurin ne se bornèrent pas à poser un

bandeau sur les yeux de la Synagogue, ils entourèrent sa tête d'un

dragon (1), ainsi que l'avaient fait les artistes parisiens. La

Synagogue de Saint-Seurin de Bordeaux a laissé choir sa couronne à ses

pieds; elle ne tient que le tronçon de son étendard et ses tablettes

sont renversées; à sa ceinture est attachée une bourse. Est-ce un

emblème des richesses que l'on supposait aux juifs? En A est un détail

de la tête de cette statue.

À la cathédrale de Bamberg, dont la statuaire est si remarquable et

rappelle, plus qu'aucune autre en Allemagne, les bonnes écoles

françaises des XIIe et XIIIe siècles, les représentations de l'Église et

de la Synagogue existent encore des deux côtés du portail nord; et, fait

curieux en ce qu'il se rattache peut-être à quelque acte politique de

l'époque, bien que ce portail soit du XIIe siècle, les deux statues de

l'Ancienne et de la Nouvelle loi sont de 1230 environ; de plus, elles

sont accompagnées de figures accessoires qui leur donnent une

signification plus marquée que partout ailleurs.

La Synagogue de la cathédrale de Bamberg (2) repose sur une colonne à

laquelle est adossée une petite figure de juif, facile à reconnaître à

son bonnet pointu[61]. Au-dessus de cette statuette est un diable dont

les jambes sont pourvues d'ailes; il s'appuie sur le bonnet du juif. La

statue de l'Ancienne loi est belle; ses yeux sont voilés par un bandeau

d'étoffe; de la main gauche elle laisse échapper cinq tablettes, et de

la droite elle tient à peine son étendard brisé. On ne voit pas de

couronne à ses pieds. En pendant, à la gauche du spectateur, par

conséquent à la droite de la porte, l'Église repose de même sur une

colonnette dont le fût, à sa partie inférieure, est occupé par une

figure assise ayant un phylactère déployé sur ses genoux (3); de la main

droite (mutilée aujourd'hui), ce personnage paraît bénir; la tête

manque, ce qui nous embarrasse un peu pour désigner cette statuette que

cependant nous croyons être le Christ. Au-dessus sont les quatre

évangélistes, c'est-à-dire en bas le lion et le boeuf, au-dessus l'aigle

et l'ange. Malheureusement les deux bras de la loi Nouvelle sont brisés.

Au geste, on reconnaît toutefois qu'elle tenait l'étendard de la main

droite et le calice de la gauche. Cette statue, d'une belle exécution,

pleine de noblesse, et nullement maniérée comme le sont déjà les statues

de cette époque en Allemagne, est couronnée. Elle est, ainsi que son

pendant, couverte par un dais.

La cathédrale de Strasbourg conserve encore, des deux côtés de son

portail méridional, qui date du XIIe siècle, deux statues de l'Église et

de la Synagogue sculptées vers le milieu du XIIIe siècle. Ainsi ces

représentations sculptées sur les portails des églises paraissent avoir

été faites de 1210 à 1260, c'est-à-dire pendant la période

particulièrement funeste aux juifs, celle où ils furent persécutés avec

le plus d'énergie en Occident. La Synagogue de la cathédrale de

Strasbourg que nous donnons (4) a les yeux bandés; son étendard se brise

dans sa main; son bras gauche, pendant, laisse tomber les tables.

L'Église (5) est une gracieuse figure, presque souriante, sculptée avec

une finesse rare dans ce beau grès rouge des Vosges qui prend la couleur

du bronze.

Cette manière de personnifier la religion chrétienne et la religion

juive n'est pas la seule. Nous voyons au-dessus de la porte méridionale

de la cathédrale de Worms, dans le tympan du gâble qui surmonte cette

porte, une grande figure de femme couronnée, tenant un calice de la main

droite comme on tient un vase dans lequel on se fait verser un liquide.

Cette femme couronnée (6) est fièrement assise sur une bête ayant quatre

têtes, aigle, lion, boeuf, homme; quatre jambes, pied humain, pied

fendu, patte de lion et serre d'aigle: c'est encore la Nouvelle loi.

Dans le tympan de la porte qui surmonte cette statue, on voit un

couronnement de la Vierge; dans les voussures, la Nativité, l'arche de

Noé, Adam et Ève, le crucifiement, les trois femmes au tombeau,

Jésus-Christ ressuscitant et des prophètes. Parmi les statues des

ébrasements, on remarque l'Église et la Synagogue. La religion

chrétienne porte l'étendard levé, elle est couronnée; la religion juive

a les yeux bandés, elle égorge un bouc; sa couronne tombe d'un côté, ses

tablettes de l'autre.

Nous trouvons l'explication étendue de la statue assise sur la bête à

quatre têtes dans le manuscrit d'Herrade de Landsberg, le _Hortus

deliciarum_, déposé aujourd'hui dans la bibliothèque de Strasbourg[62].

L'une des vignettes de ce manuscrit représente le Christ en croix.

Au-dessus des deux bras de la croix, on voit le soleil qui pleure et la

lune, puis les voiles du temple déchirés. Au-dessous, deux Romains

tenant l'un la lance, l'autre l'éponge imprégnée de vinaigre et de fiel;

la Vierge, saint Jean et les deux larrons. Sur le premier plan, à la

droite du Sauveur, une femme couronnée assise, comme celle de la

cathédrale de Worms, sur la bête, symbole des quatre évangiles; elle

tend une coupe dans laquelle tombe le sang du Christ; dans la main

gauche, elle porte un étendard terminé par une croix. À la gauche du

divin supplicié est une autre femme, assise sur un âne dont les pieds

buttent dans des cordes nouées; la femme a les jambes nues; un voile

tombe sur ses yeux; sa main droite tient un couteau, sa main gauche des

tablettes; sur son giron repose un bouc; son étendard est renversé. En

bas de la miniature, des morts sortent de leurs tombeaux.

Bien que la sculpture de Worms date du milieu du XIIIe siècle, elle nous

donne, en statuaire d'un beau style, un fragment de cette scène si

complétement tracée au XIIe par Herrade de Landsberg, c'est-à-dire

l'Église recueillant le sang du Sauveur assise sur les quatre évangiles.

La femme portée par l'âne buttant personnifie la Synagogue: c'était

traiter l'Ancien Testament avec quelque dureté.

Souvent, dans nos vitraux français, on voit de même un Christ en croix

avec l'Église et la Synagogue à ses côtés, mais représentées sans leurs

montures, l'Église recueillant le sang du Sauveur dans un calice, et la

Synagogue voilée, se détournant comme les statues de Bamberg et de

Strasbourg, ou tenant un jeune bouc qu'elle égorge. Villard de

Honnecourt paraît, dans la vignette 57e de son manuscrit, avoir copié

une de ces figures de l'Église sur un vitrail ou peut-être sur une

peinture de son temps.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Note 60: Ces deux statues furent renversées en août 1792.

Elles viennent d'être replacées.]

[Note 61: Personne n'ignore qu'au moyen âge, dans les villes,

les juifs étaient obligés de porter un bonnet d'une forme

particulière, ressemblant assez à celle d'un entonnoir ou

d'une lampe de suspension renversée.]

[Note 62: Ce manuscrit est une sorte d'encyclopédie; il date

du XIIe siècle. Plusieurs de ses miniatures ont été

reproduites par nous dans le _Dictionnaire du mobilier

français_.]

ÉGLISE, s. f. Lieu de réunion des fidèles. Pendant le moyen âge, on a

divisé les églises en églises _cathédrales_, _abbatiales_,

_conventuelles_, _collégiales_ et _paroissiales_.

Les églises paroissiales se trouvaient sous la juridiction épiscopale ou

sous celle des abbés; aussi c'était à qui, des évêques et des abbés,

auraient à gouverner un nombre de paroisses plus considérable; de là une

des premières causes du nombre prodigieux d'églises paroissiales élevées

dans les villes et les bourgades pendant les XIIe et XIIIe siècles,

c'est-à-dire à l'époque de la lutte entamée entre le pouvoir monastique

et le pouvoir épiscopal. D'ailleurs, la division, l'antagonisme existent

dans toutes les institutions religieuses ou politiques du moyen âge;

chacun, dans l'ordre civil comme dans l'ordre spirituel, veut avoir une

part distincte. Les grandes abbayes, dès le XIe siècle, cherchèrent à

mettre de l'unité au milieu de ce morcellement général; mais il devint

bientôt évident que l'institut monastique établissait cette unité à son

propre avantage; l'épiscopat le reconnut assez tôt pour profiter du

développement municipal du XIIe siècle et ramener les populations vers

lui, soit en bâtissant d'immenses cathédrales, soit en faisant

reconstruire, surtout dans les villes, les églises paroissiales sur de

plus grandes proportions. Si nous parcourons, en effet, les villes de la

France, au nord de la Loire, nous voyons que, non-seulement toutes les

cathédrales, mais aussi les églises paroissiales, sont rebâties pendant

la période comprise entre 1150 et 1250. Ce mouvement, provoqué par

l'épiscopat, encouragé par la noblesse séculière, qui voyait dans les

abbés des seigneurs féodaux trop puissants, fut suivi avec ardeur par

les populations urbaines, chez lesquelles l'église était alors un signe

d'indépendance et d'unité. Aussi, du XIIe au XIIIe siècle, l'argent

affluait pour bâtir ces grandes cathédrales et les paroisses qui se

groupaient autour d'elles.

Les églises abbatiales des clunisiens avaient fait école, c'est-à-dire

que les paroisses qui en dépendaient imitaient, autant que possible, et

dans des proportions plus modestes, ces monuments types. Il en fut de

même pour les cathédrales lorsqu'on les rebâtit à la fin du XIIe siècle

et au commencement du XIIIe; elles servirent de modèles pour les

paroisses qui s'élevaient dans le diocèse. Il ne faudrait pas croire

cependant que ces petits monuments fussent des réductions des grands;

l'imitation se bornait sagement à adopter les méthodes de construire,

les dispositions de détail, l'ornementation et certains caractères

iconographiques des vastes églises abbatiales ou des cathédrales.

Vers le Ve siècle, lorsque le nouveau culte put s'exercer publiquement,

deux principes eurent une action marquée dans la construction des

églises en Occident: la tradition des basiliques antiques qui, parmi les

monuments païens, servirent les premiers de lieu de réunion pour les

fidèles; puis le souvenir des sanctuaires vénérables creusés sous terre,

des cryptes qui avaient renfermé les restes des martyrs, et dans

lesquelles les saints mystères avaient été pratiqués pendant les jours

de persécution. Rien ne ressemble moins à une crypte qu'une basilique

romaine; cependant la basilique romaine possède, à son extrémité opposée

à l'entrée, un hémicycle voûté en cul-de-four, le tribunal. C'est là

que, dans les premières églises chrétiennes, on établit le siége de

l'évêque ou du ministre ecclésiastique qui le remplaçait; autour de lui

se rangeaient les clercs; l'autel était placé en avant, à l'entrée de

l'hémicycle relevé de plusieurs marches. Les fidèles se tenaient dans

les nefs, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Habituellement

nos premières églises françaises possèdent, sous l'hémicycle, l'abside,

une crypte dans laquelle était déposé un corps saint, et quelquefois le

fond de l'église lui-même rappelle les dispositions de ces constructions

souterraines, bien que la nef conserve la physionomie de la basilique

antique. Ces deux genres de constructions si opposés laissent longtemps

des traces dans nos églises, et les sanctuaires sont voûtés, élevés

suivant la méthode concrète des édifices romains bâtis en briques et

blocages, que les nefs ne consistent qu'en des murs légers reposant sur

des rangs de piles avec une couverture en charpente comme les basiliques

antiques.

Nous ne possédons sur les églises primitives du sol de la France que des

données très-vagues, et ce n'est guère qu'à dater du Xe siècle que nous

pouvons nous faire une idée passablement exacte de ce qu'étaient ces

édifices; encore, à cette époque, présentaient-ils des variétés suivant

les provinces au milieu desquelles on les élevait. Les églises

primitives de l'Île-de-France ne ressemblent pas à celles de l'Auvergne;

celles-ci ne rappellent en rien les églises de la Champagne, ou de la

Normandie, ou du Poitou. Les monuments religieux du Languedoc diffèrent

essentiellement de ceux élevés en Bourgogne. Chaque province, pendant la

période romane, possédait son école, issue de traditions diverses.

Partout l'influence latine se fait jour d'abord; elle s'altère plus ou

moins, suivant que ces provinces se mettent en rapport avec des centres

actifs de civilisation voisins ou trouvent dans leur propre sein des

ferments nouveaux. L'Auvergne, par exemple, qui, depuis des siècles,

passe pour une des provinces de France les plus arriérées, possédait, au

XIe siècle, un art très-avancé, très-complet, qui lui permit d'élever

des églises belles et solides, encore debout aujourd'hui. La Champagne,

de toutes les provinces françaises, la Provence exceptée, est celle qui

garda le plus longtemps les traditions latines, peut-être parce que son

territoire renfermait encore, dans les premiers siècles du moyen âge, un

grand nombre d'édifices romains. Il en est de même du Soissonnais. En

Occident, près des rivages de l'Océan, nous trouvons, au contraire, dès

le Xe siècle, une influence byzantine marquée dans la construction des

édifices religieux. Cette influence byzantine se fait jour à l'Est le

long des rives du Rhin, mais elle prend une autre allure. Ayant maintes

fois, dans ce _Dictionnaire_, l'occasion de nous occuper des églises et

des diverses parties qui entrent dans leur construction (voy. ABSIDE,

ARCHITECTURE RELIGIEUSE, CATHÉDRALE, CHAPELLE, CHOEUR, CLOCHER,

CONSTRUCTION, NEF, TRAVÉE), nous nous bornerons à signaler ici les

caractères généraux qui peuvent aider à classer les églises par écoles

et par époques.

ÉCOLE FRANÇAISE. L'une des plus anciennes églises de l'école française,

proprement dite, est la Basse-OEuvre de Beauvais, dont la nef appartient

au VIIIe ou IXe siècle. Cette nef est celle d'une basilique romaine avec

ses collatéraux. Elle se compose de deux murs percés de fenêtres

terminées en plein cintre, de deux rangs de piliers à section carrée

portant des archivoltes plein cintre et les murs supérieurs percés

également de fenêtres. Cette construction si simple était couverte par

une charpente apparente. L'abside, détruite aujourd'hui, se composait

probablement d'un hémicycle couvert en cul-de-four; existait-il un

transsept? c'est ce que nous ne saurions dire. Quant à la façade

reconstruite au XIe siècle, elle était vraisemblablement précédée, dans

l'origine, d'un portique ou d'un narthex, suivant l'usage de l'église

primitive. La construction de cet édifice est encore toute romaine, avec

parements de petits moellons à faces carrées et cordons de brique. Nulle

apparence de décoration, si ce n'est sur la façade élevée

postérieurement. Il faut voir là l'église franco-latine dans sa

simplicité grossière. Les murs, à l'intérieur, devaient être décorés de

peintures, puisque les auteurs qui s'occupent des monuments religieux

mérovingiens et carlovingiens, Grégoire de Tours en tête, parlent sans

cesse des peintures qui tapissaient les églises de leur temps. Les

fenêtres devaient être fermées de treillis de pierre ou de bois dans

lesquels s'enchâssaient des morceaux de verre ou de gypse (voy.

FENÊTRE). L'ancien Beauvoisis conserve encore d'autres églises à peu

près contemporaines de la Basse-OEuvre, mais plus petites, sans

collatéraux, et ne se composant que d'une salle quadrangulaire avec

abside carrée ou semi-circulaire. Ce sont de véritables granges. Telles

sont les églises d'Abbecourt, d'Auviller, de Bailleval, de Bresles[63].

Ces églises n'étaient point voûtées, mais couvertes par des charpentes

apparentes. Nous voyons cette tradition persister jusque vers le

commencement du XIIe siècle. Les nefs continuent à être lambrissées; les

sanctuaires seuls, carrés généralement, sont petits et voûtés. Les

transsepts apparaissent rarement; mais, quand ils existent, ils sont

très-prononcés, débordant les nefs de toute leur largeur. L'église de

Montmille[64] est une des plus caractérisées parmi ces dernières. La nef

avec ses collatéraux était lambrissée ainsi que le transsept. Quatre

arcs doubleaux, sur la croisée, portaient une tour très-probablement; le

choeur seul est voûté.

Dès le XIe siècle, on construit à Paris l'église du prieuré de

Saint-Martin-des-Champs de l'ordre de Cluny, dont le choeur existe

encore. Déjà, dans cet édifice, le sanctuaire est entouré d'un bas-côté

avec chapelles rayonnantes[65]. Même disposition dans l'église abbatiale

de Morienval (Oise), qui date du commencement du XIe siècle.

Mais c'est au XIIe siècle que, dans l'Île-de-France, l'architecture

religieuse prend un grand essor. Au milieu de ce siècle, l'abbé Suger

bâtit l'église abbatiale de Saint-Denis avec nombreuses chapelles

rayonnantes autour du choeur. Immédiatement après s'élèvent les

cathédrales de Noyon, de Senlis[66], de Paris[67], l'église abbatiale de

Saint-Germer, les églises de Saint-Maclou, de Pontoise, dont il ne reste

que quelques parties anciennes à l'abside, les églises de Bagneux et

d'Arcueil, celle de l'abbaye de Montmartre, la petite église de

Saint-Julien-le-Pauvre à Paris, celle de Vernouillet, de Vétheuil dont

le choeur seul du XIIe siècle subsiste, l'église de Nesles

(Seine-et-Oise), le choeur de l'église abbatiale de

Saint-Germain-des-Prés à Paris, les églises de Saint-Étienne de

Beauvais[68], de Saint-Évremont de Creil, de Saint-Martin de Laon,

l'église abbatiale de Saint-Leu d'Esserent (Oise), la cathédrale de

Soissons[69].

[Note 63: Voy. les _Monuments de l'ancien Beauvoisis_, par M.

E. Woillez. Paris, 1839-1849.]

[Note 64: Prieuré de Montmille, église de Saint-Maxien, XIe

siècle.]

[Note 65: Presque toutes les voûtes hautes et basses de ce

choeur ont été remaniées vers la fin du XIIe siècle.]

[Note 66: Au XIIe siècle, la cathédrale de Senlis n'avait pas

de transsept.]

[Note 67: Tout fait supposer que le plan de la cathédrale de

Paris avait été primitivement conçu sans transsept, comme

l'église Notre-Dame de Mantes et l'église collégiale de

Poissy, et plus tard la cathédrale de Bourges.]

[Note 68: La nef seule date du XIIe siècle, le choeur a été

rebâti.]

[Note 69: Il ne s'agit ici que du bras de croix méridional de

cette cathédrale.]

ÉCOLE FRANCO-CHAMPENOISE. Cette école est un dérivé de la précédente;

mais elle emprunte certains caractères à l'école champenoise, qui est

plus robuste et conserve des traditions de l'architecture antique. Les

matériaux de la Brie sont peu résistants, et les constructeurs ont tenu

compte de leur défaut de solidité en donnant aux piliers, aux murs, une

plus forte épaisseur, en tenant leurs édifices plus trapus que dans

l'Île-de-France proprement dite.

La cathédrale de Meaux appartient encore entièrement à l'école

française[70]; mais l'influence de l'école champenoise se fait sentir à

la fin du XIIe siècle dans les églises de Saint-Quiriace de Provins, de

Moret[71], de Nemours, de Champeaux, de Brie-Comte-Robert.

[Note 70: La cathédrale de Meaux a été modifiée depuis la fin

du XIIe siècle, époque de sa construction (voy. CATHÉDRALE).]

[Note 71: Le choeur seul date du XIIe siècle; il est dépourvu

de bas-côtés.]

ÉCOLE CHAMPENOISE. C'est une des plus brillantes; elle se développe

rapidement, et ses premiers essais sont considérables. Les églises

champenoises des Xe et XIe siècles possédaient, comme celles de

l'Île-de-France, des nefs couvertes en charpente; alors les sanctuaires

seuls étaient voûtés. La grande église abbatiale de Saint-Remy de Reims,

d'une étendue peu commune, se composait d'une nef lambrissée avec

doubles bas-côtés voûtés à deux étages. Un choeur vaste, avec bas-côtés

et chapelles, remplaça, au XIIe siècle, les absides en cul-de-four[72].

L'église de Notre-Dame de Châlons-sur-Marne ne portait, sur la nef

centrale, que des charpentes. Lorsqu'au XIIe siècle on reconstruisit le

choeur de cette église, on éleva des voûtes sur la nef. Les églises

importantes de la basse Champagne possèdent, comme celles de

l'Île-de-France, des galeries voûtées au-dessus des bas-côtés,

comprenant la largeur de ces collatéraux. Au XIIe siècle, on élève, dans

la haute Champagne, des églises qui se rapprochent encore davantage de

l'architecture antique romaine et qui se fondent dans l'école

bourguignonne: telle est, par exemple, la cathédrale de Saint-Mammès à

Langres, et plus tard la charmante église de Montiérender, les églises

d'Isomes et de Saint-Jean-Baptiste à Chaumont.

[Note 72: La nef de Saint-Remy de Reims, qui date du Xe

siècle, fut voûtée au XIIe. Ces voûtes furent refaites en

lattis et plâtre il y a peu d'années.]

ÉCOLE BOURGUIGNONNE. Elle naît chez les clunisiens. Dès le XIe siècle,

elle renonce aux charpentes sur les nefs; elle fait, la première, des

efforts persistants pour allier la voûte au plan de la basilique

antique. Nous en avons un exemple complet dans la nef de l'église

abbatiale de Vézelay. Au XIIe siècle, cette école est puissante, bâtit

en grands et solides matériaux; elle prend aux restes des édifices

antiques certains détails d'architecture, tels que les pilastres

cannelés, par exemple, les corniches à modillons; elle couvre le sol

d'une grande quantité d'églises dont nous citons seulement les

principales: Cluny, Vézelay, la Charité-sur-Loire, d'abord; puis les

églises de Paray-le-Monial, de Semur-en-Brionnais, de Châteauneuf, de

Saulieu, de Beaune, de Saint-Philibert de Dijon, de Montréale (Yonne), à

la fin du XIIe siècle.

L'école bourguignonne abandonne difficilement les traditions romanes, et

pendant que déjà on construisait, dans l'Île-de-France et la basse

Champagne, des églises qui présentent tous les caractères de

l'architecture gothique, on suivait en Bourgogne, avec succès, les

méthodes clunisiennes en les perfectionnant.

ÉCOLE AUVERGNATE. Elle peut passer pour la plus belle école romane;

seule, elle sut, dès le XIe siècle, élever des églises entièrement

voûtées et parfaitement solides; aussi, le type trouvé, elle ne s'en

écarte pas. À la fin du XIe siècle et pendant le XIIe, on bâtissait,

dans cette province, l'église de Saint-Paul d'Issoire, la cathédrale du

Puy-en-Vélay, les églises de Saint-Nectaire, de Notre-Dame-du-Port

(Clermont), de Saint-Julien de Brioude, et quantité de petits monuments

à peu près tous conçus d'après le même principe. Cette école s'étendait,

au nord, jusque sur les bords de l'Allier, à Ébreuil, à Châtel-Montagne,

à Cogniat, jusqu'à Nevers dans la construction de l'église de

Saint-Étienne; au sud, jusqu'à Toulouse (église de Saint-Sernin), et

même jusqu'à Saint-Papoul.

ÉCOLE POITEVINE. Très-féconde en monuments, à cause de la quantité et de

la qualité des matériaux calcaires, cette école est moins avancée que

l'école auvergnate; elle possède à un degré moins élevé le sentiment des

belles dispositions. Comme cette dernière, elle sut bâtir des églises

voûtées durables, dès le XIe siècle, en contre-buttant les voûtes en

berceau des grandes nefs par celles des collatéraux, mais sans les

galeries de premier étage des églises d'Auvergne, c'est-à-dire que les

églises romanes du Poitou se composent généralement de trois nefs à peu

près égales en hauteur sous clef, voûtées au moyen de trois berceaux,

celui central plus large que les deux autres; tandis que les églises

auvergnates comprennent des collatéraux voûtés en arêtes, avec galeries

supérieures voûtées en demi-berceaux, contre-buttant le berceau

central[73]. Dans le Poitou, et en Auvergne très-anciennement, les

sanctuaires sont entourés d'un bas-côté avec chapelles rayonnantes,

comme dans l'église de Saint-Savin près Poitiers, qui date du XIe

siècle, dans l'église haute de Chauvigny (commencement du XIIe siècle).

L'école poitevine se soumet à des influences diverses. En dehors du

principe décrit ci-dessus, elle admet le système des coupoles de l'école

de la Saintonge et du Périgord, comme dans la construction de l'église

Saint-Hilaire de Poitiers, et dans celle de Sainte-Radegonde, comprenant

une seule nef. Au XIIe siècle, l'école de l'Ouest (du Périgord et de la

Saintonge) eut une si puissante influence qu'elle étouffa non-seulement

l'école poitevine, mais qu'elle pénétra jusque dans le Limousin et le

Quercy au sud, et, au nord, jusque dans l'Anjou et le Maine.

[Note 73: Voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 10.]

ÉCOLE DU PÉRIGORD. Son type primitif se trouve à Périgueux dans

l'ancienne cathédrale de cette ville, et dans l'église abbatiale de

Saint-Front; c'est une importation byzantine[74]. Le principe de cette

école est celui de la coupole portée sur pendentifs. Dans un temps où la

plupart des écoles romanes en France ne savaient trop comment résoudre

le problème consistant à poser des voûtes sur les plans de la basilique

antique, cette importation étrangère dut avoir et eut en effet un grand

succès. On abandonna donc, dans les provinces de l'Ouest, pendant les

XIe et XIIe siècles, sauf de rares exceptions, le plan romain pour

adopter le plan byzantin. Les provinces plus particulièrement attachées

aux traditions latines, comme l'Île-de-France, la Champagne et la

Bourgogne, résistèrent seules à cette nouvelle influence et

poursuivirent la solution du problème posé, ce qui les conduisit au

système de construction gothique. Outre les deux types que nous venons

de citer, l'école du Périgord présente une quantité prodigieuse

d'exemples d'églises dérivées de ces types. Nous nous bornerons à en

citer quelques-uns: la cathédrale de Cahors, l'église abbatiale de

Souillac (XIe siècle), celle de Solignac, la cathédrale d'Angoulême, les

églises de Saint-Avit-Seigneur, du Vieux-Mareuil, de Saint-Jean de Cole,

de Trémolac, l'église abbatiale de Fontevrault (XIIe siècle), et la

majeure partie des petites églises de la Charente.

[Note 74: Voy. l'_Architecture byzantine en France_, de M.

Félix de Verneilh.]

ÉCOLE NORMANDE. Les églises normandes antérieures au XIIe siècle étaient

couvertes par des charpentes apparentes, sauf les sanctuaires, qui

étaient voûtés en cul-de-four. C'est d'après ce principe que furent

élevées les deux églises abbatiales de Saint-Étienne et de la Trinité à

Caen[75], fondées par Guillaume le Bâtard et Mathilde sa femme. Ces

dispositions primitives se retrouvent dans un assez grand nombre

d'églises d'Angleterre, tandis qu'en France elles ont été modifiées dès

le XIIe siècle; les voûtes remplacèrent les anciennes charpentes. Les

Normands furent bientôt d'habiles et actifs constructeurs; aussi leurs

églises des XIe et XIIe siècles sont-elles grandes, si on les compare

aux églises de l'Île-de-France; les nefs sont allongées, ainsi que les

transsepts; les choeurs ne furent enveloppés de bas-côtés que vers le

milieu du XIIe siècle.

Ces écoles, diverses par leurs origines et leurs travaux, progressent

chacune de leur côté jusqu'au moment où se fait sentir l'influence de la

nouvelle architecture de l'Île-de-France et de la Champagne,

l'architecture gothique.

L'architecture gothique est une des expressions les plus vives des

sentiments des populations vers l'unité. En effet, peu après sa

naissance, nous voyons les écoles romanes (dont nous n'avons indiqué que

les divisions principales) s'éteindre et accepter les nouvelles méthodes

adoptées par les architectes du domaine royal. Cependant, au

commencement du XIIIe siècle, on distingue encore trois écoles bien

distinctes: l'école de l'Île-de-France, qui comprend le bassin de la

Seine entre Montereau et Rouen, ceux de l'Oise et de l'Aisne entre Laon,

Noyon et Paris, le bassin de la Marne entre Meaux et Paris et une partie

du bassin de la Somme; l'école champenoise, qui a son siége à Reims, et

l'école bourguignonne, qui a son siége à Dijon.

L'école gothique normande ne se développe que plus tard, vers 1240, et

son véritable siége est en Angleterre.

La passion de bâtir des églises, de 1200 à 1250, fut telle au nord de la

Loire, que non-seulement beaucoup de monuments romans furent détruits

pour faire place à de nouvelles constructions, mais encore que l'on

modifia, sans autre raison que l'amour de la nouveauté, la plupart des

édifices rebâtis pendant le XIIe siècle; les cathédrales de Paris, de

Senlis, de Soissons, de Laon, de Rouen, du Mans, de Chartres, de Bayeux,

nous présentent des exemples frappants de ce besoin de changer ce qui

venait d'être achevé à peine. Les monastères, avec plus de réserve

cependant, suivirent ce mouvement vers un renouvellement de

l'architecture; quant aux paroisses, celles qui étaient riches ne

manquèrent pas de jeter bas leurs vieilles églises pour en construire de

neuves. Si bien qu'on ne peut s'expliquer comment il se trouva, pendant

un espace de cinquante années à peine, assez d'ouvriers de bâtiment, de

sculpteurs, de statuaires, de peintres verriers, pour exécuter un nombre

aussi prodigieux d'édifices sur un territoire qui ne comprend à peu près

que le tiers de la France actuelle. Bientôt même les provinces du

Centre, de l'Est et de l'Ouest suivirent l'impulsion, et ces ouvriers se

répandirent en dehors des contrées où l'architecture gothique avait pris

naissance. Bien qu'on ait démoli plus de la moitié des églises anciennes

depuis la fin du dernier siècle, il reste encore en France une quantité

considérable de ces édifices. Nous nous bornons à donner ici un

catalogue de celles qui présentent assez d'intérêt au point de vue de

l'art pour être mises au rang des monuments historiques, comme

cathédrales, églises conventuelles ou paroissiales.

[Note 75: Au XIIe siècle, les nefs de ces églises furent

voûtées; le choeur de l'église de Saint-Étienne fut rebâti au

XIIIe siècle.]

Afin de faciliter les recherches, nous classons ces églises par

départements et arrondissements, en suivant l'ordre alphabétique.

AIN.

_Arrond. de Bourg._ Église de Brou[76], ég. de Saint-André de Bagé.

_Arrond. de Nantua._ Ég. de Nantua[77].

_Arrond. de Trévoux._ Ég. de Saint-Paul de Varax.

[Note 76: Architecture du commencement du XVIe siècle; cette

église fut bâtie par la soeur de Charles-Quint; elle contient

de belles verrières et de magnifiques tombeaux. Aujourd'hui

elle sert de chapelle au séminaire.]

[Note 77: Curieuse église du XIIe siècle, voûtée au XIIIe.

Style de la Haute-Saône.]

AISNE.

_Arrond. de Laon._ Ég. Notre-Dame de Laon (ancienne cathédrale)[78], ég.

Saint-Martin de Laon[79], ég. Saint-Julien de Royaucourt, ég. de

Nouvion-le-Vineux, ég. de Marle.

_Arrond. de Château-Thierry._ Ég. de Mezy-Moulins, ég. d'Essomes, ég. de

La Ferté-Milon.

_Arrond. de Saint-Quentin._ Ég. collég. de Saint-Quentin[80].

_Arrond. de Soissons._ Ég. cathédrale de Soissons[81], ég. abb. de

Saint-Médard à Soissons, ég. abb. de Saint-Jean-des-Vignes, id.[82], ég.

abb. de Saint-Julien, id., ég. abb. de Saint-Yved de Braisne[83].

_Arrond. de Vervins._ Ég. d'Aubenton, ég. de Saint-Michel (près

d'Hirson), ég. d'Esquehéries, ég. de la Vacqueresse.

[Note 78: L'un des plus beaux spécimens de l'architecture du

commencement du XIIIe siècle (voy. CATHÉDRALE, fig. 9;

CLOCHER, fig. 73). Dans l'origine, la cathédrale de Laon,

possédait une abside circulaire, avec bas-côté. Vers 1230,

cette abside fut démolie pour être remplacée par une abside

carrée. Il est difficile de se rendre compte des motifs de ce

changement. Les fondations du choeur circulaire ont été

retrouvées par l'architecte M. Boeswilwald, et des chapiteaux

faisant partie de ce sanctuaire primitif ont été replacés

dans l'abside carrée. La sculpture de la cathédrale de Laon

est fort belle. Villard de Honnecourt cite les clochers de

Laon et en donne un figuré.]

[Note 79: Église du XIIe siècle, d'un beau style, avec

chapelles dans le transsept. La façade est un des meilleurs

exemples de l'architecture du XIVe siècle.]

[Note 80: Église à doubles transsepts, de la fin du XIIIe

siècle.]

[Note 81: L'un des bras de croix est semi-circulaire comme

ceux des églises cathédrales de Tournay et de Noyon (voy.

ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 30 et 31). Le choeur date des

premières années du XIIIe siècle (voy. ARC-BOUTANT, fig.

52).]

[Note 82: Cette église est en grande partie détruite

aujourd'hui; la façade et ses deux clochers existent seuls.]

[Note 83: L'église Saint-Yved de Braisne est un des plus

beaux monuments de cette partie de la France. Le plan de

l'abside présente une disposition excellente et rare (voy. la

_Monog. de l'ég. abb. de Braisne_, par M. Prioux). Cette

église paraît avoir été construite par l'architecte de la

cathédrale de Laon; elle date du commencement du XIIIe

siècle. La façade et quelques travées de la nef ont été

détruites il y a peu d'années. Les sculptures du portail sont

en partie déposées dans le musée de Soissons. L'église

Saint-Yved contenait, avant la Révolution, de magnifiques

tombes en cuivre émaillé, dont les dessins se trouvent

aujourd'hui dans la collection Gaignères de la bib.

Bodléienne d'Oxford.]

ALLIER.

_Arrond. de Moulins._ Cathédrale de Moulins, ég. de

Bourbon-l'Archambault, ég. de Saint-Menoux[84], ég. abb. de

Souvigny[85], ég. de Meilliers, ég. de Toulon.

_Arrond. de Gannat._ Ég. de Gannat[86], ég. d'Ébreuil[87], ég. de

Biozat, ég. de Saint-Pourçain[88], ég. de Cogniat[89], ég. de Vicq, ég.

abb. de Chantel[90].

_Arrond. de La Palisse._ Ég. de Châtel-Montagne[91].

_Arrond. de Montluçon._ Ég. d'Huriel, ég. de Néris.

[Note 84: Église dont la nef, autrefois couverte par une

charpente, remonte au IXe ou Xe siècle. Le choeur date du

XIIe siècle; il appartient à un style mixte, entre celui de

l'Auvergne et celui de Bourgogne.]

[Note 85: Grande église des XIe et XIIe siècles, mais presque

entièrement reconstruite au XVe.]

[Note 86: Le choeur de l'église de Gannat est du pur style

auvergnat de la fin du XIe siècle. La nef a été reconstruite

au XIVe; elle est d'un bon style.]

[Note 87: La nef et le choeur de l'église d'Ébreuil sont du

XIe siècle; le clocher, qui repose sur un narthex, est du

XIIe.]

[Note 88: Nef du XIe siècle, auvergnate; choeur du XIIIe.]

[Note 89: Très-jolie petite église du XIIe siècle, style

auvergnat; nef sans bas-côtés; abside sans bas-côtés et deux

absidioles donnant dans les bras de croisée; clocher sur le

milieu du transsept.]

[Note 90: Jolie église de style auvergnat du XIIe siècle.]

[Note 91: Style auvergnat, XIe et XIIe siècles. Narthex

magnifique ajouté au XIIe siècle, avec tribune au-dessus,

s'éclairant sur la façade; clocher sur le transsept.]

ALPES (BASSES-).

_Arrond. de Digne._ Ég. de Notre-Dame à Digne (cathéd.), ég. de Seyne.

_Arrond. de Barcelonnette._ Ég. d'Allos.

_Arrond. de Castellane._ Ancienne cathéd. de Senez.

_Arrond. de Forcalquier._ Ég. de Manosque.

_Arrond. de Sisteron._ Ég. de Sisteron.

ALPES (HAUTES-).

_Arrond. de Gap._ Ég. de Lagrand.

_Arrond. d'Embrun._ Ancienne cathéd. d'Embrun.

ARDÈCHE.

_Arrond. de Privas._ Ég. de Bourg-Saint-Andéol, ég. de Cruas, ég.

cathéd. de Viviers[92].

_Arrond. de l'Argentière._ Ég. de Thines.

_Arrond. de Champagne._ Ég. de Champagne.

[Note 92: Choeur du XIVe siècle, sans bas-côtés.]

ARDENNES.

_Arrond. de Braux._ Ég. de Braux.

_Arrond. de Réthel._ Ég. de Saint-Nicolas de Réthel.

_Arrond. de Sédan._ Ég. de Mouzon[93].

_Arrond. de Vouziers._ Ég. de Vouziers, ég. de Bouilly, ég. de Verpel,

ég. abb. d'Attigny, ég. de Sainte-Vauxbourg.

[Note 93: Beau plan du XIIIe siècle.]

ARIÈGE.

_Arrond. de Foix._. Ég. d'Unac.

_Arrond. de Saint-Girons._ Ég. de Saint-Lizier[94].

_Arrond. de Pamiers._ Ég. de la Roque, ég. de Mirepoix.

[Note 94: Église sans bas-côtés, avec un choeur et deux chapelles dans

le transsept; beau plan du XIIe siècle; cloître.]

AUBE.

_Arrond. de Troyes._ Ég. de Saint-Pierre (cathéd.)[95], ég. Saint-Urbain

à Troyes[96], ég. de la Madeleine, id.[97], ég. Saint-André, id., ég.

Saint-Jean, id., ég. Saint-Nizier, id., ég. Saint-Pantaléon, id., ég.

Saint-Gilles[98], ég. de Bérulle, ég. de Montiéramey.

_Arrond. d'Arcis sur-Aube._ Ég. d'Arcis-sur-Aube, ég. d'Uitre.

_Arrond. de Bar-sur-Aube._ Ég. Saint-Maclou à Bar-sur-Aube, ég.

Saint-Pierre, id., ég. de Rosnay.

_Arrond. de Bar-sur-Seine._ Ég. de Fouchères[99], ég. de

Mussy-sur-Seine, ég. de Ricey-Bas, ég. de Rumilly-les-Vaudes, ég. de

Chaource.

_Arrond. de Nogent-sur-Seine._ Ég. de Saint-Laurent à Nogent-sur-Seine,

ég. de Villenauxe.

[Note 95: Choeur du XIIIe siècle, nef des XIVe et XVe, façade

du XVIe; le choeur est un des plus larges qu'il y ait en

France; son architecture rappelle singulièrement celle du

choeur de l'église abbatiale de Saint-Denis; il est encore

garni de toutes ses verrières, qui sont magnifiques.]

[Note 96: L'église Saint-Urbain de Troyes, bâtie pendant les

dernières années du XIIIe siècle, est l'exemple le plus

remarquable du style gothique champenois arrivé à son dernier

développement (voy. CONSTRUCTION, fig. 102, 103, 104, 105 et

106). La nef est restée inachevée. Cette église, qui est

petite, et dont le choeur est dépourvu de bas-côtés, devait

posséder trois clochers, l'un sur le transsept et les deux

autres sur la façade.]

[Note 97: Reste d'une charmante église de la fin du XIIe

siècle; jubé du XVIe.]

[Note 98: Petite église en pans-de-bois de la fin du XIVe

siècle.]

[Note 99: Nef romane, choeur du XIIIe siècle.]

AUDE.

_Arrond. de Carcassonne._ Ancienne cathéd. de Saint-Nazaire de

Carcassonne[100], ég. Saint-Michel de la ville basse à Carcassonne

(cathéd. actuelle), ég. de Rieux-Minervois[101], ég. de Saint-Vincent de

Montréal.

_Arrond. de Castelnaudary._ Ancienne cathéd. de Saint-Papoul[102].

_Arrond. de Limoux._ Ancienne cathéd. d'Alet, ég. abb. de Saint-Hilaire

à Limoux.

_Arrond. de Narbonne._ Ancienne cathéd. de Narbonne[103], ég.

Saint-Paul, id.[104], ég. abb. de Fontfroide[105].

[Note 100: L'un des plus remarquables édifices du midi de la

France; la nef date du XIe siècle, le choeur et le transsept

du commencement du XIVe (voy. CATHÉDRALE, fig. 49;

CONSTRUCTION, fig. 109, 110, 111, 112, 113 et 114).

Magnifiques vitraux du XIVe siècle, restes de peintures de la

même époque.]

[Note 101: Église circulaire de la fin du XIe siècle.]

[Note 102: Vestiges, à l'abside, du style auvergnat du XIe

siècle.]

[Note 103: Construite au commencement du XIVe siècle, le

choeur seul fut achevé (voy. CATHÉDRALE, fig. 48).]

[Note 104: Choeur du XIIe siècle, avec bas-côtés et chapelles

rayonnantes; triforium au-dessus des chapelles dans la

hauteur du bas-côté. Édifice très-mutilé aujourd'hui, mais

qui présente une disposition unique.]

[Note 105: Église cistercienne de la fin du XIe siècle; nef

voûtée en berceau ogival, avec collatéraux voûtés en

demi-berceaux.]

AVEYRON.

_Arrond. de Rodez._ Cathéd. de Rodez, ég. abb. de Sainte-Foi à

Conques[106].

_Arrond. d'Espalion._ Ég. de Perse.

_Arrond. de Saint-Affrique._ Ég. abb. de Belmont.

_Arrond. de Villefranche._ Ég. abb. de Villefranche.

[Note 106: Grande église du XIIe siècle, avec collatéraux

dans le transsept; bas-côtés autour du choeur; trois

chapelles absidales et quatre chapelles orientées dans le

transsept. Style rappelant beaucoup celui de l'église

Saint-Sernin de Toulouse; nef voûtée en berceau plein cintre,

avec galeries de premier étage, dont les voûtes en

demi-berceau contre-buttent la poussée du berceau central;

coupole et clocher sur le milieu de la croisée; narthex.]

BOUCHES-DU-RHÔNE.

_Arrond. de Marseille._ Ég. abb. de Saint-Victor à Marseille[107].

_Arrond. d'Aix._ Ég. cathéd. d'Aix, ég. Saint-Jean à Aix, ég. abb. de

Silvacane[108], ég. Saint-Laurent à Salon.

_Arrond. d'Arles._ Ég. abb. de Saint-Trophyme à Arles[109], ég. de

Saint-Césaire, id., ég. Saint-Jean, id. (Musée), ég. Saint-Honorat, id.,

ég. de Saint-Gabriel, ég. abb. de Montmajour, ég. des

Saintes-Maries[110], ég. de Sainte-Marthe à Tarascon.

[Note 107: Église abbatiale fortifiée, XIe, XIIe et XIIIe

siècles.]

[Note 108: Église cistercienne du XIIe siècle, d'une grande

simplicité; abside carrée; quatre chapelles carrées orientées

donnant dans le transsept; nef voûtée en berceau légèrement

brisé, avec voûtes des collatéraux contre-buttantes en trois

quarts de berceau plein cintre.]

[Note 109: Beau cloître; portail du XIIe siècle, très-riche

en sculptures.]

[Note 110: Église à une seule nef, avec abside

semi-circulaire voûtée en cul-de-four plein cintre. La nef

est voûtée en berceau légèrement brisé avec arcs doubleaux.

Cette église est fortifiée et date du XIIe siècle (voy. les

_Arch. de la comm. des Mon. historiques, pub. sous les ausp.

de M. le ministre d'État_).]

CALVADOS.

_Arrond. de Caen._ Ég. abb. de la Trinité à Caen[111], ég. abb. de

Saint-Étienne, id.[112], ég. Saint-Gilles, id.[113], ég. Notre-Dame,

id., ég. Saint-Pierre, id.[114], ég. Saint-Jean, id., ég. Saint-Nicolas,

id.[115], ég. de Bernières, ég. de Saint-Contest, ég. de Fresne-Camilly,

ég. du prieuré de Saint-Gabriel, ég. de Norey, ég. d'Ouistreham, ég. de

Secqueville-en-Bessin, ég. de Thaon, ég. de Bretteville-l'Orgueilleuse,

ég. de Langrune, ég. de Mathieu, ég. de Cully, ég. d'Audrien, ég. de

Mouen, ég. de Douvres, ég. de Fontaine-Henry.

_Arrond. de Bayeux._ Ég. cathéd. de Bayeux[116], ég. de Tour près

Bayeux[117], ég. de Saint-Loup, id.[118], ég. d'Asnières, ég. de

Colleville, ég. d'Etreham, ég. de Formigny, ég. de Louvières, ég. de

Ryes, ég. de Vierville, ég. de Campigny, ég. de Guéron, ég. de Marigny,

ég. de Briqueville, ég. de Sainte-Marie-aux-Anglais[119], ég. de

Vouilly. _Arrond. de Falaise._ Ég. Saint-Gervais à Falaise, ég.

Saint-Jacques, id., ég. de Guibray près Falaise, ég. de Maizières, ég.

de Sassy.

_Arrond. de Lizieux._ Ég. de Saint-Pierre à Lizieux, ég. de

Saint-Pierre-sur-Dive, ég. de Vieux-Pont-en-Auge, ég. du Breuil.

_Arrond. de Pont-l'Évêque_. Ég. de Saint-Pierre à Touques.

_Arrond. de Vire_. Ég. de Vire.

[Note 111: Fondée par Mathilde, femme de Guillaume le

Conquérant, mais presque entièrement reconstruite au XIIe

siècle. Abside sans collatéraux; narthex; un clocher sur le

milieu de la croisée et deux clochers sur la façade.]

[Note 112: Fondée par Guillaume le Conquérant. Les parties

supérieures de la nef refaites au XIIe siècle; le choeur

rebâti au XIIIe, avec bas-côtés et chapelles rayonnantes;

deux clochers sur la façade, un clocher sur le centre de la

croisée.]

[Note 113: Nef d'une charmante église de la fin du XIIe

siècle, dont les voûtes ont été refaites au XVe; les

archivoltes des bas-côtés sont plein cintre.]

[Note 114: Église presque entièrement du XVIe siècle, d'un

style très-fleuri.]

[Note 115: Beau plan de la fin du XIIe siècle.]

[Note 116: Nef dont les parties inférieures datent du XIIe

siècle et les parties hautes du XIIIe. Chur du milieu du

XIIIe siècle, style gothique normand; deux clochers sur la

façade, un clocher sur la croisée.]

[Note 117: Petite église dont l'abside, du XIVe siècle,

présente une disposition particulière (voy. ABSIDE, fig. 12)

imitée de l'abside de la chapelle du séminaire de Bayeux, qui

date du XIIIe siècle.]

[Note 118: Charmant clocher du XIIe siècle.]

[Note 119: Petite église du XIIe siècle, composée d'une seule

nef avec abside carrée; cette abside seule est voûtée; elle

conserve encore des traces de peintures du XIIIe siècle.]

CANTAL.

_Arrond. d'Aurillac._ Ég. de Montsalvi.

_Arrond. de Saint-Flour._ Ég. abb. de Ville-Dieu.

_Arrond. de Mauriac._ Ég. Notre-Dame des Miracles à Mauriac, ég. d'Ydes,

ég. de Brageac, ég. Saint-Martin-Valmeroux.

_Arrond. de Murat._ Ég. de Bredons.

CHARENTE.

_Arrond. d'Angoulême._ Ég. cathéd. d'Angoulême[120], ég. abb. de

Saint-Amant de Boixe[121], ég. abb. de la Couronne, ég. Saint-Michel

d'Entraigues[122], ég. de Charmant, ég. de Roullet[123], ég. de Plassac,

ég. de Torsac, ég. de Montberon[124], ég. de Mouthiers.

_Arrond. de Barbezieux._ Ég. d'Aubeterre, ég. de Montmoreau, ég. de

Riou-Martin.

_Arrond. de Cognac._ Ég. de Châteauneuf, ég. de Gensac[125], ég. de

Richemont.

_Arrond. de Confolens._ Ég. Saint-Barthélemy à Confolens, ég. de

Lesterps.

[Note 120: Église à coupoles, XIe et XIIe siècles (voy.

CATHÉDRALE, fig. 41 et 42).]

[Note 121: Église du XIIe siècle, à coupoles, avec galerie

sous la calotte de la coupole centrale. Beau plan. Abside

avec chapelles dans l'axe des collatéraux de la nef et deux

chapelles plus vastes orientées dans les bras de la croisée.

L'un des édifices religieux les plus remarquables de la

Charente.]

[Note 122: Église circulaire, XIIe siècle.]

[Note 123: Église à une seule nef, coupoles.]

[Note 124: Église avec une disposition absidale toute

particulière; chapelle dans l'axe du sanctuaire; quatre

niches à droite et à gauche de cette chapelle qui paraissent

avoir été destinées à déposer des reliquaires; deux chapelles

orientées dans les deux bras de croix, XIIe siècle.]

[Note 125: Église à une seule nef étroite, couverte par

quatre coupoles, XIIe siècle; choeur du XIIIe.]

CHARENTE-INFÉRIEURE.

_Arrond. de La Rochelle._ Ég. d'Esnandes.

_Arrond. de Marennes._ Ég. de Marennes, ég. d'Echillais, ég. de Moëse,

ég. Saint-Denis d'Oleron.

_Arrond. de Rochefort._ Ég. de Surgères[126].

_Arrond. de Saintes._ Ég. Saint-Euthrope à Saintes[127], ég.

Saint-Pierre, id., ég. Sainte-Marie-des-Dames, id.[128], ég. de

Saint-Gemmes, ég. de Rétaud, ég. de Thézac.

_Arrond. de Saint-Jean-d'Angely._ Ég. Saint-Pierre à Aulnay, ég. de

Fénioux.

[Note 126: Belle façade du XIIe siècle dont la partie

inférieure seule subsiste. Style de la Saintonge.]

[Note 127: Vaste crypte, des XIe et XIIe siècles (voy. CRYPTE,

fig. 10 et 11). L'un des exemples les plus purs de

l'architecture du XIIe siècle en Saintonge (voy. CHAPELLE,

fig. 33). Clocher du XVe siècle.]

[Note 128: Clocher très-remarquable sur la croisée (voy.

CLOCHER, fig. 14). Monument des XIe et XIIe siècles dont il

reste de belles parties, notamment sur la façade; sculpture

de la Saintonge d'un beau style.]

CHER.

_Arrond. de Bourges._ Ég. cathéd. de Bourges[129], ég. de Saint-Bonnet à

Bourges, ég. des Aix-d'Angillon, ég. de Mehun-sur-Yèvre, ég. de

Plaimpied.

_Arrond. de Saint-Amand._ Ég. de la Celle-Bruère, ég. de Charly, ég. de

Condé, ég. abb. de Noirlac, ég. de Dun-le-Roy, ég. de

Saint-Pierre-des-Étieux, ég. d'Ineuil, ég. de Châteaumeillant.

_Arrond. de Sancerre._ Ég. d'Aubigny, ég. de Jars, ég. de Saint-Satur.

[Note 129: Église du XIIIe siècle, avec crypte et sans

transsept; doubles collatéraux; belle collection de vitraux

des XIIIe et XVIe siècles (voy. CATHÉDRALE, fig. 6).]

CORRÈZE.

_Arrond. de Tulle._ Ég. cathéd. de Tulle[130], ég. d'Uzerche[131].

_Arrond. de Brives._ Ég. Saint-Martin à Brives-la-Gaillarde[132], ég.

d'Arnac-Pompadour, ég. d'Aubazine[133], ég. de Beaulieu[134], ég. de

Saint-Cyr-la-Roche, ég. de Saint-Robert.

_Arrond. d'Ussel._ Ég. d'Ussel, ég. de Saint-Angel[135], ég. de Meymac.

[Note 130: Nef du XIIe siècle; clocher sur le porche, des

XIIIe et XIVe; l'abside n'existe plus. Édifice d'un style

bâtard qui tient à l'architecture auvergnate et à celle du

Lyonnais.]

[Note 131: Joli monument du XIIe siècle très-simple. Style

mixte.]

[Note 132: Église très-curieuse; abside auvergnate; nef du

XIIIe siècle, avec bas-côtés dont les voûtes sont aussi

élevées que celles de la nef; piles cylindriques.]

[Note 133: Transsept avec six chapelles carrées orientées;

coupole, et tour sur le centre de la croisée; voûte en

berceau brisé, XIIe siècle. Beau tombeau de saint Étienne,

évêque, XIIIe siècle.]

[Note 134: Belle église du XIIe siècle.]

[Note 135: Petite église avec abside percée de niches basses,

comme pour placer des tombeaux ou des reliquaires, XIIe

siècle. Style simple.]

CÔTE-D'OR.

_Arrond. de Dijon._ Ég. abb. de Saint-Bénigne de Dijon (cath.)[136], ég.

Notre-Dame de Dijon[137], ég. Saint-Michel, id.[138], ég. Saint-Étienne,

id., ég. Saint-Philibert, id., ég. Saint-Jean, id., ég. de la

Chartreuse, id., ég. de Saint-Seine, ég. de Rouvres, ég. de Plombières,

ég. de Thil-Châtel.

_Arrond. de Beaune._ Ég. de Beaune[139], ég. de Meursault, ég. de

Sainte-Sabine[140].

_Arrond. de Châtillon-sur-Seine._ Ég. de Saint-Vorle à

Châtillon-s.-Seine, ég. d'Aignay-le-Duc.

_Arrond. de Semur._ Ég. Notre-Dame de Semur[141], ég. de Flavigny[142],

ég. abb, de Fontenay près Montbard[143], ég. Saint-Andoche de

Saulieu[144], ég. de Saint-Thibault[145].

[Note 136: Restes d'une crypte du XIe siècle (voy. CRYPTE,

fig. 5). Église rebâtie, à la fin du XIIIe siècle, à la place

d'une église du XIe siècle. Abside sans collatéraux; deux

chapelles dans les deux bras de croix; nef d'une grande

simplicité; chapiteaux dépourvus de sculpture; deux tours sur

la façade d'un pauvre style; flèche en bois, du XVIIe siècle,

sur le centre de la croisée.]

[Note 137: Le type le plus complet de l'architecture

bourguignonne du XIIIe siècle (1230 environ). Porche vaste,

abside sans bas-côtés; tour sur le centre de la croisée dont

la disposition est des plus remarquables, quoiqu'on n'en

puisse juger aujourd hui par suite d'adjonctions (voy.

CONSTRUCTION, fig. 75, 76, 77, 78, 79, 79 bis, 80, 81 et

82).]

[Note 138: Façade du XVIe siècle, style de la Renaissance

bourguignonne.]

[Note 139: Église du XIIe siècle, style de la Bourgogne, l'un

des dérivés de la cathédrale d'Autun. Pilastres cannelés;

voûte en berceau brisé avec arcs doubleaux; choeur avec

bas-côtés et trois chapelles circulaires; porche du XIIIe

siècle, non achevé; tour sur le centre de la croisée.]

[Note 140: Clocher sur la façade avec porche au-dessous.

Église du XIIe siècle, refaite au XIIIe, en ruines

aujourd'hui.]

[Note 141: Style bourguignon pur du XIIIe siècle; bas-côté et

trois chapelles autour du choeur; porche vaste; beaucoup de

points de ressemblance avec l'église de Notre-Dame de Dijon;

triforium très-élégant dans le choeur. Belle sculpture.]

[Note 142: Petite église du XIIIe siècle, avec un jubé et des

chapelles du XVIe.]

[Note 143: Église cistercienne pure.]

[Note 144: Style bourguignon contemporain de la cathédrale

d'Autun et de l'église de Beaune. La nef seule existe, XIIe

siècle. Deux tours sur la façade; tribune d'orgues en bois,

du XVe siècle. Fragments de stalles du XIIIe siècle.]

[Note 145: Choeur en partie détruit, fait sur le modèle de

celui de l'église Saint-Urbain de Troyes. Porte du XIIIe

siècle, avec statuaire remarquable.]

CÔTES-DU-NORD.

_Arrond. de Saint-Brieuc_. Ég. cathéd. de Saint-Brieuc, ég. de Lanleff,

ég. Notre-Dame de Lamballe, ég. de Montcontour.

_Arrond. de Dinan_. Ég. de Saint-Sauveur de Dinan, ég. du pr. de Lehon.

_Arrond. de Lannion_. Ég. Saint-Pierre de Lannion, ég. de Tréguier

(ancienne cathéd.).

CREUSE.

_Arrond. de Guéret._ Ég. de la Souterraine[146].

_Arrond. d'Aubusson._ Ég. d'Evaux, ég. de Fellein.

_Arrond. de Bourganeuf._ Ég. de Bénévent.

_Arrond. de Boussac._ Ég. Sainte-Valérie à Chambon.

[Note 146: Belle église de la fin du XIIe siècle, avec abside

carrée et quatre chapelles dans les bras de croix; bas-côté

de la nef très-étroit; coupole sur la première travée avec

clocher au-dessus; coupole au centre de la croisée; crypte

(voy. _Arch. de la comm. des Mon. historiques, pub. sous les

ausp. de M. le ministre d'État_). Église disposée pour être

fortifiée; collatéraux très-élevés dont les voûtes

contre-buttent celles de la nef. L'un des exemples les plus

remarquables de ce style mixte qui commence vers Châteauroux,

suit la route de Limoges et s'étend jusque dans la Corrèze.]

DORDOGNE.

_Arrond. de Périgueux._ Ég. abb. de Saint-Front à Périgueux

(cathéd.)[147], ég. de la Cité, id. (anc. cathéd.), ég. abb. de

Brantôme[148].

_Arrond. de Bergerac._ Ég. de Beaumont, ég. de Montpazier, ég. abb. de

Saint-Avit-Seigneur[149].

_Arrond. de Nontron._ Ég. de Cercles, ég. de Saint-Jean-de-Col, ég. de

Bussières-Badil.

_Arrond. de Sarlat._ Ég. de Sarlat (anc. cathéd,), ég. de Saint-Cyprien.

_Arrond. de Ribérac._ Ég. de Saint-Privat.

[Note 147: Église dont la disposition est toute byzantine et

les détails sont latins, Xe siècle. Le type de toutes les

églises à coupoles de l'ouest de la France (voy. ARCHITECTURE

RELIGIEUSE, fig. 4 et 5; CLOCHER, fig. 1).]

[Note 148: Église d'un beau style, sans collatéraux; abside

carrée; clocher latéral. XIe, XIIe et XIIIe siècles.]

[Note 149: L'un des dérivés de l'église de Saint-Front, XIIe

siècle.]

DOUBS.

_Arrond. de Besançon._ Ég. cathéd. de Besançon[150], ég. de

Saint-Vincent de Besançon.

_Arrond. de Montbelliard._ Ég. de Courtefontaine.

_Arrond. de Pontarlier._ Ég. abb. de Montbenoît, ég. du prieuré de

Morteau, ég. abb. de Sept-Fontaines.

[Note 150: Église à plan rhénan du XIIe siècle, avec deux

absides sans collatéraux, l'une à l'orient, l'autre à

l'occident. Édifice fort mutilé. Une crypte autrefois sous

l'abside occidentale.]

DRÔME.

_Arrond. de Valence._ Ég. cathéd. de Valence[151], ég. de Saint-Bernard à

Romans.

_Arrond. de Die._ Ég. de Die (anc. cathéd.), ég. de Chabrillan.

_Arrond. de Montélimart._. Ég. de Grignan, ég. de

Saint-Paul-Trois-Châteaux (anc. cathéd.); ég. de Saint-Restitut, ég. de

Saint-Marcel-des-Sauzet, ég. de la Garde-Adhémar.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 5 - (D - E- F) · 第 5 / 14 题