En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une gracieuse

dame demanderesse d'une part et les religieux cordeliers de l'observance

d'amours deffendeurs d'autre part. et disoit ladicte dame que ja pyeça

elle eust grande acointance de familiarité singuliere avec ung jeune

religieux nouvellement rendu de l'ordre & tellement qu'ilz se donnerent

l'ung a l'autre & promisrent ne separer l'alliance d'entre eulx d'eux

pour quelque temps ou fortune qui leur peust advenir. et sur ces choses

y eut encores veuz fais en amours confermatoires d'ycelle aliance tant

et si avant que faire se pourroit en tel cas mais ce nonobstant ledit

amoureux cordelier et pour une petite fumee ou quelque desplaisance

qu'il a eue/ puis n'a guieres de temps en ça s'en est de son auctorité

et sans le consentement ne prendre congié de sadicte dame aller bouter

et rendre en ladicte religion ce qu'il ne pouoit ne debvoit faire/

ainçoys venoit directement encontre son premier veu et serment. Et

pource que ceste dame se sentoit tenue quant a l'ame de le declairer une

foys/ et qu'elle avoit tresgrant interest d'avoir quitance &

renonciation de sa promesse pour se pourveoir ailleurs en lieu de luy

d'ung aultre amant et serviteurs elle concluoit et requeroit que lesditz

religieux cordeliers fussent condampnez a faire exhibition audit

amoureux rendu cordelier & de le amener en justice pour le contraindre

et entretenir a ses premiers veuz et promesses ou y renoncer/ et la

quitter au regard d'elle ne voulloit pas empescher le sauvement de son

ame et qu'il ne demourast religieux de l'ordre s'il en avoit la

voulenté. De la partie desdictz religieux de l'observance si fut

deffendu au contraire et disoyent que la demande que faisoyt la dame

n'estoit pas recepvable car l'amant religieux rendu cordelier dont

estoit question estoit ja cordelier vestu/ et avoit fait les veuz de

l'observance d'amours par les trois Esquelz veuz d'ycelle observance il

est deffendu expressement de ne parler jamais a femme/ parquoy donc de

le voulloir contraindre maintenant a le veoir & parler a elle dessoubz

umbre de renonciation n'y avoit apparence et estoit trop tard de venir

aprés ladicte reduction ramentevoir Et mettre en lieu de present

lesdictes aliances promesses et follyes du temps passé. Disoient oultre

lesditz religieux que quant ledit amant fut rendu & vestu de l'habit de

l'ordre/ ladicte dame deffenderesse y estoit presente & luy veit faire

les veuz pourquoy lors debvoit declairez lesdictes promesses et se

opposer pour le droyct que elle veult deduire Et sembloyt soubz

correction que c'est grant abbus a elle de venir maintenant par telz

moyens pour troubler ledict religieux rendu et le mettre es choses

mondaines qu'il a ja oubliees Si disoyent par ces moyens lesditz

religieux qu'ilz n'estoyent tenus de exiber ledict cordelier/ et pour

chose que on peust faire jamais ne partiroit de ladicte religion. A quoy

ladicte dame pour ses replicques disoit/ que elle ne voulloit pas le

retraire hors de religion ne de le mouvoir de son entreprinse/ mais

requeroit seulement pour sa descharge que il renonçast a sa promesse

qu'il luy avoit faicte/ et tout ce qui avoit esté faict/ et dict entre

eulx deux feust declairé nul et comme non advenu Et disoit oultre ladite

dame que cela se debvoit faire avant toute oeuvre/ car elle voulloyt

obvier au dangier d'amours qui s'en pouoit ensuivir/ elle vouloit avoir

enseignement de la renonciation desdictz promesses et pour monstrer

qu'elle aymoit entretenir sa foy mieulx que luy affin qu'on ne luy en

peust reproucher riens. Et au regard de ce que lesdis cordeliers

disoient que icelle dame estoit presente quant ledit nouveau cordelier

fut rendu & qu'elle luy vit faire les veux respondit qu'il estoit bien

vray qu'elle y fut avecques ses autres cousines & parentes/ Mais a la

verité quant elle veit qu'on le deshabilloit tout nud pour le vestir en

cordelier les lermes luy vindrent aux yeulx a si grant affluence qu'elle

ne sceut qu'elle devint & luy commença a soubzlever le cueur par telle

façon que elle s'esvanouyt en plain chappitre et ne luy souvenoit alors

d'aliance ne de promesse/ car il n'est au monde si grant douleur a femme

que de veoir son amy rendu en religion. parquoy fault la excuser Et

quant elle n'eust point esté troublee si n'eust elle pour rien

entreprins d'aller desclairer devant tout le monde qui ne se pouoit

rendre pour blasme et deshonneur qu'il en eust peu avoir. Et a ce que

lesditz deffendeurs disoient en oultre que pour rien ne le laisseroient

partir de religion respondit ladicte demanderesse que par force ilz

devoyent estre contrains/ et que au regard d'elle elle avoyt contenné de

ne parler point a luy sinon en la presence de deux ou trois religieux

telz qu'on vouldroit amener/ mais il estoit force que a la quitance &

renonciation desditz promesse ce fist en jugement/ car il y avoit

lettres signees de leur main de l'ung et de l'autre qu'il convenoit

rompre et casser devant la justice d'amours en concluant au surplus

comme dessus Mais lesditz cordeliers deffendeurs perseverant tousjours

en ce qu'ilz avoient proposé disoient que ce n'estoit pas raison que

ledict amant rendu cordelier vint en jugement ne qu'il vist plus ladicte

dame. Primo car se seroit contre son veu qu'il a faict de ne partir

jamais de la religion sans licence du general Secundo: car par la reigle

de l'observance d'amours telle comme chascun scet ceulx qui y sont

rendus jamais n'en peuent saillir sinon que le feu les contraingne a ce

faire & sont reputez mors au monde/ ne n'y a nul qui en puisse partir

dehors excepté ceulx qui sont deputez a leur tour pour aller querir la

pitance & la pourveance du couvent Et pource de requerir maintenant par

ladite dame que ce jeune cordelier qui a renoncé aux joyes et a la pompe

du monde et qu'il voyt ce quel a cuidé faire perdre a tousjours il n'y

avoit nulle apparence et posé que icelle demanderesse fust troublee

quant elle le veit ainsi vestir et entrer en la religion touteffoys cela

ne la pouoyt pas excuser du tout/ car entre le temps qui vint

premierement d'amours en la religion & celluy de la redicion elle avoit

eu bon loysir de soy venir opposer et remonstrer lesdites aliances et

promesses. Ouyes les parties en tout ce qu'ilz ont voullu dire et

alleguer elles ont esté appointees a mettre par devers la court et au

conseil. Si a la court veu ledict procés et a grant et meure

deliberation avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout

veu la court dit que non obstant chose proposee par lesditz religieux

cordeliers de l'observance ledict amoureux nouvellement rendu cordelier

viendra en la court de ceans renoncer aux promesses et alliances

d'amours par luy faictes avec ladicte dame pour sa descharge & en aura

lectre ou acte se bon luy semble. Et si ordonne la court que lesdis

cordeliers seront contrains par la presence de leur personnes et

ouvertures de leurs portes a faire exhibicion dudict cordelier & le

amener en jugement pourveu toutesvoyes que bon leur semble ilz luy

pourroyent mettre ung bandeau devant les yeulx affin qu'en parlant ou

renonçant audictes promesses et alliances il ne puisse veoir la

demanderesse jadis sa dame Et au surplus sont compensés les despens

d'ung costé et d'aultre et pour la cause.

¶ Le .xxxviii. arrest.

Ja pieça ung povre amoureux plain de dueil prya moult une jeune dame de

dancer avec luy dont elle feut reffusante et ce excusant sur ce qu'elle

disoit qu'elle ne faisoit que venir Et depuis encore une aultre journee

la pria tresinstamment que seulement affin qu'il ne fust mocqué elle

fist ung tour avecques luy mais comme devant elle n'en voulut riens

faire. Disoit aussi que depuis il l'a saluee par plusieurs fois & osté

son bonnet quant il la rencontroit/ mais pource qu'elle peult bien

appercevoir qu'il l'ayme & en est ung petit feru elle ne daigne parler a

luy et se d'aventure elle luy a dit a dieu: c'est en hochant la teste

Desquelz reffus et desdaing dessusdict ledit povre amant a appellé a la

court de ceans et relevé contre ladicte dame qui n'y est voulu venir ne

comparer ains se est laissee mettre en deux deffaulx et tout ce que bon

luy a semblé devers la court. Si a la court veu lesditz deux deffaulx en

ce qui a esté produit et tout veu ladicte court par vertu des deux

deffaux a jugé audit amoureux demandeur tel prouffit qu'il s'ensuit.

c'est assavoir qu'il a esté bien appellé par luy & mal refusé par

ladicte dame Laquelle court l'a condempnee a dancer avec luy maulgré

qu'elle en ayt. Aumoins faire deux ou trois tours: & permet ladicte

court audit amant quant on dancera une dance a trois de se y bouter sans

dire mot pour faire ung tiers & en oultre pource qu'il est en apparence

que ladicte demanderesse en contempnant aucunement la court dist quant

elle a esté ajournee qu'elle n'y daigneroit comparer & que ledit galant

s'abusoit de la poursuivre: icelle court permet audit amant de passer &

rapasser par devant elle sans la saluer ne sans lui dire a dieu le

desclairant exempté de luy faire le petit genoul en une basse dance & le

pas de brebant ainsi que tous les autres le font en oultre la condampne

es despens des deux dictz deffaulx la tauxation reservee.

¶ Le .xxxix. arrest

Il estoit une bourgeoise qui requeroit que certain appointement qui

avoyt esté donné par les gens tenant l'eschiquier d'amours au proffit

d'une damoiselle sa partie adverse touchant le debat qu'ilz avoyent

ensemble pour parvenir au dessus fust recindé & adnullé par la court/ et

veu le playdoyé des parties et tout ce qu'elles ont produit et tout veu

la court dict qu'elle ne tiendra court ne congnoissance de ladicte cause

et matiere/ mais renvoye de rechef par devant lesdictes gens tenant

l'eschiquier qui en est commencé a congnoistre en jugier au sourplus/ et

y pourveoir ainsi qu'il appartiendra tous despens preservez en

diffinitive.

¶ Le .xl. arrest.

En la court de ceans c'est assis ung procés entre une jeune dame d'ung

sien amy disant qu'elle l'a veu le plus joyeulx & esbatant qu'il pouoit

estre bien nouvellement habillé/ gent plaisant gracieux & advenant a

tout chascun et tellement qu'on prenoit plaisir a le veoir & ouyr/ et

brief qui ne luy pouoit donner luy ruoit/ maintenant il est devenu tout

changé pensif songeart & merencolieux & semble que sa vie luy ennuye au

monde/ car il ne tient plus compte de feste ne de joye/ se l'en parle a

luy il songe une grant piece avant qu'il responde en faisant semblant de

penser ailleurs. Quant on luy donne des bouquetz ou des fleurs il les

dessire toutes par pieces avant que elles partent de ses mains Et

incontinent qu'il oyt les menestriers ou le tabourin les larmes lui

viennent aux yeulx/ et ne faict que souspirer/ se on touche a table a

leur demaine d'amours & tourne le propos a parler de la mort/ ou de

quelque vieille histoire qu'il va querir bien loing pour la mener a

propos il a froict quant il faict chault/ et quant il faict froict il a

chault/ & en effect maintenant on ne se congnoist plus en luy dont

chascun s'esbahist & pource que ceste dame a interest qu'il vive

longuement qu'elle est courroucee de tout son cueur se par merencolye ou

desplaisance icelluy amant avoit autre chose que a point elle requeroit

qu'il fust condampné a laisser toutes compaignies merencolieuses et que

au seurplus la court mist telle provision en son fait que il revint et

retournast en son premier point et premier estat. de la partie du povre

amant tout malade fut deffendu au contraire & disoit que au service

d'amours il failloit avoir beaucoup de peine & de travail avant qu'on y

soit advancé et n'y a on jamais une joye qui ne couste cent douleurs/ &

pource de si trop amuser ne estoit pas trop bon/ et aussi de present il

n'en chault guieres aux dames/ ains ne s'en fait l'en que mocquer & sont

les loyaulx tousjours les plus douloureux/ parquoy n'y avoit pas grant

regret/ oultre disoit que de gens on ne tient compte s'ilz n'ont de

l'argent Et a ceste cause/ il avoit deliberé en soy mesmes de delaisser

et habandonner du tout amours et de recouvrer & gangner le temps qu'il

avoit perdu/ combien qu'il ne seroit jamais que il ne le louast et

exaulsast/ car certes tous biens en viennent. et ne vauldra jamais riens

ung homme quel qu'il soit s'il n'a aulcunement esté amoureux en son

temps. Mais il en y a les ungs plus malheureux que les aultres. Et quant

est des maulvaises taches et merencolies que on luy mettoit a sus &

aussi de ce qu'on disoit que il estoit songeart et merencolieux.

Respondit qu'il failloit que la maladie print son cours. Et que

maintenant il ne sçavoit prendre plaisir sinon a estre tout seul pour

contempler le temps passé et celuy qui viendra et ne vouloit plus ouir

parler de amours/ car c'est chose contraire a ceulx qui s'en veulent

oster/ mais au surplus il remercyoit sadicte dame treshaultement de la

bonne voulenté qu'elle avoit devers lui en requerant a la court congé et

licence de le laisser departir d'amours mais sadicte dame disoit en

repliquant que il n'en debvoit point avoir & que la court qui est

souveraine y debvoit pourveoir veu qu'il estoit digne d'exaulcer une

foys la foy d'amours pour les grans biens qui estoient en luy Et ne

failloit point qu'il se soulciast d'argent ne de biens du monde/ car

s'il vivoit et dieu luy donnoit santé il n'en auroit que trop. Aussi il

ne estoit pas encores en aage de se chagriner & en y avoit bien

d'aultres qui se soulcient pour luy. Disoit oultre sadicte dame que le

fondement de la pensee de luy n'estoit que une fantasie & qu'il y avoit

dangier veu sa complexion que il ne luy en fust du pis. Mais ledit

amoureux disoit pour ses dupliques qu'il ne luy en challoit plus de

rien/ & aymoit autant mourir que vivre veu que tant plus on va en avant

en ce monde tant plus y a l'en de peine. et disoit oultre qu'il

vouldroit bien estre joyeulx/ mais personne qui vient a soing ne le

peult estre en brief/ et vouldroit ja estre en paradis car quant il luy

souvient des joyes & des grans follies du temps passé il n'a point de

joye ne de bien et ne se peult tenir de plorer. ouyes lesquelles parties

en tout ce qu'elles ont voulu dire & proposer elles ont esté appointees

en droit & au conseil. Si a la court veu finablement ledict procés bien

au long avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout veu

et consideré la court ordonne que ledit amoureux sera mys aux herbes et

tenu de demourer aux jardins comme povre prisonnier par l'espace d'ung

moys affin qu'il ne voye que toutes belles fleurs et verdure pour le

resjouyr. et luy deffend ladicte court toutes compaignies merencolieuses

de se pourmener seul et de fantasies a tout par luy mais ordonne et

apointe que ladicte dame par maniere de provision l'acompaignera & sera

avec luy pour passer le temps du long dudit moys et jusques a ce qu'il

soit guery & remis en son premier estat. et laquelle dame sera tenue de

le penser si que on ne luy parle que de toute joyeuseté & luy feront

oster tous livres et toutes choses mellencollyeuses faisant mention

d'argent et de richesses/ affin qu'il n'y ait plus le cueur.

¶ Le .xli. arrest.

En la court de ceans c'est assis ung procés entre ung povre amant

reffusé en cas d'excés et le procureur general d'amours adjoint avec la

dame d'une part & ung sien compaignon amoureux comme luy d'aultre part

deffendeur & disoit ledit demandeur qu'il avoit tout temps eu grant

familiarité & societé avec ledit deffendeur et luy avoit faict plusieurs

plaisirs & si estoit vray que pour la grant fiance qu'il avoit en luy il

c'estoit descouvert a luy d'une partie de ses secretz & des biens et

maulx qu'il avoit gaignez en amours/ & bien souvent luy racomptoit

priveement de ses fortunes & lui touchoit de loing de sa dame qui tant

estoit sage & prudente & comment il estoit bien tenu a dieu de l'avoir

ainsi pourveu lesquelles choses ledit deffendeur escoutoit & en louoit

ledit demandeur & luy faisoit le beau beau en le resconfortant quant il

le veoit plaisant. et mesmes luy offroit et cueur et corps sa chevance

et ses biens/ mais il ne le faisoyt sinon pour sçavoir qui estoit

sadicte dame & haïr en aprés comme il a bien monstré/ car depuis qu'il a

sceu qui elle estoit il ne cessa jusques a tant qu'il ait eue

l'acointance d'elle & que il ait fait bailler le bont/ ce qu'il n'eust

jamais cuydé tant le sentoit son singulier amy pour laquelle chose

parvenir a celluy amant deffendeur qui sçavoit tous les secretz et

moyens dudit amant complaignant a trouver façon & maniere de parler a

ung moyne par qui les bonnes besongnes sont faictes & a tant fait par

dons & par promesses illicites qui en amours sont deffendus que ledit

moyne & luy ont compilees unes faulces lettres closes ou nom dudit povre

galant complaignant lequel n'en sçavoit rien. Et par lesquelles estoit

contenu que ledit amant demandeur mandoit a sadicte dame qu'elle ne

estoit pas telle comme il cuidoit et qu'il s'appercevoit bien maintenant

qu'elle avoit failly en la menassant et disant plusieurs injures &

parolles que jamais ce povre amant n'avoit pensees/ ainçois eust mieulx

aymé estre mis en pieces que de l'avoir songé & dit aulcun mal de elle.

Aussi eust il esté bien traystre/ veu que tous les biens qu'il avoit

venoyent d'elle. or que fait ce moyne cy il s'en vient par devers

ladicte dame/ et n'est pas content de porter & bailler lesditz lettres

faulses mais soubz umbre de ce que l'on dit qu'elles contenoient

creance/ il dist les plus terribles choses a ceste femme que l'en

sçauroit ymaginer. et tellement que quant elle les oit elle adjoustant

foy a ce que ledit moyne disoit commença a soy pasmer & tumber a terre

comme toute esvanouye dont depuis elle a esté fort malade/ mais les

dessusdictz non contens de ce ont tant fait par soubtilz et estranges

moyens que ledict deffendeur est entré en grace et qu'il a baillé le

bont au povre homme qui tant avoit eu de peine a soy advancer &

desservir la grace de ladicte dame en commettant bien grant trahyson eu

regard aux plaisirs qu'il luy avoit fait & qu'il estoit son compaignon.

Et en effect quant ce povre homme qui a tousjours son cueur envers

ladicte dame et ne l'en peult pas oster vient vers elle ainsi qu'il

avoit acoustumé elle lui tourne le doz en rechignant le maudit & par

autreffois le menasse de luy porter dommage en corps & en biens en lui

disant plainement qu'elle aymeroit mieulx qu'il fust ars et bruslé

qu'elle luy fist ung seul plaisir et ainsi veezla la maniere comme ce

povre amant a esté traictié. Et s'il a bien du mal a cause de ladicte

trahyson/ encores il a plus de martire la moytié de ce que ledit

deffendeur est advancé pour faire mal & que luy & ladicte dame qui sont

ainsi aliez ensemble se mocquent de luy quant il passe par devant eulx

en luy gectant de gros lardons & tirant la langue en derriere/ &

pourtant il s'est traict par devers ladicte court de ceans & obtenu

lettres par vertu desquelles informations ont esté faictes touchant

ledit cas lesquelles avec lesdictes lettres closes ont esté appointees

devers ladicte court et despuis a esté baillé commission de prendre au

corps ledit amant deffendeur qu'on ne peult trouver/ ains c'est mys en

franchise si a esté adjourné a comparoir en personne a ladicte court

dedans troys briefz jours en laquelle il n'est daingné venir ne

comparoir/ ains c'est laissé cheoir et mettre en quattre deffaulx au

moyen desquelz ledit demandeur & ledit procureur general ont baillé

leurs demandes et conclusions que au moyen d'iceulx ilz requierent leur

estre faictes et adjugees qui sont bien grandes & tendans a grant

reparation honnorable et proffitable ainsi que en icelles est plus a

plain contenu et declairé Si a la court finablement veu lesditz charges

& informations avec lesditz deffaux bien continués & entretenus ensemble

lesdictz demandes et conclusions sur ce faictes. Et tout veu et

consideré la court au moyen desditz quatre deffaulx adjuge ausdictz

demandeurs tel prouffit qui s'ensuit/ c'est assavoir qu'elle tient et

repute ledict amoureux deffendeur attaint & convaincu des cas a luy

imposés et desclaire tous ses biens meubles et immeubles confisqués a

amours. Et avecques ce ordonne que lesdictes lettres closes ainsi

envoyees au nom dudict povre amant demandeur seront dessirés et

canceleez en jugement comme faulses et qu'il sera nonobstant icelles et

les maulvais raportz qui ont esté fais de sa personne a sadicte dame

remis reintegré et restitué en la grace d'elle comme devant. Et en

oultre condampne ledict deffendeur a faire amende honnorable en la court

de ceans a tout et devant l'huis de la dame une torche ardante en sa

main nue teste et sans ceinture en disant que faulsement et

maulvaisement & aultrement que a point il a trahy et deceu le demandeur

son compaignon & fait bailler le bont qu'il s'en repent et en crie mercy

a luy. Et pour amende prouffitable dommaiges & interest le condampne en

la somme de mille livres qui sera prinse sur ses biens avant toute

confisquation & a tenir prison jusques a plain paiement et es despens

desditz deffaulx. Au regard du moyne qui estoit participant de ladicte

trahison qui a porté lesditz faulces lettres/ la court ordonne vue

l'enormité du cas qu'il sera prins en lieu sainct et dehors ou l'on

pourra trouver pour estre amené en la court de ceans et au surplus

deffend la court une fois pour toutes dames/ damoiselles/ bourgoises et

aultres de quelque estat qu'elle soyent que de choses qui peuent toucher

amours ou les despendences ilz ne facent leurs ambassades ou messages

pour moynes ne ne s'i fient en quelque maniere que ce soyt s'elles ne

veullent estre deceues. Et oultre plus leur enjoinct expressement que se

d'avanture a l'issue du lever du lit elles de prime face en

rencontroient en la rue a jour perilleux comme le premier jour de may et

aultres que de celle heure elles s'en retournent coucher car c'est malle

rencontre.

¶ Le .xlii. arrest.

Il y a six ou huyt varletz cordonniers qui se sont plains en la court de

ceans de ce qu'il fault maintenant mettre aux pointes des soulliers

qu'on faict trop de bourre disant qu'ilz sont trop grevés et qu'ilz n'y

pourroient fournir les compaignons ne continuer ceste charge s'ilz n'en

avoient plus grans gaiges qu'ilz avoient acoustumé attendu que le cuir

est cher et que lesdis poulaines sont plus fortes a faire qui ne

souloyent Si a la court fait faire informacion & rapport du prouffist et

dommaige qu'ilz en ont/ et pourroient avoir & tout veu et consideré ce

qu'il failloit considerer la court dit que lesdis cordonniers feront

lesdis polaines grosses et menues a l'appetit des compaignons suivans

ledit service d'amours sur peine d'amende arbitraire

¶ Le .xliii. arrest

En la court de ceans c'est assis ung procés entre troys compaignons

amoureux demandeurs et complaignans en cas de saisine et nouvelleté

d'une part/ et trois belles dames deffenderesses & opposans: d'autre

part Et disoient lesdis demandeurs que quant amour ordonna faire aliance

d'homme et femme ensemble il bailla a chascun en droit soy de sa

dominacion et voulut que les hommes alassent au dessus des femmes comme

raison estoit/ et si leur ottroya aultres grans prerogatives que les

dames n'ont point dont n'est de present question. Et fut vray qu'il

permist aux amoureux faire cent mille menues choses qui n'apartiennent a

faire aux dames comme eulx vestyr court aller desceintz parmy la ville/

porter fauve au pié destre ou senestre tenir ung petit baston en la main

sans ce qu'il soit baillé ne ottroyé aux dames d'entreprendre sur leurs

droitz. Mais ce nonobstant icelles trois dames deffenderesses de leur

auctorité indeue avoient porté et portoyent botte fauve a leur devise/

et avecques ce faisoient fermer leurs soulliers d'aguillettes vertes et

par dedans entrelacez de rubiz & diamans/ vouloient aussi porter leurs

gans au costé le petit baston en la main et la robe courte a chevaucher

et plusieurs autres nouveletés au prejudice desdis demandeurs en les

troublant et empeschant a tort et sans cause indeuement et de nouvel en

leur possession et saisine parquoy avoient obtenu ladicte conplaincte Et

concluoient tout partinent en ceste matiere de nouvelleté/ Et en cas de

delay demandoient la recreance. De la partie desdictes dames fut

deffendu au contraire et disoyent que amours en faisant la division des

joyes mondaines pour avantager les dames voulut qu'elles eussent

seigneurie et domination sur les hommes et en signe de ce ordonna qu'ilz

seroient requerans et demandeurs/ et les dames deffenderesses en leur

ottroyant pouoir & auctorité de refuser ottroyer denier ou escondire

ainsi que bon leur sembleroit. Et ainsi doncques tout le bien que les

hommes ont si vient d'elles et ne peuent avoir plus grans droitz

preminences prerogatives en amours que elles. Et sont les dames en

possession et saisine de porter botte fauve pour l'honneur & amour de

amy au pié destre ou a senestre en possession et saisine de mettre et

trousser leurs gans de costé et les porter a la ceinture/ en possesion

et saisine de mettre aucuneffois entre la conroye de leurs soulliers a

la boucle/ quant il leur en prent appetit anneaulx et verges d'or/ en

signifiant amours defoulez aux piedz dont l'en ne tient plus compte/ en

possession et saisine de porter devises & faire cent aultres menues

plaisances entre eulx dont elles se peuent adviser/ en possession et

saisyne que lesditz amoureux demandeurs ne aultres quelzconques ne

peuent ne ne doibvent entreprendre sur leur droit/ et que s'ilz

s'estoient efforcés de faire le contraire des possessions et saisine par

elles pretendues de les contredire et empescher en proposant possessoire

pertinent et concluant en matiere de nouvelleté et en cas de delay

demandoient lesdictes dames la recreance Et fut replicqué par lesditz

demandeurs et disoient que par leur complaincte ne voulloient en riens

diminuer les drois des dames. Or estoit il ainsi que jamais ycelles

dames n'avoyent joye desdictes possessions/ mais estoit vray et tout

notoire que lesdictes choses appartenoyent aux hommes et par ainsi leur

complainte estoit bien recepvable Et au regard des possessions

contencieuses lesdites dames ne les pouoient soustenir/ car elles

sçavoient bien que ce n'estoyt pas chose licite ne honneste a femme de

porter botte fauve et anneaulx aux piez ains apartenoit mieux aux hommes

que a elles et ne le veit on jamais faire sinon depuis naguieres que

ceste entreprinse a esté faicte de nouveau et pour laquelle derrisyon

ilz ont obtenu ladicte complaincte/ Car il leur faisoit mal que aulcuns

en prinssent desplaisir contre elles ou qu'elles en fussent blasmees/

mais lesdictes dames en duppliquant disoient que s'il y en avoit aulcuns

qui fussent dolens de les veoir porter/ il y en avoit d'autres pour

l'amour de qui elles les portoyent qui y prenoient plaisir & pour homme

qui en parle ne cesseroyent ja s'il n'estoyt ordonné/ car elles

l'avoyent ainsi voué et promis a amours. Et quant est des possessions

jamais n'y avoient esté empeschez jusques a present et ne failloit point

dire que c'estoit chose mal seant a femme de porter botte ferree. car

elle leur siet aussi bien qu'a homme/ si est chose plus joyeuse et

nouvelle/ parquoy concluoit comme dessus. Ouyes lesquelles parties en

tout ce qu'elles ont voulu dire et proposer elles ont esté appointees en

droict et mettre par devers la court et au conseil que bon leur semblera

veoir en ceste matiere et tout veu la court dict que lesdictz demandeurs

a tort et sans cause se sont dolus & complains et que a bonne et juste

cause lesdictes dames deffenderesses se sont opposees Et les maintient

et garde la court en possession & saisine de porter la botte fauve au

pied dextre ou senestre/ fermer leurs soulliers d'esguilettes vertes ou

noires de mettre verges et anneaux d'or et de porter les gans de costé

en la seincture leurs robes courtes a chevaucher et en toutes

possessions par elles pretendues en levant la main d'amours et tout

empeschement qui leur avoit esté donné par lesditz demandeurs a leur

proffit en condampnant iceux demandeurs aux despens.

¶ Le .xliiii. arrest.

Les cinquante et ung arretz d'amours · 第 9 / 11 段