Par devant le marquis des fleurs et violettes d'amours c'est assis ung

aultre procés d'ung amoureux demandeur d'une part & une jeune amye

deffenderesse d'aultre part sur ledit amoureulx disoyt que tous les plus

grans biens qui sont en amours/ c'est entretenir les cueurs l'ung de

l'autre en perfaicte aliance et union d'amytié et que toutes et

quanteffois que ung amant ou une dame est vaquant ou que elle

s'entremect de complaire a plusieurs c'est signe que son cueur n'estoyt

point entier en loyaulté et que l'on ne se doibt pas trop fier/ or se

pressuppose disoit que ceste dame cy avoyt faict plusieurs promesses. Et

entre les aultres que jamais elle n'auroit aultre que luy tant qu'il

seroit vivant/ et luy pareillement a elle si en avoyent faict serment

l'ung a l'autre sy grant et solempnel que faire peust en tel cas/ et

ainsi se avoyent promys qu'ilz ne feroient chose a leur pouoir par quoy

nul d'entre eulx y peust prendre ne avoit desplaisir/ mais ce nonobstant

ladicte dame puis nagueres de temps en ça s'entremettoit d'entretenir

plusieurs aultres gallans par parolles et tresbelles cheres deffendues

en tel cas. Et oultre plus pendoit tous les jours en sa sainture et en

sa quenouille boucquetz nouveaulx et fleurs estranges sans ce que ledit

amant les luy ayt donnees dont il a ung peu de mal en sa teste/ car

aulcunesfoys quant il est dedans son lict et s'esveille sur ce point il

mect bien trois heures a soy endormir Et pource concluoit que sa dicte

dame fust contraincte et condampnee a ne plus porter boucquetz ne fleurs

en quelque maniere que c'est synon qu'il les luy donne ou qu'il en soit

d'accord/ et aussy qu'elle ne face chiere a aultruy sinon a luy seul et

ainsi qu'elle avoit promis et offert de sa part s'elle prenoit plaisir

en fleurs/ et boucquetz de luy en faire bailler et avoir tous les jours

tant qu'elle vouldra affin qu'elle n'eust occasion de prendre aillieurs

De la part de ceste dame deffenderesse fut deffendu au contraire et

dysoit que quelque promesse que feissent dames doibvent entendre

civilement c'est assavoir la ou sera leur plaisir & ne donne encore

jamais si grant auctorité qu'ilz n'en retiennent tousjours aulcune chose

devers elles & qu'elles ne soient sur leurs piedz pour user de leurs

voulentés et plaisirs car elles sont dames Disoit de rechief avecques ce

que ledict amant a tort de se plaindre de ce qu'elle porte boucquetz et

viollettes & qu'elle tient langaige a trop de gens Car supposé qu'elle

luy ait promis de l'aimer bien & loiaument elle n'est pas pourtant liee

ne obligee qu'elle puisse parler a aultre que a luy et prendre desdictes

viollettes et boucquetz s'il ne luy en donne ung. Aussi le contract qui

seroyt fait autrement ne se pourroyt soubtenyr car l'en scet que dames

ne peuent renoncer aux biens qui leur peuent venyr et ont don et

previleges de nature de rire & faire bonne chiere a tous affin que nulz

ne puissent dire qu'elles soient mal gracieuses. Et appert bien que

ledict amant est bien jeune simple et mal conseillé de intenter procés

et fayre debat pour cecy. Car de tant qu'il auroyt vers elle plusieurs/

requerans et serviteurs et qu'elle l'avanceroit et aymeroit encore

mieulx par dessus les aultres de tant auroit il plus de bien et en

seroyt plus honnouré. Mais il entend mal son cas car il seroit content

qu'on l'alast acoller devant tout le monde et qu'elle ne parlast a

aultres que a luy affin qu'on die qu'il eust le bruyt qui n'est pas la

maniere. Au regard des boucquetz et fleurs il a tort de s'en plaindre/

car elle a en sa maison des violettes et marjolaynes ou elle les prent.

Et pose qu'on les luy donnast si n'y peust il avoir interest/ car

l'imposition ne luy en est deue/ et si n'est chose ou l'en se doit

gueres arrester veu que la fleur et odeur s'en passe de legier. Et quant

a l'offre qu'il luy fait de l'en fournir respondit qu'elle n'en avoit

cure/ et ne voulloyt point nullement du monde qu'il ait occasion de les

luy reprocher si concluoit par ces moyens affin d'absolution et de

despens. Sur quoy ledit demandeur disoyt au contraire que telz boucquetz

perles et menues choses sont cause aulcuneffoys de esmouvoir les cueurs

et faire bailler les bontés a aultres qui point ne s'en doubtent.

Finablement partyes ouyes furent appointees en droit & par sentence s'y

absolut ceste deffenderesse de impetrations et demandes de ce demandeur

en luy permetant s'elle vouloit en tant que mestier estoit de parler

rire salluer et porter boucquetz toutes et quanteffoys qu'il luy

plairoyt et bon luy sembleroit. Et condampner ledit amant en ses despens

dont il sentit grevé et appella en la court de ceans ou le procés a esté

receu pour juger. Sy a la court veu ledit procés a grant & meure

deliberation et que faisoyt a veoir en ceste matiere. Et tout veu/ dit

qu'il a esté bien jugié et mal appellé et l'amendera l'apellant en le

condampnant es despens de la cause d'appel la tauxation reservee par

devers elle.

¶ Le .x. arrest.

Devant le juge de la garde des seaux establés aux contractz d'amours il

c'est assis ung autre procés entre ung amoureux demandeur en matiere de

recision de contrat usuratif d'une part/ & une sienne dame et amye

deffenderesse d'aultre part. Et disoyt ledict demandeur que de raison &

selon les ordonnances toutes usures sont en amour prohibees et

deffendues et que l'en n'en doibt point user. Or ce presuposé disoit que

du temps que il accointa ladicte dame luy estant en la grant chaleur et

voulant bien complaire a elle se ingera pour entrer en la grace de luy

offrir corps et biens en luy faisant plusieurs dons et gratuites/ & fut

bien vray que en ce temps ledit gallant qui estoit fort feru et surprins

de l'amour de elle et ne luy chaloit qu'il feist luy promist & obligea

de luy mener toutes les festes de l'annee entre minuyt/ Et le point du

jour le tabourin et les bas menestriers pour la resveiller en son lict

et oultre luy promist de luy donner a toutes les estraines ung beau

chapperon de demy graine et aussi une robbe neufve a chascun premier

jour du mois de may de telle couleur qu'elle la vouldroit et aussi

estoyt obligié de changer et porter pour l'amour d'elle tous les moys

une robbe neufve a la devise d'elle lesquelles choses il avoit

continuees ja par long temps Mais il en estoit fort lassé veu que la

charge estoyt bien grande et disoyt que ledict contract ne se pouoit pas

soubstenir/ car pour les biens/ et plaisirs dessusdictz qu'il estoyt

tenu de faire a ladicte deffenderesse s'il ne amendoit d'elle il n'en

avoyt pour toute recompence que ung seul baiser quant il la pouoyt

trouver a part qui n'estoit pas juste ne egalle recompensation. Et aussy

la deception y estoit toute clere. Et disoyt en oultre/ que lesdictz

menestriers et robbes et chapperons sans les autres bagues ne la paine

de luy pour la poursuitte coustoyt tous les ans une grant somme d'argent

qui luy convenoit bailler et trouver/ et payer de sa bource pour

complaire a elle & luy faire plaisir/ et touteffoys de son costé ne luy

donnoit que ung seul baisier ne n'y mettoit du sien que la bouche/ ou la

joue enquoy elle gaignoyt plus de la moytié et sans main mettre parquoy

l'usure y estoit toute clere et pource elle concluoit et requeroit

ledict amant que ledict contract feust recindé et adnullé et demandoit

despens. De la partie de ladicte deffenderesse fut deffendu au contraire

et disoit que de l'appeller usuriere ledict amant avoyt grant tort car

avecques luy elle n'avoit gueres gaigné. Mais il advient souvent que

pour faire plaisir l'en a dommage. Et pour passer oultre disoyt que se

elle ne l'eust jamais trouvé luy eust esté grant prouffit/ pour luy

avoit souffert de malles nuytz dont elle estoyt petitement recompensee

et ne failloyt point qu'il se plaingnist dudict contract/ car ne luy

avoit pas faict faire/ mais luy mesmes l'avoit poursuivy et chassé.

Disoit aussy qu'elle ne le contraignoyt point de envoyer aulx festes les

menestriers devant son huys ainçoys y venoient jouer telles fois qu'elle

eust bien voullu qu'ilz en eussent esté bien loing Car de les ouyr quant

l'en a pas le cueur en joye est regrettement de dueil et planté de

pleurs et de lermes Et quant est des robbes si luy en a donné plusieurs

et elle les a voulu prendre de tant luy a fait plusgrant plaisir/ et en

est bien tenu a elle veu qu'elle luy avoit faict plus d'honneur qu'il ne

luy apartenoit de les avoir vestues & portees pour l'amour de luy. Et

entant que toutes les robbes neufves dont il s'abiloit tous les mois

ladicte deffenderesse disoit qu'elle n'y avoit gaigné ne prouffit et que

s'il en voulloyt avoir tous les jours elle ne l'en pourroit pas garder:

Disoyt oultre pour respondre au faict de partie que toutes les robbes/

et tout l'argent qu'il sçauroit en tout le monde finer pour faire dons

et gratuytés ne sont a comparager seullement a la moytié d'ung baiser/

Car s'il failloit faire estimation ou prisation de l'ung a l'autre et

que ce fust chose que l'en peust priser ou estimer l'en trouveroit sans

comparaison que la moytié d'ung seul baiser d'une dame octroyé de bon

cueur vault mieulx que tous les biens ne l'argent que on sçauroyt

donner. Or avoyt ledict amoureux ung baisyer d'elle tout entier et par

sa confession mesmes prinse en son prejudice Parquoy de dire le contract

feust usuré n'y avoit apparence nulle. Disoyt aussy que ung baisier est

reputé en amours pour chose singulliere et espirituelle & qu'on ne le

sçauroit trop vendre ne acheter mesmement quant il est procedant de joye

et qu'il y a embrassement Si le doit par ses moyens ladicte dame affin

d'absolution et de despens. A quoy ledict demandeur par ses replicques

disoit que touchant ledit baisier il en avoit autant de payne comme elle

& de la joye qu'il en yssoit elle en amendoit aussi bien comme luy

parquoy il ne pouoit cheoir en compensation. Et sur ce dupliquoit la

deffenderesse que le bien qu'il procede d'ung baiser vient de la grace

de la dame qui le donne et nompas de celuy qui le requiert/ car le

plaisir vient d'elle et multiplie la joye de celluy a qui il est donné

pource dyent les maistres que telz biens ne sont a donner ne a

garçonner/ ains il fault que ung homme soyt bien experimenté et qu'il

ait bien servy avant que il soit digne de avoir ung baisier. oyez

lesquelles parties elles furent par ledit juge de la garde des seaulx

appoinctees a produire et en droict. Et depuis par sa sentence il dist

et declaira que ledit contract ne estoit point usurier/ et absolut

ladicte dame de ses petitions et demandes & le condampna es despens dont

il appella en la court de ceans ou ledit procés a esté receu et conclut

pour jugier/ et a ladicte court veu ledit procés et tout ce que il

faisoit a veoir en ceste matiere/ Et tout veu dict que il a esté bien

jugé et mal appellé par ledit amoureux et l'amendera et payera tous les

despens de la cause d'appel la tauxation reservee a ycelle.

¶ Le .xi. arrest.

Devant le maistre des forestz et des eaues sus le faict du gibier

d'amours c'est assis ung aultre procés entre une jeune dame demanderesse

d'une part/ & ung sien serviteur jadis amy deffendeur de l'aultre part.

Et disoit ladicte demanderesse que a ung soir bien tard que il faisoit

chault & que le soleil estoit pres de coucher elle & ledit amant et

plusieurs de ses amys/ voisins s'en allerent baignier sus ung gravier

d'une ysle et chasser aux poissons/ et furent les ungz mis en ordonnance

pour tenir les rethz et filetz et les aultres pour courir devant le

poisson/ et le faire courir devant les rethz. or advint que en courant

ledit amoureux qui avoit tousjours l'oeil sus elle et plus que a prendre

le poisson se vint aborder a l'encontre de elle/ et combien qu'il eust

assez place pour tirer son chemin ailleurs toutes voyes tout en

soursault/ et en ung moment il luy feist le jambet tellement que ceste

povre femme cheut a terre & que sa cotte simple fut mouillee & gastee

dedans la riviere Et ne fut pas encores content mais en faisant semblant

de la relever il luy meist la main sur le tetin et la pressa tresfort

dont elle fut toute esmeue au lict malade par bien long temps parquoy

elle requeroit a l'encontre dudit amant qu'il en fust tresgriefvement

pugny de pugnition publicque ainsi que le cas le requeroit et tellement

que les aultres y puissent prendre bonne exemple. de la partie dudit

amant fut dit tout au contraire que vrayement il est vray/ que ladicte

dame et plusieurs aultres prindrent complot de leur baigner et chasser

aux poissons et puis fut ledit amant mis a l'avantgarde pour chasser

ledit poisson devant & elle estoit d'ung autre costé & tenoit les rethz

& le filet. Si advint que comme il choisit le poisson il mesmarcha pour

ung gros chaillou que il trouva qui le feist tumber sur elle et

tellement que tous deux cheurent dedans l'eaue/ mais dieu mercy ne

c'estoit point fait de mal car l'eaue n'estoit point grande et si estoit

en plain sablon. et disoit oultre sus sa foy que en chayant il ne

l'avoit tastee ne pincee ne ne eut pas le loysir de ce faire pour l'eaue

dont il estoit tout esblouy/ et ne luy cuydoit avoir faict aucun mal. or

disoit il que de la cheuste il n'en pouoit mais/ car le cas estoit

advenu qu'il ne l'a pas fait cheoir en son escient si l'en ne luy en

pouoit riens demander. et au regard de la cotte simple/ et aultres

habillemens d'elle qu'elle disoit estre gastez aussi avoyent esté

pareillement les siens/ et si avoit esté autant moullé comme elle/ & par

ces moyens tendoit affin d'absolution et de despens. ledict procureur

d'amours dessus le fait des eaues et des forestz disoit que par les

ordonnances il est deffendu de ne point chasser a engins par lesquelz

l'on puisse prendre teteins en l'eaue/ et requeroit que cest amant fust

condampné en une bonne et tresgrosse amande. Mais ledit amoureux disoit

au contraire que ce n'estoit raison car il n'avoit faict chose digne de

reprehension/ ne touché au tetins dont il ait souvenance/ et se

d'advanture sa main y avoit frayé qu'il ne confesse encore pas si auroyt

ce esté en tumbant & cheant et estoit force qu'il se soubstint a quelque

chose/ mais quoy qu'il en soit ladicte dame ne en avoit point esté

blecee/ et pource concluoit comme dessus affin d'absolution. Surquoy

ladicte demanderesse disoyt que la cheuste estoit trop lourde/ et qu'il

ne s'en pouoit excuser/ car il l'avoit fait d'aguet a pense & propos

deliberé pour parvenir a ses attaintes et en verité s'il ne lui eust

fait oultraige elle n'en eust daingné parler Finablement parties ouyes

elles furent appointees contraires et en enqueste & depuis ladicte

enqueste faicte et le procés appointé en droict le maistre des eaues et

forestz condampna par sa sentence ledict amoureux deffendeur a faire

faire a ladicte dame une cotte simple verte en lieu de la sienne qui

avoit esté gastee et a la porter en sa main et seroit tenu de se

encliner devant elle en ostant son chapperon seulement et dire ces motz

a genoulx. Madame par l'ordonnance de justice je suis contrainct de me

venir rendre a vostre grace & mercy si vous prie que vous prenez en gré

ceste robbe verte que je vous donne de bon cueur & au regard du

demourant ne vous en souviengne plus car sur ma foy je ne le fis oncques

en intencion de vous courroucer ains aymeroye mieulx estre mort et au

surplus furent les despens recompensez d'ung costé & d'autre De laquelle

sentence ledit deffendeur en appella en la court de ceans ou le procés a

esté receu pour juger si a la court veu ledit procés l'enqueste aussi &

tout qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout veu dit qu'il a esté

bien jugé par ledit maistre des eaues & forestz et mal appellé par

l'appellant & l'amendera & condampne es despens

¶ Le .xii. arrest.

Les cinquante et ung arretz d'amours · 第 2 / 11 段