Par devant les dames de conseil d'amours en ladicte chambre de plaisance

c'est assis ung autre procés entre ung aultre tresbeau et jeune filz

bien amoureux demandeur & complaignant en cas de saisine et de

nouvelleté d'une part & une gracieuse dame deffenderesse d'autre part.

Et disoit ledit demandeur que ja pieça par alliance d'amours luy et elle

se donnerent l'ung a l'autre et promirent de vivre et mourir ensemble

comme deux vrais amans sans jamais departir par quelque malheurté qui

peust advenir et en ce point en conferment l'aliance en eut plusieurs

baisers donnez de si tresbon cueur que les larmes en venoyent de joye

aux yeulx d'ung chascun. Disoyt avec ce ledit amant que aprés l'alliance

et confirmation ainsi faicte sollempnellement eulx deux promisrent

encore qu'ilz seroyent communs en biens & que l'ung ne feroit jamais

chose qui despleust a l'autre mais ce que l'ung vouldroit l'autre

consentiroit/ affin que l'amour durast tousjours. or disoit ledit

demandeur que a ce tiltre & par les moyens dessudictz avoit droit &

estoit en bonne possession et saisine que ladicte dame ne pouoit ne

debvoit acointer ne s'ayder d'autre que luy ne luy faire autre chere. en

possession & saisine qu'elle ne leur debvoit ryre ne faire le petit

genoul. en possession et saisine qu'elle ne debvoit saluer ne parler a

eulx en quelque maniere que ce feust s'il n'y estoit present. en

possession et saisine qu'il devoit & est sur tous le mieulx aymé &

recueilly grandement quant il parle a elle sans luy rechisgner ne

tourner la teste de costé ne d'aultre. en possession/ et saysine que

quant il se veult esbatre avec elle & luy doit dire les sornettes

qu'elle luy doit respondre gracieusement comme elle faisoit au

commencement & en riant sans le mespriser ne contempner. En possession &

saisine que quant elle veult aller jouer et esbastre aux champs qu'elle

luy doibt faire assavoir pour y aller ou sans y mener d'autres. en

possession & saisine qu'elle ne doit souffrir prendre les liens de sa

chausse/ aulcuns qui en font les sursaintes & qui les portent entour

eulx en lieu de sainctures. En possession & saisine que se d'advanture

il la boutte en passant par la rue par le costé ou qu'il gecte une

violette que elle ne luy en doit point gecter les groins ne faire aulcun

semblant qu'elle en soit courroucee. en possession et saisine que s'il

arrive en son hostel ou en aultre lieu ou elle soit assise elle doit

reculer sa robbe pour luy faire place. Mais ce nonobstant ceste

deffenderesse depuis ung peu de temps en ça luy a tenu et tient les plus

estranges termes du monde/ car quant il la salue et rencontre elle n'en

tient compte/ ains faict semblant qu'elle ne le vit jamais. Et avec ce

tient parolles a plusieurs autres galans en leur faisant plus grant

chiere que a luy & luy sembla maintenant qu'elle preigne a desplaisir

tout tant qu'il luy dit & faict. Et bien souvent quant elle le voit

d'ung costé elle va de l'autre en le mocquant & desprisant & mettant a

non challoir le temps passe et l'alliance qu'elle a faicte. Et oultre

plus quant il se veult jouer a elle ainsi que il avoit accoustumé elle

l'injurie & menasse de frapper & ce fait n'a pas granment qu'il tiroit

sa quenoille par derriere elle se courrouça moult aigrement et jura que

s'il y venoit plus elle luy en bailleroit sur la teste en troublant &

empeschant ledit complaignant en ses possessions & saisines a tort &

sans cause indeuement & de nouvel puis an et jour en ça. Et pource

concluoit en matiere possessoire tout pertinent/ & en cas de delay

demandoit la recreance Et pour deffence ladicte deffenderesse disoyt que

de raison naturelle feminine nulle dame n'est tenue d'aymer se la

personne qui la requiert ne luy plaist ou agree et que aultrement le

faire seroit trop a contempner tous les biens d'amours qui viennent de

plaisir et joye. or ce pressuposé disoit que cest amant se fyoit trop en

ses pensees et folles ymaginations Il cuidoit que tout ce qu'il

pourpensoit devoyt advenir/ dont il estoit bien loing ne n'estoit

coustume a advenir a telz biens par force et pour parler a cheval veu

que tous ceulx qui se humilioyent jusques en terre et qui ne servent que

d'obeyr et complaire a grant paine y peuent parvenir. Disoit avec ce

qu'elle l'avoit aymé comme femme doit aymer ung chascun/ mais qu'il y

eust aliance ou promesse particuliere entre eulx deux et telle qu'il

l'avoit baptisee il ne la trouveroit point/ car tousjours avoit esté

entiere et maistresse de soy comme encore avoit intencion d'estre/ et ne

failloit point qu'il se plaignist d'elle atendu que a luy ne a aultre

n'a mal fait. Et quant est des possessions qu'il prenoit a l'encontre

d'elle disoit qu'elles n'estoyent recevable car selon raison gardee en

matiere d'amours on ne peult empescher que femme ne caquette/ parle/

salue/ rye/ ou bon luy semble. Et d'aultre part ung serviteur ne doit

estre receu a prendre complaincte contre sa dame tout ainsi que ne fait

le vassal contre son seigneur. Et la raison est bonne/ car ce seroyt

attribué domination & seigneurie a ceux qui n'en ont point et qui n'en

peuent avoir sinon par le moyen et courtoisie des dames/ et par ainsi

doncques ce ceste dame avoit de grace aymé le gallant Cela pourtant ne

l'obligeoit pas a l'aymer tousjours ne n'y avoit point d'aparence de

dire qu'elle fust contrainte faire ce qu'il vouldroit bien souvent

pensee de femme se change Et au faict de la quenoulle respondit que

voirement pour ce qu'elle n'estoit lors en ses bonnes qu'il vint a elle

tout estourdy se elle l'eust peu attaindre elle l'eust frappé. disoit

oultre que par les moyens dessusditz estoit en possession et saisine de

resister et esloingnier ledict amant et de ne luy faire chiere ou feste

comme au plus estrange d'alemaigne en possession et saisine de luy dire

plainement allez vous en vous m'ennuyés et de contredire a toutes ses

voulentés en posession et saisine de ne le daigner regarder ne dire a

dieu s'il ne luy plaist se bon luy semble en possession et saisine qu'il

ne se peult nommer ne dire son serviteur ne tenir riens d'elle en

possession et saisine de tout ce qu'elle fait ou dit qu'il ne luy

appartient point de parler ne de mot sonner. en possession et saisine

que s'il veult avoir dame qu'il la doit aller querir ailleurs. En

possession et saisyne s'il estoit efforcé ou efforçoit de faire le

contraire des possessions et saisines dessusdictes de le contredire &

empescher et le tout luy fayre reparer et mettre par justice au neant et

au premier estat et deu en proposant du costé d'elle possessoire

pertinent et en cas de delay demandoit la recreance mais sur ce ledit

amoureux qui replicquoit et disoit que au regard de nyer l'aliance &

promesse faicte entre eulx ladicte dame avoit grant tort car elle avoit

passees et accordees par serment mais d'en faire apparoir par lettres

que ledict complaignant ne pourroit pource que alors n'y avoit que eulx

deux & au regard la jouissance et possession qu'il avoit eu depuis au

moyen de ce il la prouveroyt aussy clere que le jour Parquoy devoit

souffire a son intencion/ disoit aussy que ses possessions estoient bien

recepvables car elles ne tendent que a acomplir et executer ce que

sadicte dame mesme la voulu. C'est assavoir de ne faire chose a son

pouoir qui luy puisse tourner a dommaige & ennuy Or disoit il qu'il

n'est aujourd'huy plusgrant desplaisir que de veoir ung estrangier

festoier & avoir le bien qu'on a desservy/ parquoy il estoit bien fondé

et ne vouloit point ledict complaignant empescher qu'elle ne parlast rie

ou fist bonne chere a qui bon luy sembleroit/ mais qu'il feust

toutsjours bien venu et aussi qu'il feust asseuré que quelque chose

qu'elle fist aux aultres si seroyt mieulx aymé dont elle faisoit le

contraire/ car elle le rigolloit plus que se jamais ne l'eust veu &

supposé que l'on dit que subgect ou serviteur ne peut intenter

complaincte contre sa dame/ toutesfois il disoit que ceste raison

n'avoit point icy lieu/ car pour le moyen de la solution & aliance

qu'elle mesmes avoit fait il estoit devenu seigneur & avoit autant de

puissance qu'elle ne plus ne mains ne n'eust pas deffendu que ung

subgect et serviteur ne se puisse complaindre de sa dame ains est permis

de droit quant elle le griefve ou luy fait extorcion comme au cas qui

souffre. Aultrement aussi n'y auroyt jamais reparation et seroient

povres amoureux et trop tenus de court mal traictez & concluoit comme

dessus Mais ceste deffenderesse disoit au contraire que tous les biens

d'amours gisent en grace des dames et qu'on ne se peult complaindre. car

elles mesmes ne sont pas maistresses pour ce qu'il fault que les biens

voisent aux sainctz a qui ilz sont vouez et ou amours les veult departir

et ainsi doncques de se plaindre d'amours qu'il fait departir la grace

ou il luy plaist la complaincte n'est recevable et n'y faisoit riens

l'aliance car telz biens ne se peuent par aliance obliger ne engaiger

ainçoys toutes promesses qui seroient & sont faictes au contraire et

prejudice des dames sont nulles ipso jure ne n'en fault point de

relievement et la raison est bonne car dames sont exemptes de force &

servitude et fault venir a elles par supplication & par ainsi donc d'y

venir par complainte & prendre telles possessions pour les mettre en

subjection et servitude n'y auroit point d'apparence/ surquoy parties

ouyes finablement lesdictes dames du conseil d'amours en la chambre de

plaisance les appointerent de faire de chascun costé examen de .xii.

tesmoins pour valoir a fin principal que de recreance et depuis ledit

examen fait & que les parties eurent produit icelles dames du conseil

par leur sentence dirent et declarerent que cest amoureux demandeur ne

faisoit a recevoir comme complaignant et que a tort il c'estoit dolu et

complainct que a bonne et juste cause ladicte deffenderesse c'estoit

opposee et la maintindrent & garderent es possessions & saisines par

elles pretendues en levant et ostant la main d'amours et tout

empeschement a son prouffit et si le condampneront a ses despens. De

laquelle sentence ledit amoureulx c'est sentu agravé et en a appellé en

la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger sauf a faire

droit prealablement sur l'enterrinement de certaines requestes civilles

lesquelles avoyent esté obtenues par ledict appellant pour estre receu a

produyre ung pied de voultour d'argent doré que sa dame luy avoit donné

pour curer ses dens avec ung petit d'or fait a lermes qu'il avoit

tousjours porté et portoit encores pour l'amour de elle entre la chemyse

et la chair affin de monstrer par ce de sa pocession: et aussi de

l'acointance qu'il avoit eue avecques elle laquelle avoit nié lesquelles

choses avoit obmis de produire en son procés principal pour oubliance Si

a la court finablement veu ledit procés examens requestes civiles & tout

ce que faisoit a veoir en ceste dicte matiere et tout veu la court dit

qu'elle ne obtempere point a la requeste civile/ neantmoins qu'il fust

mal jugié par lesdictes dames du conseil et bien appellé par l'appellant

et en amendant le jugement la court dit que ledict complaignant est bien

a recepvoir & que a juste cause il s'est doulu et complainct et que a

mauvaise cause ladicte deffenderesse s'est opposee/ maintient et garde

la court icelluy amant complaignant en toutes ces pocessions & saisines

en levant et ostant la main d'amours et tout empeschement a son

prouffit/ et si condampne la court ladicte intimer es despens de la

cause d'appel et principal la tauxation reservee par devers elle.

¶ Le .xiii. arrest

Devant le prevost d'aubepine c'est assis ung procés entre les hoirs &

heritiers d'ung gratieux jeune amoureux demandeur d'une part et une dame

jadis son amye deffenderesse d'aultre. Disoit ledict demandeur/ que le

deffunct en son vivant estoit bien alyé avecques la dame qui l'a bien

servi jusques a la mort/ disoit que en faisant l'inventoire des biens

l'on a trouvé en son coffre une lettre de sa main signee d'elle par

laquelle il avoit droit de prendre et avoir d'elle tous les jours ung

doint bon jour et luy debvoit faire la dame le petit genoul quant le

rencontreroit. Or disoyent qu'il estoit allé de vie a trespas delaissé

lesditz demandeurs ses plus prochains heritiers habilles a luy suceder

ausquelz maintenant appartenoit la debte et revenue qu'il avoit et

pource requeroient iceux demandeurs que ladicte deffenderesse feust

condamnee a leur paier les choses dessusdictes/ et a leur continuer et

entretenir comme heritiers dudyct deffunct. Ledit genoul leur dieu vous

gard/ quant elle les rencontreroit et a leur bailler ung boucquet comme

elle estoit tenue de faire a leur frere. A ces fins ilz concluoyent

despens. De la partie de la dame si fut deffendu au contraire/ et disoyt

que se on fait du plaisir et des biens aux ungz l'en n'est pas tenu de

les faire aux autres/ et au regard du deffunct elle l'avoit voirement

bien aymee jusques a son trespas. disoit aussi qu'il estoit bien vray

que pour la grant loyaulté qu'elle sentoit aucuneffois a luy elle luy

faisoyt de bon gré aucuns biens qu'elle ne vouloit pas faire a ses

heritiers/ car elle ne les congnoist ne ne scet qu'ilz sont si non par

ouyr dire/ et quant est de la lettre ou scedulle dont il se veulent

ayder elle n'estoit point congneue/ parquoy n'emportoit ypotecque

d'obligation. Disoit oultre que posé qu'elle feust obligee envers ledit

deffunct si n'en pouoient ilz faire poursuytte car par la coustume

notoire et gardee en matiere d'amours toutes et quanteffois que deux

personnes sont allyez en amours et l'ung va de vie a trespas/ Adoncques

les biens qui estoient communs ensemble se departent et sont estaings ne

n'y peuent les heritiers succeder car telz biens sont personnelz et

n'ont point de suyte/ ains des incontinent que la mort vient il meurt

ensemble ne n'ont point vigueur et disoient lesditz heritiers ne

faisoient a recepvoir/ et que s'ilz estoient recepvables que si estoient

elle en voye d'absolution/ et demandoit despens. Les demandeurs pour

leurs replicques disoient que se ledict deffunct eust esté tenu en

aulcune chose vers elle que elle en eust bien voullu estre paiee d'eux

parquoy c'estoit raison pareillement qu'ilz en eussent ce qu'elle luy

devoit veu qu'ilz estoyent ses heritiers. La deffenderesse disoit qu'il

y a autant de difference de debte deue a cause des biens temporelz & des

biens d'amours comme de blanc a noir et que l'une n'ensuit point la

nature de l'autre Disoyt aussi que si leur faisoyt avoir le petit genoul

et ung dieu vous gard il conviendroyt diviser les biens d'amours et la

renderoit la mort subgecte de fayre d'eux plaisirs pour ung qui estoyt

contre raison. Parties ouyes le prevost les appointa a produire en

droict puis par sentence declara que les heritiers ne faisoient a

recevoir en absoulant la deffenderesse des impetitions et demandes et

les condempna es despens Ilz ont appellé en la court de ceans la ou le

procés a esté receu pour juger et veu le procés et tout ce qu'il

failloit voir en ceste matiere ladicte court dit qu'il a esté bien jugé

mal appellé par lesdictz appellans et l'amenderont d'une amende

seullement et si les condampna es despens de la cause d'apel la

tauxation reservee vers elle.

¶ Le .xiiii. arrest

Par devant le seneschal des ayglantiers c'est assis ung autre procés

entre ung demandeur en matiere de retrait lignaigier d'une part. Et

disoit ledit demandeur que ung sien frere et compaignon d'armes acquesta

ja pieça d'une tres belle dame ung baiser toutes les sepmaines dont il a

longuement jouy et estoit vray que puis ung an en ça ycelluy du

consentement d'elle et pour son bon plaisir avoit vendu et transporté

ledict baiser et le droit qu'il avoit en icelluy audit amant deffendeur

en sa partie adverse pour certain pris convenu entre eulx/ or disoit

ledit demandeur qu'il estoit le prochain lignaigier d'ycelluy vendeur

parquoy a venir au retraict avoit droit et pource requeroit que ledit

deffendeur feust condampné a luy delaisser ledit baiser & offroit

bourses et deniers en ce cas de delay/ demandoit despens/ dommages et

interestz de la partie dudit deffendeur fut deffendu au contraire/ et

disoit que en amours ne y a point de retraict. Car les biens qui en

procedent ne descendent point de ligne directe ne colacteralle ne ne

peult estre heritage perpetuel/ si non a ceulx qui les acquierent et si

ne les peut encores transporter ne alliener a autre ce n'est par le gré

& consentement d'elle dont ilz procedent & fault encores qu'il y ait

interposition de decret d'elle qui y consente ou autrement tout seroit

nul. Disoit oultre que ledit demandeur ne pouoit venir a retraict/ car

point n'y avoit vendicion mais estoit une pure donnation que ladicte

dame luy avoit faicte ainsi que loisible luy estoit en faveur de celluy

dont il a le droit qu'il avoit moult pryé de luy donner ledict baiser en

son abscence. Et par ses moyens tendoit a fin d'absolution de despens Le

demandeur disoit au contraire pour ses repliques que puis qu'il y avoit

transporté & qu'il estoit lignaiger du vendeur il devoit estre receu

audit retraict. Car c'est la plus convenable chose que les biens voisent

aux prochains que aux estranges. Et au regard de la dame il disoit que

elle debvoit estre contraincte d'y consentir & le deffendeur a s'en

departir. Mais ledit deffendeur disoit que le transport dudit baiser

n'estoit point fait pour cause de vendition/ mais par maniere

d'eschange/ car il estoit en ce lieu tenu de recompenser celui qui luy

avoit faict transport de luy bailler la moitié plus de telz biens d'une

autre dame dont il avoit requis. Surquoy finablement partyes ouyes elles

furent appointees en droit/ et depuis ledit seneschal par sa sentence

deist et declaira que ledit demandeur ne seroit point receu audit

retraict et que ledict deffendeur jouyroit dudit baisier selon le

transport et donation a luy faicte/ Et si le condampna aux despens dont

celluy demandeur appella en ladicte court de ceans ou le procés a esté

receu pour juger. si a la court veu ledit procés avec ce qu'il failloit

veoir en ceste matiere & tout veu dit qu'il a esté bien jugé par ledit

seneschal & mal appellé par l'appellant & l'amendera & si condampne la

court es despens la tauxation reservee par devers elle.

¶ Le .xv. arrest

Par devant le reformateur general sus le faict des abus d'amours c'est

assis ung procés entre ung amoureux demandeur d'une part et une sienne

dame et amie deffenderesse d'aultre part et disoit ledit demandeur que

pour avoir accointance & privee familiarité de ladicte deffenderesse il

se estoit plusieurs foys tyré par devers elle & luy avoit compté tout

son cas qu'elle le voullist aymer. Disoit oultre qu'il estoit vray que

pour le entretenir en amour & affin qu'il luy souvint de luy il lui

avoit baillé plusieurs bagues & joyaulx & mesmement quant il parla a

elle/ derrenierement lui bailla six aulnes de damas pour faire une cotte

simple deux petites verges d'or/ quatre aulnes d'escarlatte/ une

turquoise/ & ung agnus dei doré bien gent avecques plusieurs aultres

menues choses/ or disoit il que depuis qu'elle a eu lesditz dons elle a

tenu de luy moins compte que devant en commetant vice d'ingratitude et

si luy tient les plus estranges termes de jamais car quant elle le voit

ne s'en faict que mocquer qui est mal consideré le plaisir & peine qu'il

a eue pour servir et acquerir sa grace et pource que il scet bien qu'il

ne la sçauroit contraindre a l'aymer s'elle ne le vouloit requeroit que

commandement luy fust fait pour declairer c'elle l'aymeroit ou cas

qu'elle en seroit reffusant qu'elle feust condampnee a luy rendre/ et

restituer lesdictz dons qu'il luy avoit baillé & ne demandoit point les

despens pour ce qu'il disoit que il l'aymoit trop De la partye de la

deffenderesse fut deffendu au contraire disant qu'en matiere d'amours

n'y a point de reception et que yceulx qui demandent ce qu'ilz ont donné

doivent estre reputez infames et privez de tous biens d'amours/ Or soit

que cest amant estoit jeune & estourdy qui n'entendoit point son cas/

car il luy sembloit pour ses beaulx yeulx qu'on luy devoit ottroyer ce

que il demandoit des la premiere fois sans ce qu'on l'eust essayé ne

sans sçavoir qu'il a au ventre. disoit oultre qu'elle luy a dit

souventeffois que quant elle le rencontroit en la rue qu'elle ne luy

faisoit point de chere affin que les gens ne s'en aperceussent mais il

s'en courrouce et voulsist bien qu'elle luy rist a plaine gorge ou qu'on

s'arrestast de pied quoy pour parler a luy et tenir langage qui n'est

pas la maniere. Disoit oultre ledit amant qu'elle declairast s'elle

l'aymeroit ou non. Il ne estoit pas recepvable/ car en telles choses on

n'a pas accoustume de marchander avant la main ains faul congnoistre

avant que aymer/ et sçavoir se il est digne d'aymer et quelz biens il a

en luy & qu'il se doit experimenter/ et quant elle le trouvera seur elle

le pourra prendre en grace/ ou luy donner congé/ et ne peult on trop

acheter amour de dame. Touchant des bagues disoit que elle ne luy

demanda oncques riens & n'en vouloit riens prendre si n'eust juré et

contraint les prendre a force & depuis avoit employé le drap en robe que

elle avoit vestue pour l'amour de luy. disoit qu'elle s'en repentoit de

bon couraige/ et qu'elle ne vouloit riens de l'autruy ne avoir rien de

luy affin qu'il ne luy peust rien reprocher estoit contente et luy

offroit de bailler tout ce qu'il lui avoit donné pourveu que ledict

amant ne l'eust point entre ses mains & que les draps robbes bagues &

aultres choses par elle receuz excepté l'agnus dei fussent en sa

presence & devant ses yeulx ars & bruslez sans ce qu'il en fust jamais

nouvelles/ et affin qu'il ne se peust vanter/ ne dire qu'il eust bien

besongné comme plusieurs font au jourd'huy quant ilz peuent retenir

leurs bagues & disoit que ainsi le debvoit faire pour la seurté d'elle

et obvier aux autres inconveniens qui s'en pourroyent ensuyvir comme de

s'en mocquer et dire telle chose qui fut a telle que j'ay eue/ et

recouvert par dyvers moyens a ses fins concluoit d'absollution requerant

despens. Le demandeur disoit pour ses repliques quant une chose est

donnee esperance & condition non advenu ou qui n'est point acomply

qu'elle doit estre rebaillee a celluy qui l'a donnee aultrement seroit

frustree de son intencion/ au moins quoy qu'il en soit il n'en doit

point avoir de dommaige Or disoit il devant lesditz dons par luy fais

luy faisoyent avoir assez bel accueil de sadicte dame/ mais despuis que

elle les avoit eues elle ne le daignoit a peu regarder ains sembloit

qu'il luy fist mal & qu'elle prent desplaisir a le veoir & ne vouloit

point avoir les bagues Mais il luy faisoyt trop grant mal qu'elle eust

le sien et que elle se mocquast encores de luy. Disoit oultre que il

estoit content et offroit en jugement s'elle le vouloit aymer de lui en

donner plus la moytié qu'elle n'avoit eu/ et de plus grant chose cent

foys. Sur ce point le procureur d'amours disoyt que telz choses ne

pouoyent vendre ne marchander par argent bagues joyaulx & qu'il est

deffendu d'en user/ et pource que cest amoureux en auroyt argent/ et en

voulloit avoir par telz moyens illicites disant qu'il estoit amendable

et requeroit a ceste fin qu'il feust condampné envers amours en une

tresgrosse amende Et au regard des biens dont estoit question s'en

raportoit a justice et audit amant qui estoit feru d'amours ne lui

chault qu'il face mais que il ait allegement et deust il vendre jusques

a se achepter lesdictz biens/ car bien sçavoit qu'ilz ne se vendent

point/ mais seulement qu'elle congneust la bonne voulenté qu'il avoit

envers elle mais ceste deffenderesse disoit que elle n'avoit cure de luy

ne de ses biens et que jamais par contraincte de personne ne esperance

de dons ne de biens elle n'auroit personne veu qu'il n'en print mal a

celles a qui le font. Et au regard d'elle disoit qu'elle aymoit mieulx

en aymer ung ou fust son plaisir que avoir tous les biens temporelz/ et

joyaulx du monde que on luy pourroit donner ledit amant requeroit

doncques que les aultres biens qu'elle avoit euz luy feussent rendus/ et

disoit qu'il se pourvoiroit aillieurs & s'aideroit a oster de l'amour

d'elle au mieulx qu'il pourroit en mauldissant l'heure que il l'avoit

jamais veue & ouye. lesquelles parties furent appointees en droit &

depuis ledit reformateur general par sentence dist & declaira en tant

que touchoit le drap de damas & l'escarlate qui estoit employé en robbes

que ycelle dame deffenderesse ne seroit tenue d'en rien restituer mais

au regard des verges de l'agnus dei et aultres bagues qui estoient

encore en nature il la condampne a les rendre et restituer audit amant

demandeur pour en faire a son bon plaisir & au surplus pource que ledit

amant en demonstrant son affection desordonnees avoit ainsi offert en

jugement argent pour estre aymé et pour avoir des biens d'amours

autrement que a point ledit reformateur le condampne en amende envers

amours & au double de ses biens par lui offers Et recompensa les despens

d'ung costé et d'autre & pour cause de laquelle sentence ledict amant

entant qu'elle faisoyt contre luy en appella/ & pareillement en appella

ladicte dame en la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger

joinct ung grief que ledict amant disoit estre hors ledit procés entant

que ledit reformateur luy avoit donné sa sentence/ ou jour de feste/

c'est assavoir le premier jour de may et l'aulbespine nouvelle. Sy a la

court veu ledit procés a grant et meure deliberation avecques tout ce

que il failloit veoir en ceste maniere/ & tout bien veu & consideré la

court dist entant que ledit amant est appellant il a esté bien jugé par

ledict reformateur general et mal appellé. et entant que ladicte

deffenderesse a appellé a esté mal jugé & en amendant le jugement

ladicte court dict que ledict amant ne fait a recepvoir a demander

lesditz dons & bagues qu'il avoit donné a ladicte dame et que trestout

luy demourroit comme siens pour en faire ce qu'elle vouldra sans ce

qu'elle en soyt tenue de luy en rendre et restituer aulcune chose et si

le condampne es despens de la cause principalle & de la cause d'appel ou

il estoit appellant seulement la tauxation reservee par devers elle.

¶ Le .xvi. arrest.

Devant l'ung des audicteurs desdites causes d'amours c'est assis ung

autre procés entre ung povre amant demandeur et requerant l'enterinement

de certaynes lettres de respit d'une part. et une sienne dame

deffenderesse d'autre part. Et disoit ledict demandeur qu'il a esté fort

malheureux en amours parce qu'il a eu a faire aux femmes qui tirent

huylle de noix a quoy ne pouoit contenter de dons disoit avecques ce que

pour luy complaire et affin que son service luy feust agreable il luy

convint faire plusieurs gratuités & mises excessives. Et si a esté

contrainct de soy tenir joly & de changer souvent habitz enquoy il a

beaucoup frayé et despendu du sien. et aussi faisoit le plus des jours

de la sepmaine dancer faire karoles et plusieurs aultres jeux &

esbatemens tant que toutes les dames l'honnoroyent et y a tellement

frayé qu'il en est fort en debté Et puis la dame en qui il se fioit si

l'abandonna et bailla le bont dont luy sont survenues plusieurs aultres

fortunes au moyen desquelles il ne sçauroit a present payer ses

creanciers sans faire vile possession de ses biens Et pource avoient & a

obtenues lesdictes lettres de respit: dont il requeroit l'enterinement

aussy que l'execution de certaines obligations par laquelle il estoit

obligé envers ladicte demanderesse fust tenu en surceance et delay

jusques a ung an es despens contre ceulx qui le vouldroyent empescher.

De la partie de ceste deffenderesse fut deffendu au contraire & disoit

que dames n'ont point argent quant elles veulent ains ont grant paine a

en assembler & si leur en convient tousjours avoir pour employer en

robbes & plusieurs aultres jolivetés survenans chascun jour et disoit

avecques ce que cest amant ung jour vint a elle tout desconforté la

requerir de luy ayder/ et prester jusques a deux escus pour avoir le

drap d'ung pourpoint de velours qu'il avoit achepté dont elle fut au

premier ung peu reffusante. Touteffois au dernier elle meue de pitié en

voyant la grant necessité du povre gallant qui ploroit presque luy

presta de bon cueur ladicte somme moyennant & parmy ce qu'il luy promist

rendre et payer dedans certain temps pieça passé dont il n'avoit riens

fait mais se vouloit aider dudict respit. Or disoit elle qu'il ne luy

devoit estre enteriné par plusieurs moyens

¶ Premierement car la debte estoit previlegee & procedant de dame qui ne

doibt plaider dessaisie encontre luy qui est obligé Secondement car les

pertes/ & les fortunes par luy aleguees ne estoyent point recepvables

atendu qu'il ne monstroit point que elles feussent advenues par trop

aymer ou maladies d'amour ainçois par son propos prins en son prejudice

n'en debvoit point jouir car il confessoit qu'il avoit servy plusieurs

dames en plusieurs lieux. Et ainsi ne luy pouoit pas bien venir de ses

besongnes/ car ung homme qui a plusieurs dames n'est gueres souvent

trouvé loyal/ & est bien employé quant il luy meschiet consideré que il

n'est pas possible en ce cas d'y garder foy & loyaulté. Si disoit par

ses moyens que ledit respit ne luy doit estre enteriné & que nonobstant

a celuy elle debvoit incontinent estre payee et demandoit despens. A

quoy ledit amant disoit pour ses repliques qu'il estoit impossible de

contraindre une personne a payer plus qu'il ne sçauroit finer. et au

regard de luy il confessa bien devoir ladicte somme loyaulment mais les

eaues estoient si basses qu'on n'y sçauroit prendre poisson et brief a

present ne avoit dequoy payer. Disoit oultre que ladicte deffenderesse

n'avoit pas grant interest a l'enterinement dudit respit veu qu'il ne

duroit que ung an & qu'elle n'estoit pas indigente. mais ycelle

deffenderesse en perseverant en son fait disoit oultre que ce n'estoit

pas raison que le gallant portast pourpoint de vellours a ses despens/

Aussi elle avoyt a faire du sien/ au regard de sa povreté disoit qu'il

n'en laisseroit ja a faire grant chiere/ requerant au surplus qu'il fust

contraint par prinse de corps a lui payer la somme veu la matiere qui

estoit previlegiee. Surquoy finablement parties ouyes l'auditeur par sa

sentence dist et declaira que le respit ne seroit audit demandeur

aulcunement enteriné & que nonobstant ycelles il seroit contraint par

prinse de biens & de sa personne payer ycelle somme a ladicte

deffenderesse incontinent et sans delay en le condampnant es despens de

l'instance/ de laquelle sentence ycelluy demandeur si appella en la

court de ceans ou le procés a esté receu pour juger & a ladicte court

veu le procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout

veu dict la court qu'il a esté bien jugé par ledit auditeur & mal

appellé par ledict appellant et le amendera et si le condampne es

despens de la cause d'appel la tauxation reservee par devers elle.

¶ Le .xvii. arrest.

Les cinquante et ung arretz d'amours · 第 3 / 11 段