18 décembre.

Le séjour de l'empereur A[lexandre] commence à tirer vers sa fin. Je

le vois beaucoup, et comme nous ne sommes plus brouillés, tout va

bien[222]. Il passe ici ses journées à peu près comme autre part. Il

dîne tous les jours avec l'empereur François, et va voir quelques

casernes, parades ou manœuvres[223]; il travaille et il va souper

dans l'une ou dans l'autre maison de ses connaissances, où il retrouve

toujours les mêmes personnes. Ces personnes sont tirées des trois

familles de Zichy, Schwarzemberg et Auersperg, plus quelques hommes

parmi lesquels j'ai l'infortune de me trouver. L'on prend le thé;

l'Empereur reste assis à la table ronde avec cinq ou six de ces dames,

toutes moins qu'aimables, excepté Mme Molly[224] qui voudrait l'être

et qui tue l'esprit qu'elle a par les sons larmoyants avec lesquels

elle débite tout celui qui lui manque. Je me mêle quelquefois de la

conversation; quand je vois que le sommeil va faire ravage, je lâche

un mot. Dès que j'ai atteint mon but, je me sauve et je me livre à mes

pensées ou bien à quelque entretien avec l'un ou l'autre des mes

compagnons de soirée.

[222] Le Tsar et Metternich s'étaient brouillés pendant le

Congrès de Vienne. Par la Convention de Kalisch, Alexandre et le

roi de Prusse avaient décidé entre eux la création d'un royaume

de Pologne et l'attribution du royaume de Saxe à la Prusse.

L'Autriche s'opposa vivement à cette dernière annexion.

L'empereur de Russie en ressentit un violent dépit contre le

prince de Metternich, qu'il voulut un instant provoquer en duel

(_Mémoires du prince de Metternich_, t. I, p. 206 et 325 et t.

III, p. 126).

[223] _Moniteur universel_ du jeudi 31 décembre 1818, no 365, p.

1517. «Vienne, 16 décembre.--La nouvelle de la mort du grand-duc

de Bade, arrivée ici samedi, a beaucoup affligé l'empereur

Alexandre. Ce monarque ne parut pas au théâtre dimanche, comme il

se l'était proposé. Il dîna ce jour-là avec la famille impériale;

le prince de Metternich, le baron de Helzebrun, ministre

d'Autriche en Russie, et le comte de Golowkin, ministre de Russie

à Vienne, eurent l'honneur d'être admis au repas. L'Empereur ne

s'est pas encore montré au public. Demain il y aura revue au

Prater... L'empereur Alexandre se rendit hier dans la caserne du

régiment d'infanterie qui porte son nom, le fit sortir et en

passa la revue.»

[224] ZICHY (Marie-Wilhelmine, dite Molly, Ferraris, comtesse),

née le 3 septembre 1780, morte le 25 janvier 1866. Elle avait

épousé, le 6 mai 1799, le comte François Zichy (25 juin 1777-6

octobre 1839) dont elle eut onze enfants. L'une de ses filles,

Mélanie, fut la troisième femme du prince de Metternich, qui

l'épousa le 30 janvier 1831 (STROBL VON RAVELSBERG, _Metternich

und seine Zeit_, t. I, p. 48, tableau généalogique de la maison

de Zichy.--ŒTTINGER, _Moniteur des dates_).

Ajoute à ces charmes huit ou dix heures de travail par jour et un

grand dîner que je donne ou que je ne puis éviter, une demi-heure de

conversation avec ma femme et mes enfants, qui déjeunent toujours avec

moi, et tu as le budget de ma journée.

Dis-moi bien ce que tu fais. Je tiens à le savoir; je veux pouvoir me

dire que _probablement_ je te sais occupée de telle ou telle chose, à

telle heure donnée.

Tu es ma dernière pensée quand je me couche et ma première quand je me

réveille, tu es celle de tous les moments où je ne suis pas forcé à

penser à quelque devoir, et, mon amie, tu n'es pas même oubliée par

ton ami dans ces moments-là.

Un grand malheur de notre position, c'est celui que nous ayons si peu

de contact--pas entre nous, dix années ne nous eussent pas menés plus

loin--mais avec les mêmes êtres et les mêmes lieux. Je voudrais te

dire tout, sur tant de choses, mais elles te sont étrangères. Il

s'agirait avant tout de te faire des tableaux et encore te

resteraient-ils étrangers. Te parler toujours de moi, le seul objet

que tu connaisses ainsi dans mon cadre, m'est impossible, car je suis

tout juste l'être auquel je pense le moins. Je voudrais que tu

connusses tout, que rien de ce qui me regarde ne te fût inconnu, que

je puisse te prouver, heure par heure, que nous portons le même

jugement sur toute chose, que toutes portent à nos yeux une couleur

uniforme, qu'elles réagissent de même sur nous, que ce qui me

plaît--et c'est assurément un petit nombre d'objets--te plaît, que ce

qui m'ennuie t'ennuie, que ce que tu trouves bien et bon, je le trouve

parfait. Mais la difficulté existe: elle n'est pas à vaincre.

Nous parlerons de nous; mon amie, toi, tu es de ce petit nombre

d'êtres qui me plaisent, qui me satisfont, qui parlent à mon cœur et

à mon esprit, que je ne me lasserais pas de voir et surtout d'aimer.

Le jour où je pourrai te le redire au lieu de te l'écrire, je serai

bien heureux. Le crois-tu, ma bonne Dorothée?

L'expédition de la présente lettre tarde beaucoup, mon amie, mais je

n'y puis rien faire. Je ne puis expédier le courrier que quand

l'affaire qu'il est destiné à porter sera prête. Je travaille tant que

je puis pour arriver au terme et c'est pour cela que je te quitte.

Ce 20 décembre.

J'ai reçu aujourd'hui, ma bonne amie, tes lettres de Paris, nos 2 et

3. Je suis rassuré sur la longueur des miennes par le volume des

tiennes. Comment te remercier assez de ces bonnes et excellentes

lettres qui, aujourd'hui, font ma seule consolation?

Oui, mon amie, je sais que tu m'aimes, que tu m'aimes comme je veux

l'être, de la seule manière qui jamais m'ait convenu et qui seule a pu

me fixer deux fois de ma vie--et pour la vie! Le temps et l'absence

ont usé ces relations, pas de mon côté mais de la part de mes amies;

je t'ai mandé l'histoire de ma vie; tu la sais, aux noms près, aussi

bien que moi. C'est de Francfort que t'est arrivée la lettre avec ma

confession générale; je n'ai eu ni cesse ni repos avant que je ne

l'eusse déposée entre tes mains. Tu me dis, dans l'une de tes

dernières lettres, que parmi les personnes que le public me donne, tu

n'en as pas trouvées qui fussent dignes de mes hommages? Il en va de

la réputation relativement aux rapports de la vie comme de toute

autre. L'on m'a donné beaucoup de femmes auxquelles je n'ai jamais

pensé; j'ai été dans des rapports _bien peu romanesques_ avec beaucoup

que le public a toujours ignorées. Je n'ai jamais eu de _ces

rapports_ que dans des moments de pleine liberté et j'ai été

malheureux.

Tout ce qui ne vient pas du cœur en moi, mon amie, est mauvais, sec

et aride. J'ai un cœur qui n'a pas deux faces, qui n'est point

partagé en cases: on peut l'occuper, mais alors on l'a tout entier; la

place prise, il n'y en a point d'autres.

Conçois-tu, mon amie, toi, telle que tu es, qu'il y a des femmes--et

il en existe beaucoup--qui ne veulent pas du cœur? Eh bien, je

réponds du fait, je te l'ai dit et tout ce que jamais je te dirai est

vrai, que je n'ai pas à me reprocher d'avoir jamais dit à une femme

que je l'aimais, quand je n'éprouvais pas de l'amour. Crois-tu que la

découverte de ce manque de sentiments les ait rebutées? Je te cite,

comme preuve vivante, la personne contre le bras de laquelle tu as

donné dans le salon de Stuart[225] et qui t'a fait peur. Je te

remercie du sentiment de la peur: c'est un rapport de plus que tu as

avec moi. J'ai dit cent fois à cette personne que je la détestais,

elle a trouvé dans le fait un motif d'amour-propre; il lui a paru plus

satisfaisant de vaincre le sentiment de la haine que de vivre de celui

de l'amour. Comme cela lui a réussi! Elle a cru me connaître, elle ne

m'a jamais connu. Elle a voulu me subjuguer et l'on ne me subjugue

jamais. C'est moi, mon amie, qui me rends à l'être qui réunit ce que

je veux; et cet être doit avoir toutes tes qualités, peut-être même

tes défauts. Je ne scrute pas avec moi-même, je suis la voie de mon

cœur, car jamais elle ne m'a trompé. Il n'est pas un être au monde

que j'ai aimé ou que je pourrais aimer que tu n'aimerais de ton côté.

Commence par t'aimer pour l'amour de moi; combien j'éprouve tout ce

que tu éprouves et tout ce que tu dis si bien! Oui, mon amie, l'on

n'aime pas, ou bien l'on a le malheur d'aimer un être indigne de ce

sentiment si saint, si l'on ne se sent pas porté au bien par ce même

sentiment qui exclut tout, excepté ce qui est généreux, noble et bien!

Tu es bonne--car si tu ne l'étais pas, je ne t'aimerais pas--tu

deviendrais meilleure dans un contact suivi avec moi. Il m'en irait

tout de même près de toi. _Mon amie est ma récompense_; je veux la

mériter; je me mépriserais si je ne la méritais pas; je mourrais le

jour où je croirais devoir me mépriser! Crois-tu qu'avec ce sentiment,

l'on puisse aimer souvent!

[225] STUART (Sir Charles), né le 2 janvier 1779. Chargé

d'affaires adjoint d'Angleterre à Madrid (1808). Envoyé en

Portugal, il y fut créé comte de Machico et marquis d'Angra en

1810. Ministre à la Haye (1815-1816), ambassadeur à Paris

(1816-1830), à Saint-Pétersbourg (1841-1845). Créé baron Stuart

de Rothesay, le 22 janvier 1828, il mourut le 6 novembre 1845

(_Dictionary of National Biography_, t. LV, p. 75).

Je ne me permets pas de juger le propos que t'a tenu W...[226]. Il

peut être bon et mauvais. Bon, s'il croit pouvoir t'arrêter sur une

voie parsemée d'épines et, par conséquent, de peines et de privations.

Mauvais, s'il y a cherché un moyen de vues personnelles.

[226] Très probablement Wellington.--WELLINGTON (Arthur

Wellesley, premier duc DE), le vainqueur de Waterloo, né à Dublin

le 29 avril 1769. De juillet 1815 au 21 novembre 1818, il fut

commandant en chef des armées d'occupation en France. Il était

l'un des plénipotentiaires anglais au Congrès d'Aix-la-Chapelle.

Il entra au cabinet comme commandant général de l'artillerie le

26 décembre 1818. Après avoir été premier ministre puis

secrétaire des affaires étrangères dans les deux cabinets Peel,

il mourut le 14 septembre 1852 à Walmer-Castle (_Dictionary of

National Biography_, t. LX, p. 170).--Wellington se trouvait à

Paris en même temps que Mme de Lieven. Il rentra à Londres le 21

décembre 1818 (_Moniteur universel_ du lundi 28 décembre 1818, no

362, p. 1506).

Mon naturel, mon amie, est bienveillant, et j'adopte toujours de

préférence la bonne version; il faut me prouver la seconde. La

comparaison entre _ses libertés et les miennes_ est sotte et je ne la

lui pardonne pas. Ce n'est pas toi, mon amie, qui aurait dû--entre

vous deux--entrevoir que ce qui ne se peut pas est placé hors de la

possibilité et par conséquent, certes, encore davantage hors de

facilité. Ce n'est pas à lui, au reste, que je prouverai ce qui est

possible, mais à toi.

Un autre sot propos est celui de mes compatriotes qui prétendent que

je fais ce que je veux, et que c'est pour cela que l'Empereur va en

Italie. Je m'entends dire ce mot vingt fois l'an. Voici le fait:

_l'Empereur fait toujours ce que je veux, mais je ne veux jamais que

ce qu'il doit faire_. Il en a la conviction; il ne me demande plus

guère et j'en fais autant de mon côté. Nous sommes, tous les deux, les

êtres les plus faciles à trouver et, par conséquent, à calculer dans

leurs volontés et dans leurs faits. Il en est ainsi pour tout et en

tout. Une preuve certaine que la thèse s'arrête à la simple

convenance, tourne dans ce moment-ci bien contre nous. Si l'Empereur

faisait tout ce qui me convient, certes nous n'irions pas au Midi,

tandis que mon bonheur est couvert par toutes les brumes du Nord! Mon

amie, tu me jugerais mal si tu croyais que j'en veux pour cela à

l'homme que j'aime le mieux au monde. J'en veux à ma place, et il ne

me faut pas cette nouvelle contrariété pour la détester. L'Empereur

sait que le plus grand sacrifice que je puisse porter à lui, à mon

pays, c'est celui que je lui porte en étant ce que je suis: il sait

que c'est celui de la vie. Il ne sait pas ce qu'il me coûte dans ce

moment! S'il le savait, il me plaindrait et il m'emmènerait! Et W...

serait amené tout comme moi et moi j'irais dans sa position à Londres

tout comme il y va[227]! Comme lui, j'irais où je voudrais aller!

[227] Wellington venait de quitter sa position de commandant de

l'armée d'occupation en France. Il allait être nommé à Londres

commandant général de l'artillerie.

Nos rapports, ma bonne D[orothée], ne sont pas ceux de quelques jours;

ils trouveront leur terme avec _notre_ existence. Tu vois que je

compte sur toi, tout comme je me donne à toi. Au bout d'une carrière

que je désire longue, tu me rendras la justice que jamais je n'écris

le roman; mon âme est toute positive et par conséquent toute

historique, toute à la vérité. Je ne me fais illusion sur rien--on m'a

plaint vingt fois de ce fait,--ce ne sont que de bien pauvres âmes que

celles qui peuvent fonder des plaintes sur une pareille disposition!

Le bonheur, pour moi, est une réalité, la plus vraie, la plus

effective qu'il y ait. Comment avec une âme trempée ainsi, pourrais-je

trouver du bonheur dans une illusion? Je la découvrirais tôt ou tard;

je n'ai pas besoin de chercher le vrai en toutes choses, je tombe

dessus; je n'y ai point de mérite car je n'ai qu'y faire. Or, de

toutes les réalités, la plus forte pour moi, c'est l'amour; sois

certaine que les personnes qui croient qu'il faut de l'illusion en

amour ne sont pas assez fortes pour savoir aimer. Que l'on ne dise pas

qu'il y a de l'illusion à aimer telle ou telle personne--le principe

est faux. La convenance est individuelle et elle est placée hors du

calcul de tout autre que de l'être pour qui elle existe. Il n'est pas

un être qui soit fait pour être aimé de tout le monde, tout comme il

n'en est peut-être qu'un seul que l'on puisse aimer de tout son

amour!--Je suis bien abstrait, mon amie, mais je suis sûr que tu me

comprends.

C'est sur ce principe qui, chez moi, est un sentiment, que se fonde le

calme que j'éprouve quand j'ai rencontré _l'amie qu'il me faut_. Je

n'ai pas la prétention que cette amie soit jugée par tout le monde

telle que je la juge--j'en serais peut-être même fâché. Je ne suis pas

jaloux, car je croirais insulter mon amie; je puis être exposé à plus

de risques qu'un autre--n'importe. Je puis me faire des illusions dans

cette carrière de confiance; eh bien, bonne amie, j'aimerai encore

jusqu'à _ces illusions_. En amour, j'aime tout, mais il faut beaucoup

pour que j'aime.

Maintenant, juge du succès que doivent avoir près de moi ce que, dans

la société, l'on appelle _de petites femmes_. Il n'en est _pas une_ de

cette classe (qui fournit cependant aux besoins de toutes les places)

qui me comprenne et qui, par conséquent, puisse me satisfaire. Qui m'a

dit que tu comprendrais ma langue? Qui m'est garant de ce fait? Ai-je

eu besoin de beaucoup d'épreuves, de recherches, de soins, pour savoir

à quoi m'en tenir? Mon amie, si j'aide l'esprit, j'ai cet esprit-là:

c'est celui du cœur. Il m'a fait te deviner.

Conçois-tu le bonheur que j'éprouve de pouvoir t'écrire des pages

entières sur moi--dans ma langue--et être sûr d'être compris de toi et

de ne pas avoir besoin de faire le moindre effort pour y parvenir? Je

te rencontre à mi-chemin, je t'y rencontrerai toujours.

Mon amie, je sors d'une grande fête à la Cour. La fête a été belle,

comme le sont toujours celles que l'on donne ici; il y a régné le plus

grand ordre; il y a fait chaud; mon cœur est resté froid. On a

représenté, comme partie de la fête, des scènes des meilleurs opéras;

les larmes me sont venues aux yeux. Serions-nous _nous_, mon amie, si

les mêmes circonstances n'influaient pas de même sur nous? Rien ne me

fait de l'effet comme la musique. Je crois qu'après l'amour, et que

surtout avec lui, c'est la chose au monde qui rend le meilleur. Il ne

m'arrive jamais d'en entendre--pas seulement de la bonne, mais même de

la passable--sans éprouver une sensation qui ne se définit pas. La

musique m'excite et me calme à la fois; elle me fait l'effet _du

souvenir_; elle me place hors du cadre étroit dans lequel je me

trouve; mon cœur s'épanouit; il englobe à la fois le passé, le

présent et l'avenir; tout se réveille en moi: peines, plaisirs qui ne

sont plus--peines et plaisirs que j'attends et que je désire!

La musique m'excite aux douces larmes; elle m'attendrit sur mon propre

être; elle me fait du bien et du mal, qui, lui-même, est du bien. Tu

me connais si peu, mon amie, que tu ignores mes forces et mes

faiblesses.

Ne commences-tu pas par avoir un peu d'inquiétude que tu vas te

découvrir des faiblesses que tu ne t'es pas connues ou point avouées

jusqu'à présent?

Comme je les ai, il faut bien que tu les aies. Étudie-moi et tu

apprendras à te connaître, si déjà tu n'en es là. En dernier résultat

n'aie pas peur: j'aimerais en toi-même les faiblesses que je

réprouverais en moi. Demande aux _petites femmes_ si elles croient que

je sache pleurer? Mon amie, je me détesterais, si je n'avais point de

larmes. Elles t'assureront qu'un homme comme moi ne sort jamais du

plus profond des calculs et de la pose la plus ministérielle, et qu'il

agrée tout au plus qu'on l'adore, comme nos bons aïeux, les Gentils,

adoraient leurs Termes et leurs Lares.

Lettres du prince de Metternich à la comtesse de Lieven, 1818-1819 · 第 26 / 114 题