Révolution de sérail.--Le sultan Sélim est étranglé.--Son successeur se
montre peu favorable à la France.--L'empereur ne sait que présumer de la
politique turque.--Il abandonne les intérêts des Osmanlis.--Les
Grecs.--Considérations générales sur les vues et la politique de
l'empereur.--Méprise de la France.
L'ambassadeur de France, le général Sébastiani, surpris par cet
événement, ne se déconcerta pas, et songea à précipiter l'usurpateur. Il
trouva les moyens de communiquer avec le sultan déposé et captif, et
déjà il avait fait mettre l'armée turque en marche sur Constantinople,
dont elle n'était pas éloignée, lorsque cet usurpateur, effrayé du sort
qui va l'atteindre, entre comme un furieux chez son oncle, et l'étrangle
de ses propres mains. Cependant l'armée turque arriva, et il fut fait
justice de cet homme dénaturé. Un autre neveu de l'infortuné sultan lui
succéda.
Je n'ai su ces événemens que sommairement; mais il est vrai que ce
mouvement que l'armée turque fut obligée de faire devint funeste aux
provinces de cet empire qui sont situées sur la rive gauche du Danube,
lesquelles passèrent de suite sous la domination russe. L'armée turque
ne put pas les reconquérir.
Cette révolution de Constantinople changea réciproquement la politique
de l'Europe envers cette puissance, et la sienne envers le reste de
l'Europe. Il arriva malheureusement que nous traitions de la paix dans
un moment où nous devions stipuler pour un sultan avec lequel nous
ignorions sur quel pied et en quels termes nous allions être. Le temps
était trop court pour s'assurer à la fois des intentions du nouveau
sultan, et pour régler avec les Russes la position dans laquelle on
voulait se placer. Cependant la Turquie ne pouvait pas y être considérée
comme un objet indifférent; on ne pouvait s'expliquer pour quelle cause
cette révolution de sérail s'était faite; puisque le sultan étranglé
était notre allié et notre ami, on soupçonna son successeur de favoriser
la faction ennemie de la France. On le crut d'autant mieux que ce sultan
avait fait décapiter le prince Sutzo, comme agent du parti français; il
avait effectivement rendu compte à notre ambassadeur, que la Porte, dont
il était alors premier drogman, traitait de la paix avec l'Angleterre,
ce qui était vrai.
À travers toutes les catastrophes orientales, on jugea que, quoi que
l'on fît à Constantinople, on ne s'y établirait jamais d'une manière
durable. Les Russes y entretenaient avec activité une influence qui
était leur affaire principale, et depuis qu'ils étaient possesseurs de
la majeure partie des côtes de la mer Noire et des embouchures des
fleuves qui s'y jettent après avoir traversé les États russes, leur
domination s'y faisait sentir sans qu'on pût y apporter du contre-poids.
La nation grecque commençait à entrevoir le moment où elle secouerait le
joug sous lequel elle gémit depuis si long-temps. Le gouvernement turc
était sans ressort, et n'offrait aucun point d'appui où poser le levier
dont le jeu pouvait l'affermir. On venait de perdre le seul prince avec
lequel on pût stipuler d'une manière à peu près sûre.
En Europe, on considérait les Turcs moins comme une nation que comme une
grande tribu à laquelle les Grecs sont devenus supérieurs, et qu'ils
pourraient bien un jour rejeter en Asie, étant aidés par une forte
puissance. On préféra donc s'arranger avec la Russie, indépendamment des
Turcs, et au moyen de la politique, qui justifie les actions des
souverains, nous nous servîmes de la circonstance de la mort du sultan
pour abandonner la nation. Fîmes-nous bien? fîmes-nous mal? je ne m'en
établis pas le juge; mais du moins il faut convenir que nous ne fîmes
point une action loyale, d'autant plus que c'était nous qui leur avions
fait faire la guerre.
Une considération qui détermina encore à abandonner les Turcs fut
celle-ci: nous traitions en gardant la majeure partie de nos conquêtes;
c'était la résolution prise; on ne pouvait donc pas raisonnablement
exiger que les Russes rendissent les provinces turques dont ils
s'étaient emparés, sans que la Porte puisse les reconquérir. Or, si déjà
les Russes menaçaient de ruiner l'empire de Constantinople, que
devait-il devenir après la perte de ses provinces? Pour le soutenir, il
fallait évidemment soutenir la guerre avec tous les moyens de la nation,
et par conséquent ne se dessaisir d'aucun des avantages dont on se
trouvait pourvu, et renoncer à l'ouvrage dont on s'occupait pour
commencer celui qu'il y aurait eu à faire; c'est-à-dire marcher à la
destruction de l'empire russe. Ce plan fut proposé à l'empereur; mais il
était occupé d'une autre idée; il voulait mettre fin à la guerre, et
contracter une alliance dont il avait besoin en Europe. Il croyait
pouvoir le faire avec l'empereur de Russie, pour lequel il se sentait de
l'attraction.
Si l'on partait du point qui avait, jusqu'à cette époque, servi de
régulateur à la politique de la France vis-à-vis des puissances
orientales, il n'y a nul doute que l'on serait autorisé à dire que c'est
une grande faute que d'avoir abandonné les Turcs à Tilsitt; moi-même,
quoique soumis à l'empereur en tout, j'ai trouvé que nous manquions à la
loyauté; mais, en examinant les choses de près et sans passion, on ne
peut s'empêcher de justifier l'empereur, s'il a eu le projet de prendre
dans le Levant une position meilleure, d'autant plus qu'il avait bien
pénétré ce qui devait infailliblement arriver dans ces contrées, surtout
lui n'étant plus sur la scène du monde, et la France sous une minorité.
Dans le cours de son administration, il avait fait faire beaucoup
d'observations sur l'Orient, et il y avait été bien servi.
Pendant que toutes les nations de l'Europe avaient les regards tournés
vers la révolution française, et qu'en général les idées anciennes
faisaient petit à petit place aux nouvelles, avec lesquelles on était
successivement obligé de transiger, les Turcs sont restés dans leur
léthargie, et ont fini par se trouver à une distance très grande de
celle à laquelle ils étaient déjà, à la fin de leur dernière guerre avec
la Russie et l'Autriche.
La disparition de la Pologne et de la Suède a particulièrement pesé sur
eux; les moyens de ces deux puissances, jadis leurs alliées, étant
passés entre les mains de leurs ennemis, leur sort est devenu
indubitable, et il ne faut pas être profond politique pour voir que la
Turquie ne sera bientôt plus qu'une vassale de la Russie.
Toutes les nations qui ont intérêt à la conservation des Turcs, n'ont
pas fait assez d'attention aux différentes routes que les Russes se sont
ouvertes à travers ce pays; tout le monde a été plus ou moins accessible
à la séduction du cabinet de Saint-Pétersbourg, qui fera payer fort cher
les services qu'il a rendus pour la destruction de la France. Il y a
travaillé avec ardeur, parce que cela assurait l'exécution de ses
projets à venir, en ne la faisant dépendre que de lui; mais il n'a pas
cessé de faire marcher sa politique dans le Levant, et, depuis
vingt-cinq ans, il s'est distribué dans les îles de la Grèce et dans la
Géorgie plus de bagues, de diamans au chiffre de l'empereur de Russie,
qu'il n'y en a eu de données dans toutes les autres cours de l'Europe.
Les Grecs, qui sont naturellement observateurs et commerçans, n'ont pas
tardé à s'apercevoir de ce qui pouvait les favoriser. La mesure qu'a
prise le gouvernement français de rendre le commerce du Levant libre,
servira les Grecs au gré de leurs désirs, et ils ont commencé à voir
luire l'espérance depuis qu'en France et en Italie ils ont part aux
mêmes faveurs de commerce que les nationaux de ce pays.
La guerre ayant introduit le commerce anglais dans la Méditerranée, et
lui-même ayant été exclu des ports d'Italie, les Grecs en sont devenus
les facteurs, et se sont ainsi créé une marine marchande, qui compte
déjà au-delà de mille bâtimens de toute grandeur, et qui ont remplacé
ceux que la France avait autrefois dans ces mers, sous le nom de
bâtimens de caravane.
Les établissemens français dans les échelles du Levant ont vu leurs
affaires passer successivement entre les mains des Grecs, qui sont
devenus riches de la dépouille de la France. Avec l'opulence sont venus
les goûts de luxe et de science, parce que l'on sait que l'ambition est
inutile aux Grecs, puisque les Turcs ne les admettent dans aucun emploi;
ils n'ont pas même le droit d'être armés. Mais sous le rapport des
sciences et des arts, ils ont fait de grands pas pendant que les Turcs
dormaient. Aujourd'hui les Grecs ont des colléges dans toutes les îles,
et trois grands, entre autres, à Smyrne, Chio et Athènes, où leur
populeuse jeunesse apprend, avec des succès remarquables, les langues;
le latin; dont ils traduisent tous les bons auteurs; l'histoire, et
particulièrement celle de leur pays; la géographie, les mathématiques,
la physique et la chimie; ils ont des postes, et des professeurs
excellens dans toutes les parties. Leur goût est borné par la crainte de
s'attirer des impositions arbitraires de la part du gouverneur turc; en
sorte que les bénéfices de leur commerce sont enfouis et dérobés aux
regards observateurs.
Voilà donc une nation riche, industrieuse et savante qui, chaque jour,
sent mieux le poids de sa servitude qu'avant d'avoir pu en juger par des
objets de comparaison désavantageux pour elle. Dans cette situation,
elle tourne ses regards vers un libérateur[12], et secondera des efforts
qui doivent lui devenir aussi profitables.
Il y a vingt-cinq ans, on aurait eu de la peine à faire raccommoder une
chaloupe en Grèce; aujourd'hui on y fait des vaisseaux, de la
tonnellerie, de la corderie, de la voilerie; on y travaille le fer et le
cuivre comme à Marseille; il y a beaucoup de fabriques, entre autres une
verrerie à l'île de Chio, qui aura plus d'un imitateur; et il est à
remarquer que tous les établissemens commencent en adoptant les mêmes
perfections que toutes les nations étrangères ont fini par préférer
après avoir traversé les âges.
Un peuple nombreux, robuste et sobre, comme le Grec, qui a tous les
germes d'un retour à la civilisation, ne peut pas reculer; il y est sans
cesse rappelé par les souvenirs de son histoire, et il n'est pas
difficile de prévoir qu'il doit nécessairement reprendre un rang parmi
les nations indépendantes[13]; il n'a besoin pour cela que de secouer le
joug des Turcs. Les Grecs les méprisent, mais ils les craignent, et ils
n'ont pas assez de confiance en eux-mêmes pour tenter de secouer le joug
seuls.
Il faut que les Turcs s'écroulent, ou par la guerre, ou par l'intrigue,
ou par vétusté; ce qui ne peut tarder. Alors les Grecs n'auront plus
qu'à se reconstituer, si la puissance prépondérante le leur permet; ils
auront, dans un même jour, un gouvernement d'hommes sages et éclairés,
une foule de jeunes gens très instruits, une marine, une armée, enfin
une industrie et des richesses, qui ne craindront plus de se montrer
lorsqu'elles seront protégées.
Le résultat de cette émancipation des Grecs sera immense pour la
puissance riveraine de la Méditerranée, et le commerce français achèvera
d'en être chassé. On a beau vouloir s'en imposer sur cette époque, elle
est marquée et réservée au règne de l'empereur Alexandre[14]: il ne
voudra pas laisser à son successeur le rôle de régénérateur de la Grèce;
tout lui permet de hâter cet événement, qui, comme tous ceux de cette
importance, n'ont qu'un moment pour éclore, après quoi ils avortent ou
rencontrent des difficultés.
Si, comme cela est probable, la catastrophe des Turcs arrive, on voudra
venir à leur secours, au moins on peut le penser; mais il ne sera plus
temps: les troupes russes seront aux Dardanelles avant l'arrivée des
flottes qui voudront protéger les Turcs. Il n'y aura donc qu'une guerre
par terre qui sera de quelque effet; mais les puissances qui pourraient
la faire efficacement n'ont pas toutes le même intérêt à ce que la
marine de guerre et marchande russe ne vienne point dans la
Méditerranée; aussi les Anglais, qui sont prévoyans, ont pris à l'avance
les îles Ioniennes, et nous les verrons aller en Égypte lorsque les
Turcs s'écrouleront: c'est le seul point d'où ils pourront rester encore
quelque temps les maîtres exclusifs du commerce de l'Inde, jusqu'à ce
que les idées d'indépendance y soient inoculées.
C'est vraisemblablement parce que l'empereur avait envisagé les choses
sous ce rapport-là à Tilsit, qu'il renonça à soutenir seul les Turcs, et
il aima mieux saisir les avantages que lui avait donnés la guerre, pour
profiter d'une catastrophe inévitable, que de remettre encore les armes
à la main pour juger une difficulté qu'il était le maître de faire
tourner à sa guise, dans ce moment-là, en s'alliant avec les Russes, et
en les intéressant à son système politique[15].
L'Autriche avait une armée d'observation en Gallicie et en Bohême,
c'est-à-dire sur nos derrières; son ambassadeur, M. de Vincent, était,
ainsi que tout le corps diplomatique, à Varsovie, et ne pouvait pas
pénétrer ce qui se faisait à Tilsit, d'où l'on avait écarté tout ce qui
n'était pas partie contractante. L'Autriche y envoya directement, de
Vienne, le général Stuterheim, qui y arriva pendant les conférences; il
eut soin de prendre sa route de manière à éviter Koenigsberg, où bien
certainement je l'aurais retenu; il était chargé des complimens d'usage
en pareil cas; mais je crois que le véritable motif de sa mission était
de suppléer à ce que M. de Vincent se trouvait dans l'impossibilité de
faire à Varsovie.
M. de Stuterheim était parti de Vienne après que l'on y avait su la
bataille de Friedland: venait-il savoir quels en seraient les résultats
pour les Russes, juger de ce qu'ils pouvaient encore, et leur donner des
paroles de consolation de la part de sa cour: cela n'était pas
invraisemblable; comme aussi il pouvait avoir la mission inverse,
c'est-à-dire en cas que les Russes fussent perdus, et la Pologne
régénérée, ainsi que cela dépendait de l'empereur alors, M. de
Stuterheim pouvait être chargé d'un arrangement à conclure avec la
France pour ce cas-là.
Je pense bien que le ministère de l'empereur a considéré les choses sous
les deux points de vue, et qu'il s'en est servi pour décider l'empereur
à faire la guerre. Or, comme il ne cherchait qu'à lier une puissance à
son système, et à contracter une alliance pour la France et lui, il crut
l'avoir trouvée, et renonça au reste. On ne pourra pas du moins le
suspecter de mauvaise foi; et il lui paraissait moins difficile de
rapprocher la Russie de la France que la France de l'Autriche. Les
Prussiens avaient donné une mission semblable à M. Haugwitz en 1805.
Après la bataille de Friedland, les moyens de l'empereur Napoléon
étaient immenses. La Russie n'avait plus d'armée, et l'empereur pouvait,
en quelques marches au-delà du Niémen, se trouver maître de la meilleure
partie des moyens de recrutement de la Russie, comme du reste de la
Prusse. La Pologne pouvait être régénérée, et son armée organisée avant
que les armées autrichiennes pussent se mettre en opération. Tout cela
ne se fit pas, parce que l'empereur Napoléon cherchait de bonne foi une
alliance, et les conférences de Tilsit eurent lieu. Les deux puissances
ne cherchant qu'à se rapprocher, ne songèrent qu'à s'accorder, ce qui
faisait l'objet de leurs désirs, et non à ouvrir de nouvelles
contestations.
La France demandait à la Russie d'entrer franchement dans sa querelle
contre l'Angleterre, et de consentir à des changemens en Espagne, qui
devaient d'abord être le départ de la maison régnante pour l'Amérique,
et la réunion des cortès pour le changement de la dynastie, c'est-à-dire
recommencer l'ouvrage de Louis XIV en sens inverse.
La Russie demandait la Finlande et les provinces turques, jusqu'au
Danube, avec les arrangemens que les localités obligeraient de prendre,
telles que l'émancipation des Serviens; et, si cela était possible, la
séparation de la Hongrie.
La révolution de sérail, qui venait d'éclater à Constantinople contre le
sultan Sélim, et le rapprochement subit de son successeur avec
l'Angleterre, donna de l'inquiétude à l'empereur Napoléon, qui n'avait
plus assez de temps pour refaire là sa politique. On pouvait craindre
que les Anglais ne fissent faire la paix aux Turcs, et que l'armée russe
de Moldavie ne vînt réparer les pertes de Friedland. Si cela était
arrivé, la Russie aurait traîné en longueur, et donné à l'Autriche la
possibilité d'entreprendre quelque chose avec succès; il aima donc mieux
saisir ce qui se présentait que de courir de nouvelles chances; il
traita sans les Turcs, et laissa les Russes continuer leurs opérations
contre eux, et en retour, les Russes promirent de le laisser agir de
même en Espagne.
Les Russes allèrent franchement contre les Suédois et les Turcs; mais
les affaires d'Espagne ayant pris une fâcheuse tournure, l'empereur
Napoléon en prévit les suites et demanda l'entrevue d'Erfurth pour
affermir sa politique avec la Russie. Il en revint moins satisfait qu'il
ne l'espérait; mais cependant loin de la pensée de croire à la guerre
qui eut lieu en 1809. Elle fit évanouir sa confiance dans son alliance
de Tilsit, et en demandant les provinces Illyriennes au mois d'octobre
1809, c'était un chemin de plus qu'il voulait s'ouvrir pour marcher au
secours des Turcs, sans compliquer sa politique en passant par des pays
étrangers; il était alors résolu de défendre les Turcs, trouvant que la
Russie avait déjà trop acquis par la seule résistance que lui-même
éprouvait en Espagne.
Il aurait cependant voulu s'unir à cette puissance; mais il vit que son
ouvrage de Tilsit était à refaire en entier, puisque la seule guerre que
la Russie pouvait faire aux Anglais était par le commerce, qui était
protégé à peu de chose près comme auparavant: on vendait à Mayence du
sucre et du café qui venait de Riga. Dès lors il ne restait que les
inconvéniens du traité de Tilsit, sans aucun de ses avantages; et il se
détermina à son alliance avec l'Autriche, avec la résolution de
reprendre tous les avantages qu'il avait après Friedland. Depuis le
mariage la Russie le voyait bien, ou du moins il ne lui était pas permis
d'en douter.
Si la guerre de 1812 avait été heureuse, il n'y a pas de doute que
l'Illyrie ne fût point restée détachée de l'Autriche; et c'est pourquoi
l'empereur en avait fait un gouvernement séparé, afin de pouvoir la
négocier plus facilement.
Maintenant que la France ne porte plus d'ombrage à la Russie, doit-on
croire qu'elle se gênera davantage pour exécuter ce qu'elle n'avait pas
craint d'entreprendre avant. Il y aurait de la déraison à le penser.
Peut-être y mettra-t-elle un peu plus de temps; mais le résultat sera le
même. Son commerce la pousse dans la Méditerranée, et il faudra malgré
elle qu'elle arrive aux Dardanelles. Il n'y a pas un Grec qui n'en soit
convaincu et ne l'attende. Les Russes n'ont que des armes à porter à
cette population, qui tend à sortir du joug qui pèse sur elle, et les
Russes le savent.