La Reine Victoria artiste et écrivain.
Croquis et aquarelles.--La peinture à la Cour.--La copie de la
nature.--Tous modèles.--Victoria au piano.--Son chant.--Une lettre
de Mendelssohn.--Victoria écrivain.--Protectrice des arts.
Dans aucun art, on ne saurait dire que Victoria ait excellé, encore
qu’elle soit excellent juge des œuvres des autres. L’art qu’elle a le
plus volontiers cultivé et vers lequel elle s’est toujours sentie
attirée, est celui de la peinture. Dès ses plus jeunes années, elle a eu
du goût pour le dessin, puis pour l’aquarelle et ce goût est allé se
fortifiant d’année en année. Il y a à Osborne et à Balmoral des
sketch-books remplis de ses croquis et des cartons pleins des aquarelles
qu’elle a lavées. Dans ses mémoires ou son journal sur son séjour dans
les highlands d’Écosse, il est question à chaque page d’un site qu’elle
éprouve le besoin de fixer de son crayon ou de son pinceau. Elle aime
copier la nature et s’en rapprocher le plus près possible. En cela,
elle subit l’influence de Ruskin et de Hunt.
Dès les premières années, la duchesse de Kent et plus tard la duchesse
de Northumberland ont pris soin de lui donner les meilleurs maîtres et
ceux-ci ont toujours déploré que sa future destinée ne lui laissât pas
le loisir de s’adonner entièrement à l’art de la peinture.
Une fois reine, elle tient à ce que tous les grands événements de son
règne et de sa vie publique soient fixés sur la toile et elle étonne par
la justesse de ses remarques les maîtres de l’école anglaise qui
viennent au palais travailler sous ses yeux. Jusqu’en ces dernières
années, elle a fait venir à Balmoral le fameux aquarelliste Green pour
lui demander ses conseils et le secret de son genre merveilleux. Avant
Green, elle avait travaillé sous la direction de Landseer, le grand
peintre animalier.
Victoria dessine dans toutes les positions, même à cheval. Il n’était
pas rare qu’en promenade dans le parc d’Osborne ou de Balmoral, elle
donnât l’ordre à son fidèle John Brown de lui tenir sa vieille jument
Jessie pendant qu’elle croquait au vol un coin de ciel, de mer, ou un
aperçu sur un détour de la rivière Dee.
En visite chez ses lords, elle éprouve le besoin de se distraire de la
société en allant faire une heure de paysage dans le jardin. Les dames
qui ont été à la Cour et qui connaissent ses goûts, préparent toujours
une table pour dessiner en plein air, lorsqu’elle les honore d’une
visite à la campagne. La plupart même l’imitent; mais il est rare
qu’elles arrivent à l’égaler. Peut-être y mettent-elles aussi quelque
complaisance.
[Illustration:
Phot. N. H. King.