XVI

La Reine Victoria artiste et écrivain.

Croquis et aquarelles.--La peinture à la Cour.--La copie de la

nature.--Tous modèles.--Victoria au piano.--Son chant.--Une lettre

de Mendelssohn.--Victoria écrivain.--Protectrice des arts.

Dans aucun art, on ne saurait dire que Victoria ait excellé, encore

qu’elle soit excellent juge des œuvres des autres. L’art qu’elle a le

plus volontiers cultivé et vers lequel elle s’est toujours sentie

attirée, est celui de la peinture. Dès ses plus jeunes années, elle a eu

du goût pour le dessin, puis pour l’aquarelle et ce goût est allé se

fortifiant d’année en année. Il y a à Osborne et à Balmoral des

sketch-books remplis de ses croquis et des cartons pleins des aquarelles

qu’elle a lavées. Dans ses mémoires ou son journal sur son séjour dans

les highlands d’Écosse, il est question à chaque page d’un site qu’elle

éprouve le besoin de fixer de son crayon ou de son pinceau. Elle aime

copier la nature et s’en rapprocher le plus près possible. En cela,

elle subit l’influence de Ruskin et de Hunt.

Dès les premières années, la duchesse de Kent et plus tard la duchesse

de Northumberland ont pris soin de lui donner les meilleurs maîtres et

ceux-ci ont toujours déploré que sa future destinée ne lui laissât pas

le loisir de s’adonner entièrement à l’art de la peinture.

Une fois reine, elle tient à ce que tous les grands événements de son

règne et de sa vie publique soient fixés sur la toile et elle étonne par

la justesse de ses remarques les maîtres de l’école anglaise qui

viennent au palais travailler sous ses yeux. Jusqu’en ces dernières

années, elle a fait venir à Balmoral le fameux aquarelliste Green pour

lui demander ses conseils et le secret de son genre merveilleux. Avant

Green, elle avait travaillé sous la direction de Landseer, le grand

peintre animalier.

Victoria dessine dans toutes les positions, même à cheval. Il n’était

pas rare qu’en promenade dans le parc d’Osborne ou de Balmoral, elle

donnât l’ordre à son fidèle John Brown de lui tenir sa vieille jument

Jessie pendant qu’elle croquait au vol un coin de ciel, de mer, ou un

aperçu sur un détour de la rivière Dee.

En visite chez ses lords, elle éprouve le besoin de se distraire de la

société en allant faire une heure de paysage dans le jardin. Les dames

qui ont été à la Cour et qui connaissent ses goûts, préparent toujours

une table pour dessiner en plein air, lorsqu’elle les honore d’une

visite à la campagne. La plupart même l’imitent; mais il est rare

qu’elles arrivent à l’égaler. Peut-être y mettent-elles aussi quelque

complaisance.

[Illustration:

Phot. N. H. King.

La reine Victoria intime Ouvrage illustré de 60 gravures d'après des photographies et des documents inédits · 第 31 / 62 题