Maintenant, si vous aimez les contrastes, si à une nature calme et

reposée, où le coeur vit par lui-même, vous préférez les grandes scènes,

l'aspect effrayant d'une nature tourmentée, le danger dans les

excursions; si aux habitants monotones de la banlieue de Paris, à leurs

costumes trop connus, vous voulez substituer un spectacle nouveau, des

moeurs nouvelles et des costumes pittoresques, nous vous mènerons aux

Pyrénées.

[Illustration: Eaux de Bagnères de Luchon.]

C'est dans les Pyrénées qu'on peut bien saisir la trace de ces

convulsions souterraines dont nous vous avons parlé plus haut; ce ne

sont partout que rochers abruptes dont les cimes semblent menacer le

ciel, crevasses profondes où l'on entend mugir les vents, voûtes

pendantes qui recouvrent des cascades horribles à voir et à entendre,

déchirements qui soulèvent un coin de l'intérieur de la montagne et font

frémir celui qui les regarde, pentes inabordables que franchissent seuls

l'isard et le chamois, et sur lesquelles roulent en avalanches les rocs

et la neige. Ce n'est plus là la nature de convention, proprement

peignée et habillée: ce sont de magnifiques horreurs qui ont sur l'homme

un charme d'attraction extraordinaire; et puis, au milieu de ces

figures, près du torrent impétueux dont l'écume se mêle aux cailloux

qu'il arrache à ses bords, sous des murs perpendiculaires de 4 à 520

mètres qui obstruent l'air et le soleil, si par hasard il se trouve une

corniche de 30 à 50 centimètres de large, c'est là qu'il vous faudra

passer sur les pas de votre guide; vous aurez le vertige, une sueur

froide inondera votre corps, vous vous sentirez attiré invinciblement

vers l'abîme, vous vous pencherez vers lui, plus près à chaque instant,

et toujours plus près, et si vous n'avez pas, près de vous, celui qui

est chargé de vous conduire, celui qui sait, sans frémir, sauter

par-dessus une fente de 200 mètres de profondeur, vous irez où va l'eau

du torrent, vous roulerez avec ses galets et vous mourrez inconnu au

milieu de ces scènes grandioses sans que le torrent s'arrête, sans que

le soleil voile un seul de ses rayons. Tels sont les plaisirs des

montagnes, telles sont les émotions que peuvent se procurer les

baigneurs des Pyrénées, les excursions qui servent plus que les eaux,

n'en déplaise à la médecine, à réconforter un malade et à le mettre à

même de recommencer une campagne d'hiver à Paris.

[Illustration: Eaux de Bagnères de Bigorre.]

[Illustration: Eaux de Mont-Dore.]

Les Hautes et les Basses-Pyrénées sont, abondamment, pourvues de ces

sources d'eaux minérales qui deviennent en été des centres d'attraction.

Tout, du reste, concourt à donner à ces bains un aspect grandiose et

inaccoutumé à l'oeil du Parisien. Dans ces montagnes, en effet, l'homme

n'est pas seulement en lutte avec la nature, il l'est encore avec les

lois. Par les pics les plus inaccessibles, par les anfractuosités les

plus sauvages, voyez à la nuit tombante glisser comme des ombres ces

formes fantastiques, qui se détachent en noir sur un horizon

qu'éclairent encore les derniers rayons du soleil; ces hommes sont armés

jusqu'aux dents et plient sous un fardeau qui ne ralentit pourtant pas

la rapidité de leur marche. Ce sont des contrebandiers qui, chaque nuit,

vont d'Espagne en France ou de France en Espagne. Pour eux la vie est

une série de combats, c'est une lutte ouverte avec la société

représentée par les douaniers, lutte qui souvent se termine par du sang.

Plus loin, de l'autre côté de la Frontière, ce sont les hordes

espagnoles sans cesse soulevées, sans cesse décimées; aussi, si vous

pénétrez en Espagne, quelle désolation, quelle misère se montrera à vous

à chaque pas! Là des villages entiers incendiés, ici des maisons encore

debout, mais vides, et, dans quelque fossé, leurs habitants qu'on n'a

pas même recouverts d'un peu de terre. Partout la mort, le

découragement; des populations hâves et traînant misérablement le reste

de jours dont elles ne savent pas le nombre; car, grâce aux soulèvements

périodiques des carlistes, des christinos, et à la répression des

autorités, nul ne sait si demain il ne sera pas désigné comme suspect,

et fusillé comme tel. Pauvre peuple! quand te sera-t-il donné de

t'asseoir paisiblement au banquet de la civilisation, et de compter les

jours par tes progrès?

A une douzaine de lieues de Paris et à trois à quatre lieues de la

frontière d'Espagne, dans le canton de Laruns, Basses-Pyrénées, se trouve

un village du nom d'_Eaux-Bonnes_ ou _Aigues-Bonnes_; il est au fond

d'une gorge étroite que dominent de tous côtés des montagnes élevées. Il

doit la vie à ses eaux minérales et n'est composé que d'une quinzaine de

maisons, dont quelques-unes, nouvellement construites, sont grandes,

assez bien bâties et adossées de tous côtés au roc, qu'il a fallu faire

sauter à la mine pour se procurer l'espace nécessaire à la construction

de l'hôpital destiné aux militaires. Car le gouvernement ne se contente

pas, dans sa sollicitude pour le soldat, de lui assurer pendant sept ans

le vivre, le coucher, l'exercice à toutes les heures du jour et le sou

de poche, il va jusqu'à lui procurer les plaisirs de la richesse; il a

de côté et d'autre de la France certaines eaux minérales où il envoie et

fait traiter libéralement les pauvres soldats malades.

L'air tempéré qu'on respire, dans l'étroit vallon où est construit le

village est très-favorable aux santés délicates et altérées. Et puis,

tout autour de vous, n'avez-vous pas les Pyrénées et leurs cascades,

parmi lesquelles il faut en citer une à proximité du village, alimentée

par un petit torrent, et qui se précipite du haut d'un rocher escarpé

avec un bruit formidable; mais le pauvre torrent a beau enfler sa voix

et se donner des airs de Niagara, il ne fait qu'ajouter à la beauté du

paysage, sans causer la moindre terreur.

Les sources minérales sourdent au pied de la montagne, au confluent des

ruisseaux de la Sonde et du Valentin; il en est jusqu'à trois que l'on

pourrait compter. La première, appelée la Vieille, sort d'une grotte

profonde que la nature a creusée depuis des siècles. Cette vieille

source n'a pas encore, à ce qu'il paraît, fait son temps, car elle

fournit l'eau qu'on boit. La seconde source, nommée la Neuve, est située

un peu au-dessus de la précédente, le long du ruisseau de la Sonde; et

la troisième, appelée source d'Orechy, est à cent pas environ des

autres. Ces trois sources alimentent seize baignoires faites de ce beau

marbre qu'on trouve en immense quantité dans les Pyrénées. Maintenant,

voulez-vous savoir de quoi vous pouvez vous guérir aux Eaux-Bonnes?

Prenez mon élixir,

De tous les maux il sait guérir,

dit l'opéra. Eh bien! vous pouvez y arriver avec des affections

chroniques des viscères abdominaux, des lièvres intermittentes rebelles,

des maladies de peau, l'hystérie, l'hypochondrie, voire même

désaffections catarrhales, des maladies chroniques de poitrine, la

pulmonie et de l'argent, beaucoup d'argent, et vous partirez au bout

d'un mois, nous ne disons pas complètement guéris de toutes ces

maladies, mais très-certainement de la dernière: l'absence d'argent est

l'état de santé le plus habituel quand on quitte les eaux. En effet, ne

faut-il pas que les habitants de ces établissements d'eaux thermales

fassent leurs provisions pour la froide saison? Pendant huit mois de

l'année ils vivent connue des marmottes engourdies dans leur trou,

pendant que les grands vents règnent sur la montagne et que chaque jour

l'avalanche se détache en bondissant; ils vivent, en songeant aux quatre

mois heureux qui attirent les baigneurs, et, pendant ces quatre, mois,

ils ne songent qu'aux huit mois qu'ils ont à passer dans le repos en

attendant la saison des bains. Or, toutes ces pensées convergent vers un

but unique, et ce but est votre bourse. Pour eux, tant que vous avez de

l'argent, vous êtes malade, vous avez besoin de précautions et de soins

qu'ils cotent à un taux fabuleux; mais le jour où la bourse est vide, le

malade est guéri et l'amabilité du logeur est en baisse. Aussi ce

jour-là allez-vous-en bien vite, sans même jeter un dernier regard sur

ces montagnes où vous avez fait de si délicieuses promenades; car ce

regard lui-même doit se payer dans un établissement, bien ordonné, et

votre bourse est vide.

Ces braves gens traitent leur pays, les points de vue, les cascades

comme choses à eux appartenant, et malheur à celui qui veut s'affranchir

du guide ou pousser une excursion plus loin que votre guide ne l'a

décidé! il pourrait lui arriver l'aventure qui a marqué les

pérégrinations montagnardes d'un de nos amis.

Ce jeune homme, minéralogiste intrépide et montagnard infatigable,

s'était engagé sur une corniche pendante au-dessus d'un abîme sur les

pas de son guide: il aperçoit sur une cime isolée une grotte où abondent

des minerais riches et rares; son carnier est déjà plein de pierres

ramassées de côté et d'autre et d'oiseaux tués dans son excursion: mais

l'ardeur de la science l'emporte: il propose à son guide de tenter la

périlleuse ascension. Le guide, pour lequel les pierres ne sont que des

pierres, refuse; le jour baissait d'ailleurs, et il lui semble prudent

de rétrograder, ce qu'il exécute. Le jeune homme s'engage seul dans la

montagne et arrive bientôt à la grotte, où il fait ample récolte. Mais

le jour tombe avec rapidité, et, pour reprendre le chemin de la

corniche, il ne suffit pas d'être intrépide et de sang-froid, il faut

encore y voir un peu clair. Le minéralogiste s'élance, mais il a perdu

son chemin. Enfin, se laisse glisser le long du pic, sur la pente la

plus douce et pose le pied sur un plateau inférieur du trois à quatre

mètres de large. Ce plateau est borné d'un côté par la montagne qu'il

vient de descendre et que sa pente énorme l'empêche de remonter; de deux

autres côtés, par deux précipices au fond desquels mugissent des

torrents, et du quatrième côté, par une plage de sable située à six

mètres au-dessous de lui. Tout cela est à pic. Son parti est pris: c'est

sur la plage de sable qu'il sautera; mais avant il veut s'assurer qu'il

ne court aucun danger. Il sais que souvent ces sables descendent à une

grande profondeur, et servent de filtre aux eaux qui tombent du ciel ou

qui proviennent de la fonte des neiges. Or, s'il est devant des sables

de cette nature, il court risque de s'enfoncer dans leurs mille petits

conduits souterrains et de n'en sortir qu'à vingt ou trente lieues de

là, dans un an ou deux, à l'état de ruisseau. Cette perspective le tente

peu: si ces sables ne sont qu'à la superficie, il y a tout à parier

qu'il se brisera les membres: autre perspective peu rassurante! Pour

connaître le terrain, il jette toutes les pierres de son carnier, et

chaque, pierre s'enfonce silencieusement dans le sable, la plus grosse

comme la plus petite. Notre intrépide commence à frémir: il tire toute

sa poudre pour appeler son guide, mais l'écho seul lui renvoie le bruit

de ses détonations. D'ailleurs la nuit est venue, et, s'il lui faut

mourir là, il veut, au moins que ce soit à la face du soleil. Il se

couche donc, la tête sur son carnier, les yeux fixés sur les étoiles.

A-t-il dormi? c'est douteux. On peut bien dormir la veille d'une

bataille, car ou n'a à craindre que la mort sous les yeux de tous, la

mort du brave, et involontairement il faut toujours à l'homme un peu de

théâtre; mais ici la mort n'a pour témoin que la voûte du ciel,

peut-être quelque chamois curieux ou un aigle qui plane en attendant sa

proie, et puis s'ensevelir tout vivant et reparaître à l'état de torrent

ou de puits artésien; il est difficile de se faire à cette idée. Enfin

le jour arrive: note ami jette son fusil en précurseur, le fusil

s'enfonce, le bout du canon seul paraît encore. Ses cheveux se dressent

sur sa tête; il tourne un dernier regard vers le ciel, vers cette belle

nature à laquelle il dit un éternel adieu et s'élance... Le sable

s'entr'ouvre et l'engloutit... jusqu'à la ceinture!--Il est sauvé!!!

Prenez des guides, touristes, et ne faites que ce que vous leur voyez

faire.

Les eaux minérales des Pyrénées le plus à la mode sont celles de Baréges

et des deux Bagnères.

Baréges est dans une situation agreste, au centre des Pyrénées, entre

deux rangs de montagnes parallèles et taillées à pic, sur la rive droite

du Bastan, qui traverse le vallon de Baréges. Cette espèce de gorge

étroite qui, quand les baigneurs sont partis, devient le domaine de

messieurs les ours, n'est habitable que pendant quatre ou cinq mois de

l'année. Les habitants l'abandonnent au commencement d'octobre, et vont

attendre à Luz et dans la vallée de Baréges le retour de la saison des

eaux: les maisons restent ensevelies sous la neige, et si quelque

curieux s'aventurait à les visiter à ce moment, il ne trouverait pour

lui répondre que ces grands ours des Pyrénées, qui trouvent fort commode

de s'installer dans des maisons où le froid ne les atteint pas et où ils

ont, en fait de nourriture, autre chose que leurs pattes à lécher.

Baréges a une soixantaine de maisons situées sur une seule et unique

rue.

La route de Tarbes à Baréges, par Pierrefitte et Luz, est l'une des plus

hardies et des plus pittoresques de tous les pays de montagnes. Elle

côtoie alternativement l'une et l'autre rive du Gave, au-dessus duquel

on a jeté des ponts d'une hardiesse extraordinaire; on en compte sept de

Pierrefitte à Luz: trois sur le Gave, dans la première moitié du trajet;

un quatrième à l'endroit le plus resserré, le plus sauvage, sur le

torrent qui descend du versant gauche, où se voit encore un ancien

arceau appelé le pont d'Enfer; celui de la Heillardère, tout en belles

pierres serpentines: ce pont est surmonté d'un obélisque.

On dit que la découverte des sources de Baréges ne remonte qu'à quatre

siècles. Elles formaient alors une espèce de cloaque, d'où s'exhalaient

des vapeurs qui attirèrent l'attention des habitants; mais c'est madame

de Maintenon qui commença leur célébrité et fit recueillir les eaux qui

s'échappaient des deux principales sources.

Les sources de Baréges sont au nombre, de six, dont la température varie

de 28 à 44 degrés. Elles sont apéritives, diurétiques et sudorifiques,

agissent d'une manière spéciale dans les vieilles plaies d'armes à feu

et dans les douleurs rhumatismales.

Bagnères de Luchon est moins sauvage que Baréges; c'est une petite,

ville située à l'extrémité de la vallée de Luchon, à peu près au milieu

de la chaîne des Pyrénées; elle est bien bâtie, traversée dans tous les

sens par des rues larges, propres et bien pavées, dont la principale

mène, à l'établissement des bains. La ville forme un triangle dont

chaque angle donne accès à une allée, plantée l'une de platanes, l'autre

de sycomores et la troisième de tilleuls; c'est cette dernière qui

conduit de la ville aux bains. Les eaux thermales sulfureuses! de

Bagnères de Luchon jouissaient déjà d'une grande célébrité chez les

Romains, comme le prouvent un grand nombre de débris d'autel, de

sarcophages, sur lesquels on lit des inscriptions latines.

L'édifice thermal, situé au pied d'une montagne, est un bâtiment vaste,

élégant, commode, construit depuis 1807. Sa forme offre un rectangle et

a quatre grandes portes. Dans l'intérieur est un vestibule carré, et de

chaque côté de longs et larges corridors voûtés en maçonnerie et

carrelés en dalles; ils donnent accès dans les cabinets garnis de

baignoires en marbre des Pyrénées.

C'est à Bagnères de Luchon que se donnent rendez-vous les géologues, les

botanistes, les minéralogistes et, les peintres, qui trouvent tous une

ample moisson à faire dans les environs. Le village de Juzé offre une

cascade magnifique. Le monticule de Castel-Vieil est terminé par un

plateau où se voient, encore les ruines d'un antique château féodal,

dont les débris sont en harmonie parfaite avec le paysage qui les

environne. A mi-hauteur de la montagne de Cazeril, se trouve un charmant

village, dont les baigneuses font souvent un but d'excursion, et

qu'elles atteignent au moyen de ces petits chevaux si vifs et dont le

pied est si sur.

La promenade la plus pittoresque des environs de Bagnères est la vallée

du Lis, dont le fond offre plusieurs belles cascades. Cette vallée est

ombragée par de magnifiques forêts, derrière lesquelles s'élève

majestueusement la cime nue et neigeuse de Cabrioules, qui appartient à

la masse des montagnes de l'Oô. Sur ces montagnes se trouve un lac d'un

aspect saisissant; pour y arriver il faut traverser des forêts de sapins

dont l'éternelle verdure contraste avec la neige, qu'on aperçoit sur les

cimes. On entend de loin le bruit d'une cascade qui se précipite de 300

mètres de hauteur, et dont les eaux donnent naissance à un vaste bassin

de 6,000 mètres de circonférence, qui porte le nom de lac d'Oô;

au-dessus sont quatre autres lacs, dont le dernier est glacé. Non loin

de là s'élève la montagne _Maladetta_, dont les hauteurs sont toujours

couvertes de neiges et de glaces.

Bagnères de Bigorre est située, sur la rive gauche de l'Adour, en bas de

la colline et du mont Olivet; elle est propre et bien bâtie, entourée de

collines cultivées, dominée, au loin par le pic du Midi et par la chaîne

des monts adjacents, qui offrent de tous côtés des points de vue

délicieux. Le vent qui sort de ces gorges arrive dans les rues de la

ville doux et frais, et contribue à faire de son climat l'un des plus

sains des Pyrénées. Tout du reste, dans cet heureux pays, concourt à

attirer, à retenir les étrangers; on voudrait y venir quand même il n'y

aurait pas d'eaux minérales, et quand on y a posé sa tente, on voudrait

y rester toujours. C'est surtout quand ou a parcouru la vallée de Campan

que cette impression se fait sentir et passe à l'état d'idée fixe.

Durant trois lieues, depuis Bagnères jusqu'aux premiers escarpements,

vers Sainte-Marie, la route ne forme qu'un seul village; sur trois

points seulement, à Beaudéan, à Campan et à Sainte-Marie, les habitations

se rapprochent et se groupent autour d'un clocher, qui indique la maison

de Dieu. Sur la montagne on trouve des arbres d'une végétation

extraordinaire; et partout, de l'eau, de l'eau dans la ville, dans les

rues: de l'eau hors des portes, des allées de tilleuls qui conduisent le

baigneur, à l'abri du soleil, aux différents établissements de bains.

Le plus vaste de ces établissements est celui qui porte le nom de

Marie-Thérèse. La façade a une étendue de 63 mètres de longueur sur 10

mètres de hauteur, non compris le rez-de-chaussée. Dans l'intérieur se

trouvent les cabinets et leurs baignoires de marbre, des lits de repos,

un double appareil fumigatoire, une grande salle de réunion, un salon de

lecture, un billard. Par derrière, un beau jardin embellit cet édifice.

Un vestibule, situé au centre et dans lequel on arrive par un large

perron, sert d'entrée principale.

Quant aux buts de promenades et d'excursions, ils sont nombreux dans une

vallée si heureusement située. Des divertissements y sont fréquents, car

Bagnères peut donner asile à trois mille étrangers; aussi est-ce un des

établissements de bains les plus à la mode.

Nous voudrions pouvoir vous faire visiter encore quelques-unes de ces

contrées privilégiées où l'été voit affluer les visiteurs et les

promeneurs; nous aurions voulu vous parler de Vichy, de Néréis, dont les

eaux sont souveraines contre la goutte; nous vous aurions révélé, si

l'espace ne nous manquait, l'existence d'eaux sulfureuses qui ont eu le

sort de toutes les choses d'ici-bas, qui, après avoir eu la vogue, sont

aujourd'hui oubliées ou plutôt méconnues; nous vous aurions mené à

Cransac, au beau milieu d'un pays agreste, sauvage, auquel il ne manque

que des ours pour lutter avec l'aspect des Pyrénées, et qui compte bien

s'en procurer avant peu. Il y a à Cransac les eaux anciennes et les eaux

nouvelles, dont l'emploi est ordonné pour les engorgements abdominaux.

Au milieu de la montagne, au centre d'un bois touffu de châtaigniers, se

trouvent des étuves, dans lesquelles l'air est chaud et chargé de

vapeurs sulfureuses. Cet établissement, trop peu connu, serait

susceptible de grandes et importantes améliorations: les rhumatismes

chroniques, les douleurs des articulations, les névralgies, les

sciatiques, ont souvent été guéries comme par enchantement après cinq ou

six bains d'étuves. Et puis, comme excursion, il y a près de là la

montagne brûlante de Fontaynes, ancienne houillère, qui a pris feu

depuis un grand nombre de siècles.

Le Mont-Dore, qui est notre dernière étape pour cette année, est adossé

à la base de la montagne de l'Angle, d'où naissent les sources, et à peu

près au milieu d'une profonde vallée qui se courbe en croissant du nord

au midi, et que la Dordogne, qui y prend naissance, sillonne dans toute

sa longueur. La végétation des montagnes est partout vigoureuse.

On voit sur ces montagnes de fréquentes et profondes anfractuosités,

souvent couronnées par d'énormes bancs de rochers laissés à nu par les

éboulements. La sévérité de leur aspect, leurs pentes verticales, les

flancs noircis et absolument nus de ces étroites déchirures, leur ont

fait donner le nom de cheminées ou gorges d'enfer. D'énormes roches

pyramidales s'élancent en aiguilles du fond de l'abîme. Tout cela a un

aspect étrange et profondément désolé: ou y voit la main de l'homme qui

lutte sans cesse contre les grandes convulsions de la nature, et qui

parvient à grand'peine à s'assurer un abri contre des éboulements sans

cesse renaissants.

Il y a au Mont-Dore sept sources d'une température assez élevée, à

l'exception d'une seule qui est froide. L'établissement, fondé en 1810,

est tout entier construit en laves volcaniques et présente trois grandes

divisions: deux pavillons formant ailes, et où s'administrent bains et

douches, et un grand bâtiment formant façade et où se trouve le grand

salon de réunion, avec deux salles de billard au premier, et au-dessous

les piscines réservées aux indigents.

Et maintenant, lecteur, vous qui pouvez aller aux Pyrénées ou en

Auvergne, partez, volez, où vous appelle le bienheureux _far niente_;

allez ébaucher le commencement d'un roman intime, dont vous viendrez

trouver le dénouement à Paris l'hiver prochain. Allez, que l'été vous

soit court, et que les bains vous lavent de toutes les souillures de la

vie parisienne!

Le jeune Lapin et le Renard.

FABLE.

/*

Un Lapin, dans cet âge heureux

Qui ne connaît soucis ni peine,

Folâtrait près de sa garenne.

Un ami cependant faisait faute à ses jeux:

Il n'est de vrai plaisir qu'à deux.

Tout à coup s'offrit, à sa vue

Un animal d'une espèce inconnue;

C'était maître Renard, qui lui dit: «Mon cousin,

«Puisqu'un heureux hasard aujourd'hui nous rassemble,

«Embrassons-nous, jouons ensemble;

«J'ai toujours aimé le Lapin...

«Le Lapin! oh! oui, je le prise

«Seul plus que tous les animaux,

«J'en fais serment. J'ai des défauts,

«Mais ma vertu, c'est la franchise. »

Ces mots ont du Lapin décidé le refus;

Il s'enfuit au terrier, et là, par sa fenêtre;

«Toi, franc!... Je le croyais peut-être;

«Tu l'as dit, je ne le crois plus. »

La vertu de parade à bon droit épouvante:

Fait-elle un pas vers moi, je recule d'un pas.

Les qualités dont on se vante

Sont toujours celles qu'on n'a pas.

S. Lavalette.

*/

MARGHERITA PUSTERLA.

Lecteur, as-tu souffert? Non.

--Ce livre n'est pas pour toi.

CHAPITRE II

L'AMOUR.

L'Illustration, No. 0024, 12 Août 1843 · 第 4 / 7 段