La guerre se trouvait ainsi déclarée entre l'Angleterre d'une part, la

Russie, la Suède, le Danemarck, de l'autre. Les glaces rendaient la

Baltique impraticable; des expéditions anglaises furent envoyées pour

s'emparer des colonies danoises et suédoises, dans les Indes

occidentales. Dans le courant de mars 1800, les îles de Ste.-Croix,

St.-Thomas, St.-Bartholomé, tombèrent sous la domination britannique.

Le 29 mars, le prince de Hesse, commandant les troupes danoises, entra

dans Hambourg, afin d'intercepter l'Elbe au commerce anglais. Dans la

proclamation de ce général, le Danemarck se fonde sur la nécessité de

prendre tous les moyens qui peuvent nuire à l'Angleterre, et

l'obliger à respecter enfin les droits des nations, et surtout ceux

des neutres.

De son côté, le cabinet de Berlin fit prendre possession du Hanovre,

et ferma ainsi aux Anglais les bouches de l'Ems et du Wézer. Le

général prussien, dans son manifeste, motive cette mesure sur les

outrages dont les Anglais abreuvent constamment les nations neutres,

sur les pertes qu'ils leur font supporter, enfin sur les nouveaux

droits maritimes que l'Angleterre prétend faire reconnaître.

Une convention eut lieu, le 3 avril, entre la régence et les ministres

prussiens, par laquelle l'armée hanovrienne fut licenciée, et les

places livrées aux troupes prussiennes. La régence s'engageait, de

plus, à obéir aux autorités de cette nation. Ainsi le roi d'Angleterre

avait perdu ses états d'Hanovre; mais ce qui était d'une plus grande

conséquence pour lui, la Baltique, l'Elbe, le Wézer, l'Ems, lui

étaient fermés comme la Hollande, la France et l'Espagne. C'était un

coup terrible porté au commerce des Anglais, et dont les effets

étaient tels, que sa prorogation seule les eût obligés de renoncer à

leur systême.

Cependant les puissances maritimes du nord armaient avec activité. 12

vaisseaux de ligne russes étaient mouillés à Revel, 7 autres suédois

étaient prêts à Carlscrona; ce qui, joint à un pareil nombre de

vaisseaux danois, eût formé une flotte combinée de 22 à 24 vaisseaux

de ligne, qui aurait été successivement augmentée, les trois

puissances pouvant la porter jusqu'à 36 et 40 vaisseaux.

Quelque grandes que fussent les forces navales de l'Angleterre, une

pareille flotte était respectable. L'Angleterre était obligée d'avoir

une escadre dans la Méditerranée, pour empêcher la France d'envoyer

des forces en Égypte, et pour protéger le commerce anglais. Le

désastre d'Aboukir était en partie réparé, et il y avait, en rade à

Toulon, une escadre de plusieurs vaisseaux. Les Anglais étaient

également forcés d'avoir une escadre devant Cadix, pour observer les

vaisseaux espagnols, et empêcher les divisions françaises de passer le

détroit. Une flotte française et espagnole était dans Brest. Il leur

fallait en outre une escadre devant le Texel; mais, au commencement

d'avril, les flottes russe, danoise et suédoise n'étaient pas encore

réunies, quoiqu'elles eussent pu l'être au commencement de mars. C'est

sur ce retard que le gouvernement anglais basa son plan d'opération

pour attaquer successivement les trois puissances maritimes de la

Baltique, en portant d'abord tous ses efforts sur le Danemarck, et

obligeant cette puissance à renoncer à la convention du 16 décembre

1800, et à recevoir les vaisseaux anglais dans ses ports.

§ X.

Une flotte anglaise forte de 50 voiles, dont 17 vaisseaux de ligne,

sous le commandement des amiraux Parker et Nelson, partit d'Yarmouth

le 12 mars; elle avait 1000 hommes de troupes de débarquement. Le 15,

elle essuya une violente tempête, qui la dispersa. Un vaisseau de 74

(l'Invincible) fut jeté sur un banc le Hammon-banc, et périt corps et

biens. Le 20 mars, elle fut signalée dans le Cattégat. Le même jour

une frégate conduisit à Elseneur le commissaire Vansittart, chargé,

conjointement avec M. Drumond, de remettre l'_ultimatum_ du

gouvernement anglais. Le 24, ils revinrent à bord de la flotte, et

donnèrent des nouvelles de tout ce qui se passait à Copenhague et dans

la Baltique. La flotte russe était encore à Revel, et celle suédoise à

Carlscrona. Les Anglais craignaient leur réunion. Le cabinet anglais

avait donné pour instructions à l'amiral Parker, de détacher le

Danemarck de l'alliance des deux puissances, en agissant par la

crainte ou par l'effet d'un bombardement. Le Danemarck ainsi

neutralisé, la flotte combinée se trouvait de beaucoup diminuée, et

les Anglais avaient l'entrée libre de la Baltique. Il paraît que le

conseil hésita sur la question de savoir s'il devait passer le Sund ou

le grand Belt. Le Sund, entre Cronembourg et la côte suédoise, a 2300

toises; la plus grande profondeur est à 1500 toises des batteries

d'Elseneur et à 800 de la côte de Suède. Si donc les deux côtes

avaient été également armées, les vaisseaux anglais auraient été

obligés de passer à la distance de 1100 toises de ces batteries. A

Elseneur et à Cronembourg, on comptait plus de 100 pièces ou mortiers

en batterie. On conçoit les dommages qu'une escadre doit éprouver dans

un pareil passage, tant par la perte des mâts, vergues, que par les

accidents des bombes. D'un autre côté, le passage par les Belts était

très-difficile, et les officiers, opposés à ce projet, annonçaient que

l'escadre danoise pouvait alors sortir de Copenhague, pour aller se

joindre aux flottes française et hollandaise.

Cependant, l'amiral Parker se décida pour ce passage, et le 26 mai,

toute la flotte fit voile pour le grand Belt. Mais quelques bâtiments

légers, qui éclairaient la flotte, ayant touché sur les roches, elle

revint le même jour à son ancrage. L'amiral prit alors la résolution

de passer par le Sund; et après s'être assuré des intentions qu'avait

le commandant de Cronembourg de défendre le passage, la flotte,

profitant d'un vent favorable, le 30, se dirigea dans le Sund. La

flottille de bombardes s'approcha d'Elseneur pour faire diversion, en

bombardant la ville et le château; mais bientôt la flotte s'étant

aperçue que les batteries de la Suède ne tiraient pas, appuya sur

cette côte, et passa le détroit, hors de la portée des batteries

danoises, qui firent pleuvoir une grêle de bombes et de boulets. Tous

les projectiles tombèrent à plus de 100 toises de la flotte, qui ne

perdit pas un seul homme.

Les Suédois, pour se justifier de la déloyauté de leur conduite, ont

allégué que, pendant l'hiver, il n'avait pas été possible d'élever des

batteries, ni même d'augmenter celle de 6 canons qui existait; que

d'ailleurs, le Danemarck n'avait pas paru le desirer, dans la crainte

probablement que la Suède ne fît de nouveau valoir ses anciennes

prétentions, en voulant prendre la moitié du droit, que le Danemarck

perçoit sur tous les bâtiments qui passent le détroit. Leur nombre est

annuellement de 10 à 12,000; ce qui rapporte à cette puissance de 2

millions 500 mille, à 3 millions. On voit combien ces raisons sont

futiles. Il ne fallait que peu de jours pour placer une centaine de

bouches à feu en batteries; et les préparatifs que l'Angleterre

faisait, depuis plusieurs mois, pour cette expédition, et en dernier

lieu, la station de plusieurs jours de la flotte dans le Cattégat,

avait donné à la Suède bien au-delà du temps qu'il lui fallait.

Le même jour 30 mars, la flotte mouilla entre l'île de Huen et

Copenhague. Aussitôt les amiraux anglais et les principaux officiers

s'embarquèrent dans un schooner, pour reconnaître la position des

Danois.

Lorsque l'on a passé le Sund, on n'est pas encore dans la Baltique. A

10 lieues d'Elseneur est Copenhague. Sur la droite de ce port, se

trouve l'île d'Amack, et à 2 lieues de cette île, en avant, est le

rocher de Saltholm. Il faut passer dans ce détroit, entre Saltholm et

Copenhague, pour entrer dans la Baltique. Cette passe est encore

divisée en 2 canaux, par un banc, appelé le Middle-Ground, qui est

situé vis à vis Copenhague; le canal royal est celui qui passe sous

les murs de cette ville. La passe entre l'île d'Amack et Saltholm,

n'est bonne que pour des vaisseaux de 74; ceux à 3 ponts la

franchissent difficilement, et sont même obligés de s'alléger d'une

partie de leur artillerie. Les Danois avaient placé leur ligne

d'embossage entre le banc et la ville, afin de s'opposer au mouillage

des bombardes et chaloupes canonnières, qui auraient pu passer

au-dessus du banc. Les Danois croyaient ainsi mettre Copenhague à

l'abri du bombardement.

La nuit du 30 fut employée par les Anglais à sonder le banc; et le 31,

les amiraux montèrent sur une frégate, avec les officiers

d'artillerie, afin de reconnaître de nouveau la ligne ennemie et

l'emplacement pour le mouillage des bombardes. Il fut reconnu que, si

l'on pouvait détruire la ligne d'embossage, des bombardes pourraient

se placer pour bombarder le port et la ville; mais que, tant que la

ligne d'embossage existerait, cela serait impossible. La difficulté,

pour attaquer cette ligne, était très-grande. On en était séparé par

le banc de Middle-Ground, et le peu d'eau qui restait au-dessus de ce

banc, ne permettait pas aux vaisseaux de haut bord de le franchir. Il

n'y avait donc de possibilité qu'en le doublant et venant ensuite, en

le rasant par stribord, se placer entre lui et la ligne danoise,

opération fort hasardeuse. 1º Car, on ne connaissait pas bien le

gisement et la longueur du banc, et l'on n'avait que des pilotes

anglais qui n'avaient navigué dans ces mers qu'avec des bâtiments de

commerce. On sait d'ailleurs que les pilotes les plus habiles ne

peuvent se guider, en pareilles circonstances, que par les bouées;

mais les Danois, avec raison, les avaient ôtées, ou mal placées

exprès. 2º Les vaisseaux anglais, en doublant le banc, étaient exposés

à tout le feu des Danois, jusqu'à ce qu'ils eussent pris leur ligne de

bataille. 3º Chaque vaisseau désemparé serait un vaisseau perdu, parce

qu'il s'échouerait sur le banc, et cela sous le feu de la ligne et des

batteries danoises.

Les personnes les plus prudentes croyaient qu'il ne fallait pas

entreprendre une attaque qui pouvait entraîner la ruine de la flotte.

Nelson pensa différemment, et fit adopter le projet d'attaquer la

ligne d'embossage et de s'emparer des batteries de la couronne, au

moyen de 900 hommes de troupes. Appuyé à ces îles, le bombardement de

Copenhague devenait facile, et le Danemarck pouvait être considéré

comme soumis. Le commandant en chef ayant approuvé cette attaque,

détacha, le 1er avril, Nelson avec 12 vaisseaux de ligne et toutes les

frégates et bombardes. Celui-ci mouilla le soir à Draco-Pointe, près

du banc, qui le séparait de la ligne ennemie, et si près d'elle, que

les mortiers de l'île d'Amack, qui tirèrent quelques coups, envoyèrent

leurs bombes au milieu de l'escadre mouillée. Le 2, les circonstances

du temps étant favorables, l'escadre anglaise doubla le banc, et le

rangeant à stribord, vint prendre la ligne entre lui et les Danois. Un

vaisseau anglais de 74 toucha, avant d'avoir doublé le banc, et 2

autres s'échouèrent après l'avoir doublé. Ces 3 vaisseaux dans cette

position, étaient exposés au feu de la ligne ennemie, qui leur envoya

bon nombre de boulets.

La ligne d'embossage des Danois était appuyée, à sa gauche, _aux

batteries de la couronne_, îles factices à 600 toises de Copenhague,

armées de 70 bouches à feu, et défendues par 1500 hommes d'élite; et

sa droite se prolongeait sur l'île d'Amack. Pour défendre l'entrée du

port, sur la gauche des trois couronnes, on avait placé 4 vaisseaux de

ligne, dont 2 entièrement armés et équipés.

Le but de la ligne d'embossage étant de garantir le port et la ville

d'un bombardement, et de rester maître de toute la rade comprise entre

le Middle-Ground et la ville; cette ligne avait été placée le plus

près possible du banc. Sa droite était très en avant de l'île d'Amack;

la ligne entière avait plus de trois mille toises d'étendue, et était

formée par vingt bâtiments. C'étaient de vieux vaisseaux rasés, ne

portant que la moitié de leur artillerie, ou des frégates et autres

bâtiments, installés en batteries flottantes, portant une douzaine de

canons. Pour l'effet qu'elle devait produire, cette ligne était

suffisamment forte et parfaitement placée; aucune bombarde ou chaloupe

canonnière ne pouvait l'approcher. Pour les raisons ci-dessus

énoncées, les Danois ne craignaient pas d'être attaqués par les

vaisseaux de haut bord. Lors donc qu'ils virent la manoeuvre de

Nelson, et qu'ils prévirent ce qu'il allait entreprendre, leur

étonnement fut grand. Ils comprirent que leur ligne n'était pas assez

forte, et qu'il aurait fallu la former, non de carcasses de bâtiments,

mais au contraire des meilleurs vaisseaux de leur escadre; qu'elle

avait trop d'étendue, pour le nombre de bâtiments qui y étaient

employés; qu'enfin la droite n'était pas suffisamment appuyée; que

s'ils eussent rapproché cette ligne de Copenhague, elle n'eût eu que

15 à 1800 toises; qu'alors la droite aurait pu être soutenue par de

fortes batteries, élevées sur l'île d'Amack, qui auraient battu en

avant de la droite, et flanqué toute la ligne. Il est probable que,

dans ce cas, Nelson eût échoué dans son attaque; car il lui aurait été

impossible de passer entre la ligne et la terre, ainsi garnie de

canons. Mais il était trop tard, ces réflexions étaient inutiles, et

les Danois ne songèrent plus qu'à se défendre avec vigueur. Les

premiers succès qu'ils obtinrent, en voyant échouer 3 des plus forts

vaisseaux ennemis, leur permettaient de concevoir les plus hautes

espérances. Le manque de ces trois vaisseaux obligea Nelson, pour ne

point trop disséminer ses forces, à dégarnir son extrême droite. Dès

lors, le principal objet de son attaque, qui était la prise des trois

couronnes, se trouva abandonné. Aussitôt que Nelson eut doublé le

banc, il s'approcha jusqu'à 100 toises de la ligne d'embossage, et se

trouvant par 4 brasses d'eau, ses pilotes mouillèrent. La canonnade

était engagée avec une extrême vigueur; les Danois montrèrent la plus

grande intrépidité; mais les forces des Anglais étaient doubles en

canons.

Une ligne d'embossage présente une force immobile contre une force

mobile: elle ne peut donc surmonter ce désavantage, qu'en tirant appui

des batteries de terre, surtout pour les flancs. Mais, ainsi qu'on l'a

dit plus haut, les Danois n'avaient pas flanqué leur droite.

Les Anglais appuyèrent donc sur la droite et sur le centre, qui

n'étaient pas flanqués, en éteignirent le feu, et obligèrent cette

partie de la ligne d'amener, après une vive résistance de plus de 4

heures. La gauche de la ligne, étant bien soutenue par les batteries

de la couronne, resta entière. Une division de frégates espérant, à

elle seule, remplacer les vaisseaux qui avaient dû attaquer ces

batteries, osa s'engager avec elles, comme si elle était soutenue par

le feu des vaisseaux. Mais elle souffrit considérablement, et, malgré

tous ses efforts, fut obligée de renoncer à cette entreprise, et de

s'éloigner.

L'amiral Parker, qui était resté avec l'autre partie de la flotte

au-dehors du banc, voyant la vive résistance des Danois, comprit que

la plupart des bâtiments anglais seraient dégréés par suite d'un

combat aussi opiniâtre; qu'ils ne pourraient plus manoeuvrer, et

s'échoueraient tous sur le banc, ce qui eut lieu en partie. Il fit le

signal de cesser le combat, et de prendre une position en arrière;

mais cela même était très-difficile. Nelson aima mieux continuer

l'action. Il ne tarda pas à être convaincu de la sagesse du signal de

l'amiral, et il se décida enfin à lever l'ancre et à s'éloigner du

combat. Mais, voyant qu'une partie de la ligne danoise était réduite,

il eut l'idée, avant de prendre ce parti extrême, d'envoyer un

parlementaire proposer un arrangement. Il écrivit, à cet effet, une

lettre adressée aux braves frères des Anglais, les Danois, et conçue

en ces termes: «Le vice-amiral Nelson a ordre de ménager le Danemarck;

ainsi il ne doit résister plus long-temps. La ligne de défense, qui

couvrait ses rivages, a amené au pavillon anglais. Cessez donc le

feu, qu'il puisse prendre possession de ses prises, ou il les fera

sauter en l'air avec leurs équipages, qui les ont si noblement

défendues. Les braves Danois sont les frères et ne seront jamais les

ennemis des Anglais.» Le prince de Danemarck, qui était au bord de la

mer, reçut ce billet, et, pour avoir des éclaircissements à ce sujet,

il envoya l'adjudant-général Lindholm auprès de Nelson, avec qui il

conclut une suspension d'armes. Le feu cessa bientôt partout, et les

Danois blessés furent remis sur le rivage. Cette suspension avait à

peine eu lieu, que trois vaisseaux anglais, y compris celui que

montait Nelson, s'échouèrent sur le banc. Ils furent en perdition, et

ils n'auraient jamais pu s'en relever, si les batteries avaient

continué le feu. Ils durent donc leur salut à cet armistice.

Cet évènement sauva l'escadre anglaise. Nelson se rendit, le 4 avril,

à terre. Il traversa la ville au milieu des cris et des menaces de

toute la populace; et, après plusieurs conférences avec le prince

régent, on signa la convention suivante: «Il y aura un armistice de 3

mois et demi, entre les Anglais et le Danemarck; mais uniquement pour

la ville de Copenhague et le Sund. L'escadre anglaise, maîtresse

d'aller où elle voudra, est obligée de se tenir à la distance d'une

lieue des côtes du Danemarck, depuis sa capitale jusqu'au Sund. La

rupture de l'armistice devra être dénoncée quinze jours avant la

reprise des hostilités. Il y aura _statu quo_ parfait sous tous les

autres rapports, en sorte que rien n'empêche l'escadre de l'amiral

Parker de se porter vers quelque autre point des possessions danoises,

vers les côtes du Jutland, vers celles de la Norwège; que la flotte

anglaise qui doit être entrée dans l'Elbe, peut attaquer la forteresse

danoise de Glukstadt; que le Danemarck continue à occuper Hambourg et

Lubeck, etc.

Les Anglais perdirent, dans cette bataille, 943 hommes tués ou

blessés. Deux de leurs vaisseaux furent tellement maltraités, qu'il ne

fut plus possible de les réparer; l'amiral Parker fut obligé de les

renvoyer en Angleterre. La perte des Danois fut évaluée un peu plus

haut que celle des Anglais. La partie de la ligne d'embossage, qui

tomba au pouvoir de ces derniers, fut brûlée, au grand déplaisir des

officiers anglais, dont cela lésait les intérêts. Lors de la signature

de l'armistice, les bombardes et chaloupes canonnières étaient en

position de prendre une ligne pour bombarder la ville.

§ XI.

L'évènement de Copenhague ne remplit pas entièrement les intentions du

gouvernement britannique; il avait espéré détacher et soumettre le

Danemarck, et il n'était parvenu qu'à lui faire signer un armistice,

qui paralysait les forces danoises pendant 14 semaines.

L'escadre suédoise et l'escadre russe s'armaient avec la plus grande

activité, et présentaient des forces considérables. Mais l'appareil

militaire était désormais devenu inutile; la confédération des

puissances du nord se trouvait dissoute par la mort de l'empereur

Paul, qui en était à la fois l'auteur, le chef et l'ame. Paul Ier

avait été assassiné, dans la nuit du 23 au 24 mars; et la nouvelle de

sa mort arriva à Copenhague, au moment où l'armistice venait d'être

signé!

Lord Withworth était ambassadeur à sa cour; il était fort lié avec le

comte de P....., le général B......., les S...., les O...., et autres

personnes authentiquement reconnues pour être les auteurs et acteurs

de cet horrible parricide. Ce monarque avait indisposé contre lui, par

un caractère irritable et très-susceptible, une partie de la noblesse

russe. La haine de la révolution française avait été le caractère

distinctif de son règne. Il considérait comme une des causes de cette

révolution, la familiarité du souverain et des princes français, et la

suppression de l'étiquette à la cour. Il établit donc à la sienne une

étiquette très-sévère, et exigea des marques de respect peu conformes

à nos moeurs et qui révoltaient généralement.

Être habillé d'un frac, avoir un chapeau rond, ne point descendre de

voiture, quand le czar ou un des princes de sa maison passait dans les

rues ou promenades; enfin, la moindre violation des moindres détails

de son étiquette excitait toute son animadversion; et par cela seul on

était jacobin. Depuis qu'il s'était rapproché du premier consul, il

était revenu sur une partie de ces idées; et il est probable que, s'il

eût vécu encore quelques années, il eût reconquis l'opinion et l'amour

de sa cour, qu'il s'était aliénés. Les Anglais mécontents, et même

extrêmement irrités du changement qui s'était opéré en lui depuis un

an, n'oublièrent rien pour encourager ses ennemis intérieurs. Ils

parvinrent à accréditer l'opinion qu'il était fou, et enfin nouèrent

une conspiration pour attenter à sa vie. L'opinion générale est

que.....................

La veille de sa mort, Paul étant à souper avec sa maîtresse et son

favori, reçut une dépêche, où on lui détaillait toute la trame de la

conspiration; il la mit dans sa poche, en ajournant la lecture au

lendemain. Dans la nuit il périt.

L'exécution de cet attentat n'éprouva aucun obstacle: P..... avait

tout crédit au palais; il passait pour le favori et le ministre de

confiance du souverain. Il se présente à deux heures du matin à la

porte de l'appartement de l'empereur, accompagné de B......., S.... et

O.... Un Cosaque affidé, qui était à la porte de sa chambre, fit des

difficultés pour les laisser pénétrer chez lui; ils le massacrèrent

aussitôt. L'empereur s'éveilla au bruit, et se jeta sur son épée; mais

les conjurés se précipitèrent sur lui, le renversèrent et

l'étranglèrent: B....... fut celui qui lui donna le dernier coup; il

marcha sur son cadavre. L'impératrice, femme de Paul, quoiqu'elle eût

beaucoup à se plaindre des galanteries de son mari, témoigna une vraie

et sincère affliction; et tous ceux qui avaient pris part à cet

assassinat furent constamment dans sa disgrace.

......................................................................

Bien des années après, le général Benigsen commandait

encore......... Quoi qu'il en soit, cet horrible

évènement glaça d'horreur toute l'Europe, qui fut surtout scandalisée

de l'affreuse franchise, avec laquelle les Russes en donnaient des

détails dans toutes les cours. Il changea la position de l'Angleterre

et les affaires du monde. Les embarras d'un nouveau

règne,

......................................................................

donnèrent une autre direction à la

politique de la cour de Russie. Dès le 5 avril, les matelots anglais,

qui avaient été faits prisonniers de guerre par suite de l'embargo, et

envoyés dans l'intérieur de l'empire, furent rappelés. La commission

qui avait été chargée de la liquidation des sommes dues par le

commerce anglais, fut dissoute. Le comte Pahlen, qui continua à être

le principal ministre, fit connaître aux amiraux anglais, le 20 avril,

que la Russie accédait à toutes les demandes du cabinet anglais; que

l'intention de son maître était que, d'après la proposition du

gouvernement britannique de terminer le différend à l'amiable par une

convention, on cessât toute hostilité jusqu'à la réponse de Londres.

Le desir d'une prompte paix avec l'Angleterre fut hautement manifesté,

et tout annonça le triomphe de cette puissance. Après l'armistice de

Copenhague, l'amiral Parker s'était porté vers l'île de Moën, pour

observer les flottes russe et suédoise. Mais la déclaration du comte

de Pahlen le rassura à cet égard; et il revint à son mouillage de

Kioge, après avoir fait connaître à la Suède, qu'il laisserait passer

librement ses bâtiments de commerce.

Le Danemarck cependant continuait à se mettre en état de défense.

Sa flotte restait tout entière, et n'avait éprouvé aucune perte;

elle consistait en seize vaisseaux de guerre. Les détails de cet

armement, et les travaux nécessaires pour mettre les batteries de

la couronne et celles de l'île d'Amack dans le meilleur état de

défense, occupaient entièrement le prince royal. Mais, à Londres

et à Berlin, les négociations étaient dans la plus grande activité,

et lord Saint-Hélens était parti d'Angleterre, le 4 mai, pour

Saint-Pétersbourg. Bientôt l'Elbe fut ouverte au commerce anglais.

Le 20 mai, Hambourg fut évacué par les Danois, et le Hanovre par les

Prussiens.

Mémoires pour servir à l'Histoire de France sous Napoléon, Tome 2/2 Écrits à Sainte-Hélène par les généraux qui ont partagé sa captivité · 第 7 / 19 段