Russie, la Suède, le Danemarck, de l'autre. Les glaces rendaient la
Baltique impraticable; des expéditions anglaises furent envoyées pour
s'emparer des colonies danoises et suédoises, dans les Indes
occidentales. Dans le courant de mars 1800, les îles de Ste.-Croix,
St.-Thomas, St.-Bartholomé, tombèrent sous la domination britannique.
Le 29 mars, le prince de Hesse, commandant les troupes danoises, entra
dans Hambourg, afin d'intercepter l'Elbe au commerce anglais. Dans la
proclamation de ce général, le Danemarck se fonde sur la nécessité de
prendre tous les moyens qui peuvent nuire à l'Angleterre, et
l'obliger à respecter enfin les droits des nations, et surtout ceux
des neutres.
De son côté, le cabinet de Berlin fit prendre possession du Hanovre,
et ferma ainsi aux Anglais les bouches de l'Ems et du Wézer. Le
général prussien, dans son manifeste, motive cette mesure sur les
outrages dont les Anglais abreuvent constamment les nations neutres,
sur les pertes qu'ils leur font supporter, enfin sur les nouveaux
droits maritimes que l'Angleterre prétend faire reconnaître.
Une convention eut lieu, le 3 avril, entre la régence et les ministres
prussiens, par laquelle l'armée hanovrienne fut licenciée, et les
places livrées aux troupes prussiennes. La régence s'engageait, de
plus, à obéir aux autorités de cette nation. Ainsi le roi d'Angleterre
avait perdu ses états d'Hanovre; mais ce qui était d'une plus grande
conséquence pour lui, la Baltique, l'Elbe, le Wézer, l'Ems, lui
étaient fermés comme la Hollande, la France et l'Espagne. C'était un
coup terrible porté au commerce des Anglais, et dont les effets
étaient tels, que sa prorogation seule les eût obligés de renoncer à
leur systême.
Cependant les puissances maritimes du nord armaient avec activité. 12
vaisseaux de ligne russes étaient mouillés à Revel, 7 autres suédois
étaient prêts à Carlscrona; ce qui, joint à un pareil nombre de
vaisseaux danois, eût formé une flotte combinée de 22 à 24 vaisseaux
de ligne, qui aurait été successivement augmentée, les trois
puissances pouvant la porter jusqu'à 36 et 40 vaisseaux.
Quelque grandes que fussent les forces navales de l'Angleterre, une
pareille flotte était respectable. L'Angleterre était obligée d'avoir
une escadre dans la Méditerranée, pour empêcher la France d'envoyer
des forces en Égypte, et pour protéger le commerce anglais. Le
désastre d'Aboukir était en partie réparé, et il y avait, en rade à
Toulon, une escadre de plusieurs vaisseaux. Les Anglais étaient
également forcés d'avoir une escadre devant Cadix, pour observer les
vaisseaux espagnols, et empêcher les divisions françaises de passer le
détroit. Une flotte française et espagnole était dans Brest. Il leur
fallait en outre une escadre devant le Texel; mais, au commencement
d'avril, les flottes russe, danoise et suédoise n'étaient pas encore
réunies, quoiqu'elles eussent pu l'être au commencement de mars. C'est
sur ce retard que le gouvernement anglais basa son plan d'opération
pour attaquer successivement les trois puissances maritimes de la
Baltique, en portant d'abord tous ses efforts sur le Danemarck, et
obligeant cette puissance à renoncer à la convention du 16 décembre
1800, et à recevoir les vaisseaux anglais dans ses ports.
§ X.
Une flotte anglaise forte de 50 voiles, dont 17 vaisseaux de ligne,
sous le commandement des amiraux Parker et Nelson, partit d'Yarmouth
le 12 mars; elle avait 1000 hommes de troupes de débarquement. Le 15,
elle essuya une violente tempête, qui la dispersa. Un vaisseau de 74
(l'Invincible) fut jeté sur un banc le Hammon-banc, et périt corps et
biens. Le 20 mars, elle fut signalée dans le Cattégat. Le même jour
une frégate conduisit à Elseneur le commissaire Vansittart, chargé,
conjointement avec M. Drumond, de remettre l'_ultimatum_ du
gouvernement anglais. Le 24, ils revinrent à bord de la flotte, et
donnèrent des nouvelles de tout ce qui se passait à Copenhague et dans
la Baltique. La flotte russe était encore à Revel, et celle suédoise à
Carlscrona. Les Anglais craignaient leur réunion. Le cabinet anglais
avait donné pour instructions à l'amiral Parker, de détacher le
Danemarck de l'alliance des deux puissances, en agissant par la
crainte ou par l'effet d'un bombardement. Le Danemarck ainsi
neutralisé, la flotte combinée se trouvait de beaucoup diminuée, et
les Anglais avaient l'entrée libre de la Baltique. Il paraît que le
conseil hésita sur la question de savoir s'il devait passer le Sund ou
le grand Belt. Le Sund, entre Cronembourg et la côte suédoise, a 2300
toises; la plus grande profondeur est à 1500 toises des batteries
d'Elseneur et à 800 de la côte de Suède. Si donc les deux côtes
avaient été également armées, les vaisseaux anglais auraient été
obligés de passer à la distance de 1100 toises de ces batteries. A
Elseneur et à Cronembourg, on comptait plus de 100 pièces ou mortiers
en batterie. On conçoit les dommages qu'une escadre doit éprouver dans
un pareil passage, tant par la perte des mâts, vergues, que par les
accidents des bombes. D'un autre côté, le passage par les Belts était
très-difficile, et les officiers, opposés à ce projet, annonçaient que
l'escadre danoise pouvait alors sortir de Copenhague, pour aller se
joindre aux flottes française et hollandaise.
Cependant, l'amiral Parker se décida pour ce passage, et le 26 mai,
toute la flotte fit voile pour le grand Belt. Mais quelques bâtiments
légers, qui éclairaient la flotte, ayant touché sur les roches, elle
revint le même jour à son ancrage. L'amiral prit alors la résolution
de passer par le Sund; et après s'être assuré des intentions qu'avait
le commandant de Cronembourg de défendre le passage, la flotte,
profitant d'un vent favorable, le 30, se dirigea dans le Sund. La
flottille de bombardes s'approcha d'Elseneur pour faire diversion, en
bombardant la ville et le château; mais bientôt la flotte s'étant
aperçue que les batteries de la Suède ne tiraient pas, appuya sur
cette côte, et passa le détroit, hors de la portée des batteries
danoises, qui firent pleuvoir une grêle de bombes et de boulets. Tous
les projectiles tombèrent à plus de 100 toises de la flotte, qui ne
perdit pas un seul homme.
Les Suédois, pour se justifier de la déloyauté de leur conduite, ont
allégué que, pendant l'hiver, il n'avait pas été possible d'élever des
batteries, ni même d'augmenter celle de 6 canons qui existait; que
d'ailleurs, le Danemarck n'avait pas paru le desirer, dans la crainte
probablement que la Suède ne fît de nouveau valoir ses anciennes
prétentions, en voulant prendre la moitié du droit, que le Danemarck
perçoit sur tous les bâtiments qui passent le détroit. Leur nombre est
annuellement de 10 à 12,000; ce qui rapporte à cette puissance de 2
millions 500 mille, à 3 millions. On voit combien ces raisons sont
futiles. Il ne fallait que peu de jours pour placer une centaine de
bouches à feu en batteries; et les préparatifs que l'Angleterre
faisait, depuis plusieurs mois, pour cette expédition, et en dernier
lieu, la station de plusieurs jours de la flotte dans le Cattégat,
avait donné à la Suède bien au-delà du temps qu'il lui fallait.
Le même jour 30 mars, la flotte mouilla entre l'île de Huen et
Copenhague. Aussitôt les amiraux anglais et les principaux officiers
s'embarquèrent dans un schooner, pour reconnaître la position des
Danois.
Lorsque l'on a passé le Sund, on n'est pas encore dans la Baltique. A
10 lieues d'Elseneur est Copenhague. Sur la droite de ce port, se
trouve l'île d'Amack, et à 2 lieues de cette île, en avant, est le
rocher de Saltholm. Il faut passer dans ce détroit, entre Saltholm et
Copenhague, pour entrer dans la Baltique. Cette passe est encore
divisée en 2 canaux, par un banc, appelé le Middle-Ground, qui est
situé vis à vis Copenhague; le canal royal est celui qui passe sous
les murs de cette ville. La passe entre l'île d'Amack et Saltholm,
n'est bonne que pour des vaisseaux de 74; ceux à 3 ponts la
franchissent difficilement, et sont même obligés de s'alléger d'une
partie de leur artillerie. Les Danois avaient placé leur ligne
d'embossage entre le banc et la ville, afin de s'opposer au mouillage
des bombardes et chaloupes canonnières, qui auraient pu passer
au-dessus du banc. Les Danois croyaient ainsi mettre Copenhague à
l'abri du bombardement.
La nuit du 30 fut employée par les Anglais à sonder le banc; et le 31,
les amiraux montèrent sur une frégate, avec les officiers
d'artillerie, afin de reconnaître de nouveau la ligne ennemie et
l'emplacement pour le mouillage des bombardes. Il fut reconnu que, si
l'on pouvait détruire la ligne d'embossage, des bombardes pourraient
se placer pour bombarder le port et la ville; mais que, tant que la
ligne d'embossage existerait, cela serait impossible. La difficulté,
pour attaquer cette ligne, était très-grande. On en était séparé par
le banc de Middle-Ground, et le peu d'eau qui restait au-dessus de ce
banc, ne permettait pas aux vaisseaux de haut bord de le franchir. Il
n'y avait donc de possibilité qu'en le doublant et venant ensuite, en
le rasant par stribord, se placer entre lui et la ligne danoise,
opération fort hasardeuse. 1º Car, on ne connaissait pas bien le
gisement et la longueur du banc, et l'on n'avait que des pilotes
anglais qui n'avaient navigué dans ces mers qu'avec des bâtiments de
commerce. On sait d'ailleurs que les pilotes les plus habiles ne
peuvent se guider, en pareilles circonstances, que par les bouées;
mais les Danois, avec raison, les avaient ôtées, ou mal placées
exprès. 2º Les vaisseaux anglais, en doublant le banc, étaient exposés
à tout le feu des Danois, jusqu'à ce qu'ils eussent pris leur ligne de
bataille. 3º Chaque vaisseau désemparé serait un vaisseau perdu, parce
qu'il s'échouerait sur le banc, et cela sous le feu de la ligne et des
batteries danoises.
Les personnes les plus prudentes croyaient qu'il ne fallait pas
entreprendre une attaque qui pouvait entraîner la ruine de la flotte.
Nelson pensa différemment, et fit adopter le projet d'attaquer la
ligne d'embossage et de s'emparer des batteries de la couronne, au
moyen de 900 hommes de troupes. Appuyé à ces îles, le bombardement de
Copenhague devenait facile, et le Danemarck pouvait être considéré
comme soumis. Le commandant en chef ayant approuvé cette attaque,
détacha, le 1er avril, Nelson avec 12 vaisseaux de ligne et toutes les
frégates et bombardes. Celui-ci mouilla le soir à Draco-Pointe, près
du banc, qui le séparait de la ligne ennemie, et si près d'elle, que
les mortiers de l'île d'Amack, qui tirèrent quelques coups, envoyèrent
leurs bombes au milieu de l'escadre mouillée. Le 2, les circonstances
du temps étant favorables, l'escadre anglaise doubla le banc, et le
rangeant à stribord, vint prendre la ligne entre lui et les Danois. Un
vaisseau anglais de 74 toucha, avant d'avoir doublé le banc, et 2
autres s'échouèrent après l'avoir doublé. Ces 3 vaisseaux dans cette
position, étaient exposés au feu de la ligne ennemie, qui leur envoya
bon nombre de boulets.
La ligne d'embossage des Danois était appuyée, à sa gauche, _aux
batteries de la couronne_, îles factices à 600 toises de Copenhague,
armées de 70 bouches à feu, et défendues par 1500 hommes d'élite; et
sa droite se prolongeait sur l'île d'Amack. Pour défendre l'entrée du
port, sur la gauche des trois couronnes, on avait placé 4 vaisseaux de
ligne, dont 2 entièrement armés et équipés.
Le but de la ligne d'embossage étant de garantir le port et la ville
d'un bombardement, et de rester maître de toute la rade comprise entre
le Middle-Ground et la ville; cette ligne avait été placée le plus
près possible du banc. Sa droite était très en avant de l'île d'Amack;
la ligne entière avait plus de trois mille toises d'étendue, et était
formée par vingt bâtiments. C'étaient de vieux vaisseaux rasés, ne
portant que la moitié de leur artillerie, ou des frégates et autres
bâtiments, installés en batteries flottantes, portant une douzaine de
canons. Pour l'effet qu'elle devait produire, cette ligne était
suffisamment forte et parfaitement placée; aucune bombarde ou chaloupe
canonnière ne pouvait l'approcher. Pour les raisons ci-dessus
énoncées, les Danois ne craignaient pas d'être attaqués par les
vaisseaux de haut bord. Lors donc qu'ils virent la manoeuvre de
Nelson, et qu'ils prévirent ce qu'il allait entreprendre, leur
étonnement fut grand. Ils comprirent que leur ligne n'était pas assez
forte, et qu'il aurait fallu la former, non de carcasses de bâtiments,
mais au contraire des meilleurs vaisseaux de leur escadre; qu'elle
avait trop d'étendue, pour le nombre de bâtiments qui y étaient
employés; qu'enfin la droite n'était pas suffisamment appuyée; que
s'ils eussent rapproché cette ligne de Copenhague, elle n'eût eu que
15 à 1800 toises; qu'alors la droite aurait pu être soutenue par de
fortes batteries, élevées sur l'île d'Amack, qui auraient battu en
avant de la droite, et flanqué toute la ligne. Il est probable que,
dans ce cas, Nelson eût échoué dans son attaque; car il lui aurait été
impossible de passer entre la ligne et la terre, ainsi garnie de
canons. Mais il était trop tard, ces réflexions étaient inutiles, et
les Danois ne songèrent plus qu'à se défendre avec vigueur. Les
premiers succès qu'ils obtinrent, en voyant échouer 3 des plus forts
vaisseaux ennemis, leur permettaient de concevoir les plus hautes
espérances. Le manque de ces trois vaisseaux obligea Nelson, pour ne
point trop disséminer ses forces, à dégarnir son extrême droite. Dès
lors, le principal objet de son attaque, qui était la prise des trois
couronnes, se trouva abandonné. Aussitôt que Nelson eut doublé le
banc, il s'approcha jusqu'à 100 toises de la ligne d'embossage, et se
trouvant par 4 brasses d'eau, ses pilotes mouillèrent. La canonnade
était engagée avec une extrême vigueur; les Danois montrèrent la plus
grande intrépidité; mais les forces des Anglais étaient doubles en
canons.
Une ligne d'embossage présente une force immobile contre une force
mobile: elle ne peut donc surmonter ce désavantage, qu'en tirant appui
des batteries de terre, surtout pour les flancs. Mais, ainsi qu'on l'a
dit plus haut, les Danois n'avaient pas flanqué leur droite.
Les Anglais appuyèrent donc sur la droite et sur le centre, qui
n'étaient pas flanqués, en éteignirent le feu, et obligèrent cette
partie de la ligne d'amener, après une vive résistance de plus de 4
heures. La gauche de la ligne, étant bien soutenue par les batteries
de la couronne, resta entière. Une division de frégates espérant, à
elle seule, remplacer les vaisseaux qui avaient dû attaquer ces
batteries, osa s'engager avec elles, comme si elle était soutenue par
le feu des vaisseaux. Mais elle souffrit considérablement, et, malgré
tous ses efforts, fut obligée de renoncer à cette entreprise, et de
s'éloigner.
L'amiral Parker, qui était resté avec l'autre partie de la flotte
au-dehors du banc, voyant la vive résistance des Danois, comprit que
la plupart des bâtiments anglais seraient dégréés par suite d'un
combat aussi opiniâtre; qu'ils ne pourraient plus manoeuvrer, et
s'échoueraient tous sur le banc, ce qui eut lieu en partie. Il fit le
signal de cesser le combat, et de prendre une position en arrière;
mais cela même était très-difficile. Nelson aima mieux continuer
l'action. Il ne tarda pas à être convaincu de la sagesse du signal de
l'amiral, et il se décida enfin à lever l'ancre et à s'éloigner du
combat. Mais, voyant qu'une partie de la ligne danoise était réduite,
il eut l'idée, avant de prendre ce parti extrême, d'envoyer un
parlementaire proposer un arrangement. Il écrivit, à cet effet, une
lettre adressée aux braves frères des Anglais, les Danois, et conçue
en ces termes: «Le vice-amiral Nelson a ordre de ménager le Danemarck;
ainsi il ne doit résister plus long-temps. La ligne de défense, qui
couvrait ses rivages, a amené au pavillon anglais. Cessez donc le
feu, qu'il puisse prendre possession de ses prises, ou il les fera
sauter en l'air avec leurs équipages, qui les ont si noblement
défendues. Les braves Danois sont les frères et ne seront jamais les
ennemis des Anglais.» Le prince de Danemarck, qui était au bord de la
mer, reçut ce billet, et, pour avoir des éclaircissements à ce sujet,
il envoya l'adjudant-général Lindholm auprès de Nelson, avec qui il
conclut une suspension d'armes. Le feu cessa bientôt partout, et les
Danois blessés furent remis sur le rivage. Cette suspension avait à
peine eu lieu, que trois vaisseaux anglais, y compris celui que
montait Nelson, s'échouèrent sur le banc. Ils furent en perdition, et
ils n'auraient jamais pu s'en relever, si les batteries avaient
continué le feu. Ils durent donc leur salut à cet armistice.
Cet évènement sauva l'escadre anglaise. Nelson se rendit, le 4 avril,
à terre. Il traversa la ville au milieu des cris et des menaces de
toute la populace; et, après plusieurs conférences avec le prince
régent, on signa la convention suivante: «Il y aura un armistice de 3
mois et demi, entre les Anglais et le Danemarck; mais uniquement pour
la ville de Copenhague et le Sund. L'escadre anglaise, maîtresse
d'aller où elle voudra, est obligée de se tenir à la distance d'une
lieue des côtes du Danemarck, depuis sa capitale jusqu'au Sund. La
rupture de l'armistice devra être dénoncée quinze jours avant la
reprise des hostilités. Il y aura _statu quo_ parfait sous tous les
autres rapports, en sorte que rien n'empêche l'escadre de l'amiral
Parker de se porter vers quelque autre point des possessions danoises,
vers les côtes du Jutland, vers celles de la Norwège; que la flotte
anglaise qui doit être entrée dans l'Elbe, peut attaquer la forteresse
danoise de Glukstadt; que le Danemarck continue à occuper Hambourg et
Lubeck, etc.
Les Anglais perdirent, dans cette bataille, 943 hommes tués ou
blessés. Deux de leurs vaisseaux furent tellement maltraités, qu'il ne
fut plus possible de les réparer; l'amiral Parker fut obligé de les
renvoyer en Angleterre. La perte des Danois fut évaluée un peu plus
haut que celle des Anglais. La partie de la ligne d'embossage, qui
tomba au pouvoir de ces derniers, fut brûlée, au grand déplaisir des
officiers anglais, dont cela lésait les intérêts. Lors de la signature
de l'armistice, les bombardes et chaloupes canonnières étaient en
position de prendre une ligne pour bombarder la ville.
§ XI.
L'évènement de Copenhague ne remplit pas entièrement les intentions du
gouvernement britannique; il avait espéré détacher et soumettre le
Danemarck, et il n'était parvenu qu'à lui faire signer un armistice,
qui paralysait les forces danoises pendant 14 semaines.
L'escadre suédoise et l'escadre russe s'armaient avec la plus grande
activité, et présentaient des forces considérables. Mais l'appareil
militaire était désormais devenu inutile; la confédération des
puissances du nord se trouvait dissoute par la mort de l'empereur
Paul, qui en était à la fois l'auteur, le chef et l'ame. Paul Ier
avait été assassiné, dans la nuit du 23 au 24 mars; et la nouvelle de
sa mort arriva à Copenhague, au moment où l'armistice venait d'être
signé!
Lord Withworth était ambassadeur à sa cour; il était fort lié avec le
comte de P....., le général B......., les S...., les O...., et autres
personnes authentiquement reconnues pour être les auteurs et acteurs
de cet horrible parricide. Ce monarque avait indisposé contre lui, par
un caractère irritable et très-susceptible, une partie de la noblesse
russe. La haine de la révolution française avait été le caractère
distinctif de son règne. Il considérait comme une des causes de cette
révolution, la familiarité du souverain et des princes français, et la
suppression de l'étiquette à la cour. Il établit donc à la sienne une
étiquette très-sévère, et exigea des marques de respect peu conformes
à nos moeurs et qui révoltaient généralement.
Être habillé d'un frac, avoir un chapeau rond, ne point descendre de
voiture, quand le czar ou un des princes de sa maison passait dans les
rues ou promenades; enfin, la moindre violation des moindres détails
de son étiquette excitait toute son animadversion; et par cela seul on
était jacobin. Depuis qu'il s'était rapproché du premier consul, il
était revenu sur une partie de ces idées; et il est probable que, s'il
eût vécu encore quelques années, il eût reconquis l'opinion et l'amour
de sa cour, qu'il s'était aliénés. Les Anglais mécontents, et même
extrêmement irrités du changement qui s'était opéré en lui depuis un
an, n'oublièrent rien pour encourager ses ennemis intérieurs. Ils
parvinrent à accréditer l'opinion qu'il était fou, et enfin nouèrent
une conspiration pour attenter à sa vie. L'opinion générale est
que.....................
La veille de sa mort, Paul étant à souper avec sa maîtresse et son
favori, reçut une dépêche, où on lui détaillait toute la trame de la
conspiration; il la mit dans sa poche, en ajournant la lecture au
lendemain. Dans la nuit il périt.
L'exécution de cet attentat n'éprouva aucun obstacle: P..... avait
tout crédit au palais; il passait pour le favori et le ministre de
confiance du souverain. Il se présente à deux heures du matin à la
porte de l'appartement de l'empereur, accompagné de B......., S.... et
O.... Un Cosaque affidé, qui était à la porte de sa chambre, fit des
difficultés pour les laisser pénétrer chez lui; ils le massacrèrent
aussitôt. L'empereur s'éveilla au bruit, et se jeta sur son épée; mais
les conjurés se précipitèrent sur lui, le renversèrent et
l'étranglèrent: B....... fut celui qui lui donna le dernier coup; il
marcha sur son cadavre. L'impératrice, femme de Paul, quoiqu'elle eût
beaucoup à se plaindre des galanteries de son mari, témoigna une vraie
et sincère affliction; et tous ceux qui avaient pris part à cet
assassinat furent constamment dans sa disgrace.
......................................................................
Bien des années après, le général Benigsen commandait
encore......... Quoi qu'il en soit, cet horrible
évènement glaça d'horreur toute l'Europe, qui fut surtout scandalisée
de l'affreuse franchise, avec laquelle les Russes en donnaient des
détails dans toutes les cours. Il changea la position de l'Angleterre
et les affaires du monde. Les embarras d'un nouveau
règne,
......................................................................
donnèrent une autre direction à la
politique de la cour de Russie. Dès le 5 avril, les matelots anglais,
qui avaient été faits prisonniers de guerre par suite de l'embargo, et
envoyés dans l'intérieur de l'empire, furent rappelés. La commission
qui avait été chargée de la liquidation des sommes dues par le
commerce anglais, fut dissoute. Le comte Pahlen, qui continua à être
le principal ministre, fit connaître aux amiraux anglais, le 20 avril,
que la Russie accédait à toutes les demandes du cabinet anglais; que
l'intention de son maître était que, d'après la proposition du
gouvernement britannique de terminer le différend à l'amiable par une
convention, on cessât toute hostilité jusqu'à la réponse de Londres.
Le desir d'une prompte paix avec l'Angleterre fut hautement manifesté,
et tout annonça le triomphe de cette puissance. Après l'armistice de
Copenhague, l'amiral Parker s'était porté vers l'île de Moën, pour
observer les flottes russe et suédoise. Mais la déclaration du comte
de Pahlen le rassura à cet égard; et il revint à son mouillage de
Kioge, après avoir fait connaître à la Suède, qu'il laisserait passer
librement ses bâtiments de commerce.
Le Danemarck cependant continuait à se mettre en état de défense.
Sa flotte restait tout entière, et n'avait éprouvé aucune perte;
elle consistait en seize vaisseaux de guerre. Les détails de cet
armement, et les travaux nécessaires pour mettre les batteries de
la couronne et celles de l'île d'Amack dans le meilleur état de
défense, occupaient entièrement le prince royal. Mais, à Londres
et à Berlin, les négociations étaient dans la plus grande activité,
et lord Saint-Hélens était parti d'Angleterre, le 4 mai, pour
Saint-Pétersbourg. Bientôt l'Elbe fut ouverte au commerce anglais.
Le 20 mai, Hambourg fut évacué par les Danois, et le Hanovre par les
Prussiens.