Ce n'est pas de ton feu que ie suis embellie;
Si ie suis la Fleur du Soleil,
C'est du Soleil qui luit dans les yeux de IVLIE.
De M. COLLETET.
[Illustration]
LE SOVCY[25].
_Madrigal._
Iadis les rigueurs du Soleil
Me coûtérent la vie;
I'attens vn accident pareil
A cause que i'ai même enuie;
Mais il m'importe peu qu'elle me soit rauie,
Puis-que, même après le trépas,
Ie sçay l'art de suiure ses pas.
De M. DE SCUDERY.
[Illustration]
LE SOVCY[26],
SOVS LE NOM DE _CLYTIE_.
_Madrigal._
Mortels, qu'on ne m'accuse pas
D'estre jnfidéle, ni volage,
Bien qu'vn miracle de cet âge
Ait pris mon âme en ses appas;
Ie puis sans crime, et sans folie,
Cherir cet objet nompareil;
Aymer Apollon, ou IVLIE,
C'est toujours aymer le Soleil.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
LE SOVCY,
SOVS LE NOM DE _CLYTIE_.
_Madrigal._
Ie suis l'Amante, et l'Image
De l'Astre étincellant qui regne dans les Cieux,
Et ie puis sans orgueil prétendre l'auantage
De parer son front glorieux;
Mes riualles ont eu l'audace,
Dans leur plus superbe appareil,
De t'oser demander ma place;
Mais, jncomparable Soleil,
Plus digne de mes vœux que celuy qu'on adore
Nulle dans l'Empire de Flore
Ne me peut disputer cet honneur sans pareil.
Ie n'exalte point ma naissance,
Ie ne vante point mes appas;
Pour conceuoir cette espérance,
I'ay ce que les autres n'ont pas:
De rayons éclattans ie suis enuironnée;
Telle est ma destinée,
Que tu ne peux qu'à moy cette gloire donner:
Qui pourroit, qu'vn Soleil, vn Soleil Couronner?
De M. D'ANDILLY le filz.
[Illustration]
[Illustration]
LA PENSEE.
_Madrigal._
Vovs qui suiuez l'Amour, dont le feu vous égare,
Ne jettez point les yeux sur vn obiet si rare;
C'est auecque respect qu'il en faut approcher:
Quoy que de ses beautez vôtre âme soit blessée,
Apprenez que les mains n'ont pas droit d'y toucher,
Et que cet heur n'est deu qu'à la seule PENSÉE.
De M. COLLETET.
[Illustration]
[Illustration]
LES SOVCYS ET LES PENSÉES.
_Madrigal._
Lors que, pressé de mon deuoir,
Ie veux t'offrir vne GVIRLANDE,
Ta beauté m'oste le pouuoir
D'accomplir ce qu'il me commande;
Ce qui te la fait mériter
Empesche que tu ne l'obtiennes:
Ton beau teint ne peut supporter
D'autres merueilles que les siennes;
Par luy la Rose est sans couleur,
Les OEillets ont perdu la leur,
Les Tulipes sont effacées,
Les Lys n'ont plus de pureté;
Et pour toy rien ne m'est resté
Que des SOVCYS et des PENSÉES.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
LA FLEVR D'ORANGE[27].
_Madrigal._
Dv palais d'emeraude où la riche Nature
M'a fait naistre et regner auecque maiesté,
Ie viens pour adorer la diuine beauté
Dont le Soleil n'est rien qu'vne foible peinture.
Si ie n'ay point l'éclat ni les viues couleurs
Qui font l'orgueil des autres Fleurs,
Par mes douces odeurs ie suis plus accomplie,
Et par ma pureté plus digne de IVLIE.
Ie ne suis point suiette au fragile destin
De ces belles infortunées
Qui meurent dès qu'elles sont nées,
Et de qui les appas ne durent qu'vn matin;
Mon sort est plus heureux, et le ciel fauorable
Conserue ma fraîcheur et la rend plus durable.
Ainsi, charmant objet, rare présent des Cieux,
Pour mériter l'honneur de plaire à vos beaux yeux,
I'ai la pompe de ma naissance,
Ie suis en bonne odeur, en tout temps, en tous lieux,
Mes beautez ont de la constance,
Et ma pure blancheur marque mon jnnocence;
I'ose donc me vanter, en vous offrant mes vœux,
De vous faire moy seule vne riche Couronne,
Bien plus digne de vos cheueux
Que les plus belles Fleurs que Zéphire vous donne.
Mais si vous m'accusez de trop d'ambition,
Et d'aspirer plus haut que ie ne deurois faire,
Condamnez ma présomption,
Et me traittez en temeraire;
Punissez, i'y consens, mon superbe dessein
Par une seuére défense,
De m'éleuer plus haut que iusqu'à vôtre sein,
Et ma punition sera ma récompense.
De M. C. (CORNEILLE).
[Illustration]
[Illustration]
LE SAFFRAN.
_Madrigal._
Ie viens m'offrir à vous pour parer vos cheueux,
Diuin obiet de mille vœux,
Par qui toute ame est enflammée;
La Nature, Mere des Fleurs,
Pour me distinguer de mes sœurs,
De langues m'a toute formée;
Mais, aymable IVLIE, il le faut auouër,
Ie n'en ay pas encore assez pour vous louër.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
LA FLAMBE.
_Madrigal._
Ie ne croy pas que ces GVIRLANDES,
Dont chacun vous fait des offrandes,
Conseruent toutes leurs couleurs;
Si votre bel œil les éclaire,
Ie m'attens bien de luy voir faire
Des FLAMBES de toutes les Fleurs.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
LA FLAMBE.
_Madrigal._
Parmy toutes ces autres Fleurs,
Receuez cette FLAMBE, ô IVLIE adorable!
C'est le viuant portrait des mortelles douleurs
Que cause dans mon sein vne playe jncurable;
Pour vous montrer l'état de mon cœur consumé,
Ie ne pouuois choisir qu'vn obiet enflammé!
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
LE MVGVET[28].
_Madrigal._
I'abandonne les bois, dont les feüillages sombres,
Malgré l'Astre bruslant qui répand les clartez,
Conseruant ma fraicheur sous leurs épaisses ombres,
Pour venir rendre hommage à tes rares beautez.
Mais ie crains, en voyant l'éclat qui t'enuironne,
Que ton feu sans pareil,
Ne me soit plus fatal que celuy du Soleil.
N'jmporte, toutes fois, quoy que le Ciel ordonne,
Ou i'embelliray ta COVRONNE,
Ou, mourant au feu de tes yeux,
Mon sort égalera le sort des demy-Dieux.
De M. DE BRIOTTE.
[Illustration]
[Illustration]
LA FLEVR DE GRENADE[29].
_Madrigal._
Dans l'Empire fameux de Flore et de Pomone,
Mon pere a mille enfans qui portent la Couronne;
Mais, préférant mon sort au leur,
I'ay mieux aymé demeurer Fleur,
Auec le vif éclat dont ie suis embellie,
Afin de m'offrir Vierge à la chaste IVLIE.
O perte fauorable! ô change précieux!
Ie quitte vne gloire mortelle,
Pour l'jmmortel honneur de parer cette belle,
Et le destin des Roys pour le destin des Dieux.
De M. C... (?)
[Illustration]
LA FLEVR DE GRENADE.
_Madrigal._
D'vn pinceau lumineux l'Astre de la lumiere
Anime mes viues couleurs,
Et regnant sur l'Olympe en sa vaste carriere,
Il me fait regner sur les Fleurs;
Ma pourpre est l'ornement de l'empire de Flore;
Autres fois ie brillay sur la teste des Roys,
Et le riuage More
Fut suiet à mes loix;
Mais, méprisant l'éclat dont ie suis embellie,
Ie renonce au Flambeau des Cieux,
Et viens, ô diuine IVLIE!
Adorer tes beaux yeux,
Pour viure par le feu d'vne plus noble vie,
Ie viens par vne belle ardeur,
A la honte du Ciel, acheuer ta grandeur;
Il te deuoit vne Couronne,
Et moy ie te la donne.
De M. DE BRIOTTE.
[Illustration]
LA FLEVR D'ADONIS[30].
_Madrigal._
Si quelque soin vous tient de vous rendre jmmortelle,
Et de voir vôtre nom par le monde semé,
Rendez-vous à l'Amour, ne soyez plus rebelle;
Si ie fleuris encor, c'est pour auoir aymé.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
[Illustration]
LA PERCE-NEIGE.
_Madrigal._
Fille du bel Astre du jour,
Ie nays de sa seule lumiere,
Alors que sans chaleur, à son nouueau retour,
Des mois il ouure la Carriere.
Ie vis pure, et dans la froideur;
Et mon teint, qui la NEIGE efface,
Conserue son éclat dans l'extréme rigueur
De l'hyver couronné de glace.
Fleurs peintes d'vn riche dessein
Que le chaud du Soleil fait naistre,
Et qui, peu chastement, ouurez votre beau sein
Au Pere qui vous donna l'estre;
Vous qui sans pudeur aux Zéphirs
Souffrez découurir vos richesses,
Et vous laissant toucher à leurs foibles soupirs,
Ployez sous leurs molles caresses;
Osez-vous, peu modestes Fleurs,
Prétendre Couronner cette beauté séuère?
Et ne craignez-vous point les cruelles froideurs
Dont elle sait punir vne ame temeraire?
N'ayez plus cette vanité,
Puis que seule ie dois obtenir l'auantage
D'orner de son beau chef l'auguste maiesté,
Lors que de tous les cœurs elle reçoit l'hommage,
Au Throsne de la pureté.
De M. DE MONTMOR-HABERT.
[Illustration]
LA PERCE-NEIGE[31].
_Madrigal._
Sovs vn voile d'argent la Terre enseuelie
Me produit, malgré sa fraicheur;
La NEIGE conserue ma vie,
Et, me donnant son nom, me donne sa blancheur;
Mais celle de ton sein, nompareille IVLIE,
Me fait perdre aujourd'huy le prix
Que ie ne cede pas au Lys.
De M. DE BRIOTTE.
[Illustration]
[Illustration]
LE PAVOT.
_Madrigal._
Accordez-moy le priuilége
D'approcher de ce front de nége;
Et si ie suis placé (comme il est à propos)
Auprès de ces Soleils que le Soleil seconde,
Ie leur donneray le repos
Qu'ils dérobbent à tout le monde.
De M. DE SCUDERY.
[Illustration]
[Illustration]
L'IMMORTELLE[32].
_Madrigal._
Foibles Fleurs, à qui le destin
Ne donne jamais qu'vn matin,
Reconnoissez vôtre folie;
Moy seule dois prétendre à couronner IVLIE.
Digne objet des plus dignes vœux,
Placez-moi dessus vos cheueux;
I'aspire à cet honneur, faites que ie l'obtienne;
Ainsi puisse le Ciel vous combler de plaisirs,
Faire que tout succéde à vos justes desirs,
Et que vôtre beauté dure autant que la mienne!
De M. DE SCUDERY.
[Illustration]
[Illustration]
L'IMMORTELLE BLANCHE[33].
_Madrigal._
Donnez-moy vos couleurs, Tulipes, Anémones;
OEillets, Roses, Iasmins, donnez-moy vos odeurs:
Des contraires saisons le froid, ni les ardeurs,
Ne respectent que les Couronnes
Que l'on compose de mes Fleurs;
Ne vous vantez donc point d'estre aymables ni belles;
On ne peut nommer beau ce qu'efface le Temps,
Pour couronner les beautez éternelles,
Et pour rendre leurs yeux contens,
Il ne faut point estre mortelles.
Si vous voulez affranchir du trépas
Vos brillans, mais frêles appas,
Souffrez que i'en sois embellie;
Et si ie leur fais part de mon éternité,
Ie les rendray pareils aux appas de IVLIE,
Et dignes de parer sa diuine beauté.
De M. C. (CORNEILLE).
[Illustration]
LE MELEAGRE[34].
_Madrigal._
Ie vay finir pour IVLIE:
O que Mon destin est beau!
La glorieuse folie!
Dieux! le superbe tombeau!
Ie suis Fleur, et fus jadis Homme;
Mon sort vne autre fois se trouue au même point,
Car un feu secret me consomme,
Qui me brusle et ne paroist point.
De M. DE SCUDERY.
[Illustration]
[Illustration]
MADRIGAUX
DESTINÉS
A LA GUIRLANDE DE JULIE
[Illustration]
AVERTISSEMENT
_Il_ avoit cueilli sur le Parnasse _toutes les
plus belles fleurs_ qui composoient cette
fameuse _Guirlande_, dont les Muses françoises
couronnèrent à l'envie l'illustre Julie.
NICOLAS PETIT, _Vie de Montausier_.
_Le baron de Sainte-Maure s'occupait depuis longtemps de la composition
de sa_ Couronne poétique, _avant que Jarry ne se mît à l'œuvre, et
l'idée de_ la Guirlande _fut au moins conçue, selon nous, dans le
courant de l'année 1632_[93].
[93] Voyez la note que nous donnons plus loin, aux Madrigaux de
Scudéry, imprimés en 1636, avec un très-intéressant
_Advertissement_.
M. Amédée Roux, dans son remarquable ouvrage _Montausier, sa vie
et son temps_ (Paris, Didier, 1860), relève une erreur du père
Petit, jésuite, qui porte la présentation des deux Montausier à
l'hôtel de Rambouillet en 1634. C'est dans l'hiver 1631-1632 que
cette présentation eut lieu (affirme M. A. Roux). Or, par un
curieux rapprochement qui vient fortifier notre assertion sur la
date où fut conçue la _Guirlande_, Tallemant nous apprend que le
baron de Sainte-Maure fut amoureux, dès qu'il la vit, de Julie
d'Angennes, et que cette dernière dut s'en apercevoir, «_car dès
le temps du Roy de Suède il avoit commencé à travailler à la_
Guirlande». _Le temps du Roi de Suède_, n'est-ce pas l'époque des
grandes guerres et de la mort du héros, c'est-à-dire 1631 et 1632?
(Voyez Tallemant des Réaux, historiette de _Montauzier_.)
_Plus guerrier que poëte, et par conséquent moins souvent à Paris qu'au
delà du Rhin, l'amant discret de Julie d'Angennes, ne pouvant donner à
son œuvre que ses rares moments de loisir, dut convier par avance tous
les poëtes à l'illustre galanterie qu'il a su perpétuer_.
_Les fleurs affluèrent en gerbes, briguant l'honneur d'être nouées à la_
Guirlande, _qui, certes, se fût de beaucoup augmentée si M. de
Montausier, forcé de choisir, n'eût fait l'anthologie manuscrite que
nous réimprimons_.
_Le_ Dignus intrare _ne fut donc pas prononcé pour toutes les fleurs, et
nombre de pauvres madrigaux durent rester à la porte, honteux et confus
de ne pas orner le front de Julie_.
_Les poëtes de l'époque étaient inconstants, et dans le_ _monde
précieux qui fréquentait le_ Bureau d'esprit, _un madrigal ne pouvait
rester longtemps inoccupé; il serait donc plausible qu'une partie des
fleurs primitivement destinées à la_ Guirlande, _légèrement retouchées
et fardées par la suite, fussent passées comme simples bluettes dans les
mains de beautés inconnues_.
_Par un heureux contraste, des fidèles comme Malleville et Scudéry, des
madrigaliers modestes comme les anonymes du manuscrit de Conrart,
déposèrent intacts dans différents recueils leurs madrigaux rejetés de
la_ Guirlande _comme un hommage dévoué que nous devons respecter_.
_Nous ne saurions, à la suite de notre réimpression, refuser
l'hospitalité à ces courageux madrigaux, depuis trop de temps vagabonds;
M._ Ch. L. Livet, _dans la parfaite et sérieuse édition qu'il a donnée
de la_ Guirlande[94], _a déjà restitué à leur véritable place les
anonymes du manuscrit de Conrart et les pièces de Malleville qui ne
figurent pas dans le texte original_.
[94] Appendice à la savante étude des _Précieux et Précieuses_
(Paris, Didier, 1870, 2e édition).
_Nous suivons cette excellente voie, et ajoutons à notre nouvelle
édition sept madrigaux, jusqu'alors inédits, conservés dans les poésies
de Scudéry._
_En ramassant en quelque sorte les fleurs tombées en dehors de la_
Guirlande _manuscrite, et en les groupant de nouveau, nous faisons plus
qu'une restitution, nous adhérons pieusement aux vœux des poëtes qui
voulurent payer à la belle Julie leur tribut d'estime et d'admiration_.
_O. U._
[Illustration]
[Illustration]
MADRIGAUX INÉDITS
COMPOSÉS POUR LA GUIRLANDE
MANUSCRIT DE CONRART[95]
[95] Ces madrigaux inédits, destinés à la _Guirlande de Julie_
nous sont fournis par une copie, d'ailleurs très-incomplète, qui
se trouve dans un des volumes manuscrits de Conrart, indépendant
des deux collections bien connues de l'Arsenal. (Manuscrit petit
in-f{o}, Mélanges de vers et prose, Belles-lettres, 145, pages
1087 et suivantes.) Les madrigaux de ce manuscrit ne portaient
pas primitivement de noms d'auteurs. M. J. B. A. SOULIÉ a
restitué sa paternité connue à chaque madrigal, et a dressé une
nomenclature des pièces qui manquent à cette version manuscrite.
Tous les madrigaux que nous donnons ici sont anonymes et ne
figurent pas dans le manuscrit original.
Ce texte est scrupuleusement conforme à l'orthographe du
manuscrit.
SUR LA FLAMBE
GUSTAVE A JULIE
_Divine cause de mes pleurs,
Object dont la gloire m'estonne,
Adjouste à tant de belles fleurs
Ceste_ Flambe _que je te donne_.
_Tes yeux peuvent bien approuver
Ce présent d'un cœur tributaire;
La_ Flambe _qui te va trouver
Est un feu qui tend à sa sphere_.
_Jette ton regard curieux
Sur les merveilles qu'elle enserre;
Ce qu'est Iris dedans les Cieux,
La_ Flambe _l'est dessus la terre_.
_Ou sois favorable à mes vœux,
Ou tu seras digne de blasme;
Je ne mets que sur tes Cheveux
Ce que tu mets dedans mon âme._
_Il faut que son feu nompareil
Cherche un object à qui tout cede,
Et que ce qui vient du Soleil
Un autre Soleil le possede._
_A peine luit-elle en ces lieux,
Où l'amour veut que je l'envoye,_
_Que, paroissant devant tes yeux,
Elle s'espanouit de joye._
_Tes yeux en cest heureux séjour
Raniment sa grâce premiere,
Et c'est moins de l'Astre du jour
Que d'eux qu'elle tient sa lumiere._
_L'Arc-en-Ciel n'a point de couleur
Que le Soleil rende si belle
Que le lustre de cette fleur
Quand tes yeux rayonnent sur elle._
_A l'esclat du feu vehement
Dont toutes ses feuilles sont pleines,
Tu pourras juger aysement
Celuy qui brusle dans mes veynes._
_Ces feuilles qui dans ce beau lieu
N'ont rien que de vif et de rare,
Sont autant de langues de feu
Par qui mon amour se déclare._
_Je ne puis en la vive ardeur
Que me cause ta renommée
Exprimer l'estat de mon cœur
Que par une chose enflammée._
_Certes, mon courage est atteint
D'autant de peines violentes
Que l'émail dont elle se peint
Brille de couleurs differentes._
_Face l'Astre qui luit aux Roys,
Pour adoucir mon amertume,
Que la_ Flambe _que tu reçois
Passe en ton cœur et te consume_[96]!
ANONYME
[96] P. 1097 du manuscrit.
LA TULIPE[97]
_Curieux Enfants d'espérance,
Belle troupe de mes Amans,
Ne vivez plus dans l'ignorance
Du suject de mes changemens.
Je cherche à me rendre embellie
D'un si grand nombre de couleurs
Qu'il ne faille que de mes fleurs
Pour la Guirlande de_ Julie.
ANONYME.
[97] P. 1100 du manuscrit.
EN FAVEUR DE LA GUYRLANDE DE JULIE
MADRIGAL[98]
_Quell' est cette beauté que tout le monde adore?
A voir son front orné de tant de vives fleurs,
Et son teint surmonter l'esclat de leurs couleurs,
On la prendroit pour la Déesse Flore.
Mais non, Flore s'esmeut au doux vent des Zephirs,
Et celle-cy resiste au vent de noz souspirs._
ANONYME.
[98] P. 1102 du manuscrit.
LE NARCISSE
POUR LA GUIRLANDE DE JULIE[99]
_Lorsque la Nymphe Écho fut réduitte en servage,
Et ressentit les traicts de ma vaine beauté,
Si de_ Julie _elle eust eu le visage,
J'eusse banny de moy l'insensibilité.
Jamais une fontaine en son cristal mobile_
_Ne m'eust charmé les yeux d'un object decevant,
Un autre plus divin m'eust pris auparavant
Et la Nymphe eust trouvé ma conqueste facile.
Je ne serois pas fleur; mais, ô doux changement,
Mémorable destin d'un bienheureux Amant!
Agréable folie!
Je triomphe en ma perte et deviens glorieux
De pouvoir vivre ainsy jusqu'au temps de_ Julie,
_D'embellir sa Guirlande et de plaire à ses yeux_.
ANONYME.
[99] P. 1103 du manuscrit.
L'OEILLET A JULIE[100]
_La blancheur de ta main m'est un trosne d'yvoire,
Et, bien que par ton teint le mien soit surmonté,
Je suis soubz ton Empire au comble de la gloire,
Et j'emprunte de toy ma plus grande beauté._
ANONYME.
[100] P. 1104 du manuscrit.
L'ANGELIQUE[101]
_De tant de fleurs que l'on vous donne
Pour composer cette Couronne,
Celle que je vous viens offrir
Vous sera la plus chere.
Le Ciel qui cognoissoit qu'elle vous devoit plaire,
D'un Amour non commun a daigné la chérir;
A ce que vous aymez ses dons il communique,
Et vous aymez surtout la celeste_ Angelique[102].
ANONYME.
[101] P. 1106 du manuscrit.
[102] Allusion à la sœur de Julie, Angélique-Claire d'Angennes
(mariée à François-Adhémar de Monteil, comte de Grignan, morte le
22 décembre 1664).
LA ROSE
A JULIE[103]
_Par la loy d'un nouveau Destin,
Ma pourpre, qui jadis ne vivoit qu'un matin,
Conserve son esclat dans ta riche Guirlande._
_Je naquis du beau sang de la Mere d'Amour;
Mais c'est une grace plus grande
De conserver que de donner le jour._
ANONYME.
[103] P. 1108 du manuscrit.
LA ROSE[104]
_Vénus qui veoid les Cieux[105], ainsi que les Mortelz,
Implorer sa clemence au pied de ses autelz,
Se repent que son sang m'ayt donné la naissance,
Et croit recevoir un affront
Me voyant couronner le front
De celle dont le cœur se rit de sa puissance._
ANONYME.
[104] P. 1108 du manuscrit.
[105] Les (?) Dieux.
LE NARCISSE[106]
_Rien n'est esgal à ma douleur;
Bien que je ne sois qu'une fleur,
J'ayme la fille d'Artenice[107],
Aux flammes de ses yeux je me laisse esblouyr;
Mais je suis sans espoir, car le sort de_ Narcisse
_Est d'aymer les objets dont il ne peut jouir_.
ANONYME.
[106] P. 1109 du manuscrit.
[107] _Arthénice_ est l'anagramme célèbre que Malherbe composa
pour Mme de Rambouillet (_Catherine_ de Vivonne), mère de Julie.
L'HYACINTHE[108]
_Alors que d'un Garçon je devins une Fleur,
Le Dieu qui me perdoit voulut que sa douleur
Dessus mes feuilles fût tracée;
Mais te couronnant aujourd'huy,_
_Qu'on ne s'estonne point de la veoir effacée,
Je gaigne plus en toy que je ne perds en luy_[109].
ANONYME.
[108] P. 1109 du manuscrit.
[109] Le titre de cette pièce a été écrit de la main même de
Conrart, ainsi que le mot EN, qui paraît deux fois dans le
dernier vers, comme correctif à
Je gaigne plus de toy que je ne perds de lui.
[Illustration]
[Illustration]
PIÈCES
CONSERVÉES DANS LES POÉSIES DE MALLEVILLE
Sous le titre _Madrigaux_.
LE SOUCY
SOUS LE NOM DE _CLYTIE_
AU SOLEIL
_Perfide Amant, je te declare
Que mon cœur n'est plus ton captif;
C'est trop chercher un fugitif
Et trop reclamer un barbare.
Un plus admirable flambeau,
Un Astre plus doux et plus beau
Me vient guerir de ma folie.
J'adore son feu nompareil,_
_Et ne cognois plus de Soleil
Que dans les beaux yeux de_ JULIE[110].
[110] _Poésies de Malleville_, in-4º, chez Augustin Courbé,
Paris, 1649, p. 264. (Également dans l'in-12, à Paris, chez
Nicolas Bessin, 1659.)
SUR LA FLEUR DE GRENADE
_Moy qui pouvois passer pour la Reyne des Fleurs,
Je seiche, je languis, je flestris et je meurs
Quand je voy ces beaux yeux, dont l'esclat me surmonte;
Mon teint n'a plus ce feu qui brilloit vivement,
Et s'il rougit encore, il rougit seulement
De depit et de honte_[111].
[111] _Poésies_, 1649, p. 268.
LE NARCISSE
_Après m'estre perdu dans une onde perfide,
Je seiche au feu des yeux d'une belle homicide,
Quand je luy rend hommage et m'acquitte d'un vœu._
_O Destin, qui me fais cette injure seconde!
N'estoit-ce pas assez d'avoir pery par l'onde
Sans perir par le feu[112]?_
[112] _Poésies_, 1649, p. 268.
LA FLEUR D'ADONIS
_Je suis si fragile en mon estre
Que je ne puis longtemps fleurir;
Le vent qui les Roses fait naistre
Est si fort qu'il me fait mourir.
Je dépens du moindre Zephyre,
Et dès le moment qu'il souspire
Je tombe à terre et ne vis plus:
Mais si je suis sur vostre teste,
Ne seray-je pas au-dessus
Et des vents et de la tempeste[113]?_
[113] _Poésies_, 1649, p. 269.
[Illustration]
[Illustration]
FLEURS INÉDITES
DE M. DE SCUDÉRY
DESTINÉES A LA GVIRLANDE DE LA PRINCESSE IVLIE
_ADVERTISSEMENT_[114]
Tovs les bons esprits de la Cour, ayans trauaillé à la Guirlande de
cette excellente personne à qui i'offre ce liure, pour y contribuer
quelque chose, j'ay voulu cueillir ces fleurs au pied du Parnasse, où je
n'ay pas le droict de monter comme eux.--Leur forme, leur couleur, leur
nature, ou les Fables qui s'en voyent, m'ont fourny les pensées sur ce
sujet; et je croy que c'estoit ainsy que je le deuois traitter: Sois en
iuge comme du reste de mes ouvrages.
De Scvdery.
[114] Ce curieux avertissement et les madrigaux suivants se
trouvent à la suite du _Vassal généreux_, poëme tragi-comique,
dédié par M. de Scudéry à Mlle de Rambouillet (Paris, A. Courbé,
1636). Ce qui donne une grande valeur à ce document, c'est
l'année même de sa publication, 1636. La _Guirlande_ ayant été
mise au jour en 1641, il en résulterait que les madrigaux étaient
achevés depuis fort longtemps lorsque Jarry se mit à l'œuvre.
Scudéry fut présenté à l'hôtel de Rambouillet, vers 1631, par le
poëte Chandeville, son ami, mort quelque temps après.
Suivent _douze fleurs destinées à la Guirlande de Julie_, parmi
lesquelles les sept madrigaux que nous publions[115], et qui ne
font pas partie du texte original, ni des éditions de la
_Guirlande_ données jusqu'alors.
[115] Nous avons suivi textuellement, pour ces sept madrigaux,
l'orthographe de l'édition de Courbé.
LA PENSÉE
_I'estein mes flames insensées,
Ie reste aux termes du devoir,
Iugeant que vous voulez avoir
De plus hautes pensées;
Je cède vostre front à l'orgueil du Iasmin,
Et suffira pour moy de parer le chemin
(Sans pleurs et sans melancholie)
Que fouleront les pas de la belle_ Ivlie.
L'IRIS
_Si i'approche de vous avec le moindre orgueil,
Celle qui me nourrit devienne mon cercueil,
Que le froid Aquilon me déclare la guerre,
Que ma feuille se seiche et tombe sous vos pas,
Et qu'on chasse de l'air, ainsi que du parterre_,
(_Afin de vanger vos appas_)
L'IRIS _du Ciel et de la terre_.
LE NARCISSE
_Enfin ie le confesse, auprès d'un œil si dous,
Et dont le pouvoir (est) extreme,
Ie suis plus amoureux de vous
Que ie ne le fus de moy-mesme._
LA ROSE
_Le bel œil qui me surmonta,
Ne voit rien qu'il ne dompte:_
_Et celle qui m'ensanglanta,
Rougira comme moy de despit et de honte._
LE SOVCY
_Si parmy tant de fleurs, ie puis estre choisie[116],
I'auray bien de l'amour et de la jalousie:
Mais pour rendre vos maux et les miens adoucis
Escartez loing de vous tous les autres_ SOUCIS.