française; né vers 1605, mort en 1672. Les ouvrages de Godeau
sont tellement considérables que nous renvoyons au _Catalogue
académique_, dressé par l'abbé d'Olivet.--M. de Grasse présida au
mariage du marquis de Montausier et de _Julie d'Angennes_. «Ce
fut à Rueil que les nopces se firent, dit Tallemant, et par une
rencontre plaisante, celuy qu'on appeloit autrefois _le Nain de
la princesse Julie_ fut celuy-là même qui les espousa.»
D'Andilly le père[87] drapa royalement ses _Lys_, sous son inspiration.
Ils dressent noblement la tête et donnent à Julie, dans un langage
pompeux, les marques de la plus haute courtoisie.
[87] Robert Arnaud d'Andilly, né le 28 mai 1589, mort le 27
septembre 1674.--M. d'Andilly composa de nombreux ouvrages de
poésies chrétiennes, qui (au dire d'un de ses contemporains) font
autant d'honneur aux lettres qu'à la religion.--Voyez la piquante
historiette de Tallemant des Réaux sur ce _saint homme_.
Le vieux Gombaud[88], en vétéran du madrigal, paya d'un fier et
magistral quatrain sur l'_Amaranthe_, les bontés et les douces
attentions que les Rambouillet lui prodiguaient dans sa fortune adverse.
[88] Jean Ogier de Gombaud, de l'Académie françoise, né vers
1570, mort en 1666.--Voyez, sur ce curieux poëte, l'historiette
de Tallemant, et le portrait si originalement étudié par Paul de
Musset dans les _Originaux du XVIIe siècle_, Paris, Charpentier,
1848.
L'auteur des _Historiettes_, le _calomniographe_ Tallemant des
Réaux[89], montra un échantillon de son savoir-faire galant dans un
madrigal sur les _Lys_, et il s'en tira assez délicatement pour
recevoir tous les éloges.
[89] Gédéon Tallemant, seigneur des Réaux, né en 1619, mort en
1692. MM. Monmerqué et Paulin-Paris ont écrit sur Tallemant une
longue et savante étude, insérée dans les _Historiettes_,
publiées chez Techener.
Arnauld de Corbeville[90] emprunta le pinceau de Flore pour donner le
plus vif coloris et les tons les plus fins à la fleur qu'il cueillit; sa
_Tulipe_, superbe d'éclat, reste l'emblème du plus parfait amour sous la
forme la plus élégante.
[90] Pierre-Arnauld de Corbeville, mestre de camp, général des
carabiniers, de la grande famille des Arnauld, que Balzac
appelait la _famille éloquente_: mort en 1651.--Voiture parle
souvent de lui dans ses poésies et ses lettres, et c'étoit au
moins, dit Tallemant, le _Racan_ de Voiture en poésie burlesque.
Habert de Montmor[91] eut le choix original; il rima sur une robuste
mais modeste petite fleur: La blanche _Perce-Neige_ prêta à
l'imaginative de l'auteur une grâce et un esprit qui font de son
madrigal un des plus réussis de la _Guirlande_.
[91] Henri-Louis Habert, sieur de Montmor, conseiller du roy en
ses conseils, maître des requêtes, de l'Académie française, et
cousin de Philippe et Germain Habert, cités plus haut.--Mort vers
1635.--Cet auteur fit peu de vers français; à part quelques
épigrammes, on ne connaît de lui que des études latines.
Le marquis de Rambouillet[92] enfin, qui n'était assurément pas le
courtisan ordinaire des Muses, essaya, pour la première fois peut-être,
de les invoquer, afin de couronner son admirable fille. A travers la
métamorphose de l'_Hyacinthe_ qu'il choisit, il trouva matière à un
aimable sixain, assez agréablement tourné pour faire honneur à un poëte
de profession.
[92] Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, né en 1577, mort
en 1652.
Avec le père de la princesse Aminte se termine notre étude sur la
_Guirlande_. Nous aurions pu étendre cette Notice, l'augmenter de
nombreuses pièces, y joindre des poésies à la louange de Julie, et faire
ressortir davantage la _flore_ de chaque madrigal; mais nous avons
craint d'alourdir de trop de plomb le fragile canevas sur lequel se
joue, en légères arabesques, la délicatesse des plus doux madrigaux.
Nous avons reproduit avec une grande exactitude, l'orthographe de la
_Guirlande de Julie_, extrêmement surannée même pour l'époque où elle
fut calligraphiée par le célèbre Jarry. Après avoir revu sur tous les
textes connus le texte original de l'œuvre de Montausier, nous en avons
minutieusement recueilli les variantes pour les placer à la fin de ce
volume, et, sans vouloir parler du luxe typographique dont nous
entourons cette réimpression, nous croyons, grâce aux sérieuses études
auxquelles nous nous sommes livré, donner une édition justement
recommandable par sa clarté, ses annotations, ses documents inédits et
les soins scrupuleux que nous avons apportés dans les plus petits
détails.
La _Guirlande de Julie_ devait figurer dans notre collection des _Poëtes
de ruelles_ au XVIIe siècle.--Le concours de tant de brillants esprits,
réunis pour une œuvre si fameuse qu'elle est, en quelque sorte devenue
classique, est d'un vif attrait pour la savante curiosité des
lettrés.--Nous ne prétendons pas cependant présenter au public un
chef-d'œuvre littéraire: ces petites pièces de poésie, ainsi que nous
le fait remarquer un bibliographe judicieux, ont un mérite assez mince
quand on les considère séparées des peintures pour lesquelles elles ont
été faites, et privées d'une circonstance unique dans l'histoire de la
galanterie; mais, en souvenir et pour le respect que nous portons à Mlle
de Rambouillet, la _Guirlande de la princesse Julie_ restera toujours le
livre de l'imagination la plus française, l'Anthologie galante la plus
précieuse de notre littérature, et comme un monument d'illustre
courtoisie, à cette époque admirable et de suprême politesse où le
talent tenait à honneur de couronner dignement et de fleurs immortelles
la vertu, le mérite et la beauté.
OCTAVE UZANNE.
[Illustration]
[Illustration]
LA
GVIRLANDE
DE
IVLIE,
pour
Mademoiselle de Rambouillet,
IVLIE-LVCINE
D'ANGENNES.
[Illustration]
Escript par N. Jarry.
1641
[Illustration]
ZEPHIRE A IVLIE[1].
_Madrigal._
Recevez, ô Nymphe adorable,
Dont les cœurs reçoiuent les loix,
Cette COVRONNE, plus durable
Que celle que l'on met sur la teste des Roys.
Les Fleurs dont ma main la compose
Font honte à ces Fleurs d'or qu'on voit au Firmament;
L'eau dont Permesse les arrose
Leur donne vne fraîcheur qui dure jncessamment:
Et tous les jours ma belle Flore,
Qui me chérit et que i'adore,
Me reproche, auecque courroux,
Que mes soupirs iamais pour elle
N'ont fait naistre de Fleur si belle
Que i'en ay fait naistre pour vous.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
LA COVRONNE IMPERIALE[2].
_Madrigal._
Ie suis ce Prince glorieux
De qui le bras victorieux
A terracé l'orgueil d'vn redoutable Empire.
Au plus froid des climats je me sentis brusler
Par vn nouueau Soleil que l'vniuers admire,
Et que celuy des Cieux ne sçauroit égaler.
Du riuage inconnu de l'aspre Corélie,
Où la mer sous la glace est toute enseuelie,
Le flambeau de l'Amour mes voiles conduisant,
Ie vins pour rendre hommage à l'auguste IVLIE;
Mais, iugeant ma Couronne vn indigne présent,
Ie voulus conquérir le riche Diadême
Dont iadis les Cæsars en leur pompe suprême
Eurent le front si reluisant.
Au comble d'vn succés qui les peuples étonne,
Vainqueur des ennemis et vaincu du malheur,
Ie rencontray la mort dans le champ de Bellonne.
L'Amour vid mon désastre, et, flattant ma douleur,
Me conuertit en vne illustre Fleur
Que de l'EMPIRE il nomma la COVRONNE.
Ainsi ie fus le prix que cherchoit ma valeur,
Ainsi par mon trépas i'acheuay ma conqueste.
En cet état, IVLIE, accorde ma requeste,
Sois pitoyable à ma langueur;
Et si ie n'ay place en ton cœur,
Que ie l'aye au moins sur ta teste.
De M. CHAPELAIN.
[Illustration]
LA COVRONNE IMPERIALE.
_Madrigal._
BIEN que de la Rose et du Lys
Deux Roys, d'éternelle mémoire,
Facent voir leurs fronts embellis,
Ces Fleurs sont moindres que ta gloire;
Il faut vn plus riche ornement
Pour récompenser dignement
Vne vertu plus que Royale;
Et si l'on se veut acquitter,
On ne peut moins te présenter
Qu'vne COVRONNE IMPERIALE.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
LA COVRONNE IMPERIALE[3].
_Madrigal._
Qvelqve diuersité que le parterre étale,
Ie me treuve sans effroy:
LA COVRONNE IMPERIALE
Est seule digne de toy.
Tant de Fleurs que la nature
Esmaille de sa peinture
N'ont rien qu'on doiue estimer.
Voy l'éclat qui m'enuironne:
Moy seule fais LA COVRONNE
Que tant d'autres ensemble ont peine de former.
De M. DE SCUDERY.
[Illustration]
[Illustration]
LA ROSE.
_Madrigal._
Alors que ie me voy si belle et si brillante,
Dans ce teint dont l'éclat fait naistre tant de vœux
L'excés de ma beauté moy-même me tourmente;
Ie languis pour moy-même, et brusle de mes feux,
Et ie crains qu'aujourd'huy la ROSE ne finisse
Par ce qui fit iadis commencer le Narcisse.
De M. HABERT, abbé de Cérisy.
[Illustration]
LA ROSE[4].
_Madrigal._
Devant ce teint d'vn beau sang animé,
Ie ne parois que pour ne plus paroistre;
Ie n'ay plus rien de ce lustre enflamé
Que de Vénus le sang auoit fait naistre.
Le vif éclat de ce teint nompareil
Me fait paslir, accuser le Soleil,
Seicher d'enuie et languir de tristesse.
O sort bizarre! ô rigoureux effet!
Ce qu'a produit le sang d'vne Déesse,
Le sang d'vne autre aujourd'huy le défait.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
LA ROSE[5].
_Madrigal._
Assise en majesté sur vn Throsne d'épines,
Ie porte le Sceptre des Fleurs,
Qui cédent à l'éclat de mes grâces diuines,
Quand l'Aurore au matin m'arrose de ses pleurs;
Mais, beauté que le monde adore,
Et qui sçais doucement rauir,
I'estime beaucoup plus l'honneur de vous seruir
Que celuy de régner dans l'Empire de Flore.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
LA ROSE.
_Madrigal._
Si vous n'auiez banny l'ardeur démesurée
Qui du cœur des mortels fait triompher l'Amour,
Ma beauté prés de vous seroit mal assurée:
Aux chaleurs de l'esté ie ne dure qu'vn jour.
Mais vn sort plus heureux en ce lieu m'enuironne:
Le temps, dont le pouuoir de toute chose ordonne,
Par vos charmes puissans se trouue surmonté;
I'ay de vous obtenu la faueur desirée,
Et sur vostre visage, où règne la beauté,
Ie suis d'éternelle durée.
De M. COLLETET.
[Illustration]
LA ROSE[6].
_Madrigal._
Qvoy que la Fable nous raconte,
Iamais la Reine d'Amathonte
Ne changea ma couleur ni mon lustre ancien.
Si quelque trait de flame à ma neige s'allie,
C'est de honte que i'ay que le teint de IVLIE
Est estimé plus frais et plus beau que le mien.
De M. COLLETET.
[Illustration]
[Illustration]
LE NARCISSE[7].
_Madrigal._
Ie consacre, IVLIE, vn NARCISSE à ta gloire;
Luy-mesme des beautez te céde la victoire.
Estant iadis touché d'vn amour sans pareil,
Pour voir dedans l'eau son image,
Il baissoit toujours son visage,
Qu'il estimoit plus beau que celuy du Soleil.
Ce n'est plus ce dessein qui tient sa teste basse;
C'est qu'en te regardant, il a honte de voir
Que les Dieux ont eu le pouuoir
De faire vne beauté qui la sienne surpasse.
De M. le marquis DE MONTAUSIER
[Illustration]
LE NARCISSE[8].
_Madrigal._
Ie suis ce NARCISSE fameux
Pour qui iadis Echo répandit tant de larmes,
Et de qui les appas ne cédent qu'à vos charmes,
Qui viens pour vous offrir mes vœux.
Qu'on m'accuse, _belle Ivlie_,
D'auoir en ce dessein plus de temerité
Que ie n'eus iamais de folie
Adorant ma propre beauté,
Ie ne puis m'empescher de commettre ce crime,
Ie le trouue trop glorieux.
Oyez donc ce discours que ma pasleur exprime,
Et qui ne s'entend que des yeux:
Si vous me voyez le teint blesme,
Ce n'est plus moi, c'est vous que i'ayme.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
LE NARCISSE[9].
_Madrigal._
Epris de l'amour de moy-même,
De Berger que i'estois ie deuins vne Fleur;
Faites proffit de mon malheur,
Vous que le Ciel orna d'vne beauté suprême;
Et pour en euiter les coups,
Puisqu'il faut que tout ayme, aymez d'autres que vous.
De M. HABERT, cap. de l'artillerie.
[Illustration]
LE NARCISSE[10].
_Madrigal._
Qvand ie voy vos beaux yeux si brillans et si doux,
Qui n'ont plus desormais rien à prendre que vous,
Leur éclat m'est suspect, et pour vous i'appréhende.
Souuent ce riche don est chérement vendu:
Je sçay que ma beauté ne fut jamais si grande,
Et pourtant chacun sçait comme elle m'a perdu.
De M. HABERT, abbé de Cérisy.
[Illustration]
[Illustration]
L'AMARANTHE[11].
_Madrigal._
Ie suis la Fleur d'Amour, qu'AMARANTHE on appelle,
Et qui viens de IVLIE adorer les beaux yeux.
Roses, retirez-vous, i'ay le nom d'Immortelle!
Il n'appartient qu'à moy de couronner les Dieux.
De M. DE GOMBAUD.
[Illustration]
[Illustration]
L'ANGELIQVE.
_Madrigal._
Recevez mon service, adorable IVLIE,
Seule que la nature a fait naistre accomplie.
Ah! que i'estimeray mon destin glorieux,
Si vôtre belle main sur vos cheueux m'applique!
Ie suis fauorite des Cieux,
Ie porte le nom d'ANGELIQVE;
Mais ie n'ignore pas qu'au jugement de tous,
Ie la suis beaucoup moins que vous.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
L'ANGELIQVE[12].
_Madrigal._
Qvand toutes les Fleurs prennent place
Sur l'yuoire de vôtre front,
Il faut par raison que ie face
Ce que par audace elles font;
Et certes, si la voix publique
Me nomme par-tout ANGELIQVE,
Et me donne tant de renom,
Ie répons mal à ses louanges,
Et ne mérite plus mon nom,
Si ie ne couronne les Anges.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
[Illustration]
L'OEILLET.
_Madrigal._
Bien que dans l'Empire des Fleurs
I'espere emporter la Couronne
Dessus toutes mes autres sœurs,
Au moins si la beauté la donne,
Deuant ton teint vif et vermeil,
De qui l'effet, plus grand que celuy du Soleil,
Des cœurs les plus gelez fond la plus dure glace,
Mon éclat se ternit et mon lustre s'efface;
Mais dessus tes cheueux ie reprens ma beauté,
Et i'emprunte de toy ce que tu m'as osté.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
LA FLEVR DE THIN[13].
_Madrigal._
Sans beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grace,
Ie nays, par un arrest de mon jniuste sort,
Incapable d'vn bel effort
Pour acquérir l'illustre place
Où mon ambition m'ose faire aspirer.
Toutesfois, ô belle IVLIE,
Si de tes doux regards tu daignes m'éclairer,
Ie renaistray par eux de tant d'attraits remplie
Que i'auray suiet d'espérer
De rendre ta COVRONNE et ma gloire accomplie.
Sois donc fauorable à mes vœux,
Embellis ma laideur, releue ma bassesse,
Des Destins montre-toy maîtresse,
Metz-moy, malgré leur haine, en vn état heureux.
La Nature, pour moy non moins barbare qu'eux,
En vain t'oppose ses obstacles;
Tes beaux yeux chaque iour font de plus grans miracles.
De M. D'ANDILLY le filz.
[Illustration]
LE IASMIN.
_Madrigal._
Cavse de tant de feux, source de tant de pleurs,
_Ivlie_, accorde ma requeste;
Comme à toutes ces autres Fleurs,
Donne-moy place sur ta teste:
Deuant le lustre de mon teint
L'éclat des plus beaux Lys s'éteint;
Par tout ailleurs ie leur fais honte;
Seulement dans ton sein leur blancheur me surmonte.
De M. le marquis _de Montausier_.
[Illustration]
[Illustration]
L'ANEMONE.
_Madrigal._
Ie m'offre à vous, belle IVLIE,
Mais ne refusez pas mes vœux;
La COVRONNE qu'on met dessus vos beaux cheueux
Sans moy ne peut estre accomplie.
Ie dois entre les Fleurs tenir le premier rang;
On ne sçauroit cueillir que parmy les épines
Cette Fleur que Vénus fit naistre de son sang,
Et ie n'en mesle point à mes beautez diuines;
Mais l'éclat de votre beauté
M'accuse de temerité,
Ie céderai toujours aux Roses,
Tandis qu'elles seront sur vôtre teint écloses.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
LA VIOLETTE[14].
_Madrigal._
Franche d'ambition, ie me cache sous l'herbe,
Modeste en ma couleur, modeste en mon séiour;
Mais si sur vostre front ie me puis voir vn jour,
La plus humble des Fleurs sera la plus superbe.
De M. DES MARESTZ.
[Illustration]
LA VIOLETTE.
_Madrigal._
De tant de Fleurs par qui la France
Peut les yeux et l'ame rauir,
Vne seule ne me deuance
Au juste soin de te seruir.
Que si la Rose en son partage
Fait gloire de quelque auantage
Que le Ciel daigne luy donner,
Elle a tort d'en estre plus fiére,
I'ay l'honneur d'estre la premiére
Qui naisse pour te couronner.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
[Illustration]
LES LYS.
_Madrigal._
Merveille de nos jours, dont les charmes vainqueurs
Rauissent les esprits et regnent dans les cœurs,
Rare present du Ciel, adorable IVLIE;
Lors que toutes les Fleurs d'vn email precieux
Viennent rendre à l'enuy ta COVRONNE embellie,
C'est sur moy que tu dois arrester tes beaux yeux.
De la Reyne de l'air ie suis la fleur diuine,
Ma blancheur de son lait tire son origine,
Il se fait voir encor sur mon teint sans pareil;
Et le Dieu dont les loix forment la destinée
Veut que le plus grand Roy qu'éclaire le Soleil
Ayt de moy seulement la teste couronnée.
Au temple de Thémis ie preside auec luy;
Son Throsne glorieux est mon illustre appuy;
La valeur de ce Mars fait pour moy des miracles,
Et ie dois espérer que par son bras puissant
S'accompliront bien-tôt les celebres oracles
Qui me promettent place au dessus du Croissant.
Mais parmy ces grandeurs, le bruit de ton merite
A me donner à toy si fortement m'jnuite,
Que ie veux de ma gloire enrichir ta beauté.
En vain toutes les Fleurs, dans leur pompe suprême
Se vantent de t'orner d'vn Royal Diadême,
Leur plus superbe éclat n'a point de majesté.
Nulle autre que le LYS sans audace n'aspire
A te rendre vn honneur qui soit digne de toy:
Elles parent ton front, et ie t'offre vn Empire,
Puis qu'en te couronnant, ie t'égale à mon Roy.
De M. D'ANDILLY.
[Illustration]
LES LYS[15].
_Madrigal._
Le plus ardent de tous mes vœux
Est de couronner tes cheueux,
Et ie croy, si ie ne me flatte,
Que ie puis aspirer à cet honneur nouueau;
Car par moy ton visage est beau,
Et par moy de nos Roys le Diadême éclatte:
Mais i'ay plus de gloire cent fois,
Et ie tire plus d'auantage
D'éclatter dessus ton visage
Que dessus la teste des Roys.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
LES LYS[16].
_Madrigal._
Reçoy les LYS que ie te donne,
Pour en former vne Couronne
Par qui ton pouuoir soit dépeint;
C'est l'ornement que ie t'apreste:
Pour rendre ce qu'on doit aux LYS de ton beau teint,
Il t'en faut mettre sur la teste.
De M. DE MALLEVILLE.
[Illustration]
LE LYS.
_Madrigal._
Devant vous je pers la victoire
Que ma blancheur me fit donner,
Et ne preten plus d'autre gloire
Que celle de vous couronner.
Le Ciel, par vn honneur insigne,
Fit choix de moy seul autres fois,
Comme de la Fleur la plus digne
Pour faire vn present à nos Roys.
Mais si i'obtenois ma requeste,
Mon sort seroit plus glorieux
D'estre monté sur vôtre teste
Que d'estre descendu des Cieux.
De M. DES REAUX-TALLEMANT.
[Illustration]
LES LYS.
_Madrigal._
Ie puis mettre, entre les louanges
Qui me rendent si glorieux,
D'auoir fleury dedans les Cieux,
Cultiué de la main des Anges;
Mais, certes, c'est y retourner
Que de vous pouuoir couronner.
De M. MARTIN.
[Illustration]
LES LYS[17].
_Madrigal._
Qve i'ay de gloire à cette fois,
Que j'ombrage ces belles tresses!
Ie ne couronnois que les Roys,
Et ie couronne les Déesses.
De M. MARTIN.
[Illustration]
LES LYS[18].
_Madrigal._
Vn diuin oracle, autres fois,
A dit que ma pompe et ma gloire
Sur celle du plus grand des Roys
Pouuoit emporter la victoire;
Mais si i'obtiens, selon mes vœux,
De pouuoir parer vos cheueux,
Ie dois, ô IVLIE adorable,
Toute autre gloire abandonner,
Car nul honneur n'est comparable
A celuy de vous couronner.
De M. C... (?)
[Illustration]
LES LYS[19].
_Madrigal._
Belle, ces LYS que ie vous donne,
Auront plus d'honneur mille fois
De seruir à vôtre COVRONNE
Que d'estre couronnez aux armes de nos Roys.
De M. DES MARETZ.
[Illustration]
[Illustration]
LA TVLIPE[20].
_Madrigal._
Ie fus vn Berger, autres fois,
Qui, poussé d'vne belle audace,
Alla cueillir dessus Parnasse
Des lauriers plus fameux que les lauriers des Roys.
Ce genereux desir d'vne éternelle gloire
Ne m'empécha pas de seruir
Auec les Filles de Mémoire
Les mortelles beautez qui me sceurent rauir.
Mais mon âme fut si volage,
A tant d'obiets diuers elle rendit hommage,
Et les bergeres si souuent,
En me reprochant leurs caresses,
Se plaignirent que mes promesses
Se perdoient parmy l'air dessus l'aile du vent,
Qu'Amour vint d'vne main puissante
Me transformer en cette Fleur,
Qui, comme i'eus l'ame inconstante,
Est inconstante en sa couleur.
Miracle de nos iours, si mes yeux t'eussent veuë
Avec tous ces appas dont le Ciel t'a pourueuë,
Mon cœur n'eut point esté leger;
Mais mon sort me console, et pour ma gloire ordonne,
Depuis que i'ay l'honneur d'embellir ta COVRONNE,
Que mes viues couleurs ne pourront plus changer.
De M. GODEAU.
[Illustration]
LA TVLIPE.
_Madrigal._
Ie suis le plus brillant ouurage
Dont le pinceau de Flore embellit les estez,
Et sur les autres Fleurs i'ay le même auantage
Qu'a le feu de tes yeux sur les autres clartez.
Mais dans l'éclat qui m'enuironne,
Et qui de cent couleurs reléue mes beautez,
La gloire que le Ciel me donne,
D'estre vne fleur de ta COVRONNE,
A pour moy de si doux appas,
Que, bien que de ma mort ma gloire soit suiuie,
Pour mourir d'vn si beau trépas,
J'ayme mieux la mort que la vie.
De M. ARNAUD DE CORBEVILLE.
[Illustration]
LA TVLIPE, AV SOLEIL[21].
_Madrigal._
Bel Astre à qui je dois mon estre et ma beauté,
Ajoûte l'jmmortalité
A l'éclat nompareil dont ie suis embellie;
Empêche que le temps n'efface mes couleurs:
Pour Throsne donne-moy le beau front de IVLIE;
Et si cet heureux sort à ma gloire s'allie,
Ie seray la Reyne des Fleurs.
De M. C. (CORNEILLE.)
[Illustration]
LA TVLIPE
NOMMÉE FLAMBOYANTE.
_Madrigal._
Permettez-moy, belle IVLIE,
De mesler mes viues couleurs
A celles de ces rares Fleurs,
Dont vôtre teste est embellie:
Ie porte le nom glorieux
Qu'on doit donner à vos beaux yeux.
De M. le marquis de MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
LA IONQUILLE[22].
_Madrigal._
Dans la Fable, ni dans l'Histoire
Il ne se parle point de moy;
Je ne me puis vanter de posséder la gloire
De descendre du sang ni d'vn Dieu ni d'vn Roy:
Mais la passion véritable
Que vous témoigne ma couleur,
Plus qu'vne plus illustre Fleur
Me doit rendre recommandable.
O beauté qu'on doit adorer!
Permettez-moy de vous parer,
Et ie m'estimeray cent fois plus glorieuse
Que celle dont l'histoire est cent fois plus fameuse.
De M. le marquis de MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
L'HYACINTHE[23].
_Madrigal._
Ie n'ay plus de regret à ces armes fameuses
Dont l'jniuste refus précipita mon sort;
Si ie n'ai possedé ces marques glorieuses,
Vn destin plus heureux m'accompagne à la mort;
Le sang que i'ay versé d'vne illustre folie
A fait naistre vne Fleur qui couronne IVLIE.
De M. le M. DE R. (marquis DE RAMBOUILLET).
[Illustration]
L'HYACINTHE.
_Madrigal._
Depvis mon changement, tout l'Vniuers remarque
Que d'vn triste et muet discours
Ie me plains qu'en mes plus beaux jours
I'ai ressenti la rigueur de la Parque;
Mais ie cesse de murmurer;
Car l'extrême plaisir que i'ai de te parer
Efface maintenant la plainte
Que mes feuilles portoient empreinte.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
L'HYACINTHE[24].
_Madrigal._
D'vn éternel bon-heur ma disgrace est suiuie;
Ie n'ai plus rien en moy qui marque mon ennuy,
Autres fois vn Soleil me fit perdre la vie;
Mais vn autre Soleil me la rend aujourd'huy.
De M. C. (?)
[Illustration]
[Illustration]
L'ELIOTROPE
OV TOVRNESOL.
_Madrigal._
A ce coup, les Destins ont exaucé mes vœux;
Leur bonté me permet de parer les cheueux
De l'jncomparable IVLIE;
Pour elle, Apollon, ie t'oublie,
Ie n'adore plus que ses yeux.
C'est auecque leurs traits qu'Amour me fait la guerre;
Ie quitte le Soleil des Cieux,
Pour suiure celuy de la terre.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
[Illustration]
LE SOVCY.
_Madrigal._
Si l'on vous donne vn Lys, vn OEillet, vne Rose,
Ie vous veux présenter aussy
Vn triste et languissant SOVCY:
Le sort ne me laisse autre chose.
Ie souffre vne telle douleur
De vous offrir la moindre Fleur,
Qu'on verra dans vôtre COVRONNE
Que ie deuiens ce que ie donne.
De M. le marquis DE MONTAUSIER.
[Illustration]
LE SOVCY.
_Madrigal._
Favt-il donc que la Rose ait sur moy l'auantage
D'étaler ses beautez dessus vôtre visage,
D'y charmer tous les cœurs et d'y donner des loix?
Luisez, Astre viuant, dessus ma dernière heure,
Vne jalouse ardeur ordonne que ie meure,
Pour vn second Soleil, vne seconde fois.
De M. HABERT, C... de l'artillerie.
[Illustration]
LE SOVCY.
_Madrigal._
Ne pouuant vous donner ni Sceptre, ni Couronne,
Ni ce qui peut flatter les cœurs ambitieux,
Receuez ce SOVCY, qu'aujourd'huy ie vous donne,
Pour ceux que tous les jours me donnent vos beaux yeux.
De M. HABERT, C... de l'artillerie.
[Illustration]
LE SOVCY AV SOLEIL.
_Madrigal._