--Assez riche! s’écria-t-il avec un accent de tendre indulgence. Une
femme qui, comme vous, ignore absolument la valeur de l’argent, ne sera
jamais assez riche. Quand je vous aurai quittée, vous serez étonnée de
vous trouver souvent gênée. Au reste, je ne voudrais pour rien au monde
exercer sur vous la moindre pression. Mon devoir est de veiller sur
votre fortune comme sur votre personne et de vous avertir de tout
danger. Or, je vous le répète, l’avenir est noir, vos consolidés russes
sont en bonne posture, le moment me semble bien choisi pour les
réaliser.
--Eh bien! c’est entendu, vous avez raison, vendez-les, dit Laurence que
cette question ennuyait mortellement.
--Moi, les vendre? mais ma chère, je ne le peux pas, s’exclama M.
Hecquin, fort surpris. Je puis tout juste toucher les chèques que vous
me signez chaque mois. Là s’arrêtent mes droits. Je n’ai pas qualité,
bien qu’étant votre époux, pour agir en votre nom.
Le colonel, en effet, avait exigé que le contrat de sa fille fût fait
sous le régime de la séparation de biens et Laurence crut discerner dans
ces paroles un muet reproche.
--Vous savez bien, dit-elle timidement en tendant la main à son mari,
que j’ai toute confiance en vous.