M. Carrington a été condamné à 200 francs d'amende.

La tribunal a ordonné, en outre, la destruction des objets saisis.

Pauvres eaux-fortes galantes!

De l'_Intransigeant_, 8 juillet 1899, sous le titre: =La flagellation en

correctionnelle=:

Fichtre! on ne s'est pas ennuyé, hier, à la neuvième chambre

correctionnelle!

M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé:

«l'_Histoire de la flagellation aux points de vue médical, historique

et religieux_.

Or, ledit ouvrage est illustré de nombreuses planches, lesquelles on

le devine ne manquent pas d'un certain... intérêt.

Tant et si bien que la pudeur anglaise s'est émue, mais émue au point

que la «National Vigilance Association» a fait un appel désespéré à la

pudeur française, en la personne de son père et vigilant gardien, M.

Bérenger; et c'est ainsi que M. Carrington se trouve assis en police

correctionnelle en compagnie de ses bouquins.

Voilà-t-il pas Me Meurgé qui, dans sa malice, s'avise de vouloir

prouver que, chaque jour, le parquet laisse en vente de pires

horreurs! Et alors non, je ne peux pas vous dire tout ce qui défila

devant les yeux du tribunal!

Ah! sapristi, c'est un joyeux métier que celui de juges!...

Mais, enfin, les fautes des uns n'innocentent pas les autres, et M.

Carrington n'en a pas moins attrapé 200 cents francs d'amende.

Allez donc faire de l'art, après ça!...

Du _Rappel_, 8 juillet 1899, sous le titre: =une Morale d'exportation=.

C'est de nos voisins qu'il s'agit.

Nous avons la bonne fortune de posséder une Société qui nous sauve,

paraît-il, de la pluie de feu qui détruisait les villes maudites. _Ils

en ont une en Angleterre!_ et terrible! auprès de laquelle notre

«Bérengère» paraît toute de mansuétude et de tolérance. De très hauts

personnages composent le comité de cette _National Vigilance

Association_ dont Sa Grâce le duc de Westminster est le président.

Nationale, dit le titre. C'est Internationale qu'il faut lire.

Notre ami Blondeau vous a conté hier le procès fait à un éditeur de

Paris, M. Carrington, sur la plainte de cette Société.

L'éditeur a été condamné; il s'agissait d'une publication en langue

française. Il est étrange que le parquet ait cru devoir poursuivre sur

la plainte d'une association étrangère.

La Vigilance Association a donc des attributions plus étendues que la

nôtre, tellement étendues que son action s'exerce surtout, vous vous

en doutez un peu, contre les productions littéraires du continent:

_Sapho_ de Daudet; les nouvelles de Maupassant; les romans de Zola;

_la Vie de Bohême_ de Murger, etc., ont encouru ses foudres et la

justice anglaise a poursuivi et condamné les traducteurs et les

éditeurs de ces ouvrages.

Faut-il ajouter à cette liste Boccace et Rabelais et la Reine de

Navarre? Ceux-là aussi furent proscrits.

Ne rions pas! La Vigilance Association a fait des victimes. Un éditeur

estimé de l'autre côté du détroit, M. Vizetelly, dont le catalogue

semblait le livre d'or de nos gloires tant il avait pris à coeur de

répandre les noms des meilleurs écrivains français, cet éditeur,

dis-je, un vieillard de soixante-dix-huit ans poursuivi à la requête

des _Vigilants_ pour avoir traduit et publié l'_Assommoir_ d'Émile

Zola, fut condamné à dix-huit mois de hard-labour. Il mourut en

prison.

Mais, direz-vous, ces poursuites témoignent d'un état morbide de la

pensée: toutefois, comme elles sont dirigées contre les traductions en

langue anglaise et des éditions faites en Angleterre, nous perdons

tout droit de protester, du moins dans une certaine mesure. Cela est

évident, mais puisque les pères la pudeur de Londres viennent chez

nous, cela devient plus grave.

Qu'a donc publié d'horrible M. Carrington? Une _Étude sur la

Flagellation au point de vue historique et médical_, livre tiré sur

grand papier, à petit nombre, pour des souscripteurs, et accompagné de

gravures représentant des scènes historiques de flagellation. Dans ces

gravures, sans qu'il soit possible d'y découvrir la moindre pensée

obscène, les personnages fouettés sont représentés vêtus, n'ayant de

découvert que la partie du corps flagellée.

Le délicieux Willette, dans un numéro récent du _Courrier Français_ ne

représentait-il pas plus crûment encore et sans que personne pût

songer à s'en offenser une scène de ce genre: une horrible scène de

flagellation d'une jeune fille... en pays de langue anglaise?

Dans sa spirituelle plaidoirie, Me Meurgé, a fait bonne justice des

allégations du parquet. Il a d'ailleurs découvert le véritable mobile

non des poursuites engagées mais de la plainte: M. Carrington, sujet

anglais, a publié dernièrement _les Dessous de la Pudibonderie

anglaise_. Tout s'explique! L'accès de pudicité est une petite

vengeance.

Malheureusement pour la Vigilance Association, il ne s'agissait pas

dans l'espèce d'une officine pornographique, mais d'une librairie

d'art et de sciences, de l'éditeur des traductions anglaises du

_Cabinet secret de l'Histoire_ du docteur Cabanès (également

poursuivies) d'un ouvrage de Tarnowsky, professeur de l'Académie

impériale de Russie, l'un des plus célèbres psychologues de notre

temps et d'autres livres luxueux et précieux.

Je m'empresse d'ajouter que de courageux et nobles esprits n'ont, en

Angleterre même, jamais cessé de lutter contre les agissements de

cette pudibonde Société, et j'ai sous les yeux l'admirable plaidoyer

que rédigea pour Vizetelly, Robert Buchanan, l'un des maîtres de la

littérature anglaise.

Et pour qu'on sache bien à quels esprits nous avons affaire, citons ce

dernier trait. Il montrera leur discernement, leur science et leur

goût et leur aptitude à mettre sur le même plan quelques ordures

indiscutablement ordures et d'admirables oeuvres.

Richard Burton, le célèbre voyageur anglais et le merveilleux

traducteur des _Mille et une Nuits_, le premier Européen qui, après

Burckhardt, put pénétrer jusqu'à la Mecque, avait recueilli au cours

de ses voyages incessants à travers toute l'Asie, un nombre

considérable de manuscrits précieux, uniques. Ces manuscrits orientaux

formaient une collection que les savants auxquels il fut donné de les

parcourir déclaraient inestimable. Ils étaient destinés à jeter un

nouveau jour sur une foule de questions littéraires, scientifiques et

historiques et des experts consultés les avaient estimés, pour leur

seule valeur artistique, à la somme de vingt-cinq mille francs! Ce

dernier détail, peu important en soi, a cependant quelque intérêt.

Or,--je n'invente pas, je cite--dans son IIe rapport (1896) la

National Vigilance Association annonçait à ses membres qu'elle avait

reçu des mains de la veuve de Richard Burton cette collection

précieuse _et qu'elle l'avait détruite_.

Ami John Bull! Vous qui lisez si bien la Bible, consultez un peu

l'évangile et, si la paille française vous ennuie, songez à la poutre

britannique.

La place nous manque pour donner les extraits de tous les journaux qui

se sont occupés de cette affaire.

Nous citerons encore:

Le _Temps_, le _Journal_, le _Journal du Peuple_, la _Presse_, le _XIXe

siècle_, la _Petite République_ et nombre de journaux anglais: _Daily

Telegraph_, _Daily Chronicle_, _Daily Messenger_, _Reynolds Newspaper_,

etc. etc., etc.

=Mémoires d'une danseuse russe=, par E. D., auteur de _Défilé de fesses

nues_. Paris, sous les galeries du Palais-Royal, 1892, 3 _volumes

in-18º_ (Une édition possède des gravures).

L'ouvrage est divisé en trois parties:

1º Mon enfance chez un boyard;

2º Chez la modiste à Moscou;

3º A l'académie impériale de Danse.

Voici quelques extraits de l'avant-propos:

«Je liai connaissance à Paris, pendant l'Exposition de 78, avec une

danseuse russe, qui faisait partie d'un corps de ballet en

représentation dans un théâtre du Trocadéro. Mariska--c'est le nom que

nous donnerons à la danseuse qui l'a pris pour signer ses

mémoires--avait trente-huit ans sonnés, et n'en paraissait pas plus de

trente, malgré les nombreuses tribulations par lesquelles elle était

passée dans le cours de son existence.

«L'ampleur de ses formes postérieures m'intriguait, au dernier point,

par le développement qui bombait d'une façon exagérée les jupes

repoussées. J'avais, chaque fois que je la rencontrais, une question sur

le bout de la langue, mais je n'étais pas encore assez familier avec la

ballerine, pour m'informer de la cause d'une pareille envergure, que

j'attribuais aux exercices physiques, auxquels devaient se livrer dès

leur enfance les élèves de Terpsichore.

«Je tournais autour de la belle Slave, lorgnant d'un oeil d'envie le

superbe ballonnement, tenté de palper l'étoffe comme par hasard, mais

j'osais à peine l'effleurer, craignant des rebuffades, bien que Mariska

parût m'encourager de l'oeil.

«Un soir, j'eus l'occasion de tâter l'étoffe soyeuse, qui couvrait la

somptueuse mappemonde. Nous allions souper au cabaret, deux de mes amis

et moi, avec la danseuse, en cabinet particulier. Je montai derrière

elle les degrés qui conduisaient au salon du premier; j'en profitai pour

prendre dans mes mains la mesure de la circonférence, qui me parut d'un

volume remarquable, sans qu'elle s'en montrât le moins du monde

offusquée.

«Pendant le souper, arrosé de Champagne frappé, nous la plaisantions sur

ce que nous appelions sa difformité. Elle avait un sourire goguenard,

comme si elle méditait quelque farce épicée, dont on la disait

coutumière dans les soupers où on l'invitait.

«Quand la table fut desservie, elle avait une pointe d'ivresse. Elle

avait vidé coup sur coup quatre ou cinq coupes de Champagne, comme pour

se donner du coeur. Elle sauta sur la table, s'agenouilla, nous tournant

le dos, et sans crier gare! elle se troussa lestement, s'exhibant des

genoux à la ceinture.

«Nous crûmes à ce geste qu'elle avait gardé son maillot. Nous fûmes bien

vite détrompés le plus agréablement du monde. Elle était nue des genoux

aux hanches...

«... Nous étions un peu surpris du sans-gêne et du sans-façon avec

lequel la danseuse nous exhibait ainsi toutes ses nudités dans la plus

riche indécence.

«--Eh bien, criait-elle, mon postérieur est-il difforme, mes seigneurs?

«Ah! non, il n'était pas difforme. Certain aimable chroniqueur qui les

aime amples, larges, opulents, serait tombé en extase devant cette

merveille de croupe rebondie.

«Les jupes étaient retombées, la danseuse avait repris sa place sur sa

chaise qu'elle garnissait de telle débordante façon, qu'ici encore elle

eût fait tomber à genoux le chroniqueur fasciné.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«Elle nous demanda si nous désirions connaître la cause du développement

anormal de ses fesses.

«Elle nous raconta, avec le bagout d'une véritable Parisienne,

entretenant sa verve par des coupes de champagne qu'elle vidait de temps

en temps, qu'elle était née, qu'elle avait passé son enfance, son

adolescence et une partie de sa jeunesse dans le servage.

«Elle avait souffert physiquement et moralement dans les diverses

conditions où elle avait passé son existence, fouettée à tout propos

chez le boyard, par la gouvernante, les maîtres et les enfants, chez la

modiste où on l'avait mise en apprentissage par la maîtresse et par les

clients qui venaient se plaindre; à l'Académie impériale de Danse, où la

chorégraphie s'enseigne le fouet en main. Et rien n'aide au

développement des fesses comme la flagellation continue. On ne lui avait

pas ménagé les corrections depuis son enfance...»

* * * * *

La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'enfance de Mariska

chez un riche boyard. Là, la malheureuse se voit dans l'obligation de

passer par toutes les fantaisies des maîtres, des enfants et des

invités.

Les verges et le knout tiennent une place honorable dans ce premier

volume, où il n'est guère question que de flagellations diverses,

infligées aux esclaves.

* * * * *

«La boïarine--c'est Mariska qui parle--décida qu'on me mettrait en

apprentissage chez une grande modiste de Moscou, Mme K... pour y

apprendre la confection des vêtements de femmes. Ma nouvelle maîtresse

avait tous droits sur moi. On lui avait recommandé de ne pas négliger

les coups, pour me faire entrer le métier par derrière. C'était le seul

moyen de m'encourager à bien faire.»

* * * * *

Et, dans cette seconde partie, des «Mémoires d'une danseuse russe», nous

voyons se dérouler des scènes d'atelier, parfois fort intéressantes et

non dépourvues d'une note documentaire. Mariska était non seulement

fouettée par sa maîtresse, mais elle recevait encore de nombreuses

fouaillées de clientes et clients mécontents.

Enfin, le troisième et dernier volume contient les tribulations de

Mariska à l'Académie impériale de Danse.

Nous regrettons que le texte vraiment trop épicé ne nous permette de

citer quelques passages.

=Utilité de la flagellation=, DANS LES PLAISIRS DE L'AMOUR ET DU

MARIAGE, traduit du latin de J.-H. MEIBOMIUS.

Avant de parler de cet ouvrage par lui-même, nous donnerons quelques

notes bibliographiques.

La première édition parut à Leyde (Lugdunum Batav.) en 1629. Elle ne

contient que le seul traité.

Viennent ensuite les éditions suivantes:

2º _Leyde_ (Lugd. Batav.), sans date, petit in-12º de 48 pages.

3º _Lubecæ, editio secunda_, 1639, petit in-12, 48 pages. Nombreuses

fautes.

4º _Lugd. Batav., ex off. Elz._, 1643, in-4º de 48 pages.

5º _Londres_, 1795, in-32, dont il a été fait à _Paris_, sous la date de

1757, une contrefaçon erronée.

6º _Londres_, 1770, in-32.

Ces cinq dernières éditions, de même que la première, ne renferment que

le traité de Meibomius.

En 1669, Thomas Bartholin en donna à _Hafnia_ (Copenhague) une édition

latine in-8º, augmentée: 1º de sa Lettre à Henri Meibomius fils; 2º de

la Réponse de celui-ci; 3º d'une petite dissertation académique

intitulée: _De renum officio in re venerea_, de Joachim OElhaf, médecin

à Dantzick; et 4º d'une «_dissertatiuncula_» d'Olaüs Worm, médecin à

Copenhague.

Cette édition ainsi augmentée fut rééditée à _Francfort_, 1669, in-8º;

puis en 1670, à _Francfort_ également, in-12º (ou petit in-8º) de 144

pages. Quoique mal imprimée, sur d'assez mauvais papier, cette édition

est recherchée, comme très complète.

Mercier donna une nouvelle édition latine d'après le texte des éditions

de Francfort; _Parisiis_, 1792, petit in-12.

La traduction française de Meibomius avec les additions de Thomas

Bartholin et la lettre de Meibomius _le jeune_, est attribuée à Claude

Mercier de Compiègne, l'éditeur. Elle parut sous les titres suivants:

1º _De l'utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans

la médecine, et dans les fonctions des lombes et des reins. Ouvrages

_curieux_, traduit du latin de Meibomius, orné de gravures en

taille-douce, et enrichi de notes historiques et critiques, auxquelles

on a joint le texte latin. Paris, chez Jac. Gironard, 1792._

Petit in-12 (in-18 Cazin) de 168 pages. Frontispice et figure par

Texier. Pas de faux titre. Certains exemplaires sans nom d'éditeur avec

la simple rubrique. _Paris_, 1792.

2º _De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les

plaisirs du mariage et des fonctions des lombes et des reins. Ouvrage

_singulier_, traduit du latin de J.-H. Meibomius, etc., enrichi de notes

historiques et critiques. Paris, C. Mercier, 1759._

Petit in-12, 156 pages. Un joli frontispice non signé.

3º _De la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs de l'amour;

ouvrage singulier, traduit du latin de J.-H. Meibomius; nouvelle

édition, revue, corrigée et augmentée du joli poème de l'_Amour

fouetté_, A Paris, chez Mercier, éditeur du Furet littéraire, rue

d'Angivilliers, nº 151, an VIII_ (1800).

In-12 (in-18 Cazin); 148 pages dont 4 de titre et faux titre, et 3 pages

d'annonces. Même frontispice que l'édition précédente. Sur le faux

titre, on lit: _Éloge de la Flagellation_. L'_Amour fouetté_ est de

Fuzelier. Cette édition fut corrigée par l'abbé Mercier de Saint-Léger.

4º _De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les

plaisirs du mariage, et des fonctions des lombes et des reins; ouvrage

singulier, traduit du latin de J.-H. Meibomius; enrichi de notes, d'une

introduction et d'un index. Londres_ (Besançon, Metoyer aîné), 1801.

In-8º de 100 pages, édition très soignée, conforme (comme texte) à

l'édition de l'an VIII.

Édition moderne (_la dernière parue_): _Utilité de la Flagellation dans

les plaisirs de l'Amour et du Mariage, traduit du latin de J.-H.

Meibomius. Nouvelle édition, augmentée de notes historiques, critiques

et bibliographiques, suivie de la Bastonnade et de la Flagellation

pénale, par J.-D. Languinais. A Amsterdam, Aug. Brancart.

Libraire-Éditeur_, 1891.

In-12º de 200 pages. Pap. vergé, bien imprimé.

«Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis

dans une orgie bachique.

«Vous vous convaincrez en le lisant, que l'usage de la flagellation

n'est pas aussi extraordinaire qu'il le paraît au premier coup d'oeil.

«... Je vous ai dit que les coups et la flagellation servaient

quelquefois à la guérison de plusieurs maladies. Je vais vous démontrer

que l'expérience a confirmé la bonté de ce remède, en m'appuyant sur

l'autorité des médecins qui l'ont enseigné et pratiqué.»

Ainsi commence Meibomius. Et, ce thème posé, il le développe tout au

long. C'est la partie qui traite de la Flagellation _dans la médecine_.

Puis suit _la flagellation en amour_.

A la suite de ce traité, nous lisons[42] une étude intitulée: DE LA

FLAGELLATION, PAR THOMAS BARTHOLIN (_Observations extraites de la lettre

de Thomas Bartholin à Henri Meibomius fils_), dissertation curieuse et

intéressante.

[42] Nous parlons de l'édition marquée _Amsterdam_, 1891, édition dont

nous nous occupons exclusivement.

Puis DE LA FLAGELLATION, PAR HENRI MEIBOMIUS FILS, sous forme d'un

extrait _de la réponse_ de H. Meibomius fils à Th. Bartholin.

Enfin l'ouvrage se termine par LA BASTONNADE ET LA FLAGELLATION PÉNALES,

étude en dix chapitres, dont la conclusion se termine, à propos des

dépravés qui tentent de restaurer l'antique usage de la bastonnade par

ces mots pleins de bons sens:

«Le moderne qui veut rétablir les anciens usages se prépare de grands

malheurs.»

=Mémoires de Miss Ophélia Cox.=--_Traduit pour la première fois de

l'anglais par les soins de la société des Bibliophiles Cosmopolites._

Londres, imprimerie de la Société cosmopolite, 1892.

Un volume in-16, 216 pages, imprimé sur papier vergé à 500 exemplaires.

L'éditeur s'exprime ainsi dans la préface:

«L'auteur du livre que nous présentons au public, prévient son lecteur

vers la fin de l'ouvrage, que son livre est vrai de tous points.

«Cette assertation est exacte. Nous connaissons miss Ophélia.

«Nous avons surtout été décidés à publier cet opuscule par la peinture

réelle et vibrante des scènes qui se passent, à Londres, dans

l'intérieur des maisons de rendez-vous.

«On trouve dans ces scènes un singulier mélange de respectabilité et de

sadisme qui est un des traits les plus curieux du caractère anglais.»

L'ensemble de l'ouvrage traite surtout des dessous d'une maison de

rendez-vous de Londres.

La verge y tient un grand rôle--le plus important.

Nous ne savons pas si les scènes qui y sont décrites se passent

réellement à Londres: elles dépassent en cruauté et en sadisme tout ce

que l'on peut imaginer de plus horrible.

Ouvrage bien imprimé, dans un style soigné. Les descriptions y sont

poussées jusqu'à l'extrême.

JEAN DE VILLIOT.--=Curiosités et Anecdotes sur la flagellation.=--Sur la

Flagellation et les Punitions corporelles; le Knout; la Flagellation en

Russie; après le Bal; la Cour Martiale de miss Fanny Hayward; la

Détention féminine en Sibérie; la Flagellation pénale; un Remède pour la

Kleptomanie dans la Société Anglaise; les Étrangleurs; les Larrons et le

Bâton; la Flagellation dans l'Art; le Marquis de Sade et Rose Keller;

Sarah Bernardt et son Fouet; la Flagellation dans les Cours royales;

psychologie du Fouet; les Punitions dans l'Armée anglaise; la

Flagellation en Orient.--Paris, librairie des Bibliophiles (Ch.

Carrington). Tirage privé à 500 exemplaires, 1900.

Un volume in-8º carré de 436-xx pages. Imprimé à 750 exemplaires sur

papier vergé de Hollande et 20 exemplaires sur papier du Japon.

_Extrait de l'introduction._--Les pages que l'on va lire ne sont pas

écrites évidemment... pour les petites filles, dont on coupe le pain en

tartines...

«Les petites filles! les petites filles! Mon Dieu! n'y a-t-il pas des

écrivains qui se dévouent par vocation ou par nécessité à composer des

historiettes sans dard et sans venin? Est-ce qu'il n'y a pas des auteurs

pour enfants et même des auteurs pour dames[43]?»

[43] Charles Asselineau.

Donc ces pages sont seulement pour le philosophe. Il y trouvera matière

à méditation, soit à propos de cet attrait qu'exerce sur un si grand

nombre d'hommes la peine du fouet infligée à leurs semblables, combien

il faut peu de chose pour démuseler le fauve qui sommeille au fond du

coeur de tous; soit qu'il cherche à démêler par quelle aberration des

sens cette même flagellation ranime la volupté aussi bien chez les

bourreaux blasés que chez les victimes impuissantes.

L'aberration, en effet, est à son comble quand le plaisir n'est excité

que par la vue de la douleur ou quand la douleur ressentie aboutit au

plaisir. Ce dernier sentiment même, bien que diamétralement opposé au

premier, témoigne lui aussi d'une perversion singulière. L'origine,

toutefois, en est plus mystérieuse. Deux classes distinctes d'hommes

recherchent en effet dans la douleur une excitation au plaisir: le

mystique et le débauché. Mais le plaisir que chacun d'eux recherche est,

en son essence, trop différent pour que la question ne soit pas par cela

même éminemment complexe.

... _La sainteté

Ainsi que dans la pourpre un délicat se vautre

Dans les clous et le crin cherchant la volupté_

et l'impuissant ou le blasé flagellant ses reins appauvris pour ranimer

une ardeur qui n'y fut jamais ou qui s'y éteignit par l'abus, demandent

au même instrument de supplice des sensations totalement différentes.

Tous deux relèvent peut-être de la psychopathie, mais chacun réclame une

étude spéciale.

Si le sadisme et le masochisme ont, sous ces plumes expertes, vu leurs

arcanes abominables savamment dévoilés, il reste un travail non moins

intéressant à tenter sur le goût de la souffrance chez les mystiques de

toute race et de tous credo. Ce travail constituerait un chapitre et non

l'un des moindres, d'un traité de l'_Érotologie mystique_, traité qui

reste à faire et qui devrait tenter la verve érudite d'un poète.

La flagellation considérée comme châtiment ou comme adjuvant de luxure,

donnée ou soufferte, est évidemment un sujet capable d'attirer et de

fixer l'attention.

Dans l'un et dans l'autre cas, elle doit sa vogue dont témoigne

l'histoire des moeurs chez tous les peuples, à l'humiliation profonde

endurée par le patient, humiliation d'où provient, quand elle joue le

rôle d'un aphrodisiaque, la volupté du masochiste humilié et savourant

sa souffrance.

Donnée sur les épaules ou sur le dos, elle ne peut exciter que cette

sensation et pourquoi la flagellation pénale est le plus souvent

appliquée de cette façon, sauf dans la famille où les parents s'ils

n'ont en but qu'une correction régulière et sans arrière-pensée,

l'appliquent sur les fesses de leur progéniture.

Elle l'est presque toujours de cette façon quand on l'applique ou qu'on

la reçoit comme aphrodisiaque externe, et c'est là incontestablement un

des rites les plus en faveur auprès des dévots de la Vénus Callipyge. La

vue des trésors impudiquement étalés ajoute au plaisir de ce noir

orgueil jouissant de la douleur du patient ou de la patiente, et comme

Vénus n'est pas la seule à posséder ces trésors, peut-être faut-il voir

dans ce fait l'explication de l'appétit malsain des fessées sur la chair

nue que bien des pédagogues ressentent maladivement.

Il n'est pas besoin d'insister sur l'humiliation que ressent le patient

sous les cuisants baisers des verges ou du fouet. Cette torture était

celle que les Romains infligeaient à leurs esclaves et, comme pour

abaisser jusqu'à ce degré,--le dernier pour eux--ils l'infligeaient

également aux Vestales qui, dans leur veille sacrée devant le feu de

Vesta l'avaient laissé s'éteindre. Cela ne le rallumait pas. Il n'en est

pas de même, paraît-il, de ce feu que des vestales à rebours savent

raviver dans les reins flagellés de ces vieux qui veulent redevenir

jeunes ou de ces jeunes qui sont déjà vieux.

UNDER THE SJAMBOK. A TALE OF THE TRANSVAAL, by George Hansby Russell.

London, John Murray, 1899, in-8º, 348 pages[44].

[44] Sous le _Sjambok_. Conte du Transvaal, par George Hansby Russell.

Londres, 1899. Prix 6 shellings (7 fr. 50).

D'abord qu'est le _Sjambok_? C'est un énorme fouet dont se servent les

Boers pour conduire leurs bestiaux. On le fabrique généralement avec la

peau du rhinocéros. S'il était destiné seulement aux animaux, tout

serait pour le mieux, mais plus d'un indigène du pays des Boers a senti

sur ses épaules la caresse cinglante du _Sjambok_.

A vrai dire, il y a de cela une ou deux générations.

Les effets de ce terrible instrument équivalent à ceux du

_Chat-à-neuf-queues_ employé dans les prisons anglaises, et beaucoup de

Cafres ont succombé sous les coups de ce fouet.

L'ouvrage dont je m'occupe actuellement n'a aucun caractère érotique ou

même léger. C'est, en réalité, une étude physiologique des moeurs des

Boers; mais, je le répète, je crois qu'il serait préférable de reporter

de semblables coutumes à quelques générations en arrière. L'auteur, très

chauvin--pour ne pas dire davantage--donne de telles descriptions qu'on

se croirait en plein état sauvage. Au fond, l'ouvrage n'offre que peu

d'intérêt. Je le mentionne seulement parce que le fouet y joue un rôle

prépondérant.

L'intrigue est simple:

Richard Hanson, un vieux camarade de George Leigh, le héros du livre,

recommande à celui-ci de s'occuper de sa fille qui se trouve au moment

de sa mort, dans le Sud Afrique.

Voilà George Leigh, parti à la recherche de miss Hanson. D'où récits

d'aventures plus ou moins fantastiques, certainement peu véridiques, si

peu même à mon avis, que je ne crois pas utile de donner des extraits de

ce roman.

=Scarlet and Steel.= SOME MODERN MILITARY EPISODES, by E. Livingston

Prescott. London, 1897, in-8º, 362 pages[45].

[45] Écarlate[46] et Acier. Épisodes de la vie militaire actuelle, par

E. L. Prescott.

[46] Allusion aux jaquettes rouges des soldats anglais.

Un hasard m'a appris que ce magistral ouvrage a été écrit par une femme.

A la fois bien documentées et d'un style clair et impressionnant, ces

pages laissent sur l'esprit un indéfinissable sentiment de tristesse.

C'est vraiment avec plaisir que j'ai lu ces pages émouvantes,

aujourd'hui où les oeuvres malsaines ou nulles s'entassent, où chaque

auteur semble apporter son tribut à l'inutilité.

Chaque page de ce passionnant roman--car n'en doutez pas, profanes, il

est des romans passionnants--chaque page est pleine d'action, de

mouvement, de vie. Point de mauvaise sentimentalité. L'auteur a

recherché avec soin ses documents avant de les placer dans son livre et,

chose curieuse dans ce genre d'ouvrages, rien n'a été négligé. Les

renseignements ont certainement été pris à bonne source.

En 1879, parut la loi anglaise sur les règlements et la discipline dans

l'armée. Cette loi barbare en plus d'un point, comprend LES PUNITIONS

CORPORELLES à infliger aux soldats dans les prisons militaires. Et ce

livre répond à un besoin. Il fallait lutter contre cette discipline

atroce qui fait appliquer le fouet à des hommes.

Ami John Bull, tant que tu traiteras tes soldats en enfants auxquels on

donne la fessée, tu seras déshonoré devant le monde civilisé[47].

[47] Dans l'_Étude sur la flagellation aux points de vue historique et

médical_, se trouvent de longs extraits de _Scarlet and Steel_. Les

personnes qui ne pourraient pas lire l'original dont il n'existe

malheureusement pas de traduction française, trouveront dans

l'_Étude sur la flagellation_, la traduction des principaux passages

sur le sujet qui nous occupe.

=The Story of the Australian Bushrangers=, by Geo. E. Boxall. London,

1899, in-8º, 392 pages[48].

[48] _Histoire des Batteurs de buissons australiens_, par G.-E.

Boxall. N'a pas été traduit en français.

Il semble presque impossible de se faire aujourd'hui la moindre idée de

l'importance des _Bushrangers_[49], au commencement du siècle. Il est

infiniment probable que l'Australie, las Tasmanie, voire la

Nouvelle-Zélande ont été peuplées au début par les forçats exportés

d'Angleterre, d'autant plus qu'à ce moment, il fallait vraiment peu de

chose pour transformer un honnête homme en forçat. Sous l'égide féroce

des rois Georges d'Angleterre, le moindre crime voyait son auteur finir

sur la potence et pour les délits insignifiants, on envoyait les

délinquants peupler les plaines de _Botany Bay_.

[49] Le mot _Bushranger_ est difficilement traduisible en français.

C'est l'équivalent de coureur ou batteur de buissons. Dans le cas

qui nous occupe, il s'agit des évadés des bagnes australiens qui,

postés sur la lisière des bois et des forêts, arrêtaient et

dévalisaient les voyageurs qui s'attardaient dans ces parages.

L'ouvrage en question s'occupe donc en grande partie des forçats évadés.

Dans les descriptions du bagne, l'auteur est arrivé au dernier degré de

la férocité dans l'application des peines corporelles. Et j'ai tout lieu

de croire que rien n'est exagéré.

Je vais maintenant m'efforcer de résumer quelques parties de ce livre.

Les punitions des forçats atteignaient le plus haut point de sauvagerie.

La moindre peccadille était punie de fort douce façon, à coups d'un

instrument appelé _Chat-de-voleurs_, et auprès duquel le

_Chat-à-neuf-queues_ n'est que jeu d'enfant.

L'auteur de l'ouvrage que je cite est d'avis que l'emploi de cet

instrument était plutôt nuisible, tant au physique qu'au moral.

Chose curieuse: les soldats gardiens des forçats étaient soumis à une

discipline plus sévère encore et l'on vit des malheureux commettant

délibérément les plus grosses fautes pour changer leur sort en celui de

forçats! Si ces derniers montraient une conduite empreinte à l'égard des

supérieurs d'obséquiosité et de bassesses, ils voyaient leur sort

s'adoucir considérablement; si, par malheur, les prisonniers essayaient

de montrer de l'indépendance--indépendance forcément relative--il n'y

avait pas de répit pour eux jusqu'à la mort qui avait souvent lieu sur

l'échafaud.

Je trouve, en continuant ma lecture, de curieuses anecdotes: c'est ainsi

qu'il habitait à Sydney--actuellement l'une des plus belles villes de

l'Australie--deux _flagellateurs_, véritables _artistes_ (?) en leur

genre. Ils _travaillaient_ toujours ensemble, l'un de la main droite,

l'autre de la gauche, et se disaient capables de fouetter cruellement un

homme sans lui soutirer la moindre goutte de sang. Le dos des malheureux

suppliciés avait l'aspect d'une véritable pomme soufflée, tout parsemé

qu'il était de boursouflures qui restaient sensibles et faisaient

endurer aux patients une douleur beaucoup plus longue que celle produite

par la coupure de la peau.

Ordinairement les bourreaux entamaient les chairs: il se trouvait à

Sydney tout autour du champ d'exécution situé dans Barrack Square, un

sol saturé de sang humain.

Une curieuse anecdote racontée par l'auteur: Un individu fouetté par les

deux _flagellateurs_ dont j'ai parlé quitta le lieu d'exécution, le

sourire aux lèvres, remettant sur ses épaules horriblement tuméfiées sa

flanelle de forçat d'un geste de défi, se vantant que les bourreaux

étaient incapables de lui arracher le moindre soupir.

Un autre prisonnier, flagellé avec la plus grande force sur les reins,

s'époumonnait en vain à crier: «Plus haut, plus haut.» Le bourreau

continuait froidement son oeuvre. Le malheureux, une fois débarrassé de

ses liens, saute sur l'exécuteur et le couche à terre d'un coup de

poing. Aussitôt saisi, il dut subir, dans le triste état où il se

trouvait, une punition équivalente à la première.

Parfois, un prisonnier reconnu innocent était nonobstant fouetté: Un

malheureux forçat fut condamné à recevoir 50 coups du _chat_. Au moment

de l'exécution de la sentence une circonstance imprévue prouve sa

parfaite innocence.

--Qu'importe, dit le juge de Launceston, chargé de faire exécuter la

punition; qu'il soit puni d'abord et je lui ferai grâce une autre fois.

Les prisonniers étaient astreints à saluer en se découvrant tous les

_officiels_ de la colonie. A ce sujet, l'auteur raconte le cas de ces

forçats qui, en janvier 1839, exécutant une construction à Woolloomollô

Bay, sur la propriété de Sir Maurice O'Connell, blessèrent grièvement

leur contremaître en lâchant, pour saluer leur maître, une énorme pierre

qu'ils transportaient.

Le capitaine O'Connell décréta de ce fait que les ouvriers employés chez

lui ne seraient plus astreints à saluer pendant le travail. Ce qui

n'empêche qu'un beau jour le Préfet de police de Sydney fasse fustiger

un nommé Joseph Todd qui, chargé d'un lourd fardeau, était dans

l'impossibilité absolue de saluer ledit chef de police (le colonel

Wilson[50]).

[50] Voici comment l'auteur raconte cette anecdote:

«... Le colonel Wilson passait là, accompagné de sa fille. Les

forçats continuèrent leur tâche, ne prêtant nulle attention au

Préfet de police, quand celui-ci s'écria d'une voix furieuse: «Otez

vos chapeaux!» Quelques-uns s'exécutèrent, mais l'un d'eux, nommé

Joseph Todd, chargé d'un lourd fardeau, ne broncha pas sous l'ordre.

«Otez votre chapeau, canaille!» reprit le colonel. «Je suis autorisé

à ne pas le faire,» répondit Todd. Le Préfet se répandit en

grossières injures. Enfin, n'y tenant plus: «Qu'on l'arrête,»

cria-t-il, et aussitôt accoururent un sergent et quelques hommes.

Todd opposait une vive résistance. Il n'en fut pas moins saisi et

fustigé cruellement. Le jugement portait que Todd avait commis une

grave infraction en refusant de se livrer aux soldats qui venaient

l'arrêter, refus qui n'était acceptable que pour un homme libre!»

Joseph Todd, qui reçut pour ce fait 50 coups du _chat_ était arrêté la

semaine suivante pour une incartade légère et condamné de nouveau à

recevoir 30 coups du _chat-à-neuf-queues_.

L'ouvrage est composé surtout d'anecdotes dans ce genre et, vu la

modicité de son prix (7 fr. 50) nous le recommandons au lecteur.

CURIOUS EPISODES OF PRIVATE HISTORY.--=The Court Martial on Miss Fanny

Hayward= BY AN EX-INFANTRY-CAPTAIN[51]. Paris, Librairie des

Bibliophiles, 1899; 1 volume in-8º carré. 70 pages. Imprimé sur papier

de Hollande.

[51] Épisodes Curieuses de l'Histoire Privée.--La Cour martiale pour

Miss Fanny Hayward, par un ex-Capitaine d'Infanterie. Paris, 1899.

Voici un très curieux conte: Une courtisane, miss Fanny Hayward, accusée

d'avoir volé une montre dans la chambre d'un officier, est traduite par

les amis de ce dernier devant une cour martiale improvisée et condammée

à recevoir un certain nombre de coups de fouets. On lui donne le choix

entre cette punition honteuse et une dénonciation à la police. L'accusée

choisit la fustigation et la scène s'accomplit à la grande joie des

officiers et des petites dames invitées à la fête (?)

Telle est toute l'intrigue. Ce conte a été traduit en français et se

trouve tout au long dans l'ouvrage _Curiosités et Anecdotes sur la

flagellation_, dont j'ai parlé précédemment.

L'auteur de cette histoire affirme qu'elle est vraie en tous points et

que seuls les noms de lieux et de personnes ont été changés, pour les

besoins d'une publication.

_Curious Sidelights of social History._ HOW WOMEN ARE FLOGGED IN RUSSIAN

PRISONS. Narrative of a Visit to a Convent Prison in Siberia by AN

ENGLISH DOCTOR. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1899. Un volume

in-8º, 48 pages[52].

[52] Curieux aperçus de l'Histoire sociale: Comment les femmes sont

fouettées dans les prisons russes. Narration d'une visite faite dans

une prison de femmes en Sibérie, par un docteur anglais. 1 plaquette

in-8º carré, 48 pages.

C'est la copie d'une lettre écrite par un jeune docteur anglais,

voyageant en Sibérie, à un ami intime habitant Londres. Cette lettre est

datée: Tomsk, Western Siberia, 24th July 1880.

Cette lettre est authentique. Si le docteur n'a pas été témoin des

scènes qu'il décrit, il est certain qu'il a puisé ses renseignements à

bonne source.

L'éditeur de ce volume a écrit une très intéressante préface.

Cette lettre traduite en français se trouve également tout au long dans

l'ouvrage: «_Curiosités et anecdotes sur la flagellation._»

DÉFILÉ DE FESSES NUES.--RECUEIL DE LETTRES ÉROTIQUES, PAR E. D. AUTEUR

DE MES ÉTAPES AMOUREUSES. _Paris. Chez la petite Lollote. Galeries du

Palais-Royal_, 1891. Petit in-16, VI-210 pages.

Ce volume vient de m'être communiqué par un bibliophile de mes amis. Le

titre indique ce qu'est le livre: un recueil de lettres _érotiques_.

Pour cela, oui. Quant à la petite Lollote, c'est vainement que j'ai

cherché son adresse au Palais-Royal.

Au dos du faux titre de ce livre, se trouve une liste d'ouvrages faits

par le même auteur (E. D.), savoir: _Le marbre animé_, _Mes Amours avec

Victoire_, _La Comtesse de Lesbos ou la Nouvelle Gamiani_, _Lèvres de

Velours_, _L'Odyssée d'un Pantalon_, _Les Callipyges, ou les délices de

la Verge_, _Jupes Troussées_, _Étapes Amoureuses_, _Défilé de Fesses

nues_, _Odor di Femina_, _Exploits d'un Galant précoce_.

Voilà une belle liste, aux titres suggestifs, et si l'on songe au peu

d'années que M. E. D. a mis à faire tous ces volumes, je frémis à l'idée

de ce qu'il m'aurait fallu analyser de livres, si M. E. D. ne s'était

pas arrêté.

Cet ouvrage me paraît, sinon traduit de l'Anglais, du moins écrit par un

étranger. J'ai d'ailleurs remarqué que les ouvrages signés E. D.

présentent des différences de styles assez considérables. Dans tous les

cas, le style en est pauvre: la note cherchée et poussée à l'excès est

uniquement celle de l'obscénité.

Il m'est impossible de donner ici des extraits in extenso. Les adoucir

serait leur enlever le seul mérite qu'ils ont.

Voici cependant l'_Avant-Propos_:

Ce recueil contient un choix de lettres sur des sujets très piquants,

prises dans la collection d'un bibliophile anglais, qui a bien voulu

me les communiquer. J'ai traduit les unes, copié le texte des autres,

en déguisant les noms des lieux et des personnages.

Je crois cette publication destinée à un grand succès. Rien de plus

émoustillant que ces récits alertes, qui chatouillent le lecteur et la

lectrice par la verve salace qui les distingue des ouvrages parus dans

ce genre jusqu'à ce jour, sans en excepter les piquants souvenirs de

M. Martinett, que je viens de savourer. Puis la variété des récits

écrites par des plumes différentes, ajoute un grand charme à l'intérêt

déjà considérable de cet ouvrage sans rival. C'est un chef-d'oeuvre

qui complète la collection des érotiques. Je suis d'autant plus à

l'aise pour en parler ainsi, sans qu'on puisse me taxer de

forfanterie, que je ne suis ici que le fidèle traducteur, ou le

modeste copiste.

A vous, charmantes lectrices, je dédie ce nouveau chatouilleur, bien

digne d'éclipser tous ces aînés: car quoi de plus séduisant en ce

monde, que le défilé sous nos yeux émerveillés de ces ravissants

objets, désignés par le titre un peu gros de cet ouvrage, gracieux

ornement, suspendu dans l'espace, que vous balancez dans un

déhanchement voluptueux, riche, somptueux, opulent, l'orgueil d'un

sexe adorable, le plus lorgné de ses appas, devant lequel le genre

humain, hommes et femmes, tombe à genoux, pour lui adresser ses

fervents hommages.

Après un tel panégyrique de cet ornement suspendu dans l'espace (?!)

tirons le rideau.

RANDIANA, OR EXCITABLE TALES, contient des détails poussés jusque dans

leurs plus infimes parties. L'auteur ne cherche pas à déguiser sa

pensée. J'ignore absolument quel peut être cet auteur, mais c'est

certainement un homme du monde, et du meilleur.

L'ouvrage se compose de vingt-quatre chapitres, écrits avec beaucoup de

verve, dans un très pur anglais. Ce n'est certainement pas une

traduction, les scènes se passant d'ailleurs en grande partie à Londres.

Il y a cinq chapitres sur les vingt-quatre, que je dois signaler

spécialement, attendu qu'ils se rapportent à notre sujet.

Dans le chapitre V, on trouve un abrégé de l'histoire de la flagellation

et dans le chapitre VI, on entre dans le vif de la question, avec

l'histoire de deux ecclésiastiques qui ont persuadé à une jeune femme de

laisser expérimenter sur son corps les bienfaits de la flagellation.

Ce volume, publié vers 1880 à Londres (?) est devenu presque

introuvable. Il a été réimprimé en 1897 à Paris, en une charmante

édition tirée, sur papier de Hollande, à 200 exemplaires numérotés à la

presse. Le titre de cette édition porte: _Social Studies of the

Century._ RANDIANA, OR EXCITABLE TALES. Paris, _Société de Bibliophiles_

for the Delectation of the Amorous and the instruction of the amateur in

the Year of the excitement of the sexes, MDCCCXCVIII.

Pisanus Fraxi, l'éminent bibliographe fait, sur ce volume, les remarques

suivantes:

Chacun des vingt-quatre chapitres de cet intéressant ouvrage, contient

une petite affaire d'amour, brièvement et habilement racontée, et dont

l'auteur est le héros.

Aucune de ces aventures ne dépasse le domaine des choses possibles:

elles peuvent même fort bien--exagération mise à part--arriver à tout

homme du monde possédant, en sus de l'amabilité, une bourse bien

garnie. Néanmoins, l'auteur me permettra d'être sceptique quand il

affirme:

«Je suis homme à ne pas farder la vérité, mais aussi à ne raconter que

ce qui est, et si extraordinaire que puissent paraître quelques-uns de

mes racontars à ceux qui n'ont jamais passé par de semblables

habitudes, elles n'en sont pas moins exactes. La lecture de cet exposé

fera, je crois, grandir le zèle avec lequel il sera lu.»

J'hésite vraiment à porter croyance--ajoute Pisanus Fraxi--aux effets

magiques du baume Pinero, ni à l'emploi sans danger d'un semblable

aphrodisiaque dans de semblables scènes d'orgie et de flagellation

pratiquées par le père Pierre de Sainte-Marthe des Anges, de South

Kensington, ni à l'aventure audacieuse avec la vertueuse Mme Leveson.

L'improbabilité même de ces scènes peut être sans doute considérée par

quelques-uns des lecteurs comme une marque d'originalité et le volume

sera certainement salué comme joyeuse arrivée par tous les philosophes

de la même école que l'auteur.

THÉODORE DE BANVILLE.--CONTES HÉROÏQUES. Paris, 1884.

Je ne classe pas cet ouvrage parmi ceux écrits exclusivement sur la

flagellation. Théodore de Banville n'était pas coutumier de tels livres.

N'empêche que le premier des contes, _La Borgnesse_, se terminait par un

sujet de flagellation qui vient apporter là sa note sombre.

Christmant, amant d'une femme de monde quelconque, est surpris par le

mari. Mais la maîtresse a le temps de s'échapper et serait bientôt hors

d'atteinte si le modèle du peintre, Léo, n'avait, d'un signe

imperceptible, indiqué au mari outragé la porte par laquelle avait

disparu la fugitive.

«Cependant ce clin d'oeil de trahison jeté par Léo, Christmant l'avait

vu, lui aussi, et surpris au vol. Alors il saisit un fouet accroché à

la muraille entre deux bébés japonais, et de toutes ses forces en

cingla le visage du modèle. L'oeil blessé horriblement sortit de son

orbite, et les joues et la bouche déchirés ne furent plus qu'une

plaie. Et furieuse, hurlant, toute sanglante, de longs filets de sang

coulant sur sa gorge nue, tordant ses bras, la grande Léo eut encore

un air de défi, et de son oeil unique regardant Léopold Christmant

avec l'expression d'une haine farouche:

--«Tant pis! je vous aimais! dit-elle.»

Dans le même ouvrage, un autre des contes _La Bonne_ nous donne une

scène différente. Il serait téméraire de ma part d'essayer d'analyser

Banville. Je cite donc:

«En voyant la colère qui brillait dans les yeux de la grande femme,

les visiteurs voulurent s'interposer mais les écartant d'un geste

terrible, elle saisit Audren, et l'ayant mis sur son bras, comme

lorsqu'il était enfant, le déculotta et lui donna le fouet. Le vicomte

de Larmor hurlait de douleur; mais toujours Annan Goën le frappait de

toutes ses forces, et acharnée à le châtier, elle ensanglantait sa

main vengeresse dans la chair déchirée et meurtrie de ce mauvais

gentilhomme.»

RARE TRACTS ON FLAGELLATION.--Voici sept opuscules qu'il serait de

coupable négligence d'omettre dans cette bibliographie.

Un érudit nommé Henry Thomas Buckle, né en Angleterre de parents

fortunés, et mort à l'âge de trente-trois ans a laissé un certain nom

dans la littérature anglaise. C'est l'auteur de l'_Histoire de la

civilisation en Angleterre_ (3 volumes) oeuvre monumentale, restée

inachevée par la mort de l'auteur, ouvrage renommé pour la clarté du

style et la profonde philosophie qui s'en dégage. Parmi les sujets qui

attirèrent l'attention de ce chercheur, vient s'ajouter celui qui se

rapporte aux punitions corporelles. Du moins, on le dit, et je vois là

l'explication de la réunion de son nom. Voici en effet le titre général

des sept opuscules:

=Rare Tracts=: REPRINTED FROM THE ORIGINAL EDITIONS COLLECTED BY THE

LATE HENRY THOMAS BUCKLE, author of «_A History of Civilization in

England_» autrement dit: Traités rares sur la flagellation, réimprimés

sur les éditions originales, réunis par feu Henry Thomas Buckle auteur

de l'«Histoire de la civilisation en Angleterre».

On prétend que Thomas Buckle avait prêté ces opuscules en 1872, à un

éditeur de Londres, nommé J. C. Hotten, qui les a publiés dans sa

Bibliothèque dite du _Progrès social_, d'après les éditions originales

collectionnées par Thomas Buckle. L'éditeur de l'édition originale, en

1777 était G. Peacock, et il est probable que Buckle se serait servi de

ces opuscules pour un chapitre curieux et intéressant de son ouvrage sur

la civilisation.

Les sept volumes de la réimpression sont très rares et valent de 250 à

300 francs. Ils sont formés en partie de révélations sur certaines dames

du _grand monde_ anglais, dames qui s'adonnaient beaucoup au sport tout

particulier de la flagellation. Les noms sont peu déguisés.

Entre autres documents, on trouve un opéra-comique représenté sur une

scène privée ainsi que des conférences _fashionables_ qui, paraît-il,

ont été faites avec accompagnement d'expériences pratiques! Ces volumes

éclairent d'un jour nouveau les pratiques en usage au siècle dernier en

Angleterre.

Voici les titres complets des sept volumes:

En Virginie, épisode de la guerre de sécession Précédé d'une étude sur l'esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d'une bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation · 第 67 / 88 题