La tribunal a ordonné, en outre, la destruction des objets saisis.
Pauvres eaux-fortes galantes!
De l'_Intransigeant_, 8 juillet 1899, sous le titre: =La flagellation en
correctionnelle=:
Fichtre! on ne s'est pas ennuyé, hier, à la neuvième chambre
correctionnelle!
M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé:
«l'_Histoire de la flagellation aux points de vue médical, historique
et religieux_.
Or, ledit ouvrage est illustré de nombreuses planches, lesquelles on
le devine ne manquent pas d'un certain... intérêt.
Tant et si bien que la pudeur anglaise s'est émue, mais émue au point
que la «National Vigilance Association» a fait un appel désespéré à la
pudeur française, en la personne de son père et vigilant gardien, M.
Bérenger; et c'est ainsi que M. Carrington se trouve assis en police
correctionnelle en compagnie de ses bouquins.
Voilà-t-il pas Me Meurgé qui, dans sa malice, s'avise de vouloir
prouver que, chaque jour, le parquet laisse en vente de pires
horreurs! Et alors non, je ne peux pas vous dire tout ce qui défila
devant les yeux du tribunal!
Ah! sapristi, c'est un joyeux métier que celui de juges!...
Mais, enfin, les fautes des uns n'innocentent pas les autres, et M.
Carrington n'en a pas moins attrapé 200 cents francs d'amende.
Allez donc faire de l'art, après ça!...
Du _Rappel_, 8 juillet 1899, sous le titre: =une Morale d'exportation=.
C'est de nos voisins qu'il s'agit.
Nous avons la bonne fortune de posséder une Société qui nous sauve,
paraît-il, de la pluie de feu qui détruisait les villes maudites. _Ils
en ont une en Angleterre!_ et terrible! auprès de laquelle notre
«Bérengère» paraît toute de mansuétude et de tolérance. De très hauts
personnages composent le comité de cette _National Vigilance
Association_ dont Sa Grâce le duc de Westminster est le président.
Nationale, dit le titre. C'est Internationale qu'il faut lire.
Notre ami Blondeau vous a conté hier le procès fait à un éditeur de
Paris, M. Carrington, sur la plainte de cette Société.
L'éditeur a été condamné; il s'agissait d'une publication en langue
française. Il est étrange que le parquet ait cru devoir poursuivre sur
la plainte d'une association étrangère.
La Vigilance Association a donc des attributions plus étendues que la
nôtre, tellement étendues que son action s'exerce surtout, vous vous
en doutez un peu, contre les productions littéraires du continent:
_Sapho_ de Daudet; les nouvelles de Maupassant; les romans de Zola;
_la Vie de Bohême_ de Murger, etc., ont encouru ses foudres et la
justice anglaise a poursuivi et condamné les traducteurs et les
éditeurs de ces ouvrages.
Faut-il ajouter à cette liste Boccace et Rabelais et la Reine de
Navarre? Ceux-là aussi furent proscrits.
Ne rions pas! La Vigilance Association a fait des victimes. Un éditeur
estimé de l'autre côté du détroit, M. Vizetelly, dont le catalogue
semblait le livre d'or de nos gloires tant il avait pris à coeur de
répandre les noms des meilleurs écrivains français, cet éditeur,
dis-je, un vieillard de soixante-dix-huit ans poursuivi à la requête
des _Vigilants_ pour avoir traduit et publié l'_Assommoir_ d'Émile
Zola, fut condamné à dix-huit mois de hard-labour. Il mourut en
prison.
Mais, direz-vous, ces poursuites témoignent d'un état morbide de la
pensée: toutefois, comme elles sont dirigées contre les traductions en
langue anglaise et des éditions faites en Angleterre, nous perdons
tout droit de protester, du moins dans une certaine mesure. Cela est
évident, mais puisque les pères la pudeur de Londres viennent chez
nous, cela devient plus grave.
Qu'a donc publié d'horrible M. Carrington? Une _Étude sur la
Flagellation au point de vue historique et médical_, livre tiré sur
grand papier, à petit nombre, pour des souscripteurs, et accompagné de
gravures représentant des scènes historiques de flagellation. Dans ces
gravures, sans qu'il soit possible d'y découvrir la moindre pensée
obscène, les personnages fouettés sont représentés vêtus, n'ayant de
découvert que la partie du corps flagellée.
Le délicieux Willette, dans un numéro récent du _Courrier Français_ ne
représentait-il pas plus crûment encore et sans que personne pût
songer à s'en offenser une scène de ce genre: une horrible scène de
flagellation d'une jeune fille... en pays de langue anglaise?
Dans sa spirituelle plaidoirie, Me Meurgé, a fait bonne justice des
allégations du parquet. Il a d'ailleurs découvert le véritable mobile
non des poursuites engagées mais de la plainte: M. Carrington, sujet
anglais, a publié dernièrement _les Dessous de la Pudibonderie
anglaise_. Tout s'explique! L'accès de pudicité est une petite
vengeance.
Malheureusement pour la Vigilance Association, il ne s'agissait pas
dans l'espèce d'une officine pornographique, mais d'une librairie
d'art et de sciences, de l'éditeur des traductions anglaises du
_Cabinet secret de l'Histoire_ du docteur Cabanès (également
poursuivies) d'un ouvrage de Tarnowsky, professeur de l'Académie
impériale de Russie, l'un des plus célèbres psychologues de notre
temps et d'autres livres luxueux et précieux.
Je m'empresse d'ajouter que de courageux et nobles esprits n'ont, en
Angleterre même, jamais cessé de lutter contre les agissements de
cette pudibonde Société, et j'ai sous les yeux l'admirable plaidoyer
que rédigea pour Vizetelly, Robert Buchanan, l'un des maîtres de la
littérature anglaise.
Et pour qu'on sache bien à quels esprits nous avons affaire, citons ce
dernier trait. Il montrera leur discernement, leur science et leur
goût et leur aptitude à mettre sur le même plan quelques ordures
indiscutablement ordures et d'admirables oeuvres.
Richard Burton, le célèbre voyageur anglais et le merveilleux
traducteur des _Mille et une Nuits_, le premier Européen qui, après
Burckhardt, put pénétrer jusqu'à la Mecque, avait recueilli au cours
de ses voyages incessants à travers toute l'Asie, un nombre
considérable de manuscrits précieux, uniques. Ces manuscrits orientaux
formaient une collection que les savants auxquels il fut donné de les
parcourir déclaraient inestimable. Ils étaient destinés à jeter un
nouveau jour sur une foule de questions littéraires, scientifiques et
historiques et des experts consultés les avaient estimés, pour leur
seule valeur artistique, à la somme de vingt-cinq mille francs! Ce
dernier détail, peu important en soi, a cependant quelque intérêt.
Or,--je n'invente pas, je cite--dans son IIe rapport (1896) la
National Vigilance Association annonçait à ses membres qu'elle avait
reçu des mains de la veuve de Richard Burton cette collection
précieuse _et qu'elle l'avait détruite_.
Ami John Bull! Vous qui lisez si bien la Bible, consultez un peu
l'évangile et, si la paille française vous ennuie, songez à la poutre
britannique.
La place nous manque pour donner les extraits de tous les journaux qui
se sont occupés de cette affaire.
Nous citerons encore:
Le _Temps_, le _Journal_, le _Journal du Peuple_, la _Presse_, le _XIXe
siècle_, la _Petite République_ et nombre de journaux anglais: _Daily
Telegraph_, _Daily Chronicle_, _Daily Messenger_, _Reynolds Newspaper_,
etc. etc., etc.
=Mémoires d'une danseuse russe=, par E. D., auteur de _Défilé de fesses
nues_. Paris, sous les galeries du Palais-Royal, 1892, 3 _volumes
in-18º_ (Une édition possède des gravures).
L'ouvrage est divisé en trois parties:
1º Mon enfance chez un boyard;
2º Chez la modiste à Moscou;
3º A l'académie impériale de Danse.
Voici quelques extraits de l'avant-propos:
«Je liai connaissance à Paris, pendant l'Exposition de 78, avec une
danseuse russe, qui faisait partie d'un corps de ballet en
représentation dans un théâtre du Trocadéro. Mariska--c'est le nom que
nous donnerons à la danseuse qui l'a pris pour signer ses
mémoires--avait trente-huit ans sonnés, et n'en paraissait pas plus de
trente, malgré les nombreuses tribulations par lesquelles elle était
passée dans le cours de son existence.
«L'ampleur de ses formes postérieures m'intriguait, au dernier point,
par le développement qui bombait d'une façon exagérée les jupes
repoussées. J'avais, chaque fois que je la rencontrais, une question sur
le bout de la langue, mais je n'étais pas encore assez familier avec la
ballerine, pour m'informer de la cause d'une pareille envergure, que
j'attribuais aux exercices physiques, auxquels devaient se livrer dès
leur enfance les élèves de Terpsichore.
«Je tournais autour de la belle Slave, lorgnant d'un oeil d'envie le
superbe ballonnement, tenté de palper l'étoffe comme par hasard, mais
j'osais à peine l'effleurer, craignant des rebuffades, bien que Mariska
parût m'encourager de l'oeil.
«Un soir, j'eus l'occasion de tâter l'étoffe soyeuse, qui couvrait la
somptueuse mappemonde. Nous allions souper au cabaret, deux de mes amis
et moi, avec la danseuse, en cabinet particulier. Je montai derrière
elle les degrés qui conduisaient au salon du premier; j'en profitai pour
prendre dans mes mains la mesure de la circonférence, qui me parut d'un
volume remarquable, sans qu'elle s'en montrât le moins du monde
offusquée.
«Pendant le souper, arrosé de Champagne frappé, nous la plaisantions sur
ce que nous appelions sa difformité. Elle avait un sourire goguenard,
comme si elle méditait quelque farce épicée, dont on la disait
coutumière dans les soupers où on l'invitait.
«Quand la table fut desservie, elle avait une pointe d'ivresse. Elle
avait vidé coup sur coup quatre ou cinq coupes de Champagne, comme pour
se donner du coeur. Elle sauta sur la table, s'agenouilla, nous tournant
le dos, et sans crier gare! elle se troussa lestement, s'exhibant des
genoux à la ceinture.
«Nous crûmes à ce geste qu'elle avait gardé son maillot. Nous fûmes bien
vite détrompés le plus agréablement du monde. Elle était nue des genoux
aux hanches...
«... Nous étions un peu surpris du sans-gêne et du sans-façon avec
lequel la danseuse nous exhibait ainsi toutes ses nudités dans la plus
riche indécence.
«--Eh bien, criait-elle, mon postérieur est-il difforme, mes seigneurs?
«Ah! non, il n'était pas difforme. Certain aimable chroniqueur qui les
aime amples, larges, opulents, serait tombé en extase devant cette
merveille de croupe rebondie.
«Les jupes étaient retombées, la danseuse avait repris sa place sur sa
chaise qu'elle garnissait de telle débordante façon, qu'ici encore elle
eût fait tomber à genoux le chroniqueur fasciné.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«Elle nous demanda si nous désirions connaître la cause du développement
anormal de ses fesses.
«Elle nous raconta, avec le bagout d'une véritable Parisienne,
entretenant sa verve par des coupes de champagne qu'elle vidait de temps
en temps, qu'elle était née, qu'elle avait passé son enfance, son
adolescence et une partie de sa jeunesse dans le servage.
«Elle avait souffert physiquement et moralement dans les diverses
conditions où elle avait passé son existence, fouettée à tout propos
chez le boyard, par la gouvernante, les maîtres et les enfants, chez la
modiste où on l'avait mise en apprentissage par la maîtresse et par les
clients qui venaient se plaindre; à l'Académie impériale de Danse, où la
chorégraphie s'enseigne le fouet en main. Et rien n'aide au
développement des fesses comme la flagellation continue. On ne lui avait
pas ménagé les corrections depuis son enfance...»
* * * * *
La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'enfance de Mariska
chez un riche boyard. Là, la malheureuse se voit dans l'obligation de
passer par toutes les fantaisies des maîtres, des enfants et des
invités.
Les verges et le knout tiennent une place honorable dans ce premier
volume, où il n'est guère question que de flagellations diverses,
infligées aux esclaves.
* * * * *
«La boïarine--c'est Mariska qui parle--décida qu'on me mettrait en
apprentissage chez une grande modiste de Moscou, Mme K... pour y
apprendre la confection des vêtements de femmes. Ma nouvelle maîtresse
avait tous droits sur moi. On lui avait recommandé de ne pas négliger
les coups, pour me faire entrer le métier par derrière. C'était le seul
moyen de m'encourager à bien faire.»
* * * * *
Et, dans cette seconde partie, des «Mémoires d'une danseuse russe», nous
voyons se dérouler des scènes d'atelier, parfois fort intéressantes et
non dépourvues d'une note documentaire. Mariska était non seulement
fouettée par sa maîtresse, mais elle recevait encore de nombreuses
fouaillées de clientes et clients mécontents.
Enfin, le troisième et dernier volume contient les tribulations de
Mariska à l'Académie impériale de Danse.
Nous regrettons que le texte vraiment trop épicé ne nous permette de
citer quelques passages.
=Utilité de la flagellation=, DANS LES PLAISIRS DE L'AMOUR ET DU
MARIAGE, traduit du latin de J.-H. MEIBOMIUS.
Avant de parler de cet ouvrage par lui-même, nous donnerons quelques
notes bibliographiques.
La première édition parut à Leyde (Lugdunum Batav.) en 1629. Elle ne
contient que le seul traité.
Viennent ensuite les éditions suivantes:
2º _Leyde_ (Lugd. Batav.), sans date, petit in-12º de 48 pages.
3º _Lubecæ, editio secunda_, 1639, petit in-12, 48 pages. Nombreuses
fautes.
4º _Lugd. Batav., ex off. Elz._, 1643, in-4º de 48 pages.
5º _Londres_, 1795, in-32, dont il a été fait à _Paris_, sous la date de
1757, une contrefaçon erronée.
6º _Londres_, 1770, in-32.
Ces cinq dernières éditions, de même que la première, ne renferment que
le traité de Meibomius.
En 1669, Thomas Bartholin en donna à _Hafnia_ (Copenhague) une édition
latine in-8º, augmentée: 1º de sa Lettre à Henri Meibomius fils; 2º de
la Réponse de celui-ci; 3º d'une petite dissertation académique
intitulée: _De renum officio in re venerea_, de Joachim OElhaf, médecin
à Dantzick; et 4º d'une «_dissertatiuncula_» d'Olaüs Worm, médecin à
Copenhague.
Cette édition ainsi augmentée fut rééditée à _Francfort_, 1669, in-8º;
puis en 1670, à _Francfort_ également, in-12º (ou petit in-8º) de 144
pages. Quoique mal imprimée, sur d'assez mauvais papier, cette édition
est recherchée, comme très complète.
Mercier donna une nouvelle édition latine d'après le texte des éditions
de Francfort; _Parisiis_, 1792, petit in-12.
La traduction française de Meibomius avec les additions de Thomas
Bartholin et la lettre de Meibomius _le jeune_, est attribuée à Claude
Mercier de Compiègne, l'éditeur. Elle parut sous les titres suivants:
1º _De l'utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans
la médecine, et dans les fonctions des lombes et des reins. Ouvrages
_curieux_, traduit du latin de Meibomius, orné de gravures en
taille-douce, et enrichi de notes historiques et critiques, auxquelles
on a joint le texte latin. Paris, chez Jac. Gironard, 1792._
Petit in-12 (in-18 Cazin) de 168 pages. Frontispice et figure par
Texier. Pas de faux titre. Certains exemplaires sans nom d'éditeur avec
la simple rubrique. _Paris_, 1792.
2º _De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les
plaisirs du mariage et des fonctions des lombes et des reins. Ouvrage
_singulier_, traduit du latin de J.-H. Meibomius, etc., enrichi de notes
historiques et critiques. Paris, C. Mercier, 1759._
Petit in-12, 156 pages. Un joli frontispice non signé.
3º _De la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs de l'amour;
ouvrage singulier, traduit du latin de J.-H. Meibomius; nouvelle
édition, revue, corrigée et augmentée du joli poème de l'_Amour
fouetté_, A Paris, chez Mercier, éditeur du Furet littéraire, rue
d'Angivilliers, nº 151, an VIII_ (1800).
In-12 (in-18 Cazin); 148 pages dont 4 de titre et faux titre, et 3 pages
d'annonces. Même frontispice que l'édition précédente. Sur le faux
titre, on lit: _Éloge de la Flagellation_. L'_Amour fouetté_ est de
Fuzelier. Cette édition fut corrigée par l'abbé Mercier de Saint-Léger.
4º _De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les
plaisirs du mariage, et des fonctions des lombes et des reins; ouvrage
singulier, traduit du latin de J.-H. Meibomius; enrichi de notes, d'une
introduction et d'un index. Londres_ (Besançon, Metoyer aîné), 1801.
In-8º de 100 pages, édition très soignée, conforme (comme texte) à
l'édition de l'an VIII.
Édition moderne (_la dernière parue_): _Utilité de la Flagellation dans
les plaisirs de l'Amour et du Mariage, traduit du latin de J.-H.
Meibomius. Nouvelle édition, augmentée de notes historiques, critiques
et bibliographiques, suivie de la Bastonnade et de la Flagellation
pénale, par J.-D. Languinais. A Amsterdam, Aug. Brancart.
Libraire-Éditeur_, 1891.
In-12º de 200 pages. Pap. vergé, bien imprimé.
«Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis
dans une orgie bachique.
«Vous vous convaincrez en le lisant, que l'usage de la flagellation
n'est pas aussi extraordinaire qu'il le paraît au premier coup d'oeil.
«... Je vous ai dit que les coups et la flagellation servaient
quelquefois à la guérison de plusieurs maladies. Je vais vous démontrer
que l'expérience a confirmé la bonté de ce remède, en m'appuyant sur
l'autorité des médecins qui l'ont enseigné et pratiqué.»
Ainsi commence Meibomius. Et, ce thème posé, il le développe tout au
long. C'est la partie qui traite de la Flagellation _dans la médecine_.
Puis suit _la flagellation en amour_.
A la suite de ce traité, nous lisons[42] une étude intitulée: DE LA
FLAGELLATION, PAR THOMAS BARTHOLIN (_Observations extraites de la lettre
de Thomas Bartholin à Henri Meibomius fils_), dissertation curieuse et
intéressante.
[42] Nous parlons de l'édition marquée _Amsterdam_, 1891, édition dont
nous nous occupons exclusivement.
Puis DE LA FLAGELLATION, PAR HENRI MEIBOMIUS FILS, sous forme d'un
extrait _de la réponse_ de H. Meibomius fils à Th. Bartholin.
Enfin l'ouvrage se termine par LA BASTONNADE ET LA FLAGELLATION PÉNALES,
étude en dix chapitres, dont la conclusion se termine, à propos des
dépravés qui tentent de restaurer l'antique usage de la bastonnade par
ces mots pleins de bons sens:
«Le moderne qui veut rétablir les anciens usages se prépare de grands
malheurs.»
=Mémoires de Miss Ophélia Cox.=--_Traduit pour la première fois de
l'anglais par les soins de la société des Bibliophiles Cosmopolites._
Londres, imprimerie de la Société cosmopolite, 1892.
Un volume in-16, 216 pages, imprimé sur papier vergé à 500 exemplaires.
L'éditeur s'exprime ainsi dans la préface:
«L'auteur du livre que nous présentons au public, prévient son lecteur
vers la fin de l'ouvrage, que son livre est vrai de tous points.
«Cette assertation est exacte. Nous connaissons miss Ophélia.
«Nous avons surtout été décidés à publier cet opuscule par la peinture
réelle et vibrante des scènes qui se passent, à Londres, dans
l'intérieur des maisons de rendez-vous.
«On trouve dans ces scènes un singulier mélange de respectabilité et de
sadisme qui est un des traits les plus curieux du caractère anglais.»
L'ensemble de l'ouvrage traite surtout des dessous d'une maison de
rendez-vous de Londres.
La verge y tient un grand rôle--le plus important.
Nous ne savons pas si les scènes qui y sont décrites se passent
réellement à Londres: elles dépassent en cruauté et en sadisme tout ce
que l'on peut imaginer de plus horrible.
Ouvrage bien imprimé, dans un style soigné. Les descriptions y sont
poussées jusqu'à l'extrême.
JEAN DE VILLIOT.--=Curiosités et Anecdotes sur la flagellation.=--Sur la
Flagellation et les Punitions corporelles; le Knout; la Flagellation en
Russie; après le Bal; la Cour Martiale de miss Fanny Hayward; la
Détention féminine en Sibérie; la Flagellation pénale; un Remède pour la
Kleptomanie dans la Société Anglaise; les Étrangleurs; les Larrons et le
Bâton; la Flagellation dans l'Art; le Marquis de Sade et Rose Keller;
Sarah Bernardt et son Fouet; la Flagellation dans les Cours royales;
psychologie du Fouet; les Punitions dans l'Armée anglaise; la
Flagellation en Orient.--Paris, librairie des Bibliophiles (Ch.
Carrington). Tirage privé à 500 exemplaires, 1900.
Un volume in-8º carré de 436-xx pages. Imprimé à 750 exemplaires sur
papier vergé de Hollande et 20 exemplaires sur papier du Japon.
_Extrait de l'introduction._--Les pages que l'on va lire ne sont pas
écrites évidemment... pour les petites filles, dont on coupe le pain en
tartines...
«Les petites filles! les petites filles! Mon Dieu! n'y a-t-il pas des
écrivains qui se dévouent par vocation ou par nécessité à composer des
historiettes sans dard et sans venin? Est-ce qu'il n'y a pas des auteurs
pour enfants et même des auteurs pour dames[43]?»
[43] Charles Asselineau.
Donc ces pages sont seulement pour le philosophe. Il y trouvera matière
à méditation, soit à propos de cet attrait qu'exerce sur un si grand
nombre d'hommes la peine du fouet infligée à leurs semblables, combien
il faut peu de chose pour démuseler le fauve qui sommeille au fond du
coeur de tous; soit qu'il cherche à démêler par quelle aberration des
sens cette même flagellation ranime la volupté aussi bien chez les
bourreaux blasés que chez les victimes impuissantes.
L'aberration, en effet, est à son comble quand le plaisir n'est excité
que par la vue de la douleur ou quand la douleur ressentie aboutit au
plaisir. Ce dernier sentiment même, bien que diamétralement opposé au
premier, témoigne lui aussi d'une perversion singulière. L'origine,
toutefois, en est plus mystérieuse. Deux classes distinctes d'hommes
recherchent en effet dans la douleur une excitation au plaisir: le
mystique et le débauché. Mais le plaisir que chacun d'eux recherche est,
en son essence, trop différent pour que la question ne soit pas par cela
même éminemment complexe.
... _La sainteté
Ainsi que dans la pourpre un délicat se vautre
Dans les clous et le crin cherchant la volupté_
et l'impuissant ou le blasé flagellant ses reins appauvris pour ranimer
une ardeur qui n'y fut jamais ou qui s'y éteignit par l'abus, demandent
au même instrument de supplice des sensations totalement différentes.
Tous deux relèvent peut-être de la psychopathie, mais chacun réclame une
étude spéciale.
Si le sadisme et le masochisme ont, sous ces plumes expertes, vu leurs
arcanes abominables savamment dévoilés, il reste un travail non moins
intéressant à tenter sur le goût de la souffrance chez les mystiques de
toute race et de tous credo. Ce travail constituerait un chapitre et non
l'un des moindres, d'un traité de l'_Érotologie mystique_, traité qui
reste à faire et qui devrait tenter la verve érudite d'un poète.
La flagellation considérée comme châtiment ou comme adjuvant de luxure,
donnée ou soufferte, est évidemment un sujet capable d'attirer et de
fixer l'attention.
Dans l'un et dans l'autre cas, elle doit sa vogue dont témoigne
l'histoire des moeurs chez tous les peuples, à l'humiliation profonde
endurée par le patient, humiliation d'où provient, quand elle joue le
rôle d'un aphrodisiaque, la volupté du masochiste humilié et savourant
sa souffrance.
Donnée sur les épaules ou sur le dos, elle ne peut exciter que cette
sensation et pourquoi la flagellation pénale est le plus souvent
appliquée de cette façon, sauf dans la famille où les parents s'ils
n'ont en but qu'une correction régulière et sans arrière-pensée,
l'appliquent sur les fesses de leur progéniture.
Elle l'est presque toujours de cette façon quand on l'applique ou qu'on
la reçoit comme aphrodisiaque externe, et c'est là incontestablement un
des rites les plus en faveur auprès des dévots de la Vénus Callipyge. La
vue des trésors impudiquement étalés ajoute au plaisir de ce noir
orgueil jouissant de la douleur du patient ou de la patiente, et comme
Vénus n'est pas la seule à posséder ces trésors, peut-être faut-il voir
dans ce fait l'explication de l'appétit malsain des fessées sur la chair
nue que bien des pédagogues ressentent maladivement.
Il n'est pas besoin d'insister sur l'humiliation que ressent le patient
sous les cuisants baisers des verges ou du fouet. Cette torture était
celle que les Romains infligeaient à leurs esclaves et, comme pour
abaisser jusqu'à ce degré,--le dernier pour eux--ils l'infligeaient
également aux Vestales qui, dans leur veille sacrée devant le feu de
Vesta l'avaient laissé s'éteindre. Cela ne le rallumait pas. Il n'en est
pas de même, paraît-il, de ce feu que des vestales à rebours savent
raviver dans les reins flagellés de ces vieux qui veulent redevenir
jeunes ou de ces jeunes qui sont déjà vieux.
UNDER THE SJAMBOK. A TALE OF THE TRANSVAAL, by George Hansby Russell.
London, John Murray, 1899, in-8º, 348 pages[44].
[44] Sous le _Sjambok_. Conte du Transvaal, par George Hansby Russell.
Londres, 1899. Prix 6 shellings (7 fr. 50).
D'abord qu'est le _Sjambok_? C'est un énorme fouet dont se servent les
Boers pour conduire leurs bestiaux. On le fabrique généralement avec la
peau du rhinocéros. S'il était destiné seulement aux animaux, tout
serait pour le mieux, mais plus d'un indigène du pays des Boers a senti
sur ses épaules la caresse cinglante du _Sjambok_.
A vrai dire, il y a de cela une ou deux générations.
Les effets de ce terrible instrument équivalent à ceux du
_Chat-à-neuf-queues_ employé dans les prisons anglaises, et beaucoup de
Cafres ont succombé sous les coups de ce fouet.
L'ouvrage dont je m'occupe actuellement n'a aucun caractère érotique ou
même léger. C'est, en réalité, une étude physiologique des moeurs des
Boers; mais, je le répète, je crois qu'il serait préférable de reporter
de semblables coutumes à quelques générations en arrière. L'auteur, très
chauvin--pour ne pas dire davantage--donne de telles descriptions qu'on
se croirait en plein état sauvage. Au fond, l'ouvrage n'offre que peu
d'intérêt. Je le mentionne seulement parce que le fouet y joue un rôle
prépondérant.
L'intrigue est simple:
Richard Hanson, un vieux camarade de George Leigh, le héros du livre,
recommande à celui-ci de s'occuper de sa fille qui se trouve au moment
de sa mort, dans le Sud Afrique.
Voilà George Leigh, parti à la recherche de miss Hanson. D'où récits
d'aventures plus ou moins fantastiques, certainement peu véridiques, si
peu même à mon avis, que je ne crois pas utile de donner des extraits de
ce roman.
=Scarlet and Steel.= SOME MODERN MILITARY EPISODES, by E. Livingston
Prescott. London, 1897, in-8º, 362 pages[45].
[45] Écarlate[46] et Acier. Épisodes de la vie militaire actuelle, par
E. L. Prescott.
[46] Allusion aux jaquettes rouges des soldats anglais.
Un hasard m'a appris que ce magistral ouvrage a été écrit par une femme.
A la fois bien documentées et d'un style clair et impressionnant, ces
pages laissent sur l'esprit un indéfinissable sentiment de tristesse.
C'est vraiment avec plaisir que j'ai lu ces pages émouvantes,
aujourd'hui où les oeuvres malsaines ou nulles s'entassent, où chaque
auteur semble apporter son tribut à l'inutilité.
Chaque page de ce passionnant roman--car n'en doutez pas, profanes, il
est des romans passionnants--chaque page est pleine d'action, de
mouvement, de vie. Point de mauvaise sentimentalité. L'auteur a
recherché avec soin ses documents avant de les placer dans son livre et,
chose curieuse dans ce genre d'ouvrages, rien n'a été négligé. Les
renseignements ont certainement été pris à bonne source.
En 1879, parut la loi anglaise sur les règlements et la discipline dans
l'armée. Cette loi barbare en plus d'un point, comprend LES PUNITIONS
CORPORELLES à infliger aux soldats dans les prisons militaires. Et ce
livre répond à un besoin. Il fallait lutter contre cette discipline
atroce qui fait appliquer le fouet à des hommes.
Ami John Bull, tant que tu traiteras tes soldats en enfants auxquels on
donne la fessée, tu seras déshonoré devant le monde civilisé[47].
[47] Dans l'_Étude sur la flagellation aux points de vue historique et
médical_, se trouvent de longs extraits de _Scarlet and Steel_. Les
personnes qui ne pourraient pas lire l'original dont il n'existe
malheureusement pas de traduction française, trouveront dans
l'_Étude sur la flagellation_, la traduction des principaux passages
sur le sujet qui nous occupe.
=The Story of the Australian Bushrangers=, by Geo. E. Boxall. London,
1899, in-8º, 392 pages[48].
[48] _Histoire des Batteurs de buissons australiens_, par G.-E.
Boxall. N'a pas été traduit en français.
Il semble presque impossible de se faire aujourd'hui la moindre idée de
l'importance des _Bushrangers_[49], au commencement du siècle. Il est
infiniment probable que l'Australie, las Tasmanie, voire la
Nouvelle-Zélande ont été peuplées au début par les forçats exportés
d'Angleterre, d'autant plus qu'à ce moment, il fallait vraiment peu de
chose pour transformer un honnête homme en forçat. Sous l'égide féroce
des rois Georges d'Angleterre, le moindre crime voyait son auteur finir
sur la potence et pour les délits insignifiants, on envoyait les
délinquants peupler les plaines de _Botany Bay_.
[49] Le mot _Bushranger_ est difficilement traduisible en français.
C'est l'équivalent de coureur ou batteur de buissons. Dans le cas
qui nous occupe, il s'agit des évadés des bagnes australiens qui,
postés sur la lisière des bois et des forêts, arrêtaient et
dévalisaient les voyageurs qui s'attardaient dans ces parages.
L'ouvrage en question s'occupe donc en grande partie des forçats évadés.
Dans les descriptions du bagne, l'auteur est arrivé au dernier degré de
la férocité dans l'application des peines corporelles. Et j'ai tout lieu
de croire que rien n'est exagéré.
Je vais maintenant m'efforcer de résumer quelques parties de ce livre.
Les punitions des forçats atteignaient le plus haut point de sauvagerie.
La moindre peccadille était punie de fort douce façon, à coups d'un
instrument appelé _Chat-de-voleurs_, et auprès duquel le
_Chat-à-neuf-queues_ n'est que jeu d'enfant.
L'auteur de l'ouvrage que je cite est d'avis que l'emploi de cet
instrument était plutôt nuisible, tant au physique qu'au moral.
Chose curieuse: les soldats gardiens des forçats étaient soumis à une
discipline plus sévère encore et l'on vit des malheureux commettant
délibérément les plus grosses fautes pour changer leur sort en celui de
forçats! Si ces derniers montraient une conduite empreinte à l'égard des
supérieurs d'obséquiosité et de bassesses, ils voyaient leur sort
s'adoucir considérablement; si, par malheur, les prisonniers essayaient
de montrer de l'indépendance--indépendance forcément relative--il n'y
avait pas de répit pour eux jusqu'à la mort qui avait souvent lieu sur
l'échafaud.
Je trouve, en continuant ma lecture, de curieuses anecdotes: c'est ainsi
qu'il habitait à Sydney--actuellement l'une des plus belles villes de
l'Australie--deux _flagellateurs_, véritables _artistes_ (?) en leur
genre. Ils _travaillaient_ toujours ensemble, l'un de la main droite,
l'autre de la gauche, et se disaient capables de fouetter cruellement un
homme sans lui soutirer la moindre goutte de sang. Le dos des malheureux
suppliciés avait l'aspect d'une véritable pomme soufflée, tout parsemé
qu'il était de boursouflures qui restaient sensibles et faisaient
endurer aux patients une douleur beaucoup plus longue que celle produite
par la coupure de la peau.
Ordinairement les bourreaux entamaient les chairs: il se trouvait à
Sydney tout autour du champ d'exécution situé dans Barrack Square, un
sol saturé de sang humain.
Une curieuse anecdote racontée par l'auteur: Un individu fouetté par les
deux _flagellateurs_ dont j'ai parlé quitta le lieu d'exécution, le
sourire aux lèvres, remettant sur ses épaules horriblement tuméfiées sa
flanelle de forçat d'un geste de défi, se vantant que les bourreaux
étaient incapables de lui arracher le moindre soupir.
Un autre prisonnier, flagellé avec la plus grande force sur les reins,
s'époumonnait en vain à crier: «Plus haut, plus haut.» Le bourreau
continuait froidement son oeuvre. Le malheureux, une fois débarrassé de
ses liens, saute sur l'exécuteur et le couche à terre d'un coup de
poing. Aussitôt saisi, il dut subir, dans le triste état où il se
trouvait, une punition équivalente à la première.
Parfois, un prisonnier reconnu innocent était nonobstant fouetté: Un
malheureux forçat fut condamné à recevoir 50 coups du _chat_. Au moment
de l'exécution de la sentence une circonstance imprévue prouve sa
parfaite innocence.
--Qu'importe, dit le juge de Launceston, chargé de faire exécuter la
punition; qu'il soit puni d'abord et je lui ferai grâce une autre fois.
Les prisonniers étaient astreints à saluer en se découvrant tous les
_officiels_ de la colonie. A ce sujet, l'auteur raconte le cas de ces
forçats qui, en janvier 1839, exécutant une construction à Woolloomollô
Bay, sur la propriété de Sir Maurice O'Connell, blessèrent grièvement
leur contremaître en lâchant, pour saluer leur maître, une énorme pierre
qu'ils transportaient.
Le capitaine O'Connell décréta de ce fait que les ouvriers employés chez
lui ne seraient plus astreints à saluer pendant le travail. Ce qui
n'empêche qu'un beau jour le Préfet de police de Sydney fasse fustiger
un nommé Joseph Todd qui, chargé d'un lourd fardeau, était dans
l'impossibilité absolue de saluer ledit chef de police (le colonel
Wilson[50]).
[50] Voici comment l'auteur raconte cette anecdote:
«... Le colonel Wilson passait là, accompagné de sa fille. Les
forçats continuèrent leur tâche, ne prêtant nulle attention au
Préfet de police, quand celui-ci s'écria d'une voix furieuse: «Otez
vos chapeaux!» Quelques-uns s'exécutèrent, mais l'un d'eux, nommé
Joseph Todd, chargé d'un lourd fardeau, ne broncha pas sous l'ordre.
«Otez votre chapeau, canaille!» reprit le colonel. «Je suis autorisé
à ne pas le faire,» répondit Todd. Le Préfet se répandit en
grossières injures. Enfin, n'y tenant plus: «Qu'on l'arrête,»
cria-t-il, et aussitôt accoururent un sergent et quelques hommes.
Todd opposait une vive résistance. Il n'en fut pas moins saisi et
fustigé cruellement. Le jugement portait que Todd avait commis une
grave infraction en refusant de se livrer aux soldats qui venaient
l'arrêter, refus qui n'était acceptable que pour un homme libre!»
Joseph Todd, qui reçut pour ce fait 50 coups du _chat_ était arrêté la
semaine suivante pour une incartade légère et condamné de nouveau à
recevoir 30 coups du _chat-à-neuf-queues_.
L'ouvrage est composé surtout d'anecdotes dans ce genre et, vu la
modicité de son prix (7 fr. 50) nous le recommandons au lecteur.
CURIOUS EPISODES OF PRIVATE HISTORY.--=The Court Martial on Miss Fanny
Hayward= BY AN EX-INFANTRY-CAPTAIN[51]. Paris, Librairie des
Bibliophiles, 1899; 1 volume in-8º carré. 70 pages. Imprimé sur papier
de Hollande.
[51] Épisodes Curieuses de l'Histoire Privée.--La Cour martiale pour
Miss Fanny Hayward, par un ex-Capitaine d'Infanterie. Paris, 1899.
Voici un très curieux conte: Une courtisane, miss Fanny Hayward, accusée
d'avoir volé une montre dans la chambre d'un officier, est traduite par
les amis de ce dernier devant une cour martiale improvisée et condammée
à recevoir un certain nombre de coups de fouets. On lui donne le choix
entre cette punition honteuse et une dénonciation à la police. L'accusée
choisit la fustigation et la scène s'accomplit à la grande joie des
officiers et des petites dames invitées à la fête (?)
Telle est toute l'intrigue. Ce conte a été traduit en français et se
trouve tout au long dans l'ouvrage _Curiosités et Anecdotes sur la
flagellation_, dont j'ai parlé précédemment.
L'auteur de cette histoire affirme qu'elle est vraie en tous points et
que seuls les noms de lieux et de personnes ont été changés, pour les
besoins d'une publication.
_Curious Sidelights of social History._ HOW WOMEN ARE FLOGGED IN RUSSIAN
PRISONS. Narrative of a Visit to a Convent Prison in Siberia by AN
ENGLISH DOCTOR. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1899. Un volume
in-8º, 48 pages[52].
[52] Curieux aperçus de l'Histoire sociale: Comment les femmes sont
fouettées dans les prisons russes. Narration d'une visite faite dans
une prison de femmes en Sibérie, par un docteur anglais. 1 plaquette
in-8º carré, 48 pages.
C'est la copie d'une lettre écrite par un jeune docteur anglais,
voyageant en Sibérie, à un ami intime habitant Londres. Cette lettre est
datée: Tomsk, Western Siberia, 24th July 1880.
Cette lettre est authentique. Si le docteur n'a pas été témoin des
scènes qu'il décrit, il est certain qu'il a puisé ses renseignements à
bonne source.
L'éditeur de ce volume a écrit une très intéressante préface.
Cette lettre traduite en français se trouve également tout au long dans
l'ouvrage: «_Curiosités et anecdotes sur la flagellation._»
DÉFILÉ DE FESSES NUES.--RECUEIL DE LETTRES ÉROTIQUES, PAR E. D. AUTEUR
DE MES ÉTAPES AMOUREUSES. _Paris. Chez la petite Lollote. Galeries du
Palais-Royal_, 1891. Petit in-16, VI-210 pages.
Ce volume vient de m'être communiqué par un bibliophile de mes amis. Le
titre indique ce qu'est le livre: un recueil de lettres _érotiques_.
Pour cela, oui. Quant à la petite Lollote, c'est vainement que j'ai
cherché son adresse au Palais-Royal.
Au dos du faux titre de ce livre, se trouve une liste d'ouvrages faits
par le même auteur (E. D.), savoir: _Le marbre animé_, _Mes Amours avec
Victoire_, _La Comtesse de Lesbos ou la Nouvelle Gamiani_, _Lèvres de
Velours_, _L'Odyssée d'un Pantalon_, _Les Callipyges, ou les délices de
la Verge_, _Jupes Troussées_, _Étapes Amoureuses_, _Défilé de Fesses
nues_, _Odor di Femina_, _Exploits d'un Galant précoce_.
Voilà une belle liste, aux titres suggestifs, et si l'on songe au peu
d'années que M. E. D. a mis à faire tous ces volumes, je frémis à l'idée
de ce qu'il m'aurait fallu analyser de livres, si M. E. D. ne s'était
pas arrêté.
Cet ouvrage me paraît, sinon traduit de l'Anglais, du moins écrit par un
étranger. J'ai d'ailleurs remarqué que les ouvrages signés E. D.
présentent des différences de styles assez considérables. Dans tous les
cas, le style en est pauvre: la note cherchée et poussée à l'excès est
uniquement celle de l'obscénité.
Il m'est impossible de donner ici des extraits in extenso. Les adoucir
serait leur enlever le seul mérite qu'ils ont.
Voici cependant l'_Avant-Propos_:
Ce recueil contient un choix de lettres sur des sujets très piquants,
prises dans la collection d'un bibliophile anglais, qui a bien voulu
me les communiquer. J'ai traduit les unes, copié le texte des autres,
en déguisant les noms des lieux et des personnages.
Je crois cette publication destinée à un grand succès. Rien de plus
émoustillant que ces récits alertes, qui chatouillent le lecteur et la
lectrice par la verve salace qui les distingue des ouvrages parus dans
ce genre jusqu'à ce jour, sans en excepter les piquants souvenirs de
M. Martinett, que je viens de savourer. Puis la variété des récits
écrites par des plumes différentes, ajoute un grand charme à l'intérêt
déjà considérable de cet ouvrage sans rival. C'est un chef-d'oeuvre
qui complète la collection des érotiques. Je suis d'autant plus à
l'aise pour en parler ainsi, sans qu'on puisse me taxer de
forfanterie, que je ne suis ici que le fidèle traducteur, ou le
modeste copiste.
A vous, charmantes lectrices, je dédie ce nouveau chatouilleur, bien
digne d'éclipser tous ces aînés: car quoi de plus séduisant en ce
monde, que le défilé sous nos yeux émerveillés de ces ravissants
objets, désignés par le titre un peu gros de cet ouvrage, gracieux
ornement, suspendu dans l'espace, que vous balancez dans un
déhanchement voluptueux, riche, somptueux, opulent, l'orgueil d'un
sexe adorable, le plus lorgné de ses appas, devant lequel le genre
humain, hommes et femmes, tombe à genoux, pour lui adresser ses
fervents hommages.
Après un tel panégyrique de cet ornement suspendu dans l'espace (?!)
tirons le rideau.
RANDIANA, OR EXCITABLE TALES, contient des détails poussés jusque dans
leurs plus infimes parties. L'auteur ne cherche pas à déguiser sa
pensée. J'ignore absolument quel peut être cet auteur, mais c'est
certainement un homme du monde, et du meilleur.
L'ouvrage se compose de vingt-quatre chapitres, écrits avec beaucoup de
verve, dans un très pur anglais. Ce n'est certainement pas une
traduction, les scènes se passant d'ailleurs en grande partie à Londres.
Il y a cinq chapitres sur les vingt-quatre, que je dois signaler
spécialement, attendu qu'ils se rapportent à notre sujet.
Dans le chapitre V, on trouve un abrégé de l'histoire de la flagellation
et dans le chapitre VI, on entre dans le vif de la question, avec
l'histoire de deux ecclésiastiques qui ont persuadé à une jeune femme de
laisser expérimenter sur son corps les bienfaits de la flagellation.
Ce volume, publié vers 1880 à Londres (?) est devenu presque
introuvable. Il a été réimprimé en 1897 à Paris, en une charmante
édition tirée, sur papier de Hollande, à 200 exemplaires numérotés à la
presse. Le titre de cette édition porte: _Social Studies of the
Century._ RANDIANA, OR EXCITABLE TALES. Paris, _Société de Bibliophiles_
for the Delectation of the Amorous and the instruction of the amateur in
the Year of the excitement of the sexes, MDCCCXCVIII.
Pisanus Fraxi, l'éminent bibliographe fait, sur ce volume, les remarques
suivantes:
Chacun des vingt-quatre chapitres de cet intéressant ouvrage, contient
une petite affaire d'amour, brièvement et habilement racontée, et dont
l'auteur est le héros.
Aucune de ces aventures ne dépasse le domaine des choses possibles:
elles peuvent même fort bien--exagération mise à part--arriver à tout
homme du monde possédant, en sus de l'amabilité, une bourse bien
garnie. Néanmoins, l'auteur me permettra d'être sceptique quand il
affirme:
«Je suis homme à ne pas farder la vérité, mais aussi à ne raconter que
ce qui est, et si extraordinaire que puissent paraître quelques-uns de
mes racontars à ceux qui n'ont jamais passé par de semblables
habitudes, elles n'en sont pas moins exactes. La lecture de cet exposé
fera, je crois, grandir le zèle avec lequel il sera lu.»
J'hésite vraiment à porter croyance--ajoute Pisanus Fraxi--aux effets
magiques du baume Pinero, ni à l'emploi sans danger d'un semblable
aphrodisiaque dans de semblables scènes d'orgie et de flagellation
pratiquées par le père Pierre de Sainte-Marthe des Anges, de South
Kensington, ni à l'aventure audacieuse avec la vertueuse Mme Leveson.
L'improbabilité même de ces scènes peut être sans doute considérée par
quelques-uns des lecteurs comme une marque d'originalité et le volume
sera certainement salué comme joyeuse arrivée par tous les philosophes
de la même école que l'auteur.
THÉODORE DE BANVILLE.--CONTES HÉROÏQUES. Paris, 1884.
Je ne classe pas cet ouvrage parmi ceux écrits exclusivement sur la
flagellation. Théodore de Banville n'était pas coutumier de tels livres.
N'empêche que le premier des contes, _La Borgnesse_, se terminait par un
sujet de flagellation qui vient apporter là sa note sombre.
Christmant, amant d'une femme de monde quelconque, est surpris par le
mari. Mais la maîtresse a le temps de s'échapper et serait bientôt hors
d'atteinte si le modèle du peintre, Léo, n'avait, d'un signe
imperceptible, indiqué au mari outragé la porte par laquelle avait
disparu la fugitive.
«Cependant ce clin d'oeil de trahison jeté par Léo, Christmant l'avait
vu, lui aussi, et surpris au vol. Alors il saisit un fouet accroché à
la muraille entre deux bébés japonais, et de toutes ses forces en
cingla le visage du modèle. L'oeil blessé horriblement sortit de son
orbite, et les joues et la bouche déchirés ne furent plus qu'une
plaie. Et furieuse, hurlant, toute sanglante, de longs filets de sang
coulant sur sa gorge nue, tordant ses bras, la grande Léo eut encore
un air de défi, et de son oeil unique regardant Léopold Christmant
avec l'expression d'une haine farouche:
--«Tant pis! je vous aimais! dit-elle.»
Dans le même ouvrage, un autre des contes _La Bonne_ nous donne une
scène différente. Il serait téméraire de ma part d'essayer d'analyser
Banville. Je cite donc:
«En voyant la colère qui brillait dans les yeux de la grande femme,
les visiteurs voulurent s'interposer mais les écartant d'un geste
terrible, elle saisit Audren, et l'ayant mis sur son bras, comme
lorsqu'il était enfant, le déculotta et lui donna le fouet. Le vicomte
de Larmor hurlait de douleur; mais toujours Annan Goën le frappait de
toutes ses forces, et acharnée à le châtier, elle ensanglantait sa
main vengeresse dans la chair déchirée et meurtrie de ce mauvais
gentilhomme.»
RARE TRACTS ON FLAGELLATION.--Voici sept opuscules qu'il serait de
coupable négligence d'omettre dans cette bibliographie.
Un érudit nommé Henry Thomas Buckle, né en Angleterre de parents
fortunés, et mort à l'âge de trente-trois ans a laissé un certain nom
dans la littérature anglaise. C'est l'auteur de l'_Histoire de la
civilisation en Angleterre_ (3 volumes) oeuvre monumentale, restée
inachevée par la mort de l'auteur, ouvrage renommé pour la clarté du
style et la profonde philosophie qui s'en dégage. Parmi les sujets qui
attirèrent l'attention de ce chercheur, vient s'ajouter celui qui se
rapporte aux punitions corporelles. Du moins, on le dit, et je vois là
l'explication de la réunion de son nom. Voici en effet le titre général
des sept opuscules:
=Rare Tracts=: REPRINTED FROM THE ORIGINAL EDITIONS COLLECTED BY THE
LATE HENRY THOMAS BUCKLE, author of «_A History of Civilization in
England_» autrement dit: Traités rares sur la flagellation, réimprimés
sur les éditions originales, réunis par feu Henry Thomas Buckle auteur
de l'«Histoire de la civilisation en Angleterre».
On prétend que Thomas Buckle avait prêté ces opuscules en 1872, à un
éditeur de Londres, nommé J. C. Hotten, qui les a publiés dans sa
Bibliothèque dite du _Progrès social_, d'après les éditions originales
collectionnées par Thomas Buckle. L'éditeur de l'édition originale, en
1777 était G. Peacock, et il est probable que Buckle se serait servi de
ces opuscules pour un chapitre curieux et intéressant de son ouvrage sur
la civilisation.
Les sept volumes de la réimpression sont très rares et valent de 250 à
300 francs. Ils sont formés en partie de révélations sur certaines dames
du _grand monde_ anglais, dames qui s'adonnaient beaucoup au sport tout
particulier de la flagellation. Les noms sont peu déguisés.
Entre autres documents, on trouve un opéra-comique représenté sur une
scène privée ainsi que des conférences _fashionables_ qui, paraît-il,
ont été faites avec accompagnement d'expériences pratiques! Ces volumes
éclairent d'un jour nouveau les pratiques en usage au siècle dernier en
Angleterre.
Voici les titres complets des sept volumes: