Paris, 23 août 1863.
Mon cher Panizzi,
Je suis allé hier à Saint-Cloud, où j'ai trouvé tout le monde en très
bonne santé; je ne parle pas des militaires grands et petits qui sont au
camp. On vous remercie beaucoup des photographies, qui ont paru faire
grand plaisir.
_On_ allait vous écrire; mais, comme c'est une opération qui coûte
beaucoup à cette petite main, on me charge de la lui épargner. On
m'ordonne donc de vous demander quand vous venez. On part le 31 de ce
mois. Voulez-vous partir avec elle? _Monsieur_ ne revient à Paris que le
27. Il en partira le 4 septembre. De toute façon, on compte sur votre
présence, vous laissant absolument maître de décider le jour. Seulement
ne tardez pas à répondre. Je suis à votre disposition tout à fait. Je
fais une seule, non _objection_, mais _observation_. Si nous partons le
31, il n'est pas clair que nous puissions nous en aller avant la fin du
mois. Décidez.
Point de guerre cette année. Cela est évident. On est bien catholique.
Le fils cependant me donne des espérances. Son précepteur lui a conté un
vieux roman dont le dénouement a eu lieu sous Tibère, et lui a demandé
si les juifs n'étaient pas d'abominables gredins d'avoir fait ce tour à
Notre-Seigneur. Le petit a dit: «Mais pourquoi s'est-il laissé faire
puisqu'il était tout-puissant?». Je ne sais pas ce que le précepteur a
dit. Tâchez de trouver une bonne réponse.
Adieu, à bientôt. Répondez-moi et décidez pour vous sans arrière-pensée,
ni considérations de cérémonie. Vous avez des affaires et vous pouvez et
devez les faire passer avant tout.