Paris, 21 août 1863.
Mon cher Panizzi,
Je suis arrivé hier soir à bon port dans mon domicile, non sans avoir
offert un petit sacrifice à Neptune, moins à cause de sa fureur que par
la présence de cent cinquante vieilles femmes qui remplissaient des
cuvettes à l'envi.
Je n'ai pu aller aujourd'hui à Saint-Cloud. J'irai demain, je pense, et
je vous écrirai au commencement de la semaine prochaine.
Il paraît décidé que nous aurons une session en novembre, non pas
seulement pour la vérification des pouvoirs, mais pour faire des lois.
Le peu de gens que j'ai vus ne croient pas à la guerre, et on m'assure
que l'enthousiasme polonais se refroidit tous les jours.
L'archiduc Maximilien a écrit à l'empereur une lettre de huit pages pour
lui faire ses remerciements. Il accepte et on dit que ce n'est ni la
reconnaissance ni l'éloquence qui manquent à cette épître. On assure que
nos affaires au Mexique vont bien. On a chargé un colonel Dupin de
poursuivre les guérillas mexicaines-juaristes avec des spahis d'Afrique
et des contre-guerillas mexicaines. Il a débuté comme il faut commencer
avec cette canaille, par pendre et fusiller tout ce qu'il attrapait. Les
gens du pays out trouvé cela très bon et nous servent d'espions avec
empressement. On croit que quelques mois de chasse suffiront pour rendre
le pays parfaitement sûr. _Utinam._
Ici, à la Chambre, on s'attend que l'opposition fera le diable à quatre
et donnera beaucoup d'embarras. Je compte voir Thiers ces jours-ci.
L'empereur et le prince impérial sont au camp de Châlons à faire de
grandes manoeuvres.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien. Je suis triste de vous avoir
quitté, et me console en pensant que c'est pour peu de jours.