CXXXIII

Paris, 21 août 1863.

Mon cher Panizzi,

Je suis arrivé hier soir à bon port dans mon domicile, non sans avoir

offert un petit sacrifice à Neptune, moins à cause de sa fureur que par

la présence de cent cinquante vieilles femmes qui remplissaient des

cuvettes à l'envi.

Je n'ai pu aller aujourd'hui à Saint-Cloud. J'irai demain, je pense, et

je vous écrirai au commencement de la semaine prochaine.

Il paraît décidé que nous aurons une session en novembre, non pas

seulement pour la vérification des pouvoirs, mais pour faire des lois.

Le peu de gens que j'ai vus ne croient pas à la guerre, et on m'assure

que l'enthousiasme polonais se refroidit tous les jours.

L'archiduc Maximilien a écrit à l'empereur une lettre de huit pages pour

lui faire ses remerciements. Il accepte et on dit que ce n'est ni la

reconnaissance ni l'éloquence qui manquent à cette épître. On assure que

nos affaires au Mexique vont bien. On a chargé un colonel Dupin de

poursuivre les guérillas mexicaines-juaristes avec des spahis d'Afrique

et des contre-guerillas mexicaines. Il a débuté comme il faut commencer

avec cette canaille, par pendre et fusiller tout ce qu'il attrapait. Les

gens du pays out trouvé cela très bon et nous servent d'espions avec

empressement. On croit que quelques mois de chasse suffiront pour rendre

le pays parfaitement sûr. _Utinam._

Ici, à la Chambre, on s'attend que l'opposition fera le diable à quatre

et donnera beaucoup d'embarras. Je compte voir Thiers ces jours-ci.

L'empereur et le prince impérial sont au camp de Châlons à faire de

grandes manoeuvres.

Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien. Je suis triste de vous avoir

quitté, et me console en pensant que c'est pour peu de jours.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 135 / 152 题