Paris, 1er juin 1863.
Mon cher Panizzi,
Nous sommes ici dans le fort de la fièvre électorale. Je ne sais pas
encore ce qui sortira de l'urne, mais très probablement l'opposition
anti-dynastique sera renforcée très notablement. On croit que Thiers
sera nommé à Paris, grâce aux lettres furieuses de Persigny.
Si le gouvernement fait des folies, l'opposition en fait de son côté.
Les rouges et les blancs s'allient sans la moindre vergogne. Le duc de
Broglie reçoit chez lui Carnot, le ministre de l'instruction publique de
1848, qui signait les factums de madame Sand. Cela effraye un peu les
épiciers, qui se souviennent du peu de poivre qu'on achetait alors;
mais le bourgeois de Paris a toujours du goût pour l'opposition.
J'espère que notre ami le docteur Maure sera élu, malgré son préfet,
dans les Alpes-Maritimes. Le fils de M. Fould le sera sans la moindre
difficulté à Tarbes, et Édouard Fould dans son département, où ses bons
dîners lui ont gagné le coeur de tous les curés.
On est toujours fort inquiet des affaires de Pologne, plus encore que de
celles du Mexique, qui cependant n'avancent guère. Mais à quelque chose
malheur est bon. Le Mexique arrêtera sans doute les velléités
polonaises. Il est impossible de dire plus de mensonges que tous les
journaux n'en débitent sur ce sujet.
Les interpellations de M. Grégory et les réponses de M. Layard au sujet
de l'Orient m'ont amusé. Lord Palmerston n'en démordra pas, et, après
l'Angleterre, il n'y a pas à ses yeux de pays mieux administré que la
Turquie.
Adieu, mon cher Panizzi. Je ne sais rien de nouveau sur l'_incognita_,
et je ne me mets pas en frais, d'espionnage. Elle me promet une visite
pour aujourd'hui.