CXXIII

Cannes, 11 février 1863.

Mon cher Panizzi,

Le docteur Maure m'a conseillé de rester ici m'assurant que, si j'allais

me fourrer en cet état dans les boues et les brouillards de Paris, je

deviendrais sérieusement malade. J'ai donc pris mon parti très

facilement et d'autant plus qu'on m'écrivait que la discussion de

l'adresse ne donnerait lieu à aucun incident. En effet, tout a été bâclé

sans conteste. Le prince Napoléon a, je crois, mal fait de voter contre.

Il eût mieux valu ne pas voter du tout; mais il ne sait pas résister au

plaisir de faire une malice. Il est toujours prêt a faire des sottises

et il ne manque pas de gens qui les lui conseillent. Son discours, lors

de la distribution des récompenses aux industriels, avait été habile, il

aurait dû en rester là.

Je reçois ce matin une lettre d'un de mes amis qui revient de Sicile. Il

dit le pays très agité et très mal disposé. Les routes sont peu sûres,

mais plutôt par suite de l'insuffisance des moyens de répression contre

les voleurs que par excitation politique.

Lord Russell ne se tire pas trop mal de la bévue de son neveu, qui a

pris pour argent comptant une plaisanterie du pape.

Les prêtres font tous les jours des progrès. Je pense aller à Paris vers

le 20 pour une dizaine de jours. Cousin est toujours ici se portant à

merveille. Je vais voir Ellice demain. Il n'est pas et ne veut pas être

lord Glengurry. Il dit qu'il veut vivre et mourir comme il a vécu, _a

citizen of the world_.

Adieu, mon cher Panizzi; tâchez de secouer vos rhumatismes et de faire

provision de santé pour les rigueurs du printemps.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 125 / 152 题