Paris, 9 octobre 1862.
(Très confidentielle.)
Mon cher Panizzi,
Un mot à la hâte. Nous sommes partis à huit heures et demie de la villa
Eugénie hier, et arrivés à Paris à minuit un quart. Nous avons passé
assez mélancoliquement les derniers jours. Quatorze personnes, dont
Leurs Majestés, ont eu des maux d'estomac, coliques et vomissements la
même nuit, à la même heure. Votre serviteur a été des plus maltraités.
Hier, tout le monde allait bien, sauf l'impératrice et Piétri, qui
souffraient encore un peu.
Il est question d'un grand remue-ménage ministériel. Un de nos amis m'a
dit ce matin que, si ce changement avait pour objet de mettre de
l'homogénéité dans le cabinet, il y applaudirait de tous ses efforts;
mais que, si, comme il le craignait, il en résultait le renforcement du
parti clérical, il se proposait de rendre son portefeuille. Je
l'approuve complètement pour lui, car il a remis la barque à l'eau et la
laisse dans un état excellent. Tous ces hauts et ces bas sont
déplorables. Je me prends quelquefois à penser que c'est dans l'espoir
d'arriver au bien qu'il commence par le pire. Très mauvais système.
L'impératrice me charge de vous remercier de votre lettre, qui lui a
fait grand plaisir. Mesdames de Rayneval et de la Poëze, M. de Varaigne
et _tutti quanti_ vous disent mille amitiés.
J'ai copié votre lettre pour qu'elle fût lue plus facilement et aussi
pour substituer l'empereur à César, qui aurait pu être pris pour une
ironie.
Je vous écrirai demain plus au long au sujet de la conversation de
Broadland[17]. Le courrier me presse.
[Note 17: Maison de campagne de lord Palmerston.]