Paris, 23 avril 1862.
Mon cher Panizzi,
On nous parle beaucoup de la confusion qui règne dans la commission
anglaise de l'exposition. Il n'y en a pas moins dans notre commission
française, si bien que je ne sais pas encore quel est mon destin. Les
uns me disent que je suis président d'une classe, les autres, simple
membre. Je me soucie autant de l'un que de l'autre, pour l'honneur et le
profit; la grande question, c'est de savoir quand je dois être à
Londres. De toute façon, j'y serai très prochainement; mais je vous
préviendrai toujours deux jours d'avance.
Ce que je vous disais de l'offre faite par le gouvernement italien, je
l'ai entendu dire hautement à Vimercati chez le prince Napoléon, et il
le donnait comme la pensée du comte de Cavour. Il n'y a qu'un
inconvénient à cette combinaison, c'est la difficulté de l'exécution.
Comment empêcher les descendants de Rémus, _magnanimi Remi nepotes_, de
_sbudellare_ Autonelli?
Je persiste à trouver que le discours de lord Palmerston est peu
politique, supposé que son désir soit que nous évacuions, avec les
dispositions de jalousie qui existent dans les deux pays; il n'y a pas
de pire moyen d'obtenir quelque chose que d'avoir l'air de l'exiger.
Assurément l'empereur et les gens qui raisonnent savent les obligations
des entraînements d'un ministre devant une Chambre; mais le gros public
n'y comprend rien, et l'amour-propre national, s'en mêlant, crée un
embarras de plus.
J'en aurai long à vous conter sur les nôtres, quand je serai au British
Museum. Le pire, c'est qu'il faudrait, pour en sortir, un peu d'énergie,
et, malheureusement, je crains qu'elle ne fasse défaut.
Adieu mon cher Panizzi; vous savez que Viollet-Leduc est chargé des
réparations du château de Pierrefonds et d'autres travaux pour
l'empereur. Cela posé, je vous demanderai pourquoi un architecte est
nécessaire pour le mariage de notre amie la charmante veuve, qui va
épouser le duc de R...? _Réponse:_ parce qu'elle aura besoin de
Viollet-Leduc (ou de violer le duc). Il passe, en effet, parmi les
jeunes gens de son âge, pour être médiocre entre deux draps.