Paris, 18 avril 1862.
Mon cher Panizzi,
Que vous dirai-je de la politique? L'anarchie est toujours en nos
conseils. On a cru un instant qu'on allait changer quelques ministres,
puis rien ne s'est fait. Il est évident pourtant que les choses ne
peuvent pas demeurer longtemps _in statu quo_, et il faudra bien que la
balance penche d'un côté ou de l'autre.
Lord Palmerston n'a pas fait avancer la question de l'évacuation par son
discours de l'autre jour. Était-ce de sa part étourderie naturelle à un
jeune ministre comme lui; mauvais vouloir pour nous, ou désir de
popularité? je n'en sais rien; mais je regarde son discours comme un
embarras de plus dans une affaire où il y en a déjà tant.
Il paraît que Ratazzi offre maintenant de garantir au pape la possession
des États qu'il conserve à présent, et qu'il prendrait l'engagement de
les faire respecter. Mais comment empêcher les Italiens de Rome de
mettre à la porte le saint-père s'il n'y a plus qu'eux pour le garder?
Le voyage de Garibaldi, et surtout ce qu'il a dit au sujet de Mazzini, a
fait ici un très mauvais effet. C'est un personnage dans le genre de la
Fayette, que ses bonnes qualités, mêlées à la faiblesse de son
caractère, rendaient très dangereux. On me dit que ces ovations qu'il
reçoit partout ne prouvent pas qu'il ait une grande influence; qu'on
honore en lui son dévouement et son désintéressement sans adopter sa
politique. Cela est possible; mais, ici, on s'effraye facilement de tout
ce qui ressemble à de l'agitation révolutionnaire, et, par peur du
rouge, on en est venu à proscrire le rose.
On ne sait rien encore sur ce qui se fera pour l'ambassade de Rome. La
Valette paraît bien décidé à n'y pas retourner s'il doit y retrouver
Goyon. Les paris sont ouverts pour l'un et pour l'autre. Ce qui me
paraît le plus probable, c'est qu'on enverra à Rome quelque général qui
réunira les fonctions diplomatiques et le commandement militaire. Encore
une cote mal taillée!
Adieu, mon cher Panizzi. J'espère que votre rhume vous aura quitté.