XCVIII

Paris, 18 avril 1862.

Mon cher Panizzi,

Que vous dirai-je de la politique? L'anarchie est toujours en nos

conseils. On a cru un instant qu'on allait changer quelques ministres,

puis rien ne s'est fait. Il est évident pourtant que les choses ne

peuvent pas demeurer longtemps _in statu quo_, et il faudra bien que la

balance penche d'un côté ou de l'autre.

Lord Palmerston n'a pas fait avancer la question de l'évacuation par son

discours de l'autre jour. Était-ce de sa part étourderie naturelle à un

jeune ministre comme lui; mauvais vouloir pour nous, ou désir de

popularité? je n'en sais rien; mais je regarde son discours comme un

embarras de plus dans une affaire où il y en a déjà tant.

Il paraît que Ratazzi offre maintenant de garantir au pape la possession

des États qu'il conserve à présent, et qu'il prendrait l'engagement de

les faire respecter. Mais comment empêcher les Italiens de Rome de

mettre à la porte le saint-père s'il n'y a plus qu'eux pour le garder?

Le voyage de Garibaldi, et surtout ce qu'il a dit au sujet de Mazzini, a

fait ici un très mauvais effet. C'est un personnage dans le genre de la

Fayette, que ses bonnes qualités, mêlées à la faiblesse de son

caractère, rendaient très dangereux. On me dit que ces ovations qu'il

reçoit partout ne prouvent pas qu'il ait une grande influence; qu'on

honore en lui son dévouement et son désintéressement sans adopter sa

politique. Cela est possible; mais, ici, on s'effraye facilement de tout

ce qui ressemble à de l'agitation révolutionnaire, et, par peur du

rouge, on en est venu à proscrire le rose.

On ne sait rien encore sur ce qui se fera pour l'ambassade de Rome. La

Valette paraît bien décidé à n'y pas retourner s'il doit y retrouver

Goyon. Les paris sont ouverts pour l'un et pour l'autre. Ce qui me

paraît le plus probable, c'est qu'on enverra à Rome quelque général qui

réunira les fonctions diplomatiques et le commandement militaire. Encore

une cote mal taillée!

Adieu, mon cher Panizzi. J'espère que votre rhume vous aura quitté.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 101 / 152 题