XCII

Cannes, 3 février 1862.

Mon cher Panizzi,

Je ne sais quel sera le projet d'adresse du Sénat. D'après la

composition de la commission, il n'est pas facile de le deviner. Il n'y

a pas de papistes déclarés; seulement des gens qui voudraient ménager la

chèvre et le chou. La publication de la correspondance de M. de la

Valette avec M. Thouvenel et le cardinal Antonelli est, ce me semble, un

assez bon symptôme. Il est évident qu'on a voulu donner une preuve

matérielle de l'entêtement de la cour romaine. Je vois un autre symptôme

dans la mention faite, dans le rapport de M. Fould et dans d'autres

documents, de la dépense que coûte l'entretien d'un corps d'armée à

Rome. Je ne doute pas que l'intention de l'empereur ne soit de le

retirer le plus tôt qu'il pourra.

Maintenant le point le plus difficile, c'est la situation de Rome. Dès

que nous serons sortis, il est fort à croire qu'on voudra pendre

Antonelli. Si vous gardiez du loup un mouton obstiné, vous ne seriez

peut-être pas entièrement à l'abri de tout reproche, le jour où, après

avoir bien admonesté ledit mouton, lui avoir représenté ce qu'il avait à

faire pour être tranquille et n'avoir rien à craindre, vous vous en

iriez avec l'assurance qu'il sera croqué par sa faute. Ou, si la

comparaison du mouton ne vous semble pas assez respectueuse quand il

s'agit de la sainte Église romaine, prenez un fou qui a la monomanie du

suicide. C'est le cas de ces messieurs. L'empereur craint la

responsabilité du médecin quand son malade s'est jeté par la fenêtre.

Adieu, mon cher Panizzi. Vous paraissiez croire, il y a quelque temps, à

une aggression de l'Autriche. Je ne la crois pas possible dans la

situation politique et financière où elle se trouve. Les blagues de

Benedek ne prouvent rien. Il faut de l'argent pour mettre une armée en

mouvement; seulement, il est à croire que les Autrichiens ne seraient

peut-être pas fâchés d'être attaqués. Si le Parlement italien conserve

du calme, il ôtera cette espérance au cabinet de Vienne. La guerre la

plus sûre que vous puissiez faire à l'Autriche, c'est de la laisser se

consumer en préparatifs inutiles et ruineux.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 96 / 152 题